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 "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"

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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Mar 8 Aoû - 11:24

Dead Men Tell No Tales
Part II

RETURN TO PORT ROYAL






D’après :

- l’attraction de Disneyland Pirates of the Caribbean

- la série de Walt Disney Zorro pour le personnage de Enrique Monastorio

- le film de Gore Verbinski POTC pour les personnages du Commodore Norrington, Jack Sparrow, Will Turner et le Lieutenant Gilette

- le film de Henry King Le Cygne Noir pour les personnages de Jamie Waring et de l’infâme Billy Leech


- et avec SAMMY dans le rôle de Samantha Sparrow !


Avec, par ordre d’apparition :

- Roseta Monastorio ------------------------ elle-même

- le Capitaine Jamie Waring --------------- Tyrone Power

- Will Turner -------------------------------- Orlando Bloom

- Samantha Sparrow ----------------------- Sammy

- le Lieutenant Gilette --------------------- Damian O’Hare

- le Capitaine Billy Leech ------------------ George Sanders

- le Commodore James Norrington ------- Jack Davenport

- le Capitaine Jack Sparrow --------------- Johnny Depp

- le Comte Axel Ludvig von Fersen -------- lui-même

- le Commandant Enrique Monastorio ----- Britt Lomond

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Mar 8 Aoû - 11:24

I 60 pièces d’or en signe de satisfaction


Un vent léger et parfumé venait de se lever sur l’île de Tortuga, en cette fin d’après-midi. Il déclinait avec une infinie délicatesse des arabesques entre les rochers, effleurait les maisons tel la caressante main protectrice d’une mère pour son enfant. Qui donc aurait pu dire en cet instant que cette île abritait le repaire des plus fameux pirates des sept mers ? La canaille n’était pas apparente au grand jour et la capitale de Tortuga aurait presque pu passer pour n’importe quelle ville de la mer des Caraïbes avec son port, ses rempares, ses tavernes et ses maisons typiques. Cependant, la nature de ses habitants ne laissaient aucun doute : le drapeau noir flottait au grès du vent sur un mas dès l’entrée du port et la ville avait pour garnison un équipage qui se relayait sur les rempares sans porter le moindre uniforme. Tortuga n’était paisible qu’à première vue. En cet instant, nul bateau n’était attendu, le port était désert.



Un frisson de bien-être s’empara de Roseta lorsque le vent effleura sa peau. Elle crut à la caresse d’une plume et ferma les yeux pour inspirer à pleins poumons. Les mains posées sur la balustrade de fer forgé, elle contemplait les jardins en contrebas comme elle l’avait fait à Port Royal dans la demeure du Commodore. Ces jardins appartenaient à Jamie. Il lui avait fait donner une chambre ayant pour vue ce petit paradis exotique qu’elle n’avait pas vu encore puisqu’elle était arrivée de nuit dans cette chambre la première fois et l’avait quittée dès le lendemain, évanouie dans les bras de Farrell. La jeune femme pouvait enfin découvrir les beautés de sa nouvelle maison. Lorsque Jamie l’avait admirée dans sa robe couleur pêche, il avait demandé à la servante de celle qui était désormais sa femme de veiller à ce qu’elle se familiarise avec la belle demeure du Capitaine. La servante avait donc montré à Rosetta la plupart des pièces, à l’exception des appartements personnels de Jamie, ses quartiers, comme il disait. La jeune femme s’était extasiée sur tout, surprise de découvrir si bel intérieur sur une île de canailles. Elle préféra ne point songer que tout cela provenait de pillages et de butins. Lors de son premier et bref passage dans la maison, elle avait déjà eu l’occasion de voir de jolies pièces décorées avec goût, elle découvrait à présent que tout était de même et que cela devait paraître bien vide à Jamie qui avait déjà évoqué les enfants qu’il attendait d’elle. Elle comprenait qu’il désire faire vivre cette demeure qu’il ne pouvait qu’aimer.

Roseta avait contemplé les jardins du Commodore un matin, dans la douce candeur d’un soleil à son ascension. Elle se tenait à présent de même, contre une autre balustrade cependant, alors que le soleil s’effaçait peu à peu, semblant jeter un voile de pudeur sur la scène qui aurait lieu bientôt. Elle était restée ainsi pendant plusieurs heures, inlassablement, rêveuse, ayant à peine touché à son souper. Elle était là depuis que la servante l’avait laissée. Elle n’avait pas vu le soleil se coucher et n’en prit conscience que lorsque la servante revint afin de la préparer pour la nuit. Roseta ne put réprimer un frisson, d’inquiétude cette fois. La servante fit mine de ne pas le remarquer. Elle se contenta d’exécuter les ordres, baignant une nouvelle fois sa maîtresse comme si Jamie craignait que la nuit précédente passée dans la taverne de Farrell soit encore imprégnée sur sa peau délicate, le contact avec le lit, les mains de Billy Leech et de Manolo l’emportant avec eux. Roseta elle-même appelait ce second bain de tous ses vœux pour ôter à tout jamais le mauvais souvenir de la taverne.

Ce fut une épouse que Jamie découvrit en entrant peu après dans la chambre. Il sourit à la vision enchanteresse qui s’offrait à lui. Roseta se tenait debout au pied du lit, attendant sagement sa venue. Elle était presque irréelle dans sa chemise de nuit diaphane qui épousait merveilleusement la douceur des courbes de son corps. Elle lui rendit timidement son sourire, le rose aux joues. Sur le Black Swan, Jamie s’était dit satisfait que la jeune femme soit déjà mariée, se félicitant de prendre en sa possession une femme expérimentée. Pourtant, en cet instant, il était satisfait de la voir intimidée, nerveuse et rougissante. Elle était mignonne ainsi.
- Ma petite mariée… murmura-t-il dans un souffle.



Il avança vers elle à pas lents et la prit dans ses bras. Elle ne le repoussa pas. Elle lui avait dit qu’elle l’aimait, il savait qu’elle ne le repousserait plus. Il n’avait aucun doute quant à ces paroles, il savait qu’elle était incapable de mentir sans que cela se voie Elle ne feignait pas l’aimer pour échapper au tenancier de la taverne. Pas seulement. Jusque là, peu importait à Jamie que ses compagnes l’aiment, mais il avait su tout de suite en voyant Roseta qu’il ferait d’elle sa femme et qu’il exigerait plus d’elle que de tout autre. Il prit ses lèvres et lui donna un baiser soudain impérieux. Roseta tressaillit légèrement mais se laissa faire, s’abandonnant dans ses bras.

L’étreinte se prolongea. Jamie découvrit qu’il aimait tenir Roseta dans ses bras, parfois seulement pour la contempler avant de prendre ses lèvres à nouveau. Il se surprit lui-même à ne pas la traiter en part de Capitaine mais en épouse. Il ne passait pas à l’attaque, il la ménageait. Il prenait le temps de caresser ses épaules. Roseta avait remarqué qu’il ne se conduisait pas de la même manière que sur le Black Swan. Il avait également fait un effort pour s’habiller de manière à ne pas trop avoir l’air d’un pirate. Il s’était baigné et portait pour caleçons un large pantalon blanc serré à la taille. La chemise, de la même couleur, tout à fait sobre et semblable à celle que tout gentilhomme eut pu porter, n’était déjà plus qu’un souvenir, gisant sur le sol à ses pieds. Il voulait qu’elle s’habitue vite à le voir torse nu. Jamie avait d’ailleurs montré beaucoup de patience, plus qu’il n’en avait jamais eu. Il souleva Roseta dans ses bras et l’étendit enfin parmi les draps de coton frais et parfumés. Il la rejoint en se hissant à plat ventre par le devant du lit. Cette entrée eut pour effet de se coucher immédiatement sur elle, de la retenir, de l’immobiliser. Il défit les lacets qui retenaient sa chemise de nuit.

