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 "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)

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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Mar 27 Juin - 14:38

Pour Sammy Wink



DEAD MEN TELL NO TALES

Part I






D’après :

- l’attraction de Disneyland Pirates of the Caribbean

- la série de Walt Disney Zorro pour le personnage de Enrique Monastorio

- le film de Gore Verbinski POTC pour les personnages du Commodore Norrington, Jack Sparrow et Will Turner

- le film de Tim Burton Sleepy Hollow pour le personage de Brom van Brunt

- le film de Henry King Le Cygne Noir pour les personnages de Jamie Waring et l’infâme Billy Leech

- et avec SAMMY dans le rôle de Samantha Sparrow !


Avec, par ordre d’apparition :

- le Commandant Enrique Monastorio ----- Britt Lomond

- le Comte Axel Ludvig von Fersen ----- lui-même

- Roseta Monastorio ----- elle-même

- Le Commodore James Norrington ----- Jack Davenport

- Brom van Brunt ----- Casper van Dien

- le Capitaine Jack Sparrow ----- Johnny Depp

- le Capitaine Jamie Waring ----- Tyrone Power

- Samantha Sparrow ----- Sammy

- Will Turner ----- Orlando Bloom

- Farrell ----- Glenn Ford

- Billy Leech ----- George Sanders

- Manolo ----- Anthony Quinn

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Épouse du Commodore James Norrington !


Dernière édition par le Mar 27 Juin - 14:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Mar 27 Juin - 14:41

I Le Reina Isabel en mer des Caraïbes



La plume crissait sur le papier, laissant derrière elle une traînée d’encre noire et brillante. Le Capitaine Alvarez rédigeait son journal de bord tout en pestant contre les remous de cette nuit d’orage, au coeur de l’Atlantique nord. Au fil des pages un peu cornées, tous les événements survenus à bord du vaisseau Reina Isabel avaient été rapportés de la sorte. Ainsi, il était écrit :

Journal de bord du Capitaine, 27 janvier 1818
Reina Isabel a quitté le port de Cadiz, Espagne, en ce jour de l’an de Grâce du 27 janvier 1818, en route pour Vera Cruz, Nouvelle-Espagne, par la route habituelle, avec à son bord, etc…

A mesure que les jours passaient, le Journal faisait état de tout évènement survenu à bord, de la naissance de deux enfants jusqu’au décès de l’un des passagers dont on jeta le corps à la mer après une brève cérémonie. A plusieurs reprises, le Journal mentionnait que « la Señora Monastorio, épouse d’officier, sujette au mal de mer » avait encore dû rester alitée. Pendant longtemps, « Les vents nous sont favorables » apparaissait chaque jour sous la plume du Capitaine Alvarez.

La plupart des voyageurs se rendaient à Monterey en Nouvelle-Espagne, plus précisément en terre de Californie. Pour ce faire, un bateau devait prendre la route des îles Canaries avec ces passages étroits, ses courants rapides et dangereux, traverser l’océan jusqu’à la côte sud-américaine, passer le terrible Cap Horn, contourner la Terre de Feu aux dernières limites des terres colonisées et remonter jusqu’en Californie. L’on suivait ainsi les côtes de l’Empire de Sa Majesté le Roi d’Espagne. Une autre route navigable était empruntée, suivie par le Reina Isabel : voguer droit devant et entrer en mer des Caraïbes pour faire escale à Porto Rico puis à Cuba afin de se réapprovisionner et poursuivre le voyage car le périple, en effet, était loin d’être terminé. Les passagers débarqueraient à Vera Cruz au Mexique puis mettraient leurs malles dans des diligences, traverseraient le Mexique par les terres et enfin prendraient un autre bateau pour rejoindre, par l’océan Pacifique, Monterey en Californie. Certains passagers étaient déjà descendus à Porto Rico tandis que d’autres s’arrêteraient à Cuba.



Le Reina Isabel avait laissé Porto Rico derrière lui depuis longtemps. Le temps changea à l’approche de l’île de la Jamaïque. « Un bon coup de tabac » certes, mais surtout une nuit d’orage, des flots démontés où la mer, dans la nuit, devint violette sous des reflets noirs, sous les rayons de lune argentée. Le Reina Isabel tanguait en tout sens et le fier vaisseau semblait à présent une coquille de noix aux mains des éléments. Des cris tirèrent le Capitaine Alvarez de sa cabine que, par ailleurs, son second venait chercher. Sur le pont, l’équipage avait fort à faire, il ne suffisait plus d’arrimer les voiles. Le mas de hune avait été touché et les services du charpentier étaient requis. Dans une collection de jurons choisis, le Capitaine alla constater les dégâts après avoir intimer l’ordre à quelques messieurs parmi les passagers de retourner dans leurs cabines auprès de leurs familles. La nuit passa ainsi, à lutter contre les éléments déchaînés en attendant que le calme revienne…

Le jour se leva sur un soleil radieux. Seul le mas de hune portait les stigmates de l’orage passé. Les côtes de l’île de la Jamaïque n’étaient plus qu’à quelques nœuds à peine. Sur le pont, le Commandant Enrique Sanchez Monastorio regardait dans leur direction non sans méfiance. Très grand, svelte, le jeune officier était très bien de sa personne. Il savait, par ailleurs, que l’on était rarement indifférent à sa prestance, au charme de son regard bleu océan. Des yeux pénétrants et hypnotiques mais ce dont il était le plus fier restait sa barbiche noire qu’il taillait chaque matin avec soin. Et plus que tout, son maintien tout militaire achevait de le rendre charismatique. Il était, enfin, imposant d’autorité naturelle. Le Roi Fernando VII venait de le nommer Commandant de la garnison d’un petit village située en Nouvelle-Espagne, plus précisément en Californie, non loin des terres que l’on nommait Mexique : Nuestra Señora la Reina de los Angeles, plus communément appelé el pueblo de Los Angeles. Enrique se doutait qu’il ne trouverait pas là la fine fleur de l’armée espagnole mais il savait également qu’être officier dans les colonies était le moyen le plus rapide d’obtenir de l’avancement lorsque le Ciel ne pourvoit point à un titre de noblesse. Le dédain affiché à son égard par les Grands à la Cour de Madrid avait rendu Enrique extrêmement ambitieux, aussi n’avait-il pas hésité un seul instant à embarquer pour la Nouvelle-Espagne avec sa jeune épouse, Roseta.

Née Comtesse Rosetta Ludvika von Fersen, la Señora Roseta Luisa Monastorio n’avait eu de cesse d’être souffrante depuis que le Reina Isabel avait quitté le port de Cadiz. Un mal de mer chronique qui l’obligeait régulièrement à se coucher en attendant que le médecin du bord la soulage un peu. Elle avait redouté ce si long voyage dès l’instant où son mari lui avait annoncée son avancement. Ce n’était pas la première fois que la jeune femme prenait la mer et les souvenirs qu’elle avait des traversées n’étaient guère plaisants. Aristocrate suédoise, Roseta avait traversé la Baltique plusieurs fois. Elle savait que ce n’était rien comparé à l’Atlantique ! En revanche, son frère jumeau se portait à merveille. Axel Ludvig avait le pied marin et arpentait le pont comme un vieux loup de mer. Ces jumeaux inséparables étaient tout à la fois semblables et l’opposé l’un de l’autre. Axel Ludvig était né grand et fort, sa sœur, petite et chétive si bien que pendant plusieurs jours on avait craint pour sa vie. Comme s’il se reprochait inconsciemment d’avoir pris la plus grande place et une grande partie des nutriments dans le ventre de leur mère, le jeune homme avait toujours mis un point d’honneur à protéger sa sœur depuis leur plus tendre enfance. Il l’appelait tendrement sa petite sœur bien qu’elle soit née peu après lui. A la grande contrariété de Enrique, « le beau-frère » qu’il jugeait « envahissant » les accompagnait mais il n’en avait rien dit tant Roseta était heureuse qu’il soit là.

Axel Ludvig vint justement rejoindre Enrique sur le pont, le coupant de sa contemplation…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Mar 27 Juin - 14:42

II Frère et époux


Un sourire au coin des lèvres, le jeune Comte suédois s’approcha de son beau-frère espagnol. Depuis sa plus tendre enfance, le jeune homme avait un regard pétillant qui pouvait le faire passer pour moqueur auprès de ceux qui ne le connaissaient pas – bien qu’il le fût aussi un peu mais jamais par malice. Ce trait de caractère venait, disait-on, de son grand-père maternel, le Comte de La Gardie, gentilhomme suédois d’origine française dont les ancêtres avaient quitté la Gascogne au XVIème siècle parce qu’ils avaient embrassé la Réforme et qu’être huguenots signait leur arrêt de mort. Les La Gardie s’étaient installés au Danemark mais, dans la première moitié du XVIIème siècle, l’un des descendants, Magnus de La Gardie, fut fait prisonnier par les suédois lors d’une bataille. Cependant, il ne tarda guère à obtenir l’amitié de la Reine Kristina et ce fut ainsi que les La Gardie devinrent l’une des familles les plus importantes de l’aristocratie suédoise dont l’apothéose fut l’union, en 1752, de l’une de leurs filles avec l’un des fils de la famille Fersen, plus prestigieuse encore, dont les jumeaux furent les petits-enfants. Désormais, tous les Fersen naissaient avec les yeux noirs des La Gardie et le regard pétillant fut transmis au Comte Fabian Reinhold, oncle d’Axel Ludvig et Roseta Monastorio, et à Axel Ludvig lui-même.



Le jeune homme toussota légèrement pour ne pas faire sursauter Enrique qui pouvait se montrer des plus stoïques tout en ayant été doté par la nature d’une nerveuse impulsivité. Il ne se retourna pas mais fit comprendre à son beau-frère qu’il l’avait entendu.
- Oui ? Venez-vous me donner des nouvelles de ma femme ou bien seulement me tenir compagnie ?



Il y avait une pointe d’ironie dans la voix du Commandant. Il était plus embarrassé que content de la présence de ce beau-frère qui ne quittait pas sa sœur d’une semelle. Il avait hâte d’arriver à Los Angeles car il avait l’espoir de l’éloigner en lui faisant donner une charge par le gouverneur, à Monterey. Roseta se ferait à l’absence de son jumeau et lui finirait peut-être par se marier.
- Un peu des deux, cher Commandant, répondit Axel, sourire aux lèvres.
Le Comte n’ignorait pas que sa présence agaçait Enrique par moment, mais il ne pouvait se résoudre à laisser partir sa sœur adorée en Nouvelle Espagne, si loin de lui. Il lui était nécessaire que tous deux soient en Californie, qu’ils puissent se voir sans qu’un océan les sépare.
- Tout d’abord, je vous annonce que Roseta se porte bien. Le terrible mal de mer de la nuit dernière est passé.
Enrique hocha la tête en apprenant que sa femme allait mieux.
- J’ai aussi une nouvelle à vous annoncer : le bateau va faire escale en Jamaïque, reprit Axel, attirant cette fois l’intervention d’Enrique.
- En Jamaïque ?! Mais c’est absurde, pourquoi nous réapprovisionner en terre anglaise alors que nous pouvons rejoindre Cuba ?
- Parce que cette nuit le mas de hune a été endommagé. Le charpentier de bord l’a réparé de son mieux mais il a peur que cela ne soit pas suffisant pour aller jusqu’à Cuba. Nous devrions être content, c’est une chance que nous ne soyons pas loin de l’île de la Jamaïque ! Si nous avions déjà quitté Cuba…
- Baaaaaaaaah !

Enrique se retourna. Jusqu’à présent, il avait parlé sans regarder Axel. Ce dernier remarqua immédiatement que son visage habituellement grave et sévère était maintenant le reflet d’une inquiétude qu’il tentait cependant de dissimuler.
- Quelque chose vous ennuie ? Je sais bien que la Jamaïque n’appartient plus à la Couronne espagnole depuis 1655, mais je ne vois pas en quoi faire escale en Jamaïque peut être un souci. Vous savez bien qu’en nous unissant contre Napoléon nous sommes devenus les alliés des anglais !
Le discours un peu pompeux d’Axel finit de contrarier Enrique. Qu’avait-il à faire de son historique savant ? Il devait s’estimer heureux que Roseta n’ait pas été prise de la manie de l’étude de son frère – car cela aurait pu, on rencontre parfois de ces femmes savantes dans les Cours et rien n’agaçait plus Enrique que ce genre de choses.
- Je ne vous parle pas des Anglais, je vous parle des pirates ! s’écria soudain Enrique bien qu’il n’ait encore fait aucune allusion à ces derniers.
- Les pirates ?
- Oui, les pirates ! On dit qu’ils ont un repère, l’île de Tortuga, que personne n’a encore jamais trouvé alors que toutes les autorités qui se sont succédées en Jamaïque les ont traqués et ce depuis le temps où l’île s’appelait Hispaniola et appartenait à Madrid ! Nombre de gens qui ont vécu au Nouveau Monde sont revenus pour conter tout cela ! Nous en avons entendu à la Cour !
- D’après ce que j’ai lu à la bibliothèque royale, les pirates étaient des Anglais, ils pillaient au nom de leur Roi et l’aidaient à faire de l’île une colonie britannique en en chassant les Espagnols. C’est « Les pirates en mer des Caraïbes » : l’avez-vous lu ?
- Non, je ne l’ai pas lu ! Et puis pas « étaient », ils sont toujours là vous dis-je. Ils ont continué leurs ravages après le départ des Espagnols parce que ce sont de dangereux malfaiteurs et que l’appât du gain les pousse à continuer leurs ravages et cette fois dans l’anarchie. D’ailleurs je crois que vous confondez « pirates » et « corsaires », cher Axel. Seuls les corsaires sont au service du Roi, mais pour ma part je les enverrai aussi au fond car on ne compte plus les galions que les corsaires nous ont coulés par le passé. Je n’ai pas peur d’eux mais je crains pour la sécurité de ma femme… votre sœur.
- Mais en Californie il y a des Indiens et pourtant vous avez accepté ce commandement et vous y emmenez ma sœur… votre femme.
- Baaaaaaaah ! Les Indiens de Californie sont employés dans les missions des franciscains !

Sentant monter le ton entre eux, Axel rendit les armes le premier. Il devait bien reconnaître prendre un malin plaisir à taquiner le Commandant Monastorio car il était facile de le contrarier.
- Enfin, le Capitaine Alvarez a décidé, nous n’y pouvons rien ! Espérons que cette escale soit aussi brève que possible !
A mesure que les deux hommes parlaient, le Reina Isabel approchait des côtes de Jamaïque. Enrique et Axel quittèrent le pont pour se rendre dans la cabine occupée par les époux Monastorio. Une jeune femme était allongée sur le lit. C’était Roseta. Elle sourit en voyant son frère et son époux à son chevet. Ses longs cheveux bruns étaient défaits ce qui accentuait la pâleur de son teint. Le voyage était éprouvant pour elle et le mal de mer l’affaiblissait. Elle tendit l’une de ses mains bordées de la dentelle de sa chemise de nuit. Enrique la prit et y déposa un baiser. Roseta sourit encore. Ses traits tirés par la fatigue s’épanouirent sous ce sourire radieux…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Mar 27 Juin - 14:42

III Port Royal, Jamaïque


Roseta affirmait se sentir mieux, et même bien mieux depuis quelques instants. Un coup d’œil donné à la petite fenêtre de la cabine donna à Enrique l’explication de ce mieux : le Reina Isabel était immobile. Certes, les flots continuaient de heurter sa coque et un léger mouvement l’animait encore, mais il n’avançait plus.
- Qu’est-ce que… ? Reuuuuuuh !!!!
Exaspéré par ce qu’il croyait un contretemps, Enrique se précipita sur le pont, laissant Axel auprès de la jeune femme.
- Je reconnais bien là l’impétuosité de votre époux, Roseta ! plaisanta le Comte.
Elle lui sourit. Elle savait que son frère appréciait Enrique et avait pour lui beaucoup d’estime. Un frère si aimant n’aurait pas confié sa sœur à moins de cela. Axel Ludvig n’était pas le fils aîné, c’était son frère Karl Axel qui était demeuré en Suède. C’était à Karl Axel, chef de la famille après le décès tragique de leur père, qu’il revenait de choisir l’époux de sa sœur mais, lorsque les jumeaux s’étaient installés en Espagne, le jeune homme avait délégué ce droit à son cadet. Axel Ludvig avait consenti à la demande d’Enrique sans l’ombre d’une hésitation bien que ce dernier ne soit ni aristocrate ni luthérien comme Roseta. La fille du Comte de Fersen devint donc roturière et catholique. Karl Axel ne s’y opposa pas lorsqu’il apprit la nouvelle du futur mariage. Il avait beaucoup d’affection pour sa petite sœur et désirait qu’elle soit heureuse – Axel Ludvig lui disait qu’elle aimait Enrique – après les années de deuil suite au décès de ses parents, ses années passées dans la solitude avec son jumeau à élever les plus jeunes de leurs frères et sœurs désormais orphelins et encore trop petits pour se passer de parents. Les aînés avaient déjà pris femme ou époux, seuls les jumeaux étaient à la fois célibataires et adultes pour élever les plus petits. Rosetta avait été fiancée déjà mais l’homme auquel son père la destinait avait été tué durant les guerres napoléoniennes.
- Il va demander pourquoi nous nous arrêtons, ajouta Axel.
Il s’amusait des mouvements d’humeur d’Enrique, adorant secrètement leurs joutes verbales. Roseta le savait et n’avait aucun doute sur l’affection qu’ils avaient tous l’un pour l’autre… même Enrique pour Axel.

Quelques minutes s’écoulèrent. Enrique revint enfin.
- Le Capitaine Alvarez a donné l’ordre de jeter l’ancre, nous attendons l’autorisation d’entrer dans le port.
Axel se chargea d’expliquer à sa sœur que le Reina Isabel devait faire escale sur l’île de la Jamaïque pour remettre le bateau en état. Il était persuadé que cet événement imprévu était une chance : Roseta pourrait marcher un peu à l’air libre. Enrique ne disait rien, toujours à ses pirates mais ne voulant point en parler pour ne pas effrayer son épouse.
- Mais Enrique, eh bien Enrique pense que nous allons être attaqués par des pirates ! s’exclama soudain Axel en éclatant de rire.
- Reuuuuuuuuuuuuuh !!!!!! répondit Enrique en plaquant une main sur son front en signe de découragement avant de quitter la cabine.
Axel se sentit un peu bête. Il avait dit cela pour taquiner son beau-frère mais avait maintenant devant lui une Roseta terrorisée.
- Des… des pirates ?!
- Ne vous en faites pas, ma chère sœur, reprit-il maladroitement, il n’y a plus de pirates, je plaisantais.
Guère rassurée, la jeune femme attendait la suite des événements avec inquiétude. Jusqu’à présent, l’idée de voyager au royaume de la piraterie ne l’avait pas effleurée.

Enfin, autorisation fut donné au Reina Isabel de mouiller en terre britannique. Par un heureux concours de circonstances, le bateau se trouvait devant Port Royal. Ainsi, les marins envoyés à terre en canots virent immédiatement porter leur requête au gouverneur de l’île plutôt que de s’adresser aux soldats d’une quelconque garnison portuaire. L’autorisation ne tarda pas une fois le gouverneur averti que se trouvait à bord un officier de l’armée du Roi d’Espagne qu’il ne voulait pas mécontenter. Il dépêcha sur le port les hommes nécessaires à l’accueil des passagers. Au retour des marins, le Reina Isabel leva l’ancre. Enrique vint prévenir son beau-frère qui le rejoignit sur le pont. A chaque minute, Port Royal était plus proche. Ses puissants rempares crénelés offraient un spectacle incomparable à mesure que, par ailleurs, le soleil déclinait, inondant de teintes orangées les pierres et les rochers contre lesquels la mer se jetait aux pieds des rempares.
- Allez chercher Roseta ! ordonna Enrique, fasciné.
La jeune femme quittait sa cabine pour la première fois depuis deux jours. L’air frais du début de soirée emplit ses poumons avec bienfaisance. Elle découvrit alors, émerveillée, la formidable fortification de Port Royal dans un triomphe de couleurs chaudes contrastant avec la froideur de la pierre nue.



Le Reina Isabel fut immédiatement pris en charge et conduit dans une petite crique où l’on pourrait effectuer les travaux nécessaires. Les provisions furent promises. L’équipage se dispersa dans les logements qu’on leur donna, de même que les passagers. Quant à Enrique, Roseta et Axel, le gouverneur avait dépêché sur place le Commodore Norrington pour les distinguer. C’était un homme de la trempe d‘Enrique, ce dont Roseta s’aperçut immédiatement lorsqu’elle leva sur lui des yeux timides. Il était aussi grand que son mari et son frère. Sa prestance, dans son uniforme d’officier de la Royal Navy, s’imposait d’elle-même. Il avait, enfin, un visage plaisant aux traits réguliers, agrémenté de beaux yeux bleus perçants mais, reconnut Roseta en son for intérieur, ses yeux n’avaient en revanche rien à envier à ceux d’Enrique. La jeune femme remarqua également, non sans rougir encore, que le Commodore avait un irrésistible air d’autorité et de sévérité malgré son sourire et ses manières agréables. Par bonheur, ni Axel ni Enrique ne remarquèrent son trouble, pas même le Commodore lui-même qui ne lui prêtait nulle attention. Il se présenta d’un magistral salut militaire sous le nom de Norrington, Lord James Norrington, Commodore de la Royal Navy.



Il avait reçu du gouverneur de l’île ordre de recevoir « le Señor Commandant Monastorio et son épouse, ainsi que le Comte Axel de Fersen » dans sa propre demeure, le gouverneur pensant faire au Commandant Monastorio un plus grand honneur en les installant, sa famille et lui, chez l’autorité militaire de l’île. Ils seraient cependant reçus dès le lendemain dans la maison du gouverneur pour y souper. Comme Enrique montrait son étonnement, le Commodore précisa qu’ils étaient ses invités pour deux nuits, le Reina Isabel ne pouvant reprendre la mer plus tôt…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Mar 27 Juin - 14:43

IV La promenade des rempares


Une matinée radieuse d’hiver tropical s’offrait à Roseta qui se tenait sur le balcon d’une magnifique chambre coloniale. Elle soupirait de bien-être à mesure qu’une brise légère lui parvenait, accompagnée de senteurs paradisiaques, de parfums envoûtants. Les oiseaux exotiques chantaient sur les plus hautes branches d’arbres au bois précieux, portant eux- mêmes en leur écorce les senteurs les plus exquises. Jamais la petite Comtesse suédoise n’avait vu pareilles splendeurs, pareilles merveilles. Son père, au contraire, dressait un portrait inhospitalier de ces contrées. Il avait participé, aux côtés du général Washington, à la guerre d’Indépendance de celles qui étaient alors les treize colonies d’Amérique du nord. Au retour, son bateau avait fait escale dans la mer des Caraïbes, à la Dominique, et le Comte n’avait que peu apprécié le séjour, ayant été gravement malade, pris de fièvres tropicales et de conjonctivite due à un trop fort ensoleillement. Sa fille, elle, se trouvait enchantée de tout ce qu’elle voyait, croyant avoir découvert l’Eden biblique. Elle ne songeait plus aux pirates dont avait parlé Axel la veille.

Enrique, Axel et elle avaient donc suivi le Commodore Norrington jusqu’à sa maison personnelle. C’était une immense demeure coloniale ornée de gracieux balcons, bien éloignée de l’austérité d’une garnison. Elle était exposée du meilleur côté qui soit, vue plongeante sur la mer d’un côté, sur un ravissant jardin exotique de l’autre, parsemé de fleurs rares. La maison n’était cependant point isolée mais au contraire protégée par un mur d’enceinte. Des ordres avaient été donnés pour que les invités soient très bien choyés. Enrique ne trouvait rien à redire sur l’accueil de leur hôte. De très beaux appartements étaient mis à leur disposition. Après un souper qui fut de l’avis de tous charmant, Roseta se retira dans sa chambre tandis que les messieurs achevaient la soirée dans la salle de billard entre brandy et cigares. Bien que les colons espagnols se soient repliés sur Cuba depuis un siècle et demi, il restait à Port Royal une population hispanique qui avait conduit le Commodore à s’instruire de cette langue latine tandis qu’Axel s’exprimait sans faute en anglais. Parlant deux langues différentes – Axel n’essaya point le suédois que personne ne comprenait sans être de ce pays, ni le français qui rappelait Napoléon – les trois hommes parvenaient à ce comprendre parfaitement. Le Commodore semblait même très amusé et montrait un visage plus affable. Puis, Enrique avait rejoint sa femme dans sa chambre.

A son réveil, Roseta était seule, Enrique était parti. C’était l’une de ses habitudes et la jeune femme devait s’en accommoder, se résigner à ce que son mari vienne la rejoindre pour ensuite s’en aller dormir dans sa propre chambre et non avec elle. Mais, bien qu’il manifestait rarement explicitement son affection, elle se savait aimée. Ce fut donc le cœur chantant qu’elle se rendit sur le balcon qui courait le long de sa chambre après sa toilette, son habillement, sa coiffure et son déjeuner. Elle portait une robe de couleur ivoire, du style que l’on nommait « Empire » encore trois ans auparavant en France et que l’on connaissait en Angleterre sous le nom de « Regency ». Sa chevelure sombre était disposée de deux manières : sur le devant, les cheveux étaient courts et bouclés de sorte que les boucles encadrent son visage, tandis qu’à l’arrière ils étaient longs et coiffés en chignon à l’antique.




Après le dîner de midi, Roseta demanda la permission de faire une promenade. Enrique désirant voir l’avancement des travaux sur le Reina Isabel – il voulait montrer au Commodore que ce n’est pas parce qu’il n’était pas dans la marine que les bateaux ne l’intéressaient pas ! – Axel fut choisi pour accompagner la jeune femme. En hôte bienveillant et courtois, le Commodore offrit de les guider personnellement. La promenade dans les jardins de la demeure de Norrington enchanta Roseta qui pouvait enfin voir de plus près les merveilles entrevues au cours de la matinée. Le frère et la sœur suivirent ensuite leur hôte sur les rempares surplombant la mer. Le Commodore était très fier des fortifications de Port Royal, tant pour leur valeur stratégique que pour la beauté du site. Une batterie de canons parfaitement alignés était comme autant de statues dans la nef de cette cathédrale maritime. Les fortifications de Port Royal étaient l’image de la puissance de cette ville forteresse néanmoins florissante également par sa culture et la beauté de son patrimoine civil. A mesure que les promeneurs passaient, les soldats en veste rouge saluaient le Commodore et ses invités. En contrebas, dans une petite crique, Enrique observait les marins et les charpentiers qui travaillaient sur le Reina Isabel.




Le Commodore ne s’était, jusque là entretenu, qu’avec Axel. Son attention se portait à présent sur sa sœur. Il avait été agréablement surpris en la voyant, au moment du dîner de midi. Elle avait perdu le teint cireux qu’elle avait la veille en raison de son mal de mer pour arborer maintenant un visage épanoui, illuminé de bonheur, un visage qui avait repris des couleurs en une nuit et une matinée. Il voyait alors combien elle était jolie, douce, gracieuse et délicate. Trop fragile sans doute pour vivre sous les tropiques ou bien encore en Californie où son époux l’emmenait et où l’on disait le climat rude, mais quelle jolie fleur que celle-ci ! Profitant d’un instant où Axel s’était arrêté pour contempler plus longuement la baie, le Commodore fit quelques pas de plus, docilement suivi par Roseta comme il le lui demandait discrètement à l’oreille. Poursuivant leur promenade, sans se pencher vers elle pour ne pas attirer l’attention, il murmura ces mots qu’il brûlait de lui dire depuis le début de la promenade : « Votre mari a beaucoup de chance, j’aurais aimé vous avoir connue avant lui pour vous épouser… » Roseta frissonna. Était-ce le vent qui lui avait portée ces paroles ? Non, le Commodore les avait prononcées dans un souffle tout en faisant mine de regarder devant lui. Elle sourit. Ses lèvres s’entrouvrirent sur un « Moi aussi… » doucement soupiré.

Un violent trouble s’empara de la jeune femme. Elle se surprit à envier celle qui serait un jour Lady James Norrington. Elle avait connu cela à la Cour auprès d’un Grand d’Espagne du nom de Don Juan de Vargas. C’était un séducteur impénitent venu en Espagne pour y achever ses études dans une académie militaire. Il était propriétaire terrien en Californie, de même que son meilleur ami Don Diego de la Vega. Le mariage de Roseta avait déçu le séducteur qui avait promis néanmoins de la rejoindre un jour en Californie puisque le destin donnait à son mari le commandement d’une contrée dans laquelle Don Juan avait son hacienda en Nouvelle-Espagne. Des pas derrière elle tirèrent Roseta de ses pensées qui agitaient son cœur dans sa poitrine. Elle fut heureuse de l’arriver de son frère qui la sauvait de l’embarras. Le soleil, quant à lui, excusait les joues empourprées de Roseta. Elle souhaita rentrer afin, dit-elle, de se préparer pour le souper donné le soir même en la maison du gouverneur en l’honneur de son mari…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Jeu 29 Juin - 15:57

V L’armateur hollandais


L’attelage personnel du Commodore s’arrêta devant la demeure de Son Excellence le gouverneur de l’île de la Jamaïque. Seul le hennissement des chevaux vint, l’espace d’un court instant, troubler la quiétude de la nuit tropicale qui s’annonçait. En cette fin de soirée, fleurs et oiseaux, merveilles du jour, commençaient à s’assoupir. L’attelage immobilisé, les passagers en descendirent et se dirigèrent jusqu’à l’imposante et monumentale façade où résidait leur hôte de ce soir, le temps d’un souper.



La demeure du gouverneur était un bijou d’architecture coloniale. Elle avait plus d’attraits que son occupant, petit homme pompeux et ennuyeux que rien ne pouvait comparer favorablement au Commodore James Norrington, décida Roseta qui regrettait que cet homme si autoritaire, si sévère et si froid et donc charmant ne soit point convié à ce souper.

Les Monastorio et le Comte de Fersen n’étaient cependant pas les seuls invités du gouverneur. Un homme lui aussi d’allure agréable était l’invité personnel de Son Excellence depuis une semaine.
- Puis-je vous présenter, dit ce dernier, Monsieur Brom van Brunt, armateur hollandais, venu en Jamaïque pour affaires ?
Les politesses passées, le souper put commencer. Brom van Brunt avait un visage plaisant, des cheveux châtains que la flamme des bougies illuminait tout particulièrement dans un habile clair-obscur en contraste avec les tentures foncées des murs. Ses yeux étaient gris, ses lèvres, sensuelles. Un armateur de trente ans que le gouverneur combla d’éloges et dont il vanta les mérites.



Axel écoutait, vivement intéressé, mais Enrique était partagé entre l’agacement et un profond ennui. Il était contrarié de constater que c’était à son uniforme d’officier qu’il devait cette invitation, probablement pour que le gouverneur puisse voir de près un uniforme espagnol, tandis que le Commodore passait probablement une agréable soirée chez lui.

Très vite, Axel s’aperçut que Brom connaissait l’histoire de Port Royal sur le bout des doigts alors qu’il évoquait la semaine qui venait de passer. Comme le Comte lui en faisait la remarque, l’armateur rie doucement.
- Je n’ai aucun mérite, mon cher Comte ! Son Excellence a ici une merveilleuse bibliothèque constituée, à n’en point douter, de plus de volumes que l’île peut en compter – et je parle bien sûr des sujets de Sa Majesté, pas des indigènes.
Enrique soupira discrètement. Ce goût de l’étude n’était pas le sien, ce n’était ni action ni commandement et cet armateur lettré (« un intellectuel, baaaaaaah ! »), avec son ami le gouverneur qui semblait ne pas valoir mieux, continuait de lui faire regretter les parties de billard disputées la veille avec le Commodore.
- Eh bien si cela vous oblige, poursuivit Brom, je vais vous conter l’histoire de Port Royal !
En l’absence du gouverneur, Enrique aurait bien volontiers porté sa main à son front, l’un de ses gestes favoris, assortis d’un « Reuuuuuuuuuh » désolant. Il venait de rebaptiser Brom « Oncle Pipelette ». Comme prévu, de fastidieux détails dont l’intérêt restait limité apparurent. Le gouverneur et Axel buvaient littéralement ses paroles tandis que Enrique attendait le plat suivant et que Roseta s’ennuyait. Soudain, le ton monocorde qui n’allait pas du tout avec le beau visage du Hollandais s’anima subitement, transporté d’excitation lorsqu’il en vint à la piraterie. Il semblait un autre homme.
- … et alors, c’est ainsi que Port Royal devint la capitale de la piraterie ! C’était la ville la plus dépravée de la Chrétienté ! Les maisons de jeu et les bordels foisonnaient ! Le gouverneur lui-même était un pirate, il s’appelait Henry Morgan ! Mais un jour, une grande partie de la ville fut engloutie lors d’un tremblement de terre. On parla bien sûr de châtiment divin. Toujours est-il que la ville fut reconstruite pour y devenir la place forte que nous connaissons avec ses magnifiques fortifications. Saviez-vous que l’Amiral Nelson y a séjourné ?
Axel était fasciné au point d’en oublier de rappeler la présence de Roseta lorsque Brom évoqua maisons de jeu et bordels avec complaisance. Il regretta que l’histoire soit déjà finie.
- Et si vous nous contiez une histoire de pirates ? demanda Axel. Vous semblez aimer ce sujet. Pour ma part, j’en ai des frissons, c’est tellement amusant !
Brom allait commencer sans se faire prier :
- Alors très bien ! Cela s’appelle « Les pirates de Maracaïbo » et…
Le gouverneur fit une suggestion à son invité :
- Je ne pense pas que cette histoire convienne à une dame…
En un furtif instant, une lueur malsaine passa dans le regard de Brom sans que les autres la remarque. Une lueur malsaine qu’il avait déjà eue en début de soirée, lorsqu’il avait salué les autres convives.
- Si vous le permettez, je raconterai donc en censurant les passages qui ne conviendraient pas à une dame !
La permission fut donc donnée. Enrique ne pouvait pas envoyer Roseta se coucher, ils n’étaient pas chez eux ni chez leur hôte pour la nuit. Et puis, « Trêve de sensiblerie ! » avait coutume de dire Enrique. L’armateur commença donc son histoire, sur un ton qui différa considérablement de celui du début de soirée.
- Lorsqu’il fut élu gouverneur, Henry Morgan déclara qu’il n’y aurait plus de piraterie, que ses hommes deviendraient d’honnêtes sujets, qu’ils auraient un domaine, des terres. Mais une partie de ses anciens équipages refusa d’abandonner sa vie de pillages et d’aventure ! Ils continuèrent d’écumer les mers ! C’était les plus terribles des boucaniers ! Ils attaquaient les bateaux mais aussi les villes en profitant de la nuit ! Ils incendiaient, pillaient et tuaient quiconque s’oppoait à eux. Ils eurent d’abord pour refuge et antre de débauche l’île de Tortuga où nul ne pouvait les inquiéter mais bien vite ils trouvèrent un autre endroit pour que leur empire s’étende ! Ils choisirent la légendaire Maracaïbo qui, une fois pillée, devint aussi dépravée que Tortuga !
A cet instant, le regard de Brom se posa sur Roseta. Lentement, avec le dessein de lui faire peur, il dit :
- Il fallait distraire les pirates de Maracaïbo ! Ils revinrent dans les villes de Jamaïque enlever des femmes pour les vendre aux bordels de Maracaïbo !
Satisfait, il conclut :
- Voilà, ici prend fin mon histoire ! J’ai considérablement allégé !
Sagement assise en face de lui, Roseta était blême. Elle n’avait pas compris le mot « bordel » mais en revanche elle entendait parfaitement « pirates » et « enlever » et devinait donc que la suite n’était pas plaisante. Elle s’était inquiétée des pirates sur le Reina Isabel lorsque son frère les avait mentionnés mais n’y avait plus pensé par la suite tant la beauté sereine des lieux ne pouvait s’accorder de la menace des boucaniers. Comment un lieu si beau pouvait-il être attaqué ? Mais, à présent, elle était terrifiée…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Ven 30 Juin - 2:48

VI Cendres et poudre sur les rempares de Port Royal


En sécurité dans son lit douillet, Roseta était paisiblement endormie. Elle avait soupiré de soulagement lorsque le souper du gouverneur avait pris fin, ayant hâte de quitter sa maison pour ne plus entendre les histoires effrayantes de Brom. Si seulement le gouverneur avait eu une épouse pour lui tenir compagnie ! Les deux femmes se seraient retirées dans un autre salon une fois le souper fini, mais il n’en avait pas été ainsi. Et puis… Axel avait demandé l’histoire de pirates au cours du repas ! La jeune femme ne comprenait pas cette insistance de son frère, la piraterie semblait le fasciner ! Quant à Enrique, il s’était borné à écouter d’une oreille distraite, lui qui pourtant, sur le Reina Isabel, avait montré de l’inquiétude à propos des boucaniers qui continuaient encore à semer la terreur sur les mers. L’attrait du récit, sans doute, l’illusion de n’entendre qu’un conte… La journée avait été si belle que rien de fâcheux ne pouvait arriver. Seule Roseta avait été terrifiée lorsque, le visage éclairait par endroit comme un faible halo d’une lueur de bougie vacillante, le visage de Brom se penchait vers elle tout en se délectant de ses mots. Par la suite, le retour à la maison du Commodore s’était fait dans le plus grand silence. Leur hôte était couché, leur dit-on, il les verrait au petit déjeuner pour leur souhaiter un bon voyage et les accompagner jusqu’au port où le Reina Isabel était prêt depuis quelques instants, il ne manquait plus que les provisions qui seraient porter à bord à l’aube. Axel et Enrique embrassèrent Roseta et chacun se retira dans ses appartements. La jeune femme avait repris quelques couleurs à la faveur de l’air léger du soir.