Lorsque Roseta s’éveilla, le jour entrait à flots dans la chambre au travers des volets blancs, à rayons et à demi clos. Elle était nue et, par habitude, serra le drap contre sa poitrine. La chemise de nuit avait été jetée en chiffon au bas du lit, de même que le pantalon blanc de Jamie. Elle se tourna, surprise de ne point le trouver à ses côtés. Il était là, cependant : debout, au pied du lit, entièrement habillé. Il était levé depuis plusieurs heures et venait voir si elle dormait toujours au moment de s’en aller.
- Bonjour, ma Colombe… Je ne vous ai pas réveillée, je tenais à ce que vous vous reposiez. Ne m’en veuillez pas si je suis déjà habillé mais je dois régler une affaire de la plus grande importance. Puisque vous m’avez donnée satisfaction, je vais de ce pas voir le responsable des enchères pour payer les 50 pièces d’or que je lui dois, et j’en ajouterai 10 de plus parce que je suis très satisfait.
Il allait partir mais se retourna pour ajouter :
- Je reviendrai vous chercher tout à l’heure. Je veux vous faire visiter Tortuga.
Sur ces mots, Jamie quitta la chambre…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Mer 9 Aoû - 1:03

II L’orphelin de Bristol


Jamie arborait un sourire des plus satisfaits comme il parcourait les étroites ruelles d’un pas décidé. Il sifflait une chanson de la mer mais s’arrêtait sans cesse pour répondre aux saluts que lui adressaient tous ceux qu’il croisait. Il voulait que toute l’île sache qu’il était très content de son épouse et que toute personne qui oserait désormais la convoiter se trouverait en très grand danger. Jamie avait déjà partagé des filles mais Roseta n’était plus sa part de Capitaine, il fallait que chacun ici en soit conscient. Il espérait qu’elle soit rapidement enceinte, tout d’abord parce qu’il attendait d’elle qu’elle lui donne des enfants, mais également pour conforter sa position d’épouse du Capitaine Waring. Un sourire en coin étira les lèvres de Jamie à cette pensée. Il imaginait déjà Roseta portant son enfant, ses mains délicates entourant avec amour ses rondeurs maternelles, adressant à son nouvel époux un sourire bienheureux. Jamie se mit à rire tout en même temps. Avait-il changé à ce point ? Il n’aurait jamais cru que la perspective d’enfants le rende si… poétique ! Jusqu’à la veille encore, il ne s’agissait que de descendance, mais il se surprenait maintenant à désirer une famille pour la chérir. Il imaginait Roseta très douce et très aimante avec leurs enfants. Elle serait la mère attentive que Jamie aurait voulu avoir, cette mère qu’il n’avait jamais connue. Jamie était né orphelin. Il se souvenait avec émotion d’une enfance misérable dans les rues de Bristol, en Angleterre, puis de ces années de servitude chez un notaire. Il s’était senti sauvé lorsque la mer l’avait appelée à elle. Il s’était embarqué et n’était plus jamais revenu.



Le sourire de Jamie se figea comme ces tristes souvenirs revenaient en lui et se superposaient à son bonheur de la nuit passée. Son beau visage s’assombrit et son regard se voila de tristesse. Il ne répondait plus aux interpellations des passants qui s’étonnaient de cette humeur mélancolique. Jamie venait de penser à une chose concernant sa femme. Il savait que Roseta était mariée, peut-être alors avait-elle eu des enfants ? Il se moquait éperdument de la séparer de son époux qu’il prétendait remplacer, et ce légitimement selon les lois de Tortuga, mais si elle avait des enfants… Cet homme dont Jack lui avait parlé, ce Hollandais qui l’avait enlevée, peut-être avait-il laissé les petits à Port Royal ? Pourtant, très vite, Jamie arborait de nouveau un air joyeux. Non, c’était impossible, Roseta n’avait pas encore d’enfant. Elle les aurait mentionnés, elle aurait pleuré et supplié qu’on ne la sépare pas d’eux plus que le Hollandais avait déjà fait, elle aurait imploré pour qu’on la laisse retourner à Port Royal ne serait-ce que pour eux. Comme preuve ultime de ce qu’il avançait, Jamie se souvint qu’il avait demandé à ce que toute l’île boive à la santé de leurs futurs enfants et la jeune femme ne s’était pas écriée qu’elle voulait rejoindre les siens à Port Royal. C’est donc qu’elle n’en avait pas, conclut enfin le Capitaine Waring. Lui la rendrait mère. Le petit orphelin de Bristol se plaisait à croire que celle qui lui avait donné la vie aurait été douce et attentive, aimante et dévouée comme il imaginait déjà Roseta l’être. Quant à lui, il savait déjà qu’il serait meilleur père que le sien, alcoolique notoire, accoutumé aux tavernes du port de Bristol, l’avait été.

Dès lors, Jamie ne songea plus qu’à une seule chose : Roseta alanguie sur le lit, nue, sa longue chevelure brune éparse sur les coussins offrant un contraste avec sa peau encore de nacre. Elle était très belle ainsi, il faudrait veiller à ce qu’elle ne prenne pas trop le soleil, décida-t-il. Sa femme n’était pas une fleur des tropiques, elle risquait de flétrir sous ce climat s’il ne faisait pas attention à choisir l’heure de ses promenades. Samantha Sparrow était de même, peut-être plus fragile encore en raison de sa blondeur. « Mon ami Jack, nos épouses sont bien délicates ! » se dit-il en souriant. Sur ces réflexions, Jamie atteint le but de ses pérégrinations. Il paya les 50 pièces d’or qu’il devait en ajoutant les 10 dont il avait parlé à sa femme et prit le chemin du retour. Il regrettait un peu d’avoir laissée Roseta de si bonne heure sans même déjeuner avec elle, mais il était nécessaire qu’elle s’habitude très vite à le voir partir. Il était pirate, après tout…

De son côté, Roseta se remémorait la nuit passée dans les bras de Jamie. Elle ne pouvait s’empêcher d’évoquer d’identiques souvenirs, au soir de son mariage avec Enrique. Il n’avait d’abord été ni tendre ni rassurant puis il s’était efforcé de la tranquilliser en voyant qu’elle avait très peur. Elle avait ressenti quelque chose d’un peu semblable lorsque Jamie avait défait son pantalon blanc à la différence qu’elle s’était immédiatement détendue. Elle s’était endormie, comblée, entre ses bras, ce qui la surprenait à présent. Elle venait de découvrir que les étreintes de Enrique n’étaient pas les seules qu’elle aimait. Elle s’était soumise au Capitaine Waring mais ignorait qu’elle en aurait tant de bonheur alors qu’il n’était pas cet homme qui l’avait épousée à Madrid. Roseta était un peu confuse comme elle déjeunait seule, attendant le retour de Jamie. Elle ne savait plus que penser à propos de ce qui semblait être son ancienne vie. Elle ne savait plus si elle voulait toujours que l’on vienne la secourir et la reconduire à Port Royal. Pourtant, il le fallait, elle ne pouvait abandonner son frère et son époux ! Elle ne pouvait aimer vivre à Tortuga parmi les pirates ! Ce n’était pas là sa place, elle devait attendre qu’on vienne la chercher. Et pourtant, le Capitaine Waring prenait de plus en plus d’influence sur elle, de minute en minute depuis la nuit passée. Elle se surprit à le voir dans celui qu’elle nommait son mari. Elle commençait à trouver naturel de vivre dans cette maison et de le recevoir dans son lit. Cela effrayait en même temps Roseta qui se reprochait sa trahison envers Enrique. Le fait d’avoir cédé à Jamie n’était pour rien, son geste pouvait se comprendre comme une question de survie, se donner à lui pour ne pas retomber entre les mains du tenancier de la taverne, mais Roseta avait aimé cela et se surprenait à souhaiter qu’il revienne le soir même.