***
Fatiguée par les émotions qu’elle avait eues tout le long du jour, Roseta s’assoupit très vite. Elle commença par faire un premier rêve. Elle voyait son frère et son mari regarder le Commodore avec des yeux terribles. Axel disait « Tu as séduit ma sœur ?!? » et Enrique « Tu as séduit ma femme ?!? » et ensuite le provoquer en duel. Roseta dormait profondément. Peu à peu, un voile de brume prenait forme dans ses songes aux heures les plus sombres de la nuit, jusqu’à devenir dense et opaque. Puis, elle vint à se dissiper et s’évanouit doucement comme pour ouvrir sur le rêve de Roseta le rideau du théâtre de son imagination. La jeune femme était devant le bâtiment principal de l’arsenal de Port Royal. Le Commodore le lui avait montrée la veille au cours de leur promenade. Elle était seule, à présent. Incitée par une irrésistible attirance, elle poussa de ses petites mains la lourde porte qui s’ouvrit sans difficulté aucune et entra, timidement d’abord, dans le bâtiment. A sa grande surprise, il n’était pas gardé. Il faisait sombre, une odeur de poudre flottait dans l’air, entraînant avec elle… l’odeur de la mort… Tandis qu’elle cheminait dans l’arsenal, Roseta voyait que les portes étaient tordues, qu’une multitude de décombres jonchait le sol. L’arsenal avait sauté. Les pirates avaient dynamité toutes les réserves de poudre de Port Royal afin qu’aucune résistance ne leur soit opposée. Le couloir dans lequel Roseta se frayait un chemin était le seul à ne pas avoir été enseveli. « Mais où est donc Enrique, où ont donc Axel, où est donc le Commodore ? » se demanda-t-elle, perdue. Pourquoi était-elle seule ? Affolée, Roseta continua d’avancer, encore et toujours.

Le long et tortueux passage conduisit la jeune femme hors des murs d’enceinte. Un sentier descendait à présent vers la mer.



La nuit tropicale ne pouvait l’empêcher de frissonner. Tout ce qu’elle avait vu de jour semblait changer, elle ne savait où poser le pied. Elle continuait de descendre ce sentier, descendre encore, encore, il était interminable. Le long du mur bordant les rempares, des lanternes rougeoyantes scandaient ses pas, inquiétantes dans leur manière de percer la nuit de rouge orangé dans cette lueur qu’elles diffusaient toutes comme autant de torches prédisant la venue d’outre-tombe des âmes de la mer, de squelettes rendus à la vie pour une nuit seulement, une nuit de forte marée. Les petits bruits terrifiants de la nuit se mêlaient aux mouvements d’une légère brise venue s’entrelacer parmi la végétation. Roseta voulait s’échapper et ne surtout pas mettre les mains dans l’ombre des lanternes, dans cette végétation qui ne pouvait receler que des dangers. Enfin, le chemin prit fin après une dernière boucle : la mer était là ! A cet instant, une vive terreur s’empara de Roseta. Elle n’était plus telle une somnambule marchant à demi éveillée sans très bien comprendre où elle allait. En se retournant, elle vit les flammes ravager les hauts murs de Port Royal, des volutes de fumée sans fin s’élever dans le ciel, mêlées au crépitement du feu, au craquement des débris qui tombaient dans la mer autour d’elle dans des étincelles infernales. L’incendie consumait la ville, il fallait fuir !

Elle se souvenait, à présent : Enrique et Axel lui avaient dit de fuir jusqu’au rivage, de les attendre près des bateaux. Mais aucun d’eux ne vint. A leur place, des pirates firent leur apparition, ricanant devant la terreur de la jeune femme, ses gémissements, ses tentatives désespérées pour leur échapper. Il leur fut facile de s’emparer d’elle. Ils l’emmenèrent, la poussant devant eux pour la ramener dans la ville en flammes, lui faire voir le gouverneur que l’on s’apprêtait à jeter dans un puit, le Commodore qui se battait au milieu de ses soldats sur fond de maisons en feu. Puis, Roseta se vit dans une embarcation, prisonnière, tétanisée par la peur, incapable du moindre mouvement, n’osant même pleurer. Au loin, les murs de Port Royal achevaient lentement leur combustion. Les cendres portées par le vent ne laissaient voir qu’un seul édifice encore debout, la maison du Commodore. La jeune femme perdit connaissance…

***
Roseta s’éveilla brusquement, terrorisée. Il lui fallut quelques minutes pour se rendre compte qu’elle avait fait un terrible cauchemar mais qu’elle était toujours dans son lit.



Affreusement mal à l’aise, elle se leva, serrant contre elle les plis de sa longue chemise de nuit. Ouvrant les persiennes, elle se rendit sur le balcon humer l’air doux et léger de la nuit. Tout était paisible, Port Royal dormait dans la quiétude et la paix. Elle inspira à pleins poumons. Demain, le voyage à bord du Reina Isabel reprendrait. Elle sourit, ayant une tendre pensée pour son mari. Elle se sentait mieux, elle se remettait de son cauchemar. La nuit était belle, l’incendie ne provenait que des histoires contées par cet étrange armateur hollandais.

Tout à ses pensées rassurantes, Roseta n’entendit point les pas derrière elle. Une ombre avançait pourtant, l’ombre d’un homme qui s’était faufilé sous le balcon de la chambre au moment de la relève des gardes chargés de la sécurité de la demeure du Commodore. Il s’était penché sur sa victime endormie mais avait dû se cacher en la sentant agitée en raison de son cauchemar. Il croyait attendre qu’elle se rendorme mais non, elle était allée sur le balcon. Très vite, Roseta sentit qu’on la ceinturait et qu’on enfonçait un chiffon dans sa bouche pour étouffer tout hurlement. Une voix au fort accent néerlandais vint susurrer à son oreille « Comme le monde est petit, Comtesse de Fersen… »

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Sam 1 Juil - 1:42

VII Un nom surgi du passé


Rosetta fut traînée jusqu’au milieu de la chambre et placée devant un miroir de sorte que son agresseur puisse la voir tout en maintenant son étreinte. Il faisait nuit mais, les persiennes ouvertes, la lune baignait de ses rayons d’argent la chambre qui n’était plus que plongée dans la pénombre. Elle le vit. Il s’agissait bien de cet armateur hollandais féru de piraterie, la voix ne l’avait pas trompée.



Brom se délectait du regard implorant de la jeune femme où se mêlait terreur et incompréhension. Comment aurait-elle pu comprendre ce qui lui arrivait ? Était-il lui-même pirate pour agir de la sorte ? Et… que lui voulait-il ? Toutes ses questions sans réponse pour le moment tourmentaient la jeune femme qui, dans un premier temps, ne songea pas à se débattre. Comme au début de son rêve, celui où Port Royal brûlait, elle était dans un demi somnambulisme, ne réalisant pas encore tout à fait dans quel danger elle se trouvait tout en ayant l’expression d’une profonde frayeur dans ses beaux yeux noisette. Ou bien, était-elle tétanisée comme lorsque les pirates l’avaient poussée dans leur embarcation ?

Elle sortit de sa léthargie en entendant choir sur le sol ce qu’elle perçut comme une lourde pièce d’étoffe, ne pouvant la voir dans le miroir. Brom, en effet, avait détaché de sa ceinture un grand sac de toile grossière. Il bouscula Roseta encore une fois pour la tourner dans la direction voulue. Satisfait, il la sentit frémir comme elle comprenait ce qu’il avait l’intention de faire.
- Entrez dans ce sac, dépêchez-vous !
La jeune femme tremblait comme une feuille, ses yeux se remplirent de larmes en songeant qu’Enrique et Axel n’étaient pas loin mais ne savaient rien de ce qui se passait dans cette chambre, qu’ils ne pouvaient venir l’aider parce qu’elle ne pouvait pas appeler. Si seulement elle pouvait échapper à Brom, courir jusqu’à la porte, sortir dans le corridor, cracher le chiffon qui la bâillonnait et crier ! Ses mains n’étaient pas attachées, elle pourrait ouvrir la poignée ! Avec l’énergie du désespoir, Roseta se mit à se tortiller dans les bras de Brom mais cela était peine perdue.
- Entrez dans le sac ! répéta-t-il.
Il ne criait pas, il continuait de susurrer. Il fallait que tout se passe discrètement. Brom sentit soudain que la jeune femme se calmait, elle ne gigotait plus, ayant pris conscience qu’elle n’avait guère le choix. Comme résignée. Il relâcha la pression qu’il exerçait sur elle. Alors, docilement, Roseta alla se placer dans le sac de marin, les larmes aux yeux. Elle attendait.

Brom était maintenant accroupie près d’elle. Il prenait plaisir à toute cette mise en scène quand il eut pu tout simplement la faire évanouir et l’emporter rapidement.
- C’est très bien, chère Comtesse ! J’ai préparé ce sac exprès pour vous emmener mais d’autres préparatifs sont nécessaires.
Il approuvait l’envie de prolonger son attente mais il devenait de plus en plus dangereux de s’attarder. En jetant un rapide coup d’œil à une petite pendule, il vit que bientôt les gardes changeraient de place, ce serait alors le moment de quitter la demeure du Commodore avec sa prisonnière. Le mystère sur les « préparatifs » fut donc rompu. Brom déplia une fine cordelette dissimulée dans sa jaquette.
- Tendez vos poignets…
Roseta obéit. Après avoir attaché ses mains, il lui fit cracher le chiffon qui l’étouffait pour le remplacer aussitôt, après l’avoir laissée tousser un peu, par une bande de tissu qu’il plaqua cette fois sur ses lèvres et noua à l’arrière de la tête. La jeune femme n’avait pas crié. Enfin, la nuit l’envahit. Brom venait de refermer le sac. Il le chargea sur son épaule et quitta la chambre par le balcon comme il était venu. Sa victime avait mal au cœur, ainsi suspendue. Elle sentit rudement le moment où son ravisseur mit pied à terre puis se sentit transbahutée de la manière la plus inconfortable. Un arrêt. Il attendait sans doute que les gardes passent. Il reprenait sa route. Un arrêt encore. Sans doute pour s’assurer qu’il pouvait continuer. Après quelques instants, Roseta sentit qu’il montait. Était-ce des escaliers ? Mais au cri de « Larguez les amarres ! » elle comprit qu’il l’emmenait sur un bateau. Elle était perdue !

La jeune femme ignorait depuis combien de temps était-elle allongée sur le lit de cette cabine, les poignets toujours liés, la bouche entravée, mais plusieurs heures s’étaient écoulées puisqu’elle voyait, par la minuscule lucarne, qu’il faisait grand jour. Elle était en mer, le bateau se balançait au grès des flots.



Elle sentit son mal de mer revenir. Elle fut reconnaissante à Brom lorsque celui-ci vint enfin la voir car les premières paroles de cet homme furent :
- Si vous êtes sage, je vous retire votre bâillon.
Roseta hocha la tête. Il sourit et s’exécuta tout de suite.
- Merci… murmura-t-elle dans un souffle, la voix enrouée.
- Bien, maintenant que vous êtes plus à votre aise, je crois qu’il est temps pour vous de savoir ce que vous faites là !
Il n’avait pas encore eu l’occasion de le lui dire. A leur arrivée sur le bateau, il l’avait laissée toute seule depuis le moment où il l’avait sortie du sac pour l’installer sur ce lit. Il avait des ordres à donner pour le voyage, était resté sur le pont à admirer Port Royal disparaissant peu à peu à l’horizon puis était resté à discuter avec le Capitaine.
- Comme vous le savez, je suis armateur. Ce bateau est l’un de ceux que je possède. Je devais rester encore jusqu’à demain mais en vous voyant au souper du gouverneur j’ai su que je devais partir cette nuit et vous emmener avec moi. Par chance, je ne devais pas prendre de passagers, il était donc facile de filer. Les marchandises ont été chargées hier soir sur mon ordre.
Roseta n’osait pas poser de questions. Elle ne comprenait pas, elle ne connaissait pas cet homme !
- Vous pensez que je ne vous connais pas, reprit-il, la faisant sursauter. Oui, je lis en vous comme dans un livre ouvert. Vous avez raison de vous poser cette question, vous devez penser que tout cela n’a aucun sens. Moi non plus, je ne vous connais pas. Mais je connais votre nom. Tout cela vient de votre mère.
Surprise, la jeune femme allait dire quelque chose mais il la fit taire en posant un doigt sur sa bouche.
- Non, ne dites rien ! Je veux que vous entendiez mon histoire ! …

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Lun 3 Juil - 13:55

VIII Rancunier et boucaniers


Brom tourna le dos à sa prisonnière et se dirigea vers le bureau qui ornait l’autre extrémité de sa cabine – car il s’agissait bien de la sienne.
- C’était en 1790… J’étais un petit garçon de deux ans. Tout ce que je vais dire m’a été conté par ma pauvre mère qui elle-même le tient des autorités suédoises qui lui ont annoncée notre malheur. Mon père, le Baron Gaston van Brunt, avait pour ami un aristocrate danois, le Comte Kristian von Gregorsen, le cousin de votre mère. Il l’a suivi jusqu’en Suède parce que Gregorsen voulait récupérer des terres dont avait hérité votre mère et qu’il estimait lui revenir. Jamais elle ne voulut les céder, prétendant que seul son époux, votre père, en avait la propriété. Or, celui-ci n’était pas en Suède à ce moment-là. Gregorsen entraîna mon père dans cette affaire. Ils capturèrent votre mère mais ils furent tués quand on vint la délivrer. Votre mère ne fut pas raisonnable, elle tarda à signer les documents qu’ils lui présentaient ! Si elle avait signé plus tôt, ils auraient échappé aux soldats ! Jusqu’au souper du gouverneur, je ne vous connaissais pas et je ne cherchais pas vengeance, mais quand j’ai entendu votre frère présenté sous le nom de Comte Axel Ludvig von Fersen… J’ai compris que derrière la Señora Monastorio il y avait Rosetta von Fersen, l’une des filles de la Comtesse !
Il fit une pause et se tourna pour considérer Roseta, horrifiée.
- Je ne sais pas encore ce que je vais faire de vous, reconnut-il, je sais que le départ précipité de mon bateau va me faire soupçonner et que je ne pourrais plus être en paix, mais… Je veux vous emmener sur la tombe de mon père ! Je veux que vous voyiez que, pour quelques terres que votre mère n’a pas voulu céder, un orphelin et une veuve ont souffert !

Sans un mot de plus, Brom quitta la cabine en claquant la porte, laissant la jeune femme effondrée sur le lit. Elle porta ses mains liées à son visage en pleurs. Comment osait-il accuser sa mère ? La jeune femme était bouleversée, découvrant tout en même temps que sa mère avait été malmenée par ces gens, menacée et Dieu sait quoi encore, et que le père de l’homme qui venait de l’enlever de sa chambre de Port Royal était le fils de l’un de ces hommes.
- Votre père était coupable, geignait Roseta sans que personne ne l’entende, il ne peut être plaint ! Ne commettez pas les mêmes erreurs que lui… Mère… Oh, mère… Ils s’en sont pris à vous et maintenant le fils s’en prend à moi… Nous n’avons rien fait de mal…

Pendant que Roseta était au tourment, une autre menace envers elle se profilait à l’horizon sous l’apparence d’un vaisseau fortement armé. Brom venait de rejoindre son Capitaine près du gouvernail. Sans explication, celui-ci lui tendit une longue-vue. Ce bateau lui semblait bizarre, il avait quelque chose d’étrange pour un vaisseau de guerre britannique. Il ne distinguait pas d’uniformes rouges sur le pont. Brom en vint à la même conclusion, mais ils étaient encore trop loin pour voir précisément l’allure des hommes qui s’activaient sur le pont.
- Je préférerai éviter ce bateau, Capitaine ! Quelque chose ne me plait pas.
Le Capitaine obtempéra. Il ordonna « A bâbord toute ! » alors que l’armateur continuait d’observer le vaisseau aux nombreux canons avec la longue-vue.
- Il nous prend en chasse… dit Brom.
La même manœuvre venait d’être effectuée. Les deux hommes comprirent qu’il y aurait un affrontement. Peu de temps après, une formidable explosion se fit entendre, un premier boulet de canon venait d’entrer en collision avec la coque. Dès lors, le bateau ne pouvait plus s’échapper. Par sa longue-vue, Brom vit que l’on hissait un pavillon sur le grand mas du mystérieux vaisseau. Le pavillon noir…

La forte secousse provoquée par le tir de canon fit tomber Roseta du lit. Elle se prit à espérer que c’était le Commodore, son frère et son époux venus la délivrer. Oh oui, c’était le Commodore avec toute sa flotte ! Elle était sauvée ! Bien sûr, les canons de Brom ripostaient mais il ne pouvait pas en avoir autant que le Commodore ! En attendant qu’il la trouve, elle se recroquevilla dans un coin, effrayée par les tirs croisés et les hurlements. Soudain, un nouveau choc terrible lui fit heurter le lit.



Les hurlements se faisaient plus fort. Là-haut, sur le pont, chaque homme tentait de défendre sa vie contre les boucaniers qui venaient de jeter leur puissant vaisseau, dérobé à la marine anglaise, contre leur ennemi. Canonner ne suffisait plus, ils étaient passés à l’abordage en arrimant des cordes à ce qui ne serait bientôt plus qu’une épave. Un corps à corps sanglant s’engagea dans le cliquetis effroyable des sabres et les tirs des mousquets. Roseta s’inquiétait, elle pensait que le Commodore serait venu arrêter Brom sans effusion de sang, elle ne méritait pas que l’on se batte ainsi ! Un doute affreux la saisit, et si c’était… des pirates ? Ce serait tomber de Charybde en Sylla…

Encore quelques instants de fureurs puis le calme revint. Du moins, les armes ne parlaient plus mais la jeune femme entendait des chants de triomphe. Le doute n’était plus permis. Ce gros vaisseau rouge qu’elle voyait collé aux lucarnes de la cabine, qui avait eut l’initiative des tirs de canons, ne pouvait qu’être manœuvré par des pirates. La malheureuse en eut vite confirmation. Sans qu’on lui laisse le loisir de s’évanouir, la porte de la cabine s’ouvrit en grand dans un claquement terrifiant. Un homme caché derrière de longs cheveux, une moustache et une barbiche noirs, débraillé et coiffé d’un foulard rouge apparut, sabre à la main. Il vit immédiatement la jeune femme recroquevillée dans un coin, seulement vêtue d’une chemise de nuit bordée de dentelles.



- Heyyy, lança-t-il dans un sifflement admiratif, voilà qui rend intéressant cette petite promenade en mer !
Il avança à grands pas vers elle, résolu à la sortir de la cabine. Comme lorsque Brom l’avait enlevée, Roseta avait si peur qu’elle ne pouvait que se laisser faire en tremblant comme une feuille.
- Tiens, tu as les mains attachées ? remarqua-t-il.
Il ajouta, dans un grand éclat de rire non dénué de sens pratique :
- Aussitôt trouvée, aussitôt emballée, c’est bien commode ! Les prisonniers déjà attachés, je n’avais encore jamais vu ça mais c’est du temps gagné ! Ha ha ha ha !!!!
Il saisit Roseta par le bras et la traîna vers la porte qu’il avait laissée ouverte. Avant de pousser sa prisonnière à l’extérieur, il se tourna vers elle, cligna de l’œil et dit :
- Attention, petite madame, c’est dangereux, la mer des Caraïbes : vous pourriez rencontrer des pirates !

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Mar 4 Juil - 15:35

IX A bord du Blue Lagoon


Instinctivement, Roseta voulut lever les mains pour protéger ses yeux des flots de lumière d’un soleil de plein après-midi. Ces rayons venaient la surprendre avec d’autant plus de force qu’elle se retrouvait à l’air libre pour la première fois depuis sa promenade de la veille sur les rempares de Port Royal en compagnie de son frère et du Commodore. Depuis que Brom l’avait enlevée, elle n’avait vu le jour que par les petits carreaux des persiennes de sa cabine, jusqu’à ce que le vaisseau pirate l’éclipse en s’interposant. Mais toute cette lumière n’y changerait rien, la jeune femme considérait que la nuit s’était emparée d’elle lorsque Brom avait fermé le sac de toile et que, désormais, plus rien ni personne ne pourrait la sauver. Ne pouvant se protéger en levant ses mains attachées puisque le pirate au foulard rouge avait saisi l’un ses bras, elle ferma les yeux mais trébucha sur la dernière marche qui menait de la cabine de Brom au pont.
- Fais un peu attention ! s’écria l’inconnu à barbe noire, Tu vas te faire mal si tu tombes sur le nez !
La jeune femme fut tenter de répondre « Peu importe, maintenant » mais n’osa pas. Un spectacle désolant s’offrait à elle sur le pont.



Odeur de la poudre, odeur du sang, odeur de la mort. Pirates et marins hollandais pêle-mêle. Les rares survivants parmi ces derniers étaient conduits en cet instant sur le bateau pirate, attachés les uns derrière les autres, prisonniers. Roseta les vit monter sur une planche de bois que l’on avait placé entre les deux bateaux à cet effet. Elle devinait que son sort était d’emprunter le même passage. Les pirates vidaient également les cales de leurs marchandises.

La jeune femme frissonnait au grand soleil devant le spectacle laissé par les pirates. Le bateau sur lequel Brom l’avait emmenée de force commençait à brûler d’un côté et à s’enfoncer dans l’océan de l’autre. Alors qu’elle regardait les prisonniers, elle remarqua que l’armateur ne se trouvait pas avec eux. Elle le vit lorsque l’homme la poussa à son tour vers la planche, Brom était mort.
- C’est l’homme qui m’a enlevée et enfermée ici… dit-elle dans un souffle.
- Soyons-lui reconnaissant, alors ! plaisanta le pirate au foulard rouge.
La jeune femme éprouvait de la pitié pour Brom. Il ne méritait pas de mourir. Puis, à la vue de son corps, d’autres images se substituèrent à celle-ci, des images affreuses, atroces. Des images remontant à huit ans en arrière, lorsque la jeune femme avait vu la dépouille de son père, sauvagement assassiné, lynché et mis en pièce par la populace de Stockholm pour un crime qu’il n’avait pas commis, victime d’une terrible conspiration. Brom l’avait enlevée en prétendant que, par la faute de sa mère, un enfant avait perdu son père. Roseta connaissait mieux que quiconque la douleur, la souffrance d’une telle tragédie. Elle n’était pas enfant, certes, mais les images atroces étaient là et l’avait marquée à tout jamais. Et… contrairement au père de Brom, le Comte de Fersen n’avait fait de mal à personne… S’impatientant de la voir soudain immobile devant le corps de son ravisseur, le pirate au foulard rouge saisit Roseta et l’emporte sur son dos, non sans un nouveau trait d’humour :
- Ne gigote pas, la planche doit supporter nos deux poids. J’espère que tu n’as pas trop mangé avant de venir !

Un autre ravisseur, un autre bateau, une autre cabine. Roseta avait seulement changé de mains mais celles-ci lui paraissaient plus dangereuses encore. Les poignets toujours attachés, elle était assise à quelques pas seulement du pirate au foulard rouge. Ce dernier avait d’abord fait semblant de l’ignorer totalement, allant et venant sur le pont comme Brom l’avait fait, observant la mer avec une longue-vue.



Une fois dans sa cabine, faisant mine d’être très intéressé par le journal de bord que le précédent Capitaine avait laissé avant de donner quelques explications à celle qu’il nommait « mon invitée ».
- Ma chère invitée, te voilà sur un ancien vaisseau anglais que les gars et moi avons volé. Tu vas dire que c’est pas bien de se voler entre compatriotes mais, que veux-tu, pirate pour un jour, pirate pour toujours, mes gars et moi on descend de pirates alors on est pirates. Comment on appelle ça, déjà ? Ah oui, l’hérédité des charges ! Tu vois, c’est un peu comme quand le fils du notaire devient notaire ! Bien sûr, nous avons fait quelques aménagements, nous avons mis un pavillon noir mais on le hisse seulement quand on veut faire des « surprises » aux autres bateaux ou quand on arrive à Tortuga, histoire de ne pas se faire canarder parce que si on ne hisse pas le pavillon noir on nous prend pour un bateau de Sa Gracieuse Majesté. On a aussi changé le nom du bateau, il s’appelait Rule Britannia et maintenant c’est The Blue Lagoon. Une idée à moi.
Roseta ne comprenait pas tout ce qu’il disait, il ne parlait pas le même anglais que son précepteur lui avait enseigné en Suède des années auparavant. Rien ne l’avait préparée à avoir une conversation avec une… canaille !

L’arrivée de Roseta à bord du Blue Lagoon avait soulevé l’enthousiasme et provoqués des sifflements déplaisants. Elle portait toujours sa longue chemise de nuit couleur d’albâtre, la taille juste sous la poitrine comme toutes ses robes. Sa longue chevelure brune était défaite et c’était dans ces conditions que la coiffure encore à la mode depuis plus de vingt ans montrait qu’elle pouvait être autant gracieuse que ridicule : les cheveux courts et bouclés de part et d’autre du front offrait une vision étrange avec la longueur des autres.
- Comment t’appelles-tu ? demanda soudain l’homme.
Elle répondit d’une toute petite voix.
- Je suis la Señora Roseta Monastorio. Je suis suédoise mais j’ai épousé un officier espagnol. Nous nous rendions en Nouvelle Espagne avec mon frère mais nous avons dû faire escale à Port Royal.
- Pour moi, tu seras Roseta, un point c’est tout, mais moi tu dois m’appeler « Monsieur », bien sûr, avec un « m » majuscule ! Je vais me présenter à mon tour, je suis « Monsieur » Jack Sparrow, le Capitaine de ce bateau. Et nous allons voir avant longtemps un de mes bons amis, le Capitaine Waring. Il est parti avec ses gars en direction d’une île des Antilles espagnoles… pour faire des « provisions » avant de rentrer chez nous… A propos, merci pour la cargaison de ton Hollandais, les cales étaient pleines !
Roseta allait protester, ce n’était pas « son » Hollandais ! Mais Jack lui fit signe de se taire, un doigt sur la bouche.
- Ah ! Chut ! On ne va plus parler de lui, de toute façon, comme lui ne peut plus rien dire sur nous. Tu sais ce qu’on dit ? Dead men tell no tales !

Les morts ne racontent pas d’histoires…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Jeu 6 Juil - 1:48

X Parler est un mot pour négocier


Le jour déclinait, il ferait bientôt nuit.



Désormais seule dans la cabine, Roseta s’était couchée à même le sol pour tenter de chasser le mal de mer qui était revenu. Elle inspirait lentement et profondément comme le médecin du Reina Isabel lui avait appris, puis soufflait de même. Les couleurs qui, à Port Royal, avaient ravivé ses joues maintenant décolorées n’étaient plus. La peur et le mal de mer avaient raison de ses maigres forces. Elle n’avait pas pu toucher au repas que Jack « Monsieur » Sparrow lui avait fait porter. Elle pleurait en pensant à l’effervescence que sa disparition avait dû causer à Port Royal, à la folle inquiétude que devaient avoir Enrique et Axel. Si elle avait eu quelque espoir tant qu’elle était avec Brom, ceux-ci s’étaient évanouis. Le Commodore pourrait bien déployer toute sa flotte, il ne retrouverait jamais le bateau envoyé au fond. Ils penseraient sans doute aux pirates, mais leur survivance au fil des siècles était la preuve même que leurs cachettes étaient imprenables.

Il faisait nuit, à présent. De ces vingt-quatre heures de captivité, Roseta croyait en avoir vécu des milliers. Elle ne pouvait que s’estimer heureuse de ne pas avoir été maltraitée, mais qu’en serait-il une fois arrivée à destination ? Quel était le sort qui l’attendait ? Elle se refusait à se remémorer l’histoire qu’avait contée Brom pendant le souper chez le gouverneur. En attendant, elle ne pouvait qu’attendre et prier, attendre en priant. Jack la trouva ainsi et ne put s’empêcher de faire un de ces commentaires dont il avait le secret.
- Qu’est-ce que tu fais avachie par terre ?



Roseta sursauta et s’empressa de s’asseoir, lissant sa chemise de nuit pour avoir l’air décente.
- J’ai le mal de mer, Monsieur, je l’ai toujours eu depuis que nous sommes partis de Cadiz.
- Et tu ne pouvais pas te coucher sur mon lit ?
- Ooooh ! Mais…
Jack éclata de rire.
- Tu crois que je vais abuser de toi ? C’est toi qui y penses, ma chère, pas moi !
La jeune femme s’empourpra violemment.
- Je suis peut-être un pirate mais je suis un pirate sentimental, moi. J’ai une Samantha et je suis fidèle, moi ! ajouta-t-il.
Son rire redoubla devant la stupeur dans les yeux de Roseta.
- Bah oui, comment on serait des générations de pirates si on ne se mariait pas ? J’ai trouvé ma Samantha dans un bateau, comme toi. Tout le monde se battait sur le pont mais elle ne s’en était même pas rendue compte, elle était le nez collé à la lucarne, dans sa cabine, elle essayait de regarder les étoiles. On avait amarré le bateau de l’autre côté, il ne la gênait pas pour regarder. J’ai désigné la porte de la cabine pour qu’elle me suive mais elle ne voulait pas, toujours ses fichues étoiles. Alors tu sais ce que j’ai dit ?
Roseta fit signe que non.
- J’ai dit qu’elle était plus près de la porte que des étoiles ! conclue Jack, triomphant.

Jack se détourna de la jeune femme. Il ouvrit un placard où un miroir était fixé sur le panneau intérieur de la porte. Il se mit à faire deux petites tresses avec le bout de sa barbiche.
- On approche du lieu de rendez-vous. Ne t’en fais pas, tu vas bientôt voir le Capitaine Waring. Tu vas beaucoup lui plaire. Il est allé délivrer trois de nos gars qui se sont fait mettre en prison dans cette île où nous allons, dans les Antilles espagnoles. Pas seulement faire des provisions. Un de ces jours, on ira aussi faire un tour dans les Antilles françaises. Je sais dire quelques trucs en français ! Je sais dire « parler », c’est ce que nous, les Anglais, on dit pour négocier, sauf que je ne négocie jamais ! Et autre chose de drôle ! Tu vas comprendre, tu parles français mieux qu’espagnol, je m’en suis rendu compte (suédois, je ne t’ai pas encore entendue), alors voilà : en anglais, un first officer, ça devient un officier en second en français. C’est drôle, non ? Tout ça parce que nous on met le Capitaine à part alors que les Français pensent que le Capitaine c’est le premier officier, c’est subtil, tu vois !
Mais Roseta n’écoutait plus cet incurable bavard. Elle redoutait sa rencontre avec le Capitaine Waring. Il n’aurait peut-être pas les mêmes scrupules que Jack.

Satisfait du reflet que lui renvoyait le miroir, Jack fit claquer la porte du placard et alla se jeter sur son fauteuil de Capitaine, pieds sur le bureau. Ses bottes venaient aplatir divers papiers qui traînaient partout : cartes, journal de bord, partitions pour accordéon. Il prit une pomme qu’il mordit à pleines dents, remarquant alors que Roseta n’avait pas touché au repas qu’il lui avait fait apporter.
- Tu vas devenir maigre si tu ne manges pas !
- Je n’ai pas très faim, Monsieur…
- Ah ? Parce que moi, oui ! Les “surprises”, comme ça, en mer, ça me donne faim !
Sous le nez de Roseta, pourtant affamée mais souffrante et apeurée, Jack dévora la pomme.
- Mmmmm… Quel délice… Cette pomme est vraiment succulente…
Il se servit également un généreux verre de rhum, puis un autre. Il jeta un coup d’œil à Roseta qui l’observait, inquiète, de son coin.
- Un petit verre pour une petite madame ?
- N… Non… Monsieur…
- « Non, merci, Monsieur », corrigea le pirate. C’est moi qui te donne des cours de bonnes manières, insolente !
« Il est décidemment bien imprévisible », songea la jeune femme qui l’entendait maintenant répéter plusieurs fois le mot français « parler, parler, parler, parler ». Comme pour lui donner raison, il se mit à chanter.
- Yo ho, yo ho, a pirate’s life for me ! We pillage plunder, we rifle and loot ! Drink up me ‘earties, yo ho ! We kidnap & ravage & don’t give a hoot ! Drink up me ‘earties, yo ho !
Le Blue Lagoon venait d’arriver au point de rendez-vous.
- Yo ho, yo ho, a pirate’s life for me ! We extort & pilfer, we filch & sack ! Drink up me ‘earties, yo ho ! Maraud & embezzle & even highjack ! Drink up me ‘earties, yo ho !
Un compère venait d’entrer dans la cabine.
- On y est, Capitaine Sparrow !

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Ven 7 Juil - 1:32

XI Le Capitaine Waring


La mer des Caraïbes était plongée dans la pénombre. Jack vint un instant s’accouder au bastingage. Il connaissait la mer comme sa poche mais le jour tombant, la première pénombre était un spectacle dont il ne se lassait jamais. Prenant le pirate venu le chercher pour témoin, il se prit l’âme d’un poète le temps de quelques instants.
- Paisible est la mer / sombres sont ses vaguelettes / voilà le moment que je préfère / plus beau que la tempête.



Son compagnon attendit qu’il ait fini. Les moments sentimentaux de Jack étaient fréquents, surtout après un bel abordage.
- Entends-tu le silence ? / tout est calme et tranquille / nous avons…
Il s’arrêta pour chercher un mot rimant avec « silence ».
- … nous avons de la chance / les coups de canons sur… LES COUPS DE CANONS ?
Jack abandonna aussitôt sa rêverie pour se précipiter de l’autre côté du Blue Lagoon où tous ses hommes s’étaient déjà regroupés. Il avait bien entendu des coups de canons mais n’était-ce point normal ? Le lieu de rendez-vous avec le Capitaine Waring !