Jamie trouva sa femme assise dans le petit salon. Elle regardait le clavecin sans oser pour autant le toucher.
- Savez-vous en jouer ? demanda-t-il.
Elle ne l’avait pas entendu arriver.
- Oooh… ! sursauta-t-elle.
Il éclata de rire, étonné puis amusé de la voir bondir de son fauteuil de la sorte.
- Je ne voulais pas vous effrayer, je viens de rentrer et la servante m’a dit que vous étiez ici. Savez-vous en jouer ? répéta-t-il.
- Oui, j’ai appris… Vous… Vous plairez-il que je joue ?
Il trouva adorable la façon timide dont elle avait fait cette proposition.
- Ce sera avec grand plaisir. Vous jouerez pour moi ce soir. En attendant, je suis revenu vous chercher pour cette visite de l’île que je veux que nous fassions. Allez prendre votre châle, ma Colombe. Je vous attends ici.



Roseta obéit et reparut quelques minutes plus tard. La servante avait couru lui acheter un châle la veille, ainsi que la robe couleur pêche mais il n’y avait pas d’autres effets. Roseta espérait que Jamie lui permette de faire des emplettes au cours de la promenade…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Jeu 10 Aoû - 11:17

III La visite de Tortuga


En descendant une à une d’un pas léger les quelques marches du perron, Roseta se disait que c’était en vérité sa première promenade sur l’île de Tortuga. On ne pouvait nommer de la sorte les précédentes fois où elle avait marché dans ses murs. Elle était descendue du Black Swan prisonnière et avait longé les quais, terrorisée. A demi morte de faim, Jack avait dû la porter sur les quelques pas qui la séparaient de la maison des Sparrows. Elle était restée un peu alitée. Sa première sortie fut d’être conduite au marché pour y être vendue aux enchères, liée aux autres prisonnières par une corde. A cette occasion, Roseta avait vu les ruelles, les maisons, le marché de cette ville animée mais ce n’était pas vraiment une visite digne de son nom, loin de là. Enfin, lorsque Farrell l’avait portée jusqu’à sa taverne, elle était évanouie dans ses bras. A présent, elle allait enfin découvrir Tortuga et sa curiosité était piquée à vif. La jeune femme avait eu grand plaisir à découvrir Port Royal, aussi bien les jardins du Commodore que le si beau chemin des rempares, elle avait hâte maintenant de voir à quoi ressemblait une ville servant de repaire aux pirates, puisqu’elle était forcée d’y vivre. Elle espérait secrètement rencontrer Samantha Sparrow. Peut-être la verrait-elle si Jamie lui permettait de faire des emplettes ? Elle tenait à la remercier encore de sa gentillesse.



Une calèche découverte attendait les époux Waring. Jamie avait pensé au confort de sa femme, tenant à lui épargner le dur pavage des rues. Elle était, de toute manière, nécessaire car il voulait la mener voir les champs au-delà des murs de la ville, ainsi que les côtes magnifiques de l’île. Un fiacre l’eut, tout en même temps, protégée du soleil ainsi que Jamie le voulait mais une partie du paysage aurait été cachée. Pris de l’envie de jouer tout à la fois au gentilhomme et au mari courtois, il s’inclina devant elle, prit sa main et l’aida à monter dans la calèche, congédiant d’un geste le cocher qui s’était précipité. Comme la veille quand il avait passé la nuit avec elle, Roseta remarqua son effort pour ne pas trop ressembler à un pirate. Il avait remplacé le tissu rouge qu’il avait auparavant noué sur la tête tout comme Jack par un chapeau à large bord. Ses vêtements étaient démodés mais tout à fait convenables. Cela fit souvenir à Roseta qu’elle avait grand besoin de robes.
- Monsieur, pourrais-je faire quelques emplettes ? demanda-t-elle timidement comme le fiacre se mettait en route.
Jamie sourit en l’entendant s’adresser enfin à lui. Il avait peu entendu le son de sa voix depuis la nuit passée où Roseta avait gémi et crié pour sa plus grande satisfaction.
- Quelle voix timide, ma chère ! Et « Monsieur » ! Je suis votre mari et j’entends que vous m’appeliez « Jamie ». Cela se fait sans doute à la Cour d’appeler son époux « Monsieur » mais pas ici. « Jamie », dites-le !
Cet exercice pourtant simple troubla Roseta. Elle dût s’y reprendre à plusieurs fois.
- Ja… Mons… Ja… Jamie !
- Voilà, c’est très bien ! Était-ce si difficile, Roseta ?
- Non, Mons… Je veux dire… Jamie.

La calèche délaissa les ruelles étroites où elle ne pouvait passer pour continuer en direction des champs. Roseta s’émerveillait de tout ce qu’elle voyait. Ce n’était pas aussi beau que Port Royal mais un certain charme émanait de ces petites maisons, de ces échoppes pourtant fort simples. Seules quelques demeures, comme celle de Jamie et de son rival l’infâme Capitaine Leech, étaient imposantes et dans le plus pur style colonial, ce qui offrait un contraste saisissant avec l’architecture indigène des autres maisons. La calèche avançait au pas. Jamie avait demandé qu’il en soit ainsi pour que sa femme puisse profiter de la beauté des lieux. Les champs de céréales, de chanvre et de coton couvraient des hectares et s’offraient à la caresse du soleil. Roseta défit son chapeau pour en sentir les rayons mais le remit en place rapidement car cela ne se fait point que de sortir en cheveux. La calèche continuait son chemin jusqu’à surplomber un point au-dessus de la mer. A la demande de Jamie, le cocher arrêta l’attelage.
- Regardez, ma Colombe ! Enchanteur, n’est-ce pas ?
En contrebas, une charmante crique servait de secret royaume aux oiseaux de mer et aux animaux marins.
- On dit que cette crique abrite aussi des sirènes. Il y a beaucoup de légendes à Tortuga, mais celle-ci est la plus belle de toutes. Je constate cependant que la beauté de ma femme m’intéresse davantage que le paysage…
Jamie se pencha pour prendre Roseta dans ses bras et s’emparer des lèvres douces de la jeune femme.



De retour dans les murs de la ville, Roseta demanda à nouveau s’il lui permettait de faire quelques emplettes. Tantôt, il n’avait pas répondu à sa question, occupé à lui faire dire son prénom.
- Bien entendu, quel genre d’emplettes voulez-vous faire ? Je suppose que vous n’êtes pas intéressée par les cordages, les sacs de poissons séchés ?
- Il me faudrait des robes et des châles, peut-être un second chapeau.
Jamie éclata de rire.
- Des fanfreluches, je m’en doutais ! Prenez tout ce qui vous fera plaisir. Nous allons descendre de calèche et je vous accompagnerai dans les ruelles pour que vous ne vous perdiez pas. Faites attention au pavage, ne tombez pas.
Ce fut l’occasion de visiter la ville. Roseta connaissait tristement les quais et la taverne de Farrell, le marché et la cantina, mais ils n’allèrent pas dans ces directions. Les ruelles l’enchantèrent. Certes, on y croisait des pirates, mais elle parvenait presque à l’oublier. Elle oublierait jusqu’à ce qu’un bateau revienne dans le port chargé du butin d’un nouveau pillage. Roseta espérait rencontrer Samantha ou Jack ; ce ne fut point le cas mais elle vit au coin d’une rue l’atelier de forgeron de Will Turner. Elle n’osa cependant pas demander à Jamie la permission d’aller le saluer. Il n’en comprendrait pas la raison, il ignorait qu’elle le connaissait. Roseta n’avait fait que l’entrevoir lors de la vente aux enchères, mais elle aurait aimé le remercier pour avoir accepté la demande de Samantha pour lui venir en aide. Peut-être une autre fois. Turner, lui, la vit passer devant sa forge. Il passa son bras sur son front pour en éponger la sueur. « Bonjour, Mrs Waring », murmura-t-il si bas qu’il fut le seul à entendre. Il était normal qu’elle ne vienne pas le voir, elle ne le connaissait pas.