La vue était bien différente de ce côté-ci. Des ocres, des oranges et des rouges perçaient la pénombre, attirant l’œil sur la ville incendiée. C’était l’un des ports de l’île dont Jack avait parlé à Rosetta. Un point qui ne pouvait être comparé à Port Royal, qui possédait des défenses faibles et une fortification instable, maintes fois détruite, maintes fois reconstruite. Dans la baie, un vaisseau identique au Blue Lagoon – dérobé lui aussi – faisait marcher ses canons par moments. Le feu et ses cohortes de fumées s’élevés dans le ciel sombre de la plus menaçante façon, semblant promettre l’Enfer éternel à ceux qui avaient investi l’infortunée ville. Les promesses de damnation ne troublaient pas, pour l’instant, ces pirates rudes, fiers et sans pitié qui s’amusaient des objets trouvés dans les maisons, qui se disputaient déjà le butin. L’un d’eux avait mis sur sa tête tous les chapeaux qu’il avait trouvés et ne parvenait plus à marcher qu’en titubant. D’autres n’avaient pu s’empêcher de goûter les tonneaux de rhum pris dans l’un des entrepôts de la ville. Les demoiselles étaient prises en chasse et l’on vit l’une d’elle se cacher dans un tonneau heureusement vide, une bougie à la main, priant pour qu’on ne la découvre pas. C’était sans compter sur le gosier en pente de ces boucaniers qui volèrent le tonneau sans savoir pour le moment que, s’il n’y avait pas de rhum, il y avait en revanche une jeune fille à l’intérieur. Les habitants, tirés de leur sommeil par les coups de canons, couraient en tout sens, le plus souvent en chemise et bonnet de nuit. Une panique générale se déclencha dès que l’on entendit crier « Les pirates ! ». Il y en avait eu rapidement dans toute la ville, certains se balançaient accrochés à des cordes lancées contre les balcons de fer forgé, couteau entre les dents. Partout, des duels entre les hommes de la ville et les pirates, des épouses en pleurs. Comme dans le cauchemar de Rosetta, à la différence qu’il ne s’agissait pas du gouverneur de la Jamaïque, les pirates s’amusaient à faire plonger un homme dans un puit avant de l’en faire sortir pour le plonger à nouveau, avec un système de poulie. Son épouse se lamentait dans sa langue maternelle qui était l’espagnol mais un coup de fusil finit par être tiré dans ses volets de bois pour la faire taire. La ville brûlait de part en part, les pirates commençaient à partir avec leurs larcins et leurs prisonniers, quelques hommes encore valides mais surtout des prisonnières. Dans une pénombre éclairée par le rougeoiement des flammes, des taches blanches se détachaient des hardes vivement colorées des pirates : les chemises de nuit des jeunes femmes, portées sur l’épaule comme un ballot de linge sale ou traînées par le bras si le pirate avait déjà trop de son butin pour pouvoir porter autre chose. Des cris et des gémissements les accompagnaient, les jambes gigotaient. A l’autre bout des fortifications qui n’étaient déjà plus que ruines, d’autres pirates allèrent délivrer leurs trois compagnons faits prisonniers par les autorités de l’île. Ce fut à la prison que se déroulèrent les derniers combats. Derrière eux, la ville se consumait et bientôt le brasier se changerait en froideur de cendres.

Enfermée dans la cabine de Jack, Roseta n’avait rien vu mais elle se doutait de ce qui se passait. Elle pleurait. Combien de vies seraient-elles encore sacrifiées ?! Prostrée, elle n’osait approcher lorsque, de longs et interminables instants plus tard, la porte s’ouvrit. C’était Jack, accompagné d’un autre homme. Un long frisson glaça l’échine de la jeune femme, elle comprit que cela ne pouvait être que le Capitaine Waring. C’était bien lui, en effet. Il avait laissé ses hommes retourner au vaisseau, le Black Swan, avec le butin et les prisonniers pour se faire conduire sur le Blue Lagoon retrouver Jack.
- Alors, Jack ?
- Elle est là. … Lève-toi ! ordonna-t-il pour Roseta.
La jeune femme frémit de peur mais se dépêcha d’obéir. Elle gardait les yeux baissés, n’osant par regarder le Capitaine Waring. La bougie qu’on lui avait laissée avait fini de se consumer, pourtant la cabine lui sembla soudain très éclairée. Jack venait d’allumer les bougies d’un chandelier. Il le brandit devant Roseta et le passa lentement autour d’elle pour que Waring puisse bien la voir. L’inspection se passa dans un grand silence.
- Lève la tête que je voie comment elle est ! ordonna Waring.
Roseta obéit et découvrit en même temps le visage de l’homme. Elle fut surprise de le trouver plaisant. Il avait des traits réguliers d’après ce qu’elle put en voir, des yeux noirs malicieux et un petit sourire satisfait.
- Mon cher Jamie, je te la vends contre deux tonneaux de rhum !
Jamie Waring éclata de rire.
- Je pourrais l’avoir pour rien !
Les deux hommes s’éloignèrent un instant de Roseta. Elle ne sut pas quelles furent les modalités de l’échange, si Waring allait donner quelque chose à Sparrow, seulement qu’elle venait de changer de mains une nouvelle fois.
- Te voilà ma part de Capitaine ! s’écria Waring, triomphant.
Une fois que Jack eut fait les présentations non sans humour – « Capitaine Jamie Waring, voici Roseta, Roseta, voici le Capitaine Waring» - Jamie décréta qu’il était temps pour lui de regagner son vaisseau avec sa part de Capitaine.



- Viens là, toi !
- Kiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!
Jamie fronça les sourcils en entendant ce cri aigu. Il ceintura la jeune femme.
- Oh la, du calme !
Mais Roseta, prise de panique, se mit à se débattre, à se tordre dans l’étreinte du Capitaine.
- On dirait qu’elle ne veut pas te suivre, commenta Jack.
- Je ne lui demande pas son avis ! … Reste tranquille, Roseta ! Si tu es sage je t’épouserai peut-être !
Jamie remarqua alors qu’elle portait une alliance.
- Ah, tu es une femme mariée ! C’est encore mieux ! Je suis satisfait à l’idée d’une femme expérimentée !

Le Blue Lagoon avait pris la route de Tortuga…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Sam 8 Juil - 1:57

XII Part de Capitaine


Il y avait eu Brom, puis Jack, et maintenant Jamie, chaque fois un homme plus terrifiant que le précédent. Roseta avait eu peur de Brom, elle croyait tomber entre les pires mains qui soient puisqu’il l’enlevait sans la connaître et qu’il poussait le vice jusqu’à la faire entrer elle-même dans un sac. Puis, elle l’avait pris en pitié lorsqu’il lui avait conté son histoire. Pitié mêlée de colère, bien sûr, puisque cet homme osait prétendre que la mère de la jeune femme était cause de son malheur alors qu’elle avait été malmenée par cet homme dont il reprochait la mort à sa descendante. Mais pitié tout de même. Brom avait un regard de sincérité en même temps que de folie, c’était étrange. Par la suite, Roseta avait été terrifiée par Jack, elle avait tout de suite pensé qu’il était pire que Brom. C’était un pirate, après tout ! Quoi de pire qu’un pirate ? s’était-elle demandée. Le Hollandais ne l’avait pas maltraitée – mais peut-être n’en avait-il pas eu le temps – en revanche elle avait été convaincue que Jack le ferait. Et maintenant, Jamie Waring… « En définitive le pire de tous » se dit la jeune femme, espérant qu’il n’y aurait pas un quatrième homme.

La cabine de Jamie, sur le Black Swan, était plus spacieuse encore que celle de Jack sur le Blue Lagoon. Signe que le Capitaine Waring avait les plus belles parts de butin. Toujours cheveux défaits, vêtue de sa chemise de nuit et les poignets attachés, Roseta était assise près du bureau. Elle avait déjà vécu pareille situation quelques heures plus tôt, sur l’autre vaisseau. Il lui semblait vivre sans cesse le même cauchemar. Jamie lui avait ordonnée de s’asseoir, puis il était parti sur le pont. A la suite du Black Swan, le Blue Lagoon prenait lui aussi la route de Tortuga sous le commandement du Capitaine Sparrow. A l’approche du petit jour, voyant la mer paisible et l’imminence de leur arrivée dans leur repère, les pirates se mirent à chanter en chœur la chanson que Roseta avait entendu dans la bouche de Jack.
- Yo ho, yo ho, a pirate’s life for me ! We pillage plunder, we rifle and loot ! Drink up me ‘earties, yo ho ! We kidnap & ravage & don’t give a hoot ! Drink up me ‘earties, yo ho !



Ils s’accompagnaient d’accordéons et de guitares.
- Yo ho, yo ho, a pirate’s life for me ! We extort & pilfer, we filch & sack ! Drink up me ‘earties, yo ho ! Maraud & embezzle & even highjack ! Drink up me ‘earties, yo ho !
Elle les entendait de la cabine ; ce chœur de pirates, célébrant leurs méfaits, lui faisait froid dans le dos.
- Yo ho, yo ho, a pirate’s life for me ! We kindle & char & in flame & ignite ! Drink up me ‘earties, yo ho ! We burn up the city, we’re really a fright ! Drink up me ‘earties, yo ho !
La chanson, extrêmement joyeuse d’autant qu’elle était agrémentée de rhum, ne contait pas moins les sinistres exploits des boucaniers.
- We’re rascals & scoundrels, we’re villains & knaves ! Drink up me ‘earties, yo ho ! We’re devils & black sheep, we’re really bad eggs ! Drink up me ‘earties, yo ho !
Roseta ne comprenait pas les paroles qui allaient trop vite, étaient à demi avalées par des voix ivrognes et n’étaient pas de cet anglais littéraire que son précepteur lui avait enseignée dans son château suédois, mais l’entendre suffisait à l’effrayer. L’entendre dans la nuit, comme un écho aux flammes qui avaient ravagé la ville pillée.
- We’re beggars & blighters & ne’er do-well cads ! Drink up me ‘earties, yo ho ! Aye, but we’re loved by our mommies & dads ! Drink up me ‘earties yo ho ! Yo ho, yo ho, a pirate’s life for me !

Roseta se mit à pleurer, se recroquevillant dans le fauteuil à la manière d’un enfant qui cherche protection. Elle n’osait imaginer le sort qui l’attendait entre les mains de Jamie mais elle pensait aussi à sa mère, aux révélations de Brom qui, cependant, n’en disaient pas assez pour qu’elle sache : que lui était-il donc arrivée en cette fameuse année 1790 ? Elle avait peur de comprendre que sa mère avait été enlevée et séquestrée par ce cousin et le père de Brom pour la forcer à signer des papiers. Roseta était bébé, en 1790, elle ne pouvait avoir le moindre souvenir si sa mère avait disparu quelques temps. Elle avait su plus tard que son père n’était pas en Suède cette année-là, il était en France où il luttait contre l’odieuse révolution. Avait-il jamais su ce qui était arrivé à son épouse ? Axel pourrait peut-être le lui dire, il avait lu le Journal de son père après sa mort, mais sa mère avait-elle eu la force de conter cela ? L’arrivée de Jamie coupa la jeune femme de ses tristes pensées pour la ramener à son sort présent.

A pas lent, le Capitaine s’était approché de Roseta. Elle poussa un cri de surprise lorsqu’il posa sa main sur son bras.
- Nerveuse, hein ? Mais il ne faut pas, ma colombe, ce n’est pas la première fois que tu es seule avec un homme !
Un sourire qui ne laissait présager rien de bon sur son visage séduisant, Jamie fit le tour du fauteuil, posant son regard brûlant sur sa proie. Il remarqua que sa poitrine se soulevait de manière irrégulière sous l’effet de la peur, que ses lèvres étaient charnues et que son cou réclamait les plus brûlants baisers. La chemise de nuit s’était un peu déchirée sur les épaules mais la longue chevelure brune l’empêchait de les voir. Il saisit donc les cheveux de Roseta pour les soulever, lui arrachant un autre cri.
- Chut ! Je regarde tes épaules.
Ne les voyant pas assez, il déchira d’un geste brusque le tissu qui les couvrait encore en partie. Nouveau cri. Jamie s’éloigna un instant. Il ouvrit un coffre dont il retira une robe de couleur rose. Il regarda Roseta en grimaçant avant de jeter la robe.
- Non, elle n’ira pas, elle sera trop grande pour toi. Tu es plutôt petite.
Il fouilla ainsi dans le coffre, jetant ça et là les vêtements qu’il examinait rapidement, sourcils froncés, sans être satisfait. Enfin, une robe vert d’eau trouva grâce à ses yeux. Il revint vers sa prisonnière et la lui jeta au visage.



- Tiens, mets-la ! Je vais te détacher les mains, ajouta-t-il en joignant le geste à la parole.
Roseta frotta ses poignets endoloris par les liens qui les avaient serrés pendant deux nuits et un jour.
- Ne me demande pas à qui a appartenu la robe ! prévint Jamie.
Elle n’en avait pas l’intention, elle préférait ne pas savoir. Elle se leva et la regarda. Elle était jolie.
- Quand tu seras habillée, tu n’auras qu’à te coiffer. C’est moche, ses cheveux bouclés devant et pas derrière. Je te donnerai des épingles, que tu puisses faire un chignon correct. Oui, j’en ai. Et si tu es sage, tu pourras même te laver un peu. C’est que je veux que tu sois jolie, moi, pour arriver à Tortuga ! Tu seras ma compagne, la compagne du Capitaine Waring, c’est un très grand honneur ! Et comme je te l’ai dit, il est possible que je t’épouse, j’espère que tu es contente !
La jeune femme préférait ne pas répondre.
- Eh bien, qu’attends-tu ? Déshabilles-toi !
Elle se mit à serrer la robe contre sa poitrine.
- Mais… Il ne faut pas que vous regardiez… dit-elle d’une pauvre voix qui déclencha l’hilarité de Jamie.
- Je reste là. Dépêche-toi, maintenant !
Il ne riait déjà plus, il perdait patience.
- Déshabilles-toi, je veux voir ton corps !
Il se précipita sur elle pour déchirer sa chemise de nuit. Roseta se débattait et criait à pleins poumons sans entendre les rires sur le pont des pirates qui l’entendaient. Portée par un vain désespoir, elle finit par griffer la joue de Jamie. Il la lâcha aussitôt, tous deux interdits devant ce qui venait de se passer. Il reprit vite ses esprits ; Roseta, croyant sa dernière heure venue, leva les bras sur son visage pour se protéger mais il la força à les baisser et lui asséna un revers magistral qui la jeta à terre, évanouie. Il alla ouvrir la porte de la cabine et appela l’un de ses hommes.
- Enferme-la avec les autres filles !

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Dim 9 Juil - 0:13

XIII L’île de Tortuga


Un gémissement franchit ses lèvres. Ses yeux étaient encore clos. Puis, lentement, ses paupières frémirent et s’entrouvrirent enfin. Roseta reprenait conscience. Elle resta couchée encore un peu. Elle sentait la dureté et l’inconfort de planches de bois sous sa tête et tout son corps. Elle devait être étendue à même le sol. Qu’était-il arrivé ? Le Capitaine lui avait ordonnée de se déshabiller puis s’était jeté sur elle parce qu’elle hésitait. Elle se souvint, horrifiée, qu’elle l’avait alors griffé et qu’elle crut qu’il allait la tuer sur le champ. Elle se souvenait ensuite qu’il l’avait violemment frappée puis… plus rien… Elle avait été emportée dans un grand trou noir. Où était-elle, que lui avait-on fait pendant son inconscience ? La peur lui vrillait le ventre au point qu’elle ne sentait plus la faim alors qu’elle n’avait pas mangé depuis… Elle avait oublié depuis quand. Depuis le souper du gouverneur ? Deux nuits et un jour étaient passés depuis. Non, c’était impossible ! Brom l’avait sûrement nourrie. Elle se souvenait seulement avoir refusé de manger ce que Jack lui avait fait apporter, souffrant de mal de mer depuis si longtemps. Quant à Jamie, il ne lui avait rien donnée. Affamée, Roseta l’était, elle n’avait plus que de maigres forces et le revers l’avait fait évanouir. Mais la peur était plus forte encore.

Il faisait noir mais la jeune femme savait qu’elle n’était pas seule. Des voix, des voix de femmes. « Les autres prisonnières ! » pensa-t-elle aussitôt. Elle s’assit lentement et distingua, en effet, des silhouettes autour d’elle. Certaines pleuraient, d’autres étaient sans doute résignées dans leur silence. On avait jeté Roseta dans la cale avec les prisonnières tandis que les prisonniers avaient été transportés sur l’autre vaisseau, celui de Jack, avec les rares survivants de l’équipage de Brom. Les compagnes d’infortune de Roseta étaient, elles aussi, en chemise de nuit, hagardes. C’était des jeunes filles ou des femmes mariées arrachées à leurs époux ou veuves depuis quelques heures. Roseta s’aperçut qu’elle serrait encore contre elle la robe vert d’eau que Jamie avait voulu qu’elle porte.

Le Black Swan suivi du Blue Lagoon semblaient glisser sur la mer tel de silencieux fantômes. Les premières lueurs de l’aube commençaient à écarter les noirs nuages de la nuit mais la lune argentée n’était pas prête de céder sa place. Un voile de brume enveloppait légèrement les bateaux, des tons de gris et de bleus gris révélaient parfois des épaves fracassées sur des rochers : Tortuga n’était pas loin ! Le repère des pirates, plus ancien et plus légendaire de ce fait que la fabuleuse Maracaïbo, était en effet protégé par une ceinture de rochers qui rendaient difficile son accès à ceux qui ne connaissaient pas les lieux. Les violentes tempêtes, cependant, étaient aussi fatales aux pirates et l’on trouvait parfois sur ses épaves un mas portant encore le pavillon noir. Les autres appartenaient aux imprudents ou aux équipages ayant perdu leur cap et dérivant à cause d’une tempête. Les marins s’étaient tus depuis longtemps et un grand silence régnait sur chacun des deux bateaux comme un profond respect devant ce cimetière marin.