Une fois à la maison, Roseta étala fièrement sur la table du petit salon les achats que Jamie avait faits pour elle et les montra à sa servante. Elle lui demanda de reprendre deux robes qui étaient un tout petit peu grandes pour elle. A la demande de Jamie, qui avait assisté, amusé, à ce déballage de fanfreluches, elle se mit au clavecin et joua pour lui ainsi qu’il le lui avait demandée…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Ven 11 Aoû - 3:02

IV Les larmes de Roseta


Trois jours vinrent à passer. Roseta découvrait que la compagnie de Jamie ne lui déplaisait point. Elle le recevait dans sa couche sans rechigner ; ce n’était pas seulement par devoir, par obéissance, c’était aussi en raison du tendre penchant qu’elle avait pour lui bien qu’elle eut refusé de le reconnaître si on lui eut demandée quels étaient ses sentiments envers le Capitaine Waring. Elle n’aurait admis ni l’aimer ni lui permettre toutes les petites privautés qu’il réclamait en raison de l’effet qu’il exerçait sur elle. Elle n’aurait parlé que de devoir, gardant pour elle le trouble qui était le sien chaque fois qu’elle se surprenait à sentir son corps frissonner en sa présence. Elle ne savait comment expliquer cela ; elle ignorait encore beaucoup de choses et confondait amour et désir. Elle croyait aimer Jamie et le cacher aux autres que lui parce que cela l’effrayait. Elle savait seulement qu’elle ne l’aimait pas de la même manière que son époux légitime. Roseta avait un profond respect pour Enrique et la sacralité de leur union faisait défaut à Jamie. Les lois de Tortuga ne représentaient pas grand-chose pour la jeune femme, elles n’avaient de valeur que sur l’île ou peut-être également à Maracaïbo, ville aux mains de la piraterie. Il lui était impossible de dire « mon mari » pour désigner Jamie, elle ne le pouvait pas. Fort heureusement, il ne l’exigea pas et se contentait des « Jamie » qu’elle utilisait encore timidement dans ses conversations avec son amie Samantha.



Dès le lendemain de la promenade en calèche, en effet, Roseta retrouva celle qui fut si gentille avec elle quand elle eut besoin de soutien et de réconfort lors de son arrivée sur l’île. Depuis l’affreuse nuit passée dans la taverne de Farrell, la jeune femme n’avait revu ni le port de Tortuga ni les quais. Jamie lui permettait de se promener en la seule compagnie de sa servante afin qu’elle ne se perde pas tant qu’elle ne connaîtrait pas bien les ruelles de la ville, et leurs pas les conduisaient dans la direction opposée au port. Tortuga était calme. Nulle « sortie en mer » n’était prévue pour le moment. Sans doute les Capitaines n’avaient-ils pas connaissance du passage de quelque proie. Ils avaient toujours des hommes à bord de sloops rapides qui sillonnaient la mer des Caraïbes, longeaient les côtes des îles pour apprendre si quelque navire venu d’Europe ou d’Amérique serait bientôt en vue. Aucun ne semblait annoncé pour le moment. Si le Reina Isabel avait repris la route sans attendre trois de ses passagers, il allait en direction de Vera Cruz au Mexique et n’intéressait donc pas les pirates de Tortuga comme ceux de Maracaïbo qui, par ailleurs, l’avait laissé passer et entrer dans la mer des Caraïbes jusqu’à Port Royal sans l’attaquer. Les pirates ne prenaient pas le risque d’attaquer tout navire. Les hommes envoyés en sloops recueillir des informations savaient quel vaisseau serait d’importance. Celui de l’armateur van Brunt, sur lequel le destin avait permis de trouver Roseta, les intéressaient en raison de sa cargaison dans un moment où Tortuga désirait faire des provisions.

Roseta était ravie de retrouver son amie chaque matin en promenade. L’après-midi, elles restaient chez elles afin de protéger leur peau fragile. Jamie avait dors et déjà annoncé à sa femme qu’il lui achèterai encore d’autres robes et Samantha avait loué sa générosité. Cependant, Mrs Sparrow n’osait pas encore demander à son amie si elle était heureuse bien que la voyant sourire. Il fallait lui laisser encore du temps pour s’habituer à sa nouvelle vie. A juste titre, car Roseta pleurait dès qu’elle était seule, l’après-midi au moment où Jamie quittait la maison. Enrique revenait sans cesse dans ses pensées, elle s’en voulait amèrement pour sa légèreté. Pourtant, bien malgré elle, Roseta essuyait ses larmes, se rafraîchissait en se tamponnant le visage d’un peu d’eau et Jamie la trouvait souriante à son retour. Elle ne lui jouait pas la comédie, elle ne pouvait s’empêchait d’être contente à nouveau en le voyant. Jamie faisait preuve de gentillesse, après la brutalité de leur rencontre. Depuis qu’elle était sienne, il ne voulait que la cajoler.

Alors qu’il la rejoignait comme chaque soir depuis quatre jours, il croisa la servante qui lui dit que sa maîtresse était souffrante alors qu’elle avait été bien toute la journée. Jamie s’en inquiéta et se précipita au chevet de Roseta, recroquevillée sous les draps. La servante avait voulu l’empêcher d’entrer mais il était passé quand même.
- S’il vous plait, Jamie… Je ne peux pas ce soir… Dans quelques jours… dit Roseta d’une voix faible.
- Mais pourquoi donc ? Que vous arrive-t-il, ma Colombe ?
- Mère appelait cela « la générale », ce sont les jours où…
Jamie venait de comprendre, il se sentit plus embarrassé encore que Roseta.
- Oh, je vois, vous avez vos menstruations ! Eh bien, je… Je… Je reviendrai plus tard… Enfin je vous verrai au petit déjeuner, bien sûr. J’espère que vous ne souffrez pas trop. Je vois que je ne vous ai pas encore rendue grosse mais cela ne saurait tarder.
Jamie quitta la chambre aussi rapidement qu’il y était entré. Il espérait que le Capitaine Leech n’apprenne jamais que Jamie Waring s’était trouvé embarrassé et avait battu en retraite de la sorte pour ménager sa femme. Son rival ne devait pas savoir qu’il était un gentleman et qu’il avait pour Roseta, sans le savoir, le même respect que Enrique à son égard.

Quelques jours passèrent. Roseta se portait à merveille mais était prise de vague à l’âme. Elle se sentait malheureuse, il lui semblait que, malgré tous ses efforts, jamais elle ne pourrait s’habituer à la vie de Tortuga. Elle n’y était pas à sa place. Elle faisait cependant tout pour le cacher à Jamie, mais il la surprit en train de pleurer, alors qu’il l’avait rejointe pour la nuit. Il avait été réveillé par de petits gémissements. Jamie alluma une bougie près du lit et éclaira doucement le beau visage de Roseta qu’il croyait endormie. Il vit ainsi qu’elle pleurait et qu’un mot franchissait ses lèvres sans qu’elle ait voulu qu’il l’entende : « Enrique ».
- Roseta…
La jeune femme poussa un cri de surprise. Il savait, il l’avait vue pleurer et il allait se mettre en colère. Bien au contraire, Jamie posa sa bougie et se pencha de nouveau sur sa femme. Il la prit doucement dans ses bras et se mit à la bercer doucement.
- N’ayez pas peur, Roseta. Séchez vos larmes.
Il inspira profondément avant de se résoudre à dire ces mots qui lui faisaient mal :
- Roseta… Voulez-vous me parler de votre… de votre mari espagnol ? Cela vous ferait-il du bien ?
La surprise arrêta les larmes de la jeune femme. De son côté, Jamie commençait à se demander que faire de Roseta, si se séparer d’elle n’était pas la meilleure chose à faire s’il voulait réellement son bonheur. Pourtant, la seconde d’après, il décida qu’il ne la laisserait pas partir. D’une part parce que Leech clamerait partout qu’il était trop sentimental pour être Capitaine, d’autre part parce qu’il ne pouvait plus se passer de Roseta. Elle était adorable, elle était le rayon de soleil de sa maison. Jamais encore, hormis l’affectueuse amitié de Mrs Sparrow, on avait été gentil avec lui à la manière d’une mère. Si elle partait, que deviendrait-il ? Il n’écoutait pas ce qu’elle disait à propos de Enrique, cela ne l’intéressait pas. Il ne pensait qu’à elle, à sa petite mariée. Des coups de canon dans le lointain les tirèrent de leurs tristes pensées…


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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Dim 13 Aoû - 3:06

V L’attaque de Tortuga


Une peur sourde et diffuse s’empara de Roseta. Des coups de canons ! Elle en était certaine. On ne tirait pas un feu d’artifice sur Tortuga, Jamie le lui aurait dit. Elle se souvint avec terreur combien ce tonnerre assourdissant était présage de deuils. Si l’on tirait parfois pour avertir, pour menacer, l’on tirait surtout pour faire tomber la défense de l’autre camp, pour détruire, pour tuer. Elle se souvint du cauchemar qu’elle fit à Port Royal dans les instants qui précédèrent son enlèvement, puis des coups de canons entendus depuis la cabine dans laquelle Brom van Brunt la retenait prisonnière, l’abordage et le combat naval au cours duquel les hommes du Capitaine Sparrow avaient fait plus de victimes que de prisonniers. Enfin, les coups de canons entendus de la cabine du Blue Lagoon, alors que Jamie et ses hommes faisaient le sac d’une petite ville des Antilles espagnoles. Après une dizaine de jours passés à Tortuga, Roseta avait oublié ces moments de bruits et de fureurs, l’odeur âcre de la poudre. Mais Tortuga était attaquée à son tour. Était-ce d’autres pirates, était-ce le Commodore, son époux, son frère venus à son secours ? Roseta se blottit dans les bras de Jamie, terrifiée. Elle fut surprise d’être repoussée.
- Pardonnez-moi, ma Colombe, mais malgré toute la bonne volonté que j’aurais à vous rassurer en vous gardant dans mes bras, je ne puis rester ainsi. Nous sommes attaqués, il n’y a pas une minute à perdre, et vous avoir blottie dans mes bras n’est pas une façon de vous protéger.
Le ton était ferme, Jamie était à nouveau le Capitaine Waring. Sans un regard pour Roseta, il se rua hors de la chambre, torse nu, avec pour tout vêtement son pantalon blanc. La jeune femme était seule dans le lit, elle avait peur. Les bombardements continuaient au dehors. Elle entendait maintenant des cris horribles. Elle comprenait pourtant la décision de Jamie, il se devait d’être avec ses hommes, de défendre les rempares de Tortuga. Il le devait en tant qu’homme, et en tant que chef il devait être au plus fort du combat. Elle se promit d’être courageuse et d’avoir confiance en lui.

Soudain, des pas, des bruits de pas ! On approchait ! La porte de la chambre s’ouvrit à la volée alors que Roseta se cachait dérisoirement sous les draps, se doutant que ce n’était pas Jamie qui revenait. Pourtant, il était bien là. Sortant la tête des draps, la jeune femme le vit, prisonnier entre deux soldats en veste rouge. Les hommes de Port Royal, les hommes du Commodore ! Elle resta un instant ébahie, interloquée, incapable de prononcer la moindre parole, le moindre cri. Depuis la minute de son enlèvement, elle n’avait eu de cesse de prier pour que les hommes de Port Royal viennent la sauver mais, maintenant qu’ils étaient là, elle se surprenait à pleurer, à avoir le cœur serré en voyant Jamie sous bonne garde. Il n’avait pas eu le temps de prendre une arme, les soldats l’attendaient devant ses quartiers, conduits par Billy Leech, traître à tous les siens. L’infâme pirate à la barbe rousse s’était embarqué à bord d’un sloop rapide dans l’idée de révéler à Port Royal l’endroit où était retenue prisonnière Mrs Monastorio, ayant entendu raconter, dans les rues de Tortuga, que la femme de Jamie Waring avait été enlevée à Port Royal avant d’être trouvée à bord du bateau que le Capitaine Sparrow avait attaqué. Leech se moquait éperdument de rendre Roseta aux siens, il la convoitait, bien au contraire, mais il savait que ces révélations signeraient l’arrêt de mort de Jamie qu’il jugeait trop mou, qu’il devinait se ramollir sous l’influence inconsciente de la jeune femme. De plus, il n’avait point oublié la correction que Jamie lui avait donnée, ainsi qu’à Manolo, lors de cette fameuse nuit à la taverne de Farrell. Jamie n’était plus digne d’être Capitaine à Tortuga, il fallait le mettre hors d’état de nuire. Leech avait déjà par le passé sournoisement négocié avec l’autre camp et en tirait chaque fois avantage. Lui ne risquait rien, de même que son équipage de fidèles, aussi se moquait-il que le port et les quais de Tortuga soient quelque peu bombardés. La seule chose qu’il n’avait pas prévue était de revenir si vite. Il n’avait pas eu à aller jusqu’à Port Royal, il avait croisé non loin de là le puissant vaisseau du Commodore, le H.M.S. Interceptor, parti avec un autre navire de sa flotte, le H.M.S. Dauntless, à la recherche de Roseta.

La voix de l’un des soldats parvint enfin aux oreilles de Roseta, en lieu et place d’un bourdonnement lointain. C’était un officier, sa tenue était bleue.
- Êtes-vous bien Mrs Monastorio, Madame ? répétait-il avec patience.
- Oui… C’est bien moi…
L’officier remarqua que sa voix tremblait, que ses joues étaient sillonnées de larmes et était apeurée, n’osant sortir du lit ; mais quoi de plus normal, se dit-il ? Après tout, elle avait été enlevée et traînée à Tortuga ! Lorsque Roseta se leva enfin, les jambes peu assurées, les yeux baissées et serrant contre elle une fine chemise de nuit dont elle tentait maladroitement de nouer les lacets, le doute ne fut plus permis sur ce qu’on lui avait fait.
- Madame, reprit-il, je suis le Lieutenant Gilette. Je vous présente toutes nos excuses pour notre retard. Soyez sûre que nous avons tout mis en œuvre pour vous retrouver le plus tôt possible.
- Oui… Je n’en doute pas. Merci, Messieurs, répondit Roseta d’une voix éteinte.
Elle allait enfin retourner à Port Royal, enfin retrouver son époux et son frère ! Pourtant, il y avait une injustice à l’arracher ainsi des bras de Jamie. Il n’était pas armé, elle comprit qu’il avait dû se battre à mains nues mais que les soldats étaient trop nombreux. Il avait une plaie à la tête, ils l’avaient frappé. Il avait dû se battre et se défendre comme un lion ; pourtant, que faire contre tous, contre des soldats armés ? Jamie continuait de résister en poussant des cris de rage mais ils se mirent à quatre pour le maîtriser. Roseta dut détourner les yeux, elle ne supportait pas de voir cela.
- Venez, Madame, dit poliment Mr Gilette en lui offrant son bras. Avez-vous la force de marcher ?
- Oui, je peux marcher, répondit-elle d’une voix d’automate.
Il la fit passer devant, de façon à précéder le prisonnier et ses gardiens. Alors qu’ils passaient dans un long corridor, Roseta reconnut cet homme, ce géant roux de la taverne de Farrell. Il les regardait passer, ricanant et sans être inquiété.