« Tortuga ! »



Ce cri venait d’arracher Roseta à un sommeil de quelques heures. Elle s’était endormie peut après avoir repris conscience. Un sommeil réparateur, elle était épuisée. Sans rêves, mais sans cauchemars non plus. Et, « qui dort dîne », dit-on. Elle se frotta doucement les yeux et s’assit de nouveau. Il faisait jour, à présent, les rayons d’un pâle soleil passaient à travers les grilles qui fermaient la cale. Elle vit ses compagnes pour la première fois mais n’eut guère le loisir de s’attarder et ne remarqua réellement qu’une femme du fait de sa chevelure rousse : la lourde grille s’ouvrit et on leur cria à toutes de sortir, le voyage était fini.




En rang les unes derrière les autres, les prisonnières quittèrent le bateau et posèrent le pied sur le port de Tortuga, découvrant le célèbre repère qui glaçait d’effroi quiconque vivait sur une île des Caraïbes. Les habitants dormaient encore, l’accueil serait pour plus tard. Seuls les hommes chargés de surveiller l’entrée du port saluèrent l’arrivée des deux bateaux. On fit avancer les prisonniers le long d’un quai baigné de brume. Des tavernes s’affichaient les unes à côté des autres. Au bout du quai, à l’angle d’une rue, l’enseigne « Chez Farrell, Au Maquereau de la Mer d’Irlande » grinçait de manière sinistre. La ville était plus convenable une fois laissés de côté ces lieux de débauche et de vices. Après être passé sous des voûtes de pierre suintantes d’humidité, des maisons parurent enfin.

A sa grande surprise, Roseta fut séparée des autres. Elle se retrouvait à nouveau avec Jack tandis que l’on conduisait ses compagnes et les prisonniers Dieu sait où.
- Que se passe-t-il ? eut-elle la force de murmurer alors même que la faim la prenait de nouveau et rendait ses pas difficiles.
- Tu es épuisée, répondit Jack, tu ne serviras à rien si tu y restes alors le Capitaine Waring m’a demandé de t’emmener chez moi pour que ma femme s’occupe de toi et te remette d’aplomb. Les autres filles avaient soupé avant l’attaque mais toi je ne crois pas me tromper en disant que tu meurs de faim. Tu n’as pas voulu m’écouter, tu te souviens ?
Comme pour lui donner raison, Roseta fut prise de faiblesse et chancela. Jack dut la soulever dans ses bras et la porter jusque chez lui, à demi évanouie.

Venue à la rencontre de son mari, Samantha se précipita aussitôt en voyant la jeune femme. Mrs Sparrow était un parfait contraste avec l’île de Tortuga. Elle n’était que bonté et douceur, une âme pure et charitable parmi les brebis égarées. Singulier duo que cette jeune femme blonde et Sparrow, mais un véritable amour existait entre eux. Samantha connaissait le véritable Jack.
- La pauvre jeune femme ! Que lui est-il arrivé ?
Roseta venait de perdre connaissance pour de bon. Elle n’avait pas vu Mrs Sparrow.
- Elle est très faible, elle a besoin de manger et de dormir. Jamie veut qu’elle soit rétablie demain pour…
Jack, gêné, baissa la voix.
- … pour les enchères…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Lun 10 Juil - 17:42

XIV Jeune femme à marier


A bout de forces, Roseta avait fini par s’endormir. Elle était revenue à elle au moment où Samantha aidait son mari à la coucher. Elle avait sentit la toile rugueuse des draps et le doux visage de Mrs Sparrow s’était penché sur elle.
- Reposez-vous, ne vous inquiétez pas. Je suis Mrs Sparrow. Je vais vous donner à boire et à manger.
A demi morte de faim, Roseta s’était jetée sur ce que la femme de Jack lui apporta.
- Doucement… Vous allez vous étouffer… Je vous en donnerai à nouveau tout à l’heure.
Il en fut de même lorsqu’elle revint avec une carafe d’eau douce. La faim et la soif apaisées, Roseta s’était ensuite endormie tout doucement comme pour fuir le sort qui s’acharnait contre elle depuis que Brom avait posé ses regards sur elle. Samantha alla rejoindre son mari qui attendait dans la pièce voisine, ayant préféré les laisser seules.

Ce fut de nouveau Mrs Sparrow sans Jack que Roseta vit à son chevet lorsqu’elle s’éveilla de longues heures plus tard.
- Je vois que vous avez bien dormi, Mrs Monastorio.
La voix de Samantha était si douce que Roseta se sentit immédiatement en sécurité et en confiance. Elle avait dormi si longtemps parce qu’elle était éreintée, mais également parce qu’elle s’était sentie protégée.
- Vous… Vous connaissez donc mon nom, Madame ?
Samantha souriait avec bienveillance.
- Mon mari me l’a dit. … C’est Jack Sparrow, précisa-t-elle. Je suis Samantha Sparrow, son épouse. Je crois que vous comprenez notre langue si nous parlons doucement, mais je peux vous parler espagnol si vous le désirez.
- Je… Merci… Je peux comprendre…
Samantha lui dit qu’elle avait préparé un bouillon. Ayant encore faim, Roseta le but jusqu’à la dernière goutte. C’était chaud, cela lui faisait du bien, elle se détendait. Lentement, ses yeux se fermèrent, la drogue faisait effet.

La porte de la chambre s’ouvrit quelques instants plus tard alors que Roseta était déjà profondément endormie.
- Je lui ai donnée un sédatif, dit Samantha, il faut qu’elle dorme.
Jack était à quelques pas derrière elle.
- Elle est épuisée et cependant elle n’a dormi que quelques heures. Jamie sera content, elle sera rétablie demain quand…
La voix de Samantha se brisa. Jack alla jusqu’à elle et la prit tendrement dans ses bras.
- Je sais ce que tu penses…
- Pardonne-moi, Jack, mais cela me peine de devoir demain la coiffer, l’habiller, en un mot la faire belle pour la vente aux enchères…
- Je sais…
- J’ai eu beaucoup de chance en étant choisi par toi, il y a deux ans. J’ai appris à t’aimer et maintenant je suis si heureuse que j’en oublie mon passé. J’étais orpheline, je me rendais aux Amériques sans savoir qu’y trouver et… je peux dire que tu m’as sauvée en fin de compte. Tu as su me rendre heureuse. Mais elle… Elle est mariée… Elle n’est pas faite pour vivre ici… Elle n’est pas désemparée à la recherche d’une vie meilleure !



- Hélas, c’est ainsi ! Je ne pouvais pas la laisser sur le bateau où je l’ai trouvée, elle aurait péri noyée.
Samantha fut forcée d’admettre que son mari avait raison.
- Et puis… Je sais que tu seras son amie, Chérie. Cela l’aidera.

Les effets du somnifère que Samantha lui avait administré se dissipèrent à l’aube du lendemain matin. Roseta avait repris des couleurs et déjeuna de bon appétit. Elle remarqua cependant que Mrs Sparrow était mal à l’aise. Elle lui en demanda timidement la raison.
- C’est que… Il faut bien vous le dire, de toute façon… Je… Vous… Vous allez être vendue aux enchères tout à l’heure avec les autres prisonnières et je dois vous baigner, vous habiller et vous coiffer, c’est un ordre du Capitaine Waring…
La jeune femme poussa un cri de surprise suivi d’un gémissement plaintif.
- Non… Noooon…
Samantha s’assit à son chevet et la prit dans ses bras, tentant de l’apaiser. Elle avait le cœur serré, les larmes aux yeux.
- Ce sont les ordres, je suis si désolée… Non, ne pleurez pas, je vous en prie… Je suis votre amie… Souvenez-vous que je suis votre amie… Je le serai toujours… Je suis passée par là moi aussi…



Elle la berçait doucement, bouleversée par les frissons qui agitaient le corps de Roseta. Elle parvint non sans mal à la calmer, à force de répéter qu’elle était son amie ainsi que Jack.
- Vous devez voir que dans tout malheur il y a quelque chose de ne point trop mauvais, reprit Samantha
Elle avait été incapable de dire « que dans tout malheur il y a du bon » tant elle comprenait que Roseta ne voit pas ce qui était bon pour elle dans tout cela.
- Le Capitaine Waring m’a fait part de son désir de faire de vous sa compagne mais vous l’avez griffé ce qui l’a mis très en colère. Il a alors décidé que vous partageriez le sort des autres prisonnières. Ce sera donc un autre homme qui deviendra votre mari.
Roseta fut grandement surprise.
- Un mari ?
- Oui, voilà justement ce qui doit un peu vous consoler bien que je comprenne votre désarroi et votre peur pour l’avoir vécue. Les tavernes n’ont pas besoin de filles, elles ont tout ce qui leur faut, mais nous avons à Tortuga des célibataires désireux de se marier. Vous… Vous ne serez pas fille de taverne, vous… Vous serez une épouse et une mère… Vous aurez peut-être un mari très correct. Il y a par exemple Turner, le forgeron. Il ne va jamais en mer, ce n’est donc pas vraiment un pirate, il ne fait que fabriquer des armes mais ne s’en sert pas. De plus il est fort beau garçon…
- Je suis déjà mariée.
Samantha baissa la tête. Elle faisait de son mieux pour la rassurer mais elle-même ne croyait guère ce qu’elle disait. Certes, c’était ainsi qu’elle avait épousé Jack, certes Turner était célibataire et séduisant, mais il y avait tous les autres et elle savait que Roseta serait malheureuse.
- Je ne puis qu’être votre amie, je suis sincèrement désolée…
La mort de l’âme, Roseta se résigna. Elle avait encore l’espoir que le Commodore lance ses vaisseaux à sa recherche. A plusieurs reprises au cours de sa captivité elle s’était dite perdue, mais elle avait encore ce fol espoir. Son mari, son frère et le Commodore allaient venir, ce n’était qu’une question de jours. En attendant, elle supporterait ce qui lui arriverait. Elle remerciait le Ciel de ne plus être vierge, son déshonneur ne serait point le même.
- Je vous crois… Votre amitié me réconfortera…
Elle inspira profondément.
- Je suis prête, j’ai fini de déjeuner. Vous pouvez m’habiller et me coiffer. Je serai aise de quitter cette chemise de nuit.
Une idée vint alors à Samantha comme elle conduisait Roseta dans son cabinet de toilette : il fallait à tout prix que ce soit Turner qui emporte les enchères. Il était le seul qui puisse convenir à une jeune femme comme Roseta. Il serait gentil avec elle et épouse de forgeron était ce qu’elle pouvait trouver de plus honorable sur Tortuga. Samantha irait le trouver et le persuaderait de la sauver…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Lun 17 Juil - 0:39

XV La forge de Turner


La toilette de Roseta se fit dans un lourd silence. Samantha sentait que rien de ce qu’elle pourrait dire ne suffirait à consoler la pauvre jeune femme puisqu’elle ne pouvait empêcher son sort de se nouer pendant cette vente. Elle ne pouvait qu’adoucir ce sort et il fallait faire vite. Roseta, quant à elle, ne pleurait plus. Elle était résignée. Son malheur avait été décidé dès l’instant où Brom lui avait été présentée, ce nom surgi du passé que pourtant elle ne connaissait pas. L’attaque des pirates avait détourné le destin de Roseta mais ne l’avait point amélioré. Son sort n’avait fait que changer de mains, les pirates ne faisaient que prendre le relais de Brom. D’abord absente, la jeune femme s’était ensuite concentrée sur son reflet dans le miroir en pied de Samantha. Le bain qu’elle lui avait donnée lui avait fait un bien infini. Elle se sentait plus détendue, ses membres semblaient plus légers. Elle avait rêvé de ce bain depuis ces instants passés dans le sac de toile grossière de Brom. Elle reconnut la robe que lui présenta Samantha. C’était celle que le Capitaine Waring avait voulu qu’elle mette. Elle y consentit cette fois. Tandis que Samantha laçait les rubans, elle se demandait comment l’avait-elle eu en sa possession, si le Capitaine était venu lui ordonner de l’habiller de la sorte, avant de se souvenir qu’à son arrivée elle serrait encore la robe contre sa poitrine. Roseta dut reconnaître qu’elle était jolie et qu’elle la portait bien en dépit du fait qu’elle n’ait point été confectionnée pour elle, sur ses mesures. La jeune femme était petite et menue mais en serrant les lacets la robe lui allait fort bien. Elle était contente de quitter enfin cette chemise de nuit qui resterait à jamais associée à son enlèvement et toutes ses mésaventures en mer. Samantha s’occupa enfin de sa chevelure qu’elle arrangea en chignon et boucles. Son amie était prête pour un bien étrange mariage.

L’heure des enchères était venue. Un homme avait frappé à la porte de la maison des Sparrows pour réclamer la prisonnière. Samantha accompagna son amie.
- Merci de votre gentillesse…
C’était les premières paroles de Roseta depuis qu’elle savait ce qu’on allait faire d’elle. Ces simples mots, prononcés d’une voix très triste, bouleversèrent Samantha. Elle prit sa main entre les siennes, lui offrit un sourire encourageant, puis se blottit dans les bras de Jack qui venait d’arriver. Roseta savait que maintenant il fallait y aller, aller à la rencontre de son destin une fois de plus, destin qui se scellerait peut-être définitivement cette fois. Devant la maison des Sparrows, les prisonnières du Black Swan attendaient leur dernière compagne pour rejoindre la place du marché où se tenaient habituellement les enchères. Elles étaient à la file indienne le long de la rue, toutes retenues par une seule et même corde qui leur prenait la taille et laissait environ un mètre entre chacune d’entre elle. Roseta reconnut la femme rousse qu’elle avait remarquée dans la cale en raison de sa chevelure flamboyante. Elle portait une robe de couleur pourpre qui ne manquait pas de la distinguer des autres. L’homme venu chercher Roseta s’avança.
- Tout le monde t’attend, tu vois ! Tu as eu des privilèges jusqu’à maintenant mais c’est fini, tu vas partager le sort des autres ! dit-il en ricanant méchamment.
Avec rudesse, il empoigna Roseta qui ne put s’empêcher de gémir et la conduisit à l’arrière du convoi. Il la lâcha d’abord, certain qu’elle ne s’enfuirait pas, détacha la dernière femme pour lui donner sa place et qu’elle continue ainsi de fermer la marche. Il convoitait cette dernière et tenait ainsi à l’avoir au plus près de lui. Roseta fut donc placée avant-dernière. Il passa la grosse corde rugueuse autour de sa taille et serra sans se soucier de lui faire mal. Il fit de même pour la femme derrière elle, prit la dernière extrémité de corde et donna l’ordre de marche. Le convoi se mit en route. Tête baissée, Roseta se mit à pleurer doucement. Elle ne vit pas que Samantha était partie.

Lorsque l’homme avait empoigné sa malheureuse amie, Samantha s’était éclipsée. Il n’y avait pas une minute à perdre si elle voulait l’aider. Elle courut à perdre haleine dans les ruelles étroites de Tortuga, attirant les regards sur son passage. Elle ne s’arrêta que devant l’atelier du forgeron, essoufflée au point de devoir prendre quelques secondes pour se remettre.
- Will, il faut que tu me rendes un très grand service !
Turner était un ami des Sparrows. Il avait beaucoup de respect pour Samantha dont il appréciait la gentillesse et la douceur. En la voyant arrivé, il lui sourit gentiment et reposa son lourd marteau et épongea son front avec la manche de sa chemise. La chaleur qui régnait en permanence dans la forge le mettait en sueur dès le matin. . C’était un métier rude mais honnête.
- Notre invitée ! La jeune femme que Jack a ramenée sur son bateau ! Tu sais, il t’en a parlé hier ! C’est maintenant, ils vont la vendre ! Je t’en supplie, Will, tu es célibataire, fais quelque chose !
Jamais encore Turner n’avait vu son amie si agitée. Les mots se bousculaient dans sa bouche, elle ne pensait déjà plus à respirer. Abasourdi, il comprenait ce qu’elle attendait de lui.
- C’est le service que tu veux que je te rende ? Que je prenne cette fille pour épouse ?
- Oui ! Tu es le mieux de l’île Jack excepté !
- Ah, je suis flatté !
- Mais nous n’avons pas de temps à perdre ! trépigna Samantha qui commençait à perdre patience dans son affolement et la chaleur qui l’étreignait dans cette forge dont elle était pressée de ressortir.
- Je ne veux pas de femme, moi !
- Mais tu n’es pas obligée d’en faire vraiment ta femme ! Tu peux, euh… en faire une petite sœur ! Ou une servante ! Je te demande juste de l’aider ! Elle est mariée et elle ne reverra probablement jamais son mari, je veux juste qu’elle n’ait pas en plus de ce malheur celui de supporter n’importe qui.
Turner fronça les sourcils.



- Une chose m’échappe : pourquoi elle et pas une autre ?
- Je ne sais pas, reconnut Samantha en se calmant un peu. Peut-être parce que je me dis que si Dieu l’a envoyée dans ma maison c’est parce qu’il faut l’aider.
Poussant un long soupir, Turner finit par enlever son tablier de cuir.
- Bon, très bien. On y va. J’espère qu’elle est jolie et qu’elle ne va pas tout mettre sans dessus dessous ni faire de caprices !



- Ooh, merci, Will !! Elle est très jolie et elle ne te demandera rien ! Merci, Will !!
Un peu gêné devant l’explosion de joie de son amie, Turner posa une pancarte sur la porte de l’atelier : « Je suis absent pour le moment, signé : Will Turner ». Il fallait maintenant se hâter de rejoindre la place du marché. Par bonheur, Roseta était l’avant-dernière prisonnière, ils arriveraient à temps…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Mar 18 Juil - 1:50

XVI Orage tropical


Pendant que Samantha sollicitait l’aide de Turner dans sa forge, le convoi des prisonnières se dirigeait vers la place du marché de Tortuga. Elles étaient sept jeunes femmes attachées les unes aux autres, avançant avec la lenteur et la résignation d’un condamné qui se sait déjà mort. Roseta prenait garde à ne point trébucher. Sa robe un peu grande lui seyait grâce aux lacets que Mrs Sparrow avait noués habilement mais elle était trop longue. Par chance, ses mains n’étaient pas entravées, de sorte qu’elle put tenir la jupe en particulier lorsqu’il fallut passer sur un pont. Roseta découvrait Tortuga sous un nouveau visage. A son arrivée, aux premières heures du jour, elle n’en avait vu qu’un quai déserté, bordé de sinistres tavernes. En cet instant, la ville était animée et elle fut surprise de constater que chacun vaquait à ses occupations comme en n’importe quel autre lieu. Cela lui rappelait presque le port de Cadiz où elle avait embarqué avec son mari et son frère. Les hommes s’occupaient de filets de pêche, les femmes discutaient entre elles en se rendant au marché, les enfants couraient en tous sens. Elle remarqua des échoppes, des ateliers d’artisans, des étales de marchandises. Tortuga pourvoyait aux besoins de tous ses habitants. A l’extérieur de la ville, des terres étaient cultivables et des fermes pratiquaient l’élevage. Ce qu’il manquait provenait des bateaux attaqués, de sorte que l’île vivait en autarcie pour ce qui lui était essentiel et vital, et d’« importations forcées », selon les mots de Jamie, pour ce qui était superflu. La piraterie avait enrichi l’île de manière significative. Le partage des butins et l’usage qui en était fait rendaient les affaires florissantes. Un véritable commerce avec le continent sud-américain avait été mis en place au siècle passé lorsque les pirates s’étaient installés à Maracaïbo, sur la côte vénézuelienne. Roseta comprit que toute société, qu’elle soit pirate ou non, fonctionnait de manière semblable à sa voisine. A Port Royal, elle avait entendu le Commodore parlait des cultures, des élevages, des marchés, du coton et tout cela lui semblait maintenant familier.

La place du marché était située en bordure de quai. Des paniers regorgeant de fruits, de légumes et d’épices étaient amassés sur les pavés et offraient d’agréables senteurs colorées. Roseta aperçut également des étales d’étoffes. Les habitants de Tortuga confectionnaient eux-mêmes leurs vêtements à partir de plantes telles que le chanvre qu’ils cultivaient dont ils extrayaient les fibres qu’ils tissaient et teignaient, la culture du coton était également un peu pratiquée, mais les vêtements les plus beaux provenaient des étoffes de prix que les bateaux transportaient au Nouveau Monde en provenance d’Europe. Enfin, elle remarqua des chèvres et des poules. L’homme qui fermait la marche ordonna enfin aux prisonnières de s’arrêter, elles étaient arrivées. Un grand emplacement inoccupé les attendait. En face, de l’autre côté du bras de mer, étroit en cet endroit, plusieurs rangées de marches, disposées comme dans les antiques amphithéâtres du vieux continent, permettaient aux pirates de faire leur choix. Ils étaient d’ailleurs déjà nombreux à s’être rassemblés. La plupart par curiosité, pour voir les filles et pour passer le temps pendant que leurs femmes faisaient le marché. D’autres avec l’intention de retourner chez eux avec une épouse. L’arrivée des prisonnières fut saluée avec forces hourras et sifflements. Adressant un sourire de connaisseur aux unes et aux autres, aux jeunes femmes et aux acheteurs potentiels, l’homme chargé des enchères ouvrit la séance en déployant une immense banderole confectionnée dans une voile de bateau sur laquelle était inscrit - en français, remarqua Rosetta - « Vente aux enchères : prenez une fille pour épouse ».
- Public auction, rappela l’homme, a wife ! i,Una esposa !

Soudain, alors que la première fille allait être présentée, un craquement déchira le ciel et un violent orage, suivi de pluies diluviennes dispersa la foule.



L’air, très lourd depuis plusieurs jours, laissait présager ces intempéries mais pas si tôt dans la journée. L’amoncellement de nuages était soudain et le ciel était devenu gris et menaçant de minute en minute. Samantha et Turner arrivèrent sur la place au même moment. Ils avaient vu le ciel comme ils passaient sur le pont de pierre que Roseta et ses compagnes avaient franchis peu avant eux. Ils virent la foule déserter les lieux rapidement tandis que le responsable des enchères criait qu’elles reprendraient dès que la pluie aurait cessé. En attendant, les prisonnières furent enfermées dans la grande salle de la cantina qui donnait sur l’arrière de l’emplacement de la vente.

Les heures passèrent. Roseta ne put s’empêcher de songer au terrible orage qui avait secoué le Reina Isabel, provoquant leur escale à Port Royal. Les orages tropicaux étaient bien terribles, se disait-elle, effrayée par les claquements et les violents faisceaux de lumière qui venaient frapper les vitres de la cantina à intervalles réguliers. Le vent s’était levé. Elle devinait les branches des palmiers violemment secouées par ces rafales dont elle entendait le sifflement sinistre. Le climat tropical était plein de surprise et si changeant ! L’une de ces branches heurtait parfois ces mêmes vitres. Les heures passèrent. La pluie resta après l’orage. Roseta avait eu le temps de se livrer à ses pensées. Les autres devaient faire de même car un profond silence s’était installé dans la salle. L’homme chargé de les surveiller et les responsables des enchères jouaient aux cartes à une table.

Roseta avait d’abord pleuré en silence au douloureux souvenir d’Enrique et Axel, puis prié pour qu’ils arrivent bientôt la sauver.



Elle avait ensuite chassé de sombres pensées pour se résigner à nouveau. Elle avait aperçu Samantha, elle était venue. Elle était avec un homme, était-ce ce forgeron dont elle lui avait parlée ? Il lui avait semblé agréable, du peu qu’elle en avait vu, mais point aussi séduisant que le Capitaine Waring, dut admettre la jeune femme en rougissant abondamment. De bien étranges sentiments l’envahissaient peu à peu et elle se surprit à superposer parfois l’image du Capitaine pourtant responsable de son malheur présent à celle d’Enrique qu’elle aimait pourtant de tout son cœur.

Comment chasser ces images indécentes ? Comment osaient-elles l’effleurer ? Roseta était horrifiée d’elle-même, de sa légèreté qu’elle découvrait honteusement. Elle avait éprouvé un penchant pour le Commodore Norrington et elle avait répondu « moi aussi » lors de la promenade sur les rempares, alors qu’il lui disait qu’il aurait aimé l’avoir connue avant Enrique pour pouvoir l’épouser. Cet incident avait choqué la jeune femme. Non les paroles du Commodore, qu’elle crut un instant avoir rêvées, mais sa propre réaction, ce qu’elle nommait presque une trahison vis-à-vis d’Enrique. Maintenant, elle se surprenait à éprouver une attirance pour le Capitaine Waring…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Sam 29 Juil - 21:41

XVII « Faites votre offre, pour cette charmante jeune femme ! »


La fin des pluies torrentielles fut le signal de la reprise de la vente. Il était très tard, il avait fallu allumer les lanternes de la salle de la cantina. La nuit tropicale s’apprêtait à tomber sur l’île de Tortuga. Tout était à nouveau serein. Cette quiétude avait attiré l’attention des deux hommes qui jouaient aux cartes près d’une fenêtre. Ils échangèrent un signe de tête puis se levèrent. L’un alla sonner une cloche sur la place du marché tandis que l’autre ordonnait aux filles de se lever. Elles quittèrent la cantina à la file indienne comme elles y étaient entrées, toujours attachées. La pression de la corde serrée autour de la taille était devenue douloureuse au fil des heures. Les pavés étaient trempés, les palmes chargées d’eau. Près des lieux de la vente, un pont à la voûte de pierre laissait perler quelques gouttes de pluie dans le bras de mer. Il semblait suinter de la sorte. L’air était humide au lieu d’être poisseux.

Il est parfois de ces questions pratiques que l’on se pose dans les moments les plus inopportuns. Roseta se demandait avec curiosité comment l’homme espérait-il faire revenir les clients en agitant une simple cloche alors que la nuit venait de tomber et que seules des rangées de lanternes éclairaient la scène. C’était compter sans la popularité des ventes aux enchères à Tortuga ! Au moindre signe que la pluie avait cessé, les pirates du matin se précipitèrent à nouveau sur la place du marché. L’un se fit remarquer sortant de chez lui en courant parce que poursuivit par sa femme et son balai. La pluie n’en avait pas empêché d’autres de se rendre dans les tavernes mais elles furent désertées lorsque l’on cria que la pluie avait cessé, signe que la vente allait commencer. Roseta vit revenir l’homme qui accompagnait Samantha le matin mais point son amie, probablement en raison de l’heure tardive. Jack, cependant, était là, sans doute pour rassurer sa femme à propos du sort de leur nouvelle amie. Roseta le vit, en effet, adresser quelques mots à l’oreille du jeune forgeron. Elle baissa la tête. Il était effectivement l’un des rares parmi l’assemblée qui ne la répugnait pas. Il faisait sombre, mais les pirates étaient venus avec des lanternes supplémentaires qu’ils installèrent autour d’eux sur les marches où ils prenaient place comme au spectacle, de sorte qu’ils voyaient fort bien les prisonnières, elles-mêmes éclairées par les autres lanternes, et qu’elles voyaient bien de même les acheteurs potentiels.

La vente commença. Les prisonnières, au nombre de sept, étaient tour à tour conduites sur le bord du quai pour y être montrées. La première trouva rapidement acquéreurs. Roseta frissonna en voyant la mine patibulaire de l’heureux mari. Elle était obligée de reconnaître qu’elle avait de la chance de connaître Mr et Mrs Sparrow, d’être destinée à un homme qui était loin d’être repoussant et que Samantha avait dépeint comme « pacifique ». Elle se soumettrait donc, elle serait l’épouse du forgeron en attendant qu’Enrique vienne la sauver. Samantha lui avait que « dans tout malheur il y a quelque chose de ne point trop mauvais » : ce simulacre de mariage empêcherait peut-être Roseta de penser que le Capitaine Waring était décidemment séduisant, considération qu’elle ne pouvait admettre et qu’elle se reprochait amèrement. Alors que les pirates congratulaient le nouveau couple, que les perdants de la première enchère criaient de désappointement, l’homme chargé des enchères fit venir la deuxième jeune femme et reprit son discours :
- Faites votre offre, pour cette charmante jeune femme !
- Six… gémit une voix pâteuse.
- Six ! Qui dit…
- … six bouteilles de rhum ! acheva la même voix.
Celui qui faisait office de commissaire-priseur s’agaçait.
- Garde ton rhum ! C’est de l’or, que je veux !
Les autres s’impatientaient. Ils étaient pressés de retourner qui à la taverne, qui chez lui. Les célibataires espéraient une nuit de noces et avaient hâte.
- On veut la rouquine ! On veut la rouquine ! On veut la rouquine ! entendait-on crier de toutes parts.
La deuxième fille revint donc à l’ivrogne. Roseta, le cœur serrée, la regarda partir en pleurant en fois détachée de ses compagnes. Pendant ce temps, la femme rousse était l’objet de toutes les attentions. Son arrivée fut grandement saluée par l’assistance, satisfaite. Les pirates en vinrent presque aux mains et aux couteaux pour avoir l’honneur d’être le mari de « la rouquine ».



Roseta, bouleversée, frêle et fragile, porta à ses yeux un mouchoir que Samantha lui avait donné avant son départ et glissé dans l’une des manches de la robe. Elle fondait en larmes et entendait à peine la femme derrière elle, plus âgée, qui teintait de la rassurer et de la réconforter.



Ce fut le tour de Roseta. Les deux filles devant elle étaient maintenant parties avec leurs époux après le tour de la rouquine. La jeune femme, comme dans un état second, ne s’en était à peine rendue compte. Le tour de Roseta, son tour d’être jetée aux lions, offerte en pâture aux regards. Elle comprit pourquoi la corde laissait un mètre entre deux filles, c’était pour permettre d’avancer jusqu’au bord du quai tandis que la suivante attendait depuis sa place. En larmes, Roseta ferma les yeux et dit une courte prière pour que la présence de Jack et de son ami soit bon signe pour elle. Comme venue de loin, elle entendit la voix dire, cette fois pour elle :
- Faites votre offre, pour cette charmante jeune femme !
Roseta était mise aux enchères, le moment était arrivé. Une pensée affreuse vint alors, et si le forgeron n’avait pas assez d’argent pour surenchérir le dernier ? Elle ne connaissait pas sa voix, pas plus qu’elle connaissait son nom. Elle entendait quelqu’un surenchérir à chaque fois qu’un autre parlait. Était-ce le forgeron ? Allait-elle le ruiner ? Elle savait qu’elle culpabiliserait pour cela et pourtant elle ne voulait pas qu’un autre l’emporte. D’affreuses minutes qui durèrent des heures s’écoulèrent. Enfin, ce fut fini. Du moins le crut-elle.
- 48 ? 48 une fois, 48 deux fois, 48 tr…
- Attendez, je dis 50 !

Roseta ouvrit les yeux, cette voix comme surgit du lointain lui était presque familière. Elle sut que son intuition était bonne en voyant que c’était le Capitaine Waring.
Jamie s’était délecté de ses enchères, dissimulé non loin de là, fermement décidé à n’intervenir qu’à la dernière minute. Cette fois, c’était fait, Roseta devenait légalement sa propriété. Il se précipita sur le pont et en quelques enjambées se retrouva de l’autre côté, se tenant devant la jeune femme, fièrement campé sur ses jambes, mains sur les hanches.
- Détache-la, dépêche-toi ! ordonna-t-il au commissaire-priseur. Je te paierai demain.
La corde fut aussitôt retirée de la taille de Roseta et l’homme la poussa dans les bras de Jamie.
- Te voilà mon épouse ! s’écria le Capitaine Waring, triomphant.

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Dim 30 Juil - 18:51

XVIII Mrs Jamie Waring


Les événements s’enchaînaient rapidement pour Roseta après les heures d’attente passées dans la cantina. A peine se rendit-elle compte qu’on la poussait dans les bras de Jamie que ce dernier l’enlaçait brusquement pour susurrer doucement à son oreille « Mrs Jamie Waring ».



L’euphorie le gagnait, l’extrême satisfaction de paraître sous ses yeux à la place de Turner qui n’avait pu surenchérir. Le jeune forgeron avait déjà proposé tout ce qu’il avait, et il n’aurait sans doute pas osé continuer s’il l’avait pu pour ne pas contrarier le grand Jamie Waring, le grand Capitaine, le supérieur de son ami Jack. Le jeune homme baissa la tête. Il savait que Samantha serait déçue et triste. Il s’était rendu compte à quel point le service qu’elle lui demandait était important pour elle. Au même moment, Jamie repoussa Roseta à quelques centimètres de lui sans la lâcher, la retenant à présent de ses mains posées sur ses bras. Il la contempla quelques instants et lui offrit un sourire jubilatoire aussi inquiétant qu’irrésistible. L’on disait à Tortuga que le Capitaine Waring souriait souvent mais qu’il avait mille manières de le faire. Il obligea ensuite Roseta à se tourner vers ses hommes pour que tous puissent bien la voir à nouveau.
- Mes amis, je vous présente Mrs Waring ! Ma femme !
Un tonnerre d’applaudissements se fit entendre, à la hauteur de l’événement : le Capitaine Waring venait de se marier ! Le chahut se fit plus grand encore lorsque Jamie fit légèrement basculer Roseta pour l’embrasser de force. Un baiser exigeant, brutal et passionné. La jeune femme sentit une nouvelle fois les larmes monter à ses yeux, partagée entre une attirance et une répulsion pour cet homme, sa résignation mais sa loyauté envers Enrique.
- Souriez ! ordonna Jamie à son oreille une fois le baiser terminé.
Elle obéit, mais seul un pauvre sourire triste parvint à se dessiner sur ses lèvres endolories.
- Elle n’a pas l’air heureuse ! cria quelqu’un.
- Mais elle le sera demain matin ! rétorqua Jamie.
Il prit ses lèvres une deuxième fois. Les pirates riaient aux éclats devant le spectacle de Roseta faisant de petits mouvements timides pour tenter de se dégager, ses tortillements vains. Enfin, il la laissa pour recevoir les félicitations de ses hommes qui passaient sur le pont pour le rejoindre. Jamie remarqua l’air dépité de Turner qui ne bougeait pas. C’était lui qui avait manqué emporter Roseta et cela échappait au Capitaine. Il n’avait encore jamais vu ou entendu dire que Turner assistait aux ventes. Le jeune forgeron, quant à lui, se mit à chercher Jack du regard, mais celui-ci se dirigeait à son tour vers Jamie pour le féliciter. Sans doute était-il préférable de faire de même. Turner oublia Roseta qu’il avait d’ailleurs à peine regardée et suivit ses compagnons. Tous se bousculaient autour du nouvel époux au risque de faire tomber Roseta. Jouant de son autorité charismatique, Jamie parvint à retrouver un espace autour de lui. Il saisit à nouveau Roseta par le bras pour la serrer encore une fois contre lui mais de manière à ce que son visage soit face aux hommes, qu’ils la voient. Il était derrière elle, la mettant en avant.
- Allez tous boire à notre santé ! cria-t-il. A votre Capitaine…
La taille de Roseta était fine, un seul bras suffisait à la retenir avec fermeté. De sa main libre, Jamie commençait à envelopper ses formes à la grande honte de la jeune femme.
- … à sa jolie femme…
Il plaqua sa main sur son ventre.
- … et aux futurs enfants Waring ! Maintenant, pardonnez-moi de ne pas venir boire avec vous mais… une autre affaire m’attend !
Tous se dispersèrent tandis que l’homme qui avait surveillé les prisonnières toute la journée négociait avec le commissaire-priseur la dernière, celle qui était attachée derrière Roseta et dont nul ne s’était préoccupée.

La maison de Jamie était sans conteste la plus belle de Tortuga. Roseta se surprit même à la trouver jolie et même bien arrangée lorsqu’elle en découvrit l’intérieur. Elle se détendait à présent dans un baquet d’eau chaude, une servante près d’elle. Elle devait reconnaître que le comportement de Jamie la déconcertait. Il lui avait fait quitter la place du marché comme sa prise de guerre après l’avoir exhibée devant ses hommes et il semblait jouer maintenant au mari galant. Il l’avait fait monter dans une carriole préparée tout exprès pour elle, pour qu’elle n’ait pas à marcher jusqu’à la maison. Il s’était conduit très dignement et n’avait pas prononcé un mot jusqu’au moment de descendre. « Madame Waring, voici votre demeure » furent ses paroles. C’était la deuxième fois depuis la vente qu’il la vouvoyait, il ne l’avait encore jamais fait. Roseta venait de le remarquer. Sa surprise fut plus grande encore lorsqu’il l’a fit basculer dans ses bras, non pour l’embrasser à nouveau de force comme elle le craignit d’abord, mais pour lui faire passer le seuil de la maison. Elle comprit à son visage soudain grave qu’il ne se moquait pas et qu’il semblait prendre ce singulier mariage au sérieux et qu’il ne s’était pas tout simplement procuré une compagne. Il lui avait ensuite donnée une servante et permis de prendre un bain.