Elle entendit un bruit de lutte derrière elle ; Jamie avait essayé de se ruer sur le traître tout en l’accablant d’insultes, accentuant encore l’hilarité de Leech. A eux tous, les soldats réussirent à traîner Jamie hors de la maison. Ses menaces de vengeance à l’encontre de Leech se perdirent dans la nuit.

Le combat faisait rage dans le port de Tortuga. Les deux navires de la flotte du Commodore continuaient de bombarder et des corps à corps s’étaient engagés à terre. Les flammes rongeaient les rempares, l’odeur de poudre et de mort incommodait les narines de Roseta. Le Lieutenant Gilette, à son bras, la sentit défaillir un bref instant. Elle ne voyait plus les scènes se déroulant autour d’elle, il n’existait plus que cette simple évidence : les soldats la rendrait à Enrique et Jamie serait pendu sur les quais de Port Royal.



Comme à demi somnolente, elle le vit conduit à bord de l’un des deux vaisseaux de guerre britanniques.
- Mettez-le à fond de cale ! cria une voix étrangement familière.
Roseta détacha ses yeux de Jamie qui disparaissait dans les entrailles du navire. Le Commodore Norrington était devant elle…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Lun 14 Aoû - 19:31

VI Sur le pont


Les combats continuaient tout autour de Roseta. Le Revenge, vaisseau pirate amarré à quai, était sorti du port pour riposter aux tirs de canons. Personne, cependant, dans la panique, ne vit que le Capitaine Waring avait été fait prisonnier ; c’était la première fois depuis bien longtemps que l’on attaquait Tortuga. Malgré l’alerte des sentinelles, les pirates furent pris par surprise, les uns dans leur lit, les autres dans les tavernes. Jamie lui-même n’avait pas entendu la cloche et ses relais supposés avertir du danger. Sans doute fut-elle actionnée trop tard. Les bombardements furent immédiats. Le Commodore avait su parfaitement jouer de l’effet de surprise. Il arborait un sourire des plus satisfaits.
- Cessez les hostilités ! ordonna-t-il soudain.



Il était venu jusqu’à Tortuga pour sauver la Señora Monastorio, non pour engager sa flotte dans de longs combats. Il avait appris qu’il ne servait à rien de détruire un repaire de la piraterie, qu’un autre apparaissait aussitôt. En revanche, il était primordial de faire des exemples. Les nouvelles parvenaient jusqu’à ces repaires, ces lieux reculés. Il n’y aurait pas un seul pirate de la mer des Caraïbes pour ignorer bientôt la pendaison du Capitaine Waring pour avoir séquestré et, très certainement, violenté une dame de condition. Ce crime ne resterait pas impuni, c’était, pour le moment, tout ce qui importait au Commodore. Il reviendrait plus tard régler des comptes avec les autres Capitaines et leurs équipages de coupe-jarrets.

Ses ordres exécutés, le Commodore se tourna vers Roseta et la salua avec raideur.
- Madame, dit-il, vous êtes sauvée !
La jeune femme s’agrippait péniblement au bras du Lieutenant Gilette qui l’avait trouvée. La tête lui tournait, elle se sentait extrêmement faible. Elle perdit connaissance dans un gémissement étouffée et serait tombée à terre aux pieds du Commodore si l’officier qui la soutenait ne l’avait retenue. Norrington s’adressa à lui sans rien montrer de son émotion devant le moment de faiblesse de la jeune femme.
- Mr Gilette, portez-la à bord, dans ma cabine, et installez-la sur le lit.
L’officier ne montra nulle surprise en exécutant les ordres de son supérieur. La cabine du Commodore était la plus confortable et disposait d’un verrou. La pauvre jeune femme pourrait s’y reposer et reprendre des forces avant son arrivée à Port Royal. Norrington suivit son Lieutenant mais resta sur le pont, lui laissant le soin de porter seul Mrs Monastorio à sa cabine.
- Le médecin la verra tout à l’heure, dit-il simplement.
Cela faisait quelques minutes déjà que la cessation des hostilités avait été ordonnée. Les soldats regagnaient les deux vaisseaux de leur flotte. Ils laissaient derrière eux des murs bombardés, ravagés par les flammes, des corps sans vie appartenant à l’un et l’autre camp.

Les deux vaisseaux de guerre, le H.M.S. Interceptor et le H.M.S. Dauntless, avaient quitté Tortuga depuis plus d’une heure sans être, pour l’instant, inquiétés. Tous les soldats, cependant, restaient à leur poste de combat. Il était probable qu’un équipage pirate tente de les rattraper. Le Commodore avait ordonné que l’on maintienne l’allure, mais des vents contraires pouvaient changer leur destiné. Il fallait se préparer à un assaut, à des canonnades et peut-être à un abordage en pleine mer. Mrs Monastorio n’était pas encore hors de danger. Il ressentait un mélange de fureur et d’attendrissement en pensant à elle. Fureur envers ces gibiers de potence qui avaient osé s’en prendre à elle, rage d’autant plus accrue par le récit que le Lieutenant Gilette venait de lui faire : elle était en chemise de nuit dans la maison de l’un des Capitaines et celui-ci avait été vu des soldats quittant cette chambre dans une tenue que l’officier qualifia de « parfaitement indécente devant une dame » – son pantalon blanc pour seul habit - pour aller chercher une arme. Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose aux yeux de Norrington et son prisonnier le paierait cher. Quant à son sentiment de tendresse, il ne pouvait s’empêcher de l’éprouver. Roseta était si jolie, si frêle et si vulnérable ! Sa fureur était en conséquence. Soudain, une voix douce comme sortie de ses pensées se fit entendre :
- Commodore ?
Norrington se retourna. Roseta se tenait maintenant devant lui, fragile petite silhouette qui serrait pudiquement un châle contre sa chemise de nuit, un châle que Mr Gilette avait ramassé dans sa chambre avant de partir, un châle que Jamie lui avait achetée.
- Mrs Monastorio ! Je suis très heureux de voir que vous avez repris conscience et que vous avez la force de vous lever, dit-il.
Il faisait encore nuit. Les lanternes du vaisseau permettaient cependant à la jeune femme de distinguer les traits sévèrement séduisants du Commodore.
- Je vais bien. J’ai eu peur en revenant à moi, je ne savais pas où j’étais mais je me suis souvenue de tout.
Elle baissa la tête, dissimulant son envie de pleurer au souvenir des combats, de Jamie emmené par les soldats. Elle voulait retrouver Port Royal, son époux et son frère mais elle était sincère avec Jamie, son seul tort était de confondre désir et amour. Elle croyait réellement l’aimer et se demandait alors s’il était possible d’aimer plusieurs hommes. Cette question l’avait déjà tourmentée par le passé, devant la cour empressée de Don Juan de Vargas à Madrid, les mots tendres du Commodore sur les rempares de Port Royal. Elle savait qu’il faudrait un jour être séparée de Jamie, que cela serait mieux ainsi pour tous deux, mais elle ne voulait pas que cela soit si brutal. La voix de Norrington la tira de ses pensées.
- Je comprends, Madame, mais désormais vous n’avez plus de raison d’avoir peur, vous êtes sauvée ! Permettez-moi, à présent, de vous engager à retourner vous allonger. J’ai fait mettre ma cabine personnelle à votre disposition ainsi que son verrou par respect pour votre intimité. Le médecin de bord vous a vue tout à l’heure, il n’a prescrit que du repos. Sachez, Madame, que je suis soulagé d’apprendre que vous n’êtes ni blessée ni maltraitée. Que cela ne vous inquiète cependant point quant au châtiment de ce gibier de potence qui vous retenait prisonnière ! Cet homme, ce Waring ainsi qu’on le nomme, est aux fers dans la cale. Il sera pendu sur les quais de Port Royal. Un saut dans le vide suivi d’un arrêt brutal.

A l’étonnement de Norrington, Roseta ne put s’empêcher de pousser un cri à l’annonce de la future exécution. Il considéra cependant qu’il s’agissait de sensibilité féminine et que l’idée d’un pendu devait effrayer une jeune femme aussi délicate que Mrs Monastorio. Il se promit de s’en souvenir et ne la convierait donc pas au « spectacle ». En revanche, l’ombre d’un soupçon se dessina dans son esprit en entendant Roseta lui demander la permission de voir le prisonnier.
- S’il vous plait, Commodore. Le Capitaine Waring était blessé lorsque les soldats l’ont emmené. Je voudrais aller le soigner. Je pense que le médecin ne l’a pas vu, ajouta-t-elle timidement.
Norrington fronça les sourcils devant une compassion qu’il n’approuvait pas…


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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Mar 15 Aoû - 12:07

VII Tirs croisés


Intimidée par le regard, sourcils froncés, que le Commodore jetait sur elle, la dominant de toute sa taille, Roseta se mit à gigoter d’un pied sur l’autre sans même s’en rendre compte. Elle était embarrassée et nerveuse, mais elle rassembla tout son courage pour maintenir sa requête, d’une voix cependant encore moins assurée.
- S’il vous plait, Commodore… Cet homme est blessé….
Mais Norrington se montrait intraitable concernant les prisonniers, en particulier lorsqu’ils avaient le tort d’être pirates.
- Madame, je suis très surpris. Vous me demandez là chose impossible. Cet homme n’a que ce qu’il mérite et sera traité comme tel.
- Mais, Commodore… insista timidement la jeune femme, d’une petite voix de souris.
- Non, Madame. Vous n’irez pas le voir dans la cale et vous ne le soignerez pas. Ce n’est point votre place et ce gibier de potence ne mérite ni votre attention ni votre compassion. Maintenant, Madame, je vous prie de retourner dans votre cabine. Le médecin vous a prescrit du repos.
Attristée, tête baissée, la jeune femme obéit. Norrington regarda s’éloigner la frêle silhouette serrant son châle contre ses épaules. Il trouvait sa conduite singulière.

Le médecin fut satisfait de voir Roseta endormie. Le Commodore lui avait demandé de retourner la voir et de s’assurer qu’elle se repose.
- Elle dort. Elle dormait déjà quand je suis entré.
- Bien. Pouvez-vous…
Norrington se mordit les lèvres.
- Pouvez-vous vous occuper de la blessure du prisonnier ?
Le médecin montra sa surprise au travers d’un regard étonné.
- C’est seulement pour qu’il soit encore en vie et présentable pour son exécution, bien sûr ! s’empressa d’ajouter le Commodore.
L’instant d’après, comme le médecin se dirigeait vers la cale, il regrettait de s’être cru obligé de se justifier et surtout d’avoir répondu à la requête de Roseta, même sans le lui dire. De son côté, la jeune femme dormait mais son sommeil était agité de cauchemars tous semblables, Tortuga en flammes, partout des épaves de navires mais également des grottes et cavernes qu’elle ne connaissait pas et dans lesquelles des trésors étaient entreposés depuis des siècles, formant des monticules d’or et de joyaux.

Roseta dormit de longues heures mais son réveil n’en fut pas moins brutal. Le puissant vaisseau tanguait sur les flots plus qu’au court de la nuit. Son mal de mer, qui semblait l’avoir quittée, du moins un peu, était bel et bien revenu, elle se sentait nauséeuse. Il fallait qu’elle appelle le médecin, qu’elle lui demande quelque chose pour le faire passer. Elle regarda autour d’elle ; elle était seule dans la cabine. Pourtant, il y avait eu quelqu’un au cours de la nuit, pendant qu’elle dormait. Un paravent avait été placé non loin du lit, sans doute par respect pour son intimité, sans doute pour que le Commodore puisse dormir sans être vu par elle. Il était sans doute venu au moins pour remplir le journal de bord ; en effet, un grand livre était encore ouvert sur le bureau situé en face du lit sur lequel elle était allongée. Roseta voulait se lever mais le tintamarre que agitait sa tête l’en empêchait. Pourtant, au bout de quelques minutes, elle réalisa que ce qu’elle entendait ne venait point d’une migraine. Peu à peu, le brouhaha, les bourdonnements liés au mal de mer se firent plus distincts jusqu’à devenir détonations et cris. Sur le pont, un combat naval faisait rage entre le vaisseau de guerre H.M.S. Interceptor et le Blue Lagoon. Le Capitaine Sparrow avait pris la mer le plus vite possible après l’attaque de Tortuga pour libérer Jamie et « Roseta Waring ». Ce ne fut qu’au matin, à la faveur de vents enfin de son côté, que Jack put rattraper la proie qu’il chassait. Sans que la jeune femme n’en sache rien, recluse dans la cabine du Commodore, Jack lançait ses canons à l’attaque que la coque, de la proue et de la poupe, encore trop loin pour tenter l’abordage du vaisseau de Port Royal. Les soldats ripostaient et bientôt le Blue Lagoon se trouva en position de faiblesse. Roseta avait comprit que ces détonations étaient le fruit d’un combat naval et qu’il ne pouvait s’agir que d’un bateau de Tortuga. Qu’en penser ? Souhaitait-elle être reprise par les pirates, qu’ils coulent le vaisseau du Commodore et le capture ? Elle ne voulait plus voir de combat, plus de sang versé pour elle. Elle ne voulait pas non plus que les pirates la reprennent, pas plus qu’elle ne voulait voir Jamie pendu. Qu’ils le libèrent et que les adieux les conduisent chacun dans le monde auquel il appartient. Roseta n’avait pas d’autre choix, elle devait retourner auprès de Enrique dont elle ignorait encore s’il était resté à Port Royal ou s’il était parti à sa recherche sur un autre bateau, et Jamie devait retourner à Tortuga. Pourtant, elle ne voulait pas non plus que les pirates le délivre, car cela signifierait qu’ils posent le pied sur le vaisseau, sachant qu’ils ne se contenteraient pas de seulement repartir avec lui.

Sur le pont, le Commodore criait des ordres en tout sens. Les canons s’enflammaient et crachaient de mille feux tandis que le Blue Lagoon faisait de même. Les tirs croisés faisaient jaillir de hautes gerbes d’eau autour de chacun des vaisseaux et faisaient des trous dans les deux coques. De sa longue-vue, Jack Sparrow voyait les vestes rouges des soldats s’agiter en tout sens. Samantha avait essayé de le retenir, lui disant qu’il était mieux que Roseta retourne dans le monde auquel elle appartient même si elle perdait une amie, Jack n’avait pu l’écouter, il n’en fallait pas moins se porter au secours de Jamie. Il avait donc confié sa femme à Turner et avait embarqué avec son équipage sur le Blue Lagoon. Il essuyait de terribles tirs. De l’autre côté de la longue vue, le Commodore, qui observait de même, se déclara satisfait.
- Cessez le feu, il va couler.



Norrington avait observé d’un œil expert l’emplacement des différents impacts sur la coque du Blue Lagoon. Son vaisseau pouvait se dégager sans crainte, il ne serait pas poursuivi. En effet, le Blue Lagoon commençait à pencher dangereusement.

Avec l’énergie du désespoir, Jack monta tout en haut du mas de hune pour scruter l’horizon, sachant que tous seraient sauvés s’il y avait terre en vue. Le bateau pouvait naviguer encore un peu avant de disparaître sous les flots. « J’ai promis à Samantha de revenir, elle ne me pardonnera jamais si je ne reviens pas ! » Les prières que Mrs Sparrow faisaient au même moment furent entendues, une petite île se trouvait à proximité.
- Terre ! s’écria Jack.
Le Blue Lagoon tint bon jusqu’à presque toucher les côtes. Il se mit alors à couler peu à peu. L’équipage se jeta à la mer pour gagner l’île à la nage. Droit sur son mas de hune, Jack resta dernier sur son bateau ainsi que tout Capitaine doit le faire. Il ne restait plus que le mas de hune à faire encore surface. Jack était en train de couler avec son bateau mais il parvint à mettre pied à terre sur un petit quai de bois tout aussi imperturbable que s’il montait une marche d’escalier dans sa maison de Tortuga.



Le vaisseau transportant Jamie et Roseta poursuivait sa route en direction de Port Royal…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Mer 16 Aoû - 10:28

VIII Les soupçons du Commodore




La porte de la cabine s’ouvrit, révélant à Roseta la haute silhouette du Commodore. La jeune femme avait perdu toute notion du temps mais elle devinait que cela faisait un certain temps déjà que le calme était revenu. Elle avait attendu, le cœur battant, que la porte s’ouvre à la volée sur le visage d’un pirate venu chercher Jamie et la reprendre aussi, mais rien de cela n’était arrivé. Le vaisseau de guerre avait certainement vaincu les pirates. Elle espérait qu’il ne s’agisse point du Blue Lagoon du Capitaine Sparrow, elle ne voulait pas qu’il lui arrive malheur par affection et attachement envers son épouse qui fut si gentille avec elle et devint son amie. Voyant entrer le Commodore, Roseta s’assit dans le lit et arrangea le décolleté de sa chemise de nuit.
- Veuillez me pardonner, Madame, dit-il, je ne voulais pas vous réveiller.
- Ooh, mais… Je ne dormais pas, Commodore. Du moins, je ne dormais plus. Des bruits affreux m’ont réveillés. Avons-nous été attaqués ?
Norrington ôta son chapeau pour le poser sur son bureau. De même, il défit la lourde ceinture qui portait l’épée et la suspendit à un crochet dans un cliquetis métallique.
- En effet, Madame. Des pirates étaient à notre poursuite. Ne vous inquiétez pas, je savais que cela arriverait. Ils font toujours une tentative pour récupérer les leurs qui sont prisonniers puis nous les coulons et personne d’autre ne vient. Ils ont une espèce de code. A l’heure qu’il est, ils ont sans doute choisi un nouveau Capitaine. Je sais, Madame, que j’aurais pu raser Tortuga et les envoyer tous par le fond, mais j’ai choisi délibérément de faire route pour Port Royal une fois que mes hommes vous auraient retrouvée. Ce n’est pas une mesure de clémence. Avec seulement deux vaisseaux nous n’en serions pas venus à bout, ils commençaient à prendre eux-mêmes leurs bateaux. Si nous avions encore attendu ils les auraient sortis du port. Il fallait partir pour qu’ils s’occupent d’éteindre l’incendie. Nous savons que dans ces cas-là ils n’envoient qu’un seul bateau puis considèrent leurs camarades perdus. Mais ce n’est que provisoire ! Ils reviendront ensuite quand Waring sera emprisonné à Port Royal, c’est pourquoi l’exécution ne doit pas trop tarder.

Roseta était devenue blême à ces mots. Jamie ne méritait pas de se balancer au bout d’une corde.
- Vous êtes bien pâle, Madame, s’inquiéta Norrington en s’asseyant à son bureau.
- Je… J’ai le mal de mer mais cela passe, je me sens tout à fait bien, maintenant. J’étais très malade en venant d’Espagne mais… cela passe, je crois que je m’habitue à la mer, sauf quand elle est très agitée comme tout à l’heure.
Norrington accepta sans mot dire cette excuse qui n’en était point entièrement une, la jeune femme souffrant effectivement de ces maux mais commençant à s’y faire. Elle ne put s’empêcher de poser la question qui lui brûlait les lèvres :
- Commodore… Comment se nommait le bateau qui vient de nous attaquer ? Que, je suppose, vous avez coulé ?
Norrington fronça à nouveau les sourcils.
- Le Blue Lagoon, si mes souvenirs sont exacts. Je n’ai guère d’intérêt pour les noms des bateaux pirates, pas même lorsque ceux-ci sont d’anciens vaisseaux nous appartenant comme c’était le cas cette fois encore.
Roseta baissa la tête, accablée. Jack… C’était son bateau… Elle eut beaucoup de mal à retenir ses larmes pour Samantha.
- Eh bien, Madame, que vous arrive-t-il ? Pourquoi vous intéresser à ce bateau ?
- Ooh ! Mais… pour rien ! s’écria la jeune femme, prise en faute.
- Bien. Maintenant, veuillez m’excuser, je dois consigner l’attaque de Tortuga et cet « incident » en mer dans le Journal de bord.

Le crissement régulier de la plume sur le papier perçait à peine le profond silence qui s’était installé dans la cabine. Norrington savait que Roseta le regardait pendant qu’il écrivait mais cela le laissait imperturbable, il penserait à elle plus tard ou bien ses soupçons l’empêcheraient de remplir consciencieusement le Journal de bord. De même, lorsqu’il eut fini, il quitta la cabine et se rendit sur le pont pour ne pas être tenté de regarder Roseta en chemise de nuit. Il était responsable de ce vaisseau, de son équipage. Le devoir avant toute chose. Quelques heures passèrent ainsi. Roseta ne s’était pas rendormie, elle se tournait et se retournait entre les draps dans le lit du Commodore. Après son départ, elle avait cessé de retenir ses larmes et pleura de tout son soûl pour Samantha qui ne verrait pas Jack revenir auprès d’elle, ignorant qu’en cet instant même le Capitaine Sparrow et son équipage venait de découvrir un coffre rempli de bouteilles de rhum sur l’île où ils avaient accosté en catastrophe. Puis, Roseta pleura pour Jamie qu’elle devinait aux fers, blessé, peut-être sans eau ni nourriture. Elle se promit de supplier encore le Commodore lorsqu’il reviendrait pour se coucher, sans se demander où donc dormirait-il, justement, puisqu’elle occupait son lit. Elle l’attendait. Elle crut tantôt que c’était lui mais à la place elle eut la visite d’un fusilier-marin qui lui portait à manger ainsi qu’un peu d’eau douce. Roseta était affamée et assoiffée, elle mangea et se désaltéra avec délice mais mit de côté ce qu’elle put pour Jamie si le Commodore déclarait qu’il n’y aurait pas assez de vivres jusqu’à Port Royal si le prisonnier recevait lui aussi une ration comme l’équipage. Elle pourrait lui montrer qu’elle avait gardé de son propre repas.

Enfin, comme la nuit tombait, le Commodore regagna sa cabine. Le fusilier-marin qui avait