Couchée dans un lit douillé, Roseta massait sa taille endolorie. La corde avait appuyé sur les baleines de son corset pendant des heures. La chambre que la servante lui avait donnée était jolie et bien décorée. Jamie semblait avoir disparu, elle crut qu’il avait décidé de la laisser tranquille. Pendant quelques instants, elle eut l’espoir d’un faux mariage qui n’aurait été destiné qu’à la soustraire aux autres hommes. Du moins voulut-elle s’en persuader. Elle se reprocha sa naïveté en voyant Jamie pénétrer dans la chambre, les yeux brûlants de désir, prêts à la transpercer de leur morsure. Elle se recroquevilla instinctivement à l’autre bout du lit comme il se penchait vers elle.
- Allons, n’ayez pas peur ! Ce n’est pas nouveau pour vous !
- Mais ce n’est pas à vous qu’il revient de… répondit la jeune femme d’une voix tremblante.
- Bien sûr que si ! Vous êtes ma femme ! Vous êtes Mrs Jamie Waring. Ou Mrs James Waring si vous trouvez “James” plus élégant que « Jamie ».
- Vous vous trompez, Monsieur, je suis la Señora Enrique Monastorio.
Jamie était venu dans la chambre de sa nouvelle épouse avec l’intention d’être calme et patient avec elle, mais ses bonnes résolutions s’évanouirent comme neige au soleil devant sa réticence.
- Eh bien plus maintenant ! Vous êtes ma femme et je prétends dire que je vous aime ! Voulez-vous une preuve ? Je pouvais vous avoir gratuitement, vous étiez ma part de Capitaine ! Eh bien non, j’ai payé pour vous ! Vous m’avez coûtée 50 pièces d’or et j’entends en avoir pour mon argent !
Roseta était devenue blême. La voix de Jamie se faisait soudain menaçante, ses yeux, terribles. En un tour de main, il fut torse nu et se pressa contre elle, plaquée sur le lit. Il cherchait ses lèvres mais Roseta détournait la tête dans un sanglot de désespoir.



Jamie fronçait les sourcils, il pestait entre ses dents aussi crut-elle qu’il allait la frapper aussi leva-t-elle ses bras pour protéger son visage, bien que cela n’ait nullement empêché le violent revers de l’atteindre lorsqu’ils étaient sur le Black Swan. Elle avait bien deviné l’intention de Jamie qui lui montrait le revers de sa main, mais il suspendit son geste. Une idée diabolique venait de germer en lui.
- Ma colombe, je pourrais vous prendre de force mais je ne vais pas le faire. Lorsque vous êtes devenue ma part de Capitaine, j’ai juré que vous me supplieriez ! Voilà ce soir la deuxième fois que vous me résistez. Vous me supplierez de vous porter sur ma couche la troisième fois !
Sur ces paroles énigmatiques quant aux moyens employés si ce n’était la force, Jamie quitta la chambre en souhaitant à Roseta un ironique « Bonne nuit, Mrs Waring ! »

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Lun 31 Juil - 21:00

XIX « Au Maquereau de la Mer d’Irlande »


D’abord soulagée par le départ Jamie, Roseta regrettait à présent son erreur avec le sentiment de n’avoir fait que retarder l’inéluctable tout en aggravant son sort une fois de plus. Elle fut tenter de partir à sa recherche ou de le faire appeler pour lui dire qu’elle regrettait sa conduite, qu’elle acceptait d’être sa femme, mais n’en trouva pas le courage non plus. Quels en seraient les motifs ? Se donnerait-elle pour éviter quelque chose de pire comme il l’avait sous-entendu ? Se donnerait-elle parce que Jamie lui faisait quelque effet ? La honte la submergeait. Et Enrique ! Si jamais Enrique venait la délivrer dans la nuit ou le lendemain, jamais il ne lui pardonnerait d’avoir cédé si vite et elle savait qu’elle ne pourrait le lui cacher longtemps. Elle était convaincue qu’il est des choses que l’on voit sans les dire et que cela en faisait partie. Il ne lui restait donc plus qu’à attendre. Attendre une fois de plus, et prier.

Au matin, la servante vint préparer Roseta. Elle l’aida à mettre la robe qu’elle portait déjà à son arrivée, celle que Jamie lui avait ordonnée de mettre sur le Black Swan, bel et bien cette même robe couleur vert d’eau un petit peu trop grande pour la jeune femme. Ainsi vêtue comme elle l’était pour la vente aux enchères, mais point attachée cette fois, Roseta fut conduite dans un petit salon qui donnait sur une paisible cour intérieure. Rien ne venait rappeler qu’elle se trouvait dans la demeure d’un Capitaine pirate. Rien, si ce n’est la présence de Jamie qui entra dans la pièce peu après.
- Bonjour, ma chère épouse. J’espère que vous avez bien dormi ! salua-t-il, un curieux sourire aux lèvres.
Avant que Roseta puisse répondre, un autre homme entra dans la pièce. Le cœur de la jeune femme manqua un battement. Que lui voulait-il, que faisait-il là ? De cet instant, Jamie prit le parti de l’ignorer et ne s’adressa plus qu’à l’homme, un homme au charme certain qui avait assorti les rayures de ses habits au bleu de ses yeux inquisiteurs.
- Farrell, je te présente mon épouse, Mrs Roseta Waring. Je te charge de lui trouver du travail.
Roseta se souvint alors pourquoi ce nom de « Farrell » lui semblait connu. A son arrivée à Tortuga, sur les quais, elle avait vu l’enseigne d’une taverne, une taverne du nom de « Chez Farrell, Au Maquereau de la Mer d’Irlande ». Dans un bruissement de tissu, elle glissa lentement au sol, inconsciente.



L’évanouissement de la jeune femme déclencha l’hilarité de Farrell.
- Délicate ! Et on dirait qu’elle me connaît !
- Encore une mise au point, avertit Jamie, je préfère répéter ce que je t’ai dit tout à l’heure en privé. Je ne la répudie pas, je veux seulement lui donner une leçon. Tu ne la touches pas et bien entendu je me réserve le droit de la reprendre quand je le voudrai.
- Et… mes clients ? Tu vas leur dire quoi ? Que c’est ta femme et qu’elle est juste dans mon établissement pour faire joli avec le décor ?
- Ne t’occupes pas de ça, je m’en charge moi-même. Qu’elle ait peur, c’est tout ce que je demande.
Farrell emporta Roseta toujours évanouie, tel un paquet de linge sale sur son épaule.

Des bruits de pas précipités, des talons claquant sur un plancher, des cris… Roseta reprenait conscience dans une chambre qu’elle ne connaissait pas, une chambre décorée de gravures licencieuses et, de manière très romantique, d’un crâne orné d’un chapeau de pirate et entouré de sabres comme les tibias du pavillon noir en haut des navires, cloué sur une planche de bois accrochée en face du lit.



- Mr Farrell ! entendit-elle crier, Mr Farrell !! La nouvelle se réveille !!!
A nouveau des bruits de pas. En voyant surgir le tenancier des lieux accompagné d’une fille au décolleté plongeant, Roseta se souvint de la scène dans le petit salon de Jamie. Un coup d’œil à la chambre lui suffit pour comprendre. Elle avait atteint le fond.
- Tu es réveillée, parfait ! Alors ici il n’y a pas Jamie, c’est moi le patron ! Tu vas servir les clients et tu as tout intérêt à être souriante, sinon…
Farrell accompagna sa menace d’un froncement de sourcils puis tourna les talons avec la fille. Roseta avait eu peur de lui en le voyant chez Jamie. Elle savait maintenant qu’il était pire que lui. Paralysée sur le lit, elle resta sur ses gardes de peur qu’il revienne avant de s’effondrer en pleurs sur l’oreiller.

Le soir venu, Roseta fut contrainte de descendre dans la grande salle de la taverne. Des rires et des chants d’ivrognes lui parvenaient déjà jusqu’à l’étage. La fille qui avait accompagné Farrell était revenue, elle lui avait fait mettre une robe identique à la sienne, bien trop indécente pour la pudique Roseta. Le corsage à lacets ne semblait pas bien tenir, d’autant plus que la jeune femme avait une poitrine des plus menues. Son visage était blême lorsqu’elle fit son apparition dans la salle enfumée. La fille lui mit un plateau de bois dans les mains.
- Sert-leur du rhum chaque fois qu’ils en réclament !
Éteinte, Roseta obéit docilement tout en ayant l’impression que cela s’adressait à une autre qu’elle. Il ne pouvait s’agir de Roseta Monastorio, née Rosetta Ludvika avec le titre de Comtesse von Fersen. C’était une autre. Elle était morte dès l’instant où Brom lui avait été présentée. En quatre nuits, elle avait effectué sa descente aux enfers. Elle voulut d’abord détourner son regard chaque fois qu’elle voyait une fille rire aux éclats sur les genoux d’un pirate mais elle dut y renoncer, cela ne servirait à rien, tout était indécent en ce lieu. Elle ne remarqua pas la présence de Jamie, installé à une table près d’un pilier, au fond de la salle. Il savait que de cette place il pouvait la voir sans être vu pourvu qu’il n’appelle pas pour avoir à boire. Il était là, bien décidé à s’assurer que l’on n’obligerait pas Roseta à faire autre chose que servir du rhum. Il ne voulait que lui faire peur. Il l’aimait…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales" (POTC et pirates)   Mer 2 Aoû - 2:19

XX L’aveu de Roseta


Il régnait un tel désordre dans la grande salle de la taverne que l’on ne pouvait s’entendre. Cris, gloussements, rires et chants, airs d’accordéon, de guitare et de mandoline, tintamarre assourdissant auquel venait s’ajouter les effluves de rhum, de tabac et de sueur sous un climat tropical qui n’attendait pas les filles de l’île pour enfiévrer les corps moites de ces gibiers de potence. Un lieu des plus sordide pour la délicate et fragile Roseta qui doutait pouvoir survivre longtemps. « Enrique… Enrique… Axel… Venez à mon secours » se répétait-elle inlassablement en remplissant de rhum les timbales des clients. « Venez à mon secours… Je vais en mourir… » Nul n’avait reconnu Roseta comme la jeune femme dont le Capitaine Waring s’était porté acquéreur la veille. Les clients présents n’avaient pas assisté à la vente aux enchères. Pas cette fois-ci, en tout cas. Et s’il en fut pour la reconnaître ils étaient sans doute trop ivres pour faire le rapprochement avec l’épouse de Jamie. Ils avaient remarqué, en revanche, qu’il y avait une nouvelle « Au Maquereau de la Mer d’Irlande ». Les larmes aux yeux, Roseta dut affronter sifflements et commentaires sur son compte tandis qu’elle circulait entre les tables, son plateau à la main, surveillée par Farrell qui vérifiait qu’elle pense bien à sourire.

De sa table, Jamie observait toujours. Plus il voyait la pauvre Roseta au milieu de cette vermine, plus les remords l’assaillaient. Il l’aimait, se disait-il, comment avait-il pu faire preuve d’autant de cruauté à son égard ? Mais il se contraignit à ne point se lever, à ne point intervenir. Pas encore. C’était nécessaire. Que Roseta reconnaisse sa chance d’avoir été choisie par lui. Il pouvait lui offrir une belle maison, une servante, l’amitié des Sparrows et son amour, tout ce qu’il pouvait lui donner de mieux à Tortuga, la vie la plus décente possible sur cette île. La plus douce aussi car il ne la ferait pas travailler dans les champs ou devant quelque étale de marché. Sa vie serait paisible, il ne lui demandait que de l’aimer, de lui obéir et de lui donner des enfants. Jamie ne pensait pas avoir plus d’exigence qu’un autre, il ne pensait pas être différent de « cet autre », ce mari qu’avait Roseta et dont il ignorait le nom. Jamie voulait qu’elle l’aime. Quant à cela, était-ce trop exiger ? Avait-il besoin de cet amour pour légitimer un mariage qu’il savait un simulacre pour une jeune femme qui n’avait point grandi à Tortuga et de surcroît déjà mariée ? Il était nécessaire qu’elle reconnaisse que lui seul pouvait désormais la rendre heureuse.

Les petits cris perçants que ne pouvait s’empêcher de pousser Roseta avaient un réel succès parmi l’assistance. Farrell fut tenté un instant de la gifler pour lui rappeler d’être aimable mais il s’en amusait finalement et savait, de plus, Jamie dans la salle. Roseta criait chaque fois que les commentaires et autres allusions étaient accompagnés de gestes. L’un lui saisissait le poignet tandis qu’elle servait, tel autre lui donnait une grande claque sur les fesses pour la remercier. Des bras, à présent, venaient de l’empoigner par la taille et la firent basculer sur les genoux d’un géant aux cheveux roux et à la barbe de même couleur. La frêle petite Roseta était une souris entre les pattes d’un lion à la formidable crinière. Jamie fut près de bondir de sa chaise en la voyant entre les mains du Capitaine Billy Leech, dit « la sangsue ».



- Un peu maigrelette, commenta le rouquin dans un rire gras.
Il frottait vigoureusement sa main sur la cuisse de Roseta comme s’il voulait la réchauffer en la frictionnant. Son second, Manolo le Borgne, ricanait devant les tentatives désespérées de Roseta pour échapper à l’étreinte de Leech et ses gémissements de désespoir. Elle battait l’air avec ses pieds, redoublant ses gigotements comme le rouquin l’embrassait goulûment dans le cou.
- On va se détendre un peu ! Tiens-moi ça ! ordonna-t-il à Manolo.
Il saisit sa timbale de rhum remplie à ras bord par Roseta elle-même et se pencha sur la jeune femme que Manolo avait maintenant fait basculer sur ses genoux.
- Tiens, bois !
Elle détourna la visage.
- Bon, ça suffit, on va à l’étage !
Leech se leva en renversant son tabouret. Il s’approcha de Farrell et lui lança une poignée de pièces pendant que Manolo traînait Roseta derrière lui.
- Troisième chambre à gauche ! précisa Farrell.

Jamie avait parfaitement vu que l’on forçait Roseta à monter à l’étage. Leech et Manolo mais peu importe que ce soit eux ou d’autres. Il était temps d’intervenir. Il avait choisi de laisser faire pour le moment mais il ne fallait plus attendre. Il se rua dans l’escalier comme la porte de la chambre se refermait. Il n’entendait pas hurler, Roseta était tétanisée. « Enrique… Enrique… Enrique… » Les deux hommes l’avaient jetée sur le lit. Elle entendit comme venant de loin son corsage se déchirer. Elle sombra dans l’inconscience. Elle ne vit pas Jamie entrer et la sauver des mains de Leech et Manolo.
- Sortez de cette chambre immédiatement ! C’est ma femme ! s’écria Jamie.
Les deux autres étaient furieux d’être dérangés.
- Si c’est ta femme, Jamie Waring, qu’est-ce qu’elle fait dans cet endroit ? questionna Leech.
- Ouais ! ajouté Manolo.
- Cela ne vous regarde pas ! Il y a ici des témoins qui m’ont vu l’épouser hier !
Mais ce fut avec les poings plutôt qu’avec les paroles que Jamie parvint à chasser de la chambre les deux malotrus.

A son réveil, Roseta crut être victime d’une hallucination. Elle voyait le crâne cloué sur la planche de bois articuler sa mâchoire et parler.



Elle entendant une voix d’outre-tombe prononcer ces mots : « Dead men tell no tales » que Jack avait déjà dits sur son bateau. Pourquoi pensait-elle à cela tout d’un coup ? Elle reconnut alors Jamie, assis à son chevet. Elle était toujours dans la chambre de la taverne mais les autres n’étaient plus là. Comme Jamie prenait sa main dans les siennes, elle lui sourit gentiment. Elle avait supplié Enrique de venir la sauver mais c’était Jamie qui était venu. En perdant connaissance, elle s’était jurée d’appartenir à celui qui l’arracherait des mains de Leech et Manolo.
- Quand je suis revenue de mon inconscience, je vous ai vu vous battre avec ces hommes, dit-elle.
Jamie sourit à son tour.
- Eh bien, ma colombe, je suis heureux de vous voir bien disposée à mon égard ce matin. Ah, vous êtes étonnée ! Oui, ce matin. Il fait jour. Vous vous êtes endormie après la bagarre, je vous ai laissée vous reposer. Vous avez peut-être oublié qu’après leur départ vous vous êtes blottie dans mes bras en pleurant.
- Non, je m’en souviens. Je vous ai remercié pour ne pas avoir laissé faire cette infamie. Et je… Je vous supplie maintenant de bien vouloir me reconduire à la maison. La maison de Mr et Mrs Waring. Je serai votre femme. Et d’ailleurs, je…
Elle rougit, mais il fallait qu’elle le dise.
- Je vous aime.

Jamie avait gagné. Il l’enlaça et prit ses lèvres pour lui donner un long baiser passionné comme au moment de sceller leur union après les enchères. Puis il souleva Roseta dans ses bras et l’emporta rapidement hors de la taverne. Il la porta jusqu’à sa maison dont il lui fit à nouveau franchir le seuil en la portant dans ses bras. Quelques heures plus tard, elle lui apparut plus belle que jamais après avoir été baignée, coiffée et élégamment vêtue d’une robe couleur pêche. La robe de la taverne avait été jetée au feu et se consumait comme la promesse solennelle que jamais plus Jamie ne ferait preuve de cruauté envers elle.

Le crâne cloué sur la planche de bois serait le seul témoin de la déclaration que venait de faire la jeune femme, d’un amour contenu qu’elle venait d’avouer. Le crâne ne parlerait pas.

Dead men tell no tales…

Fin Part I


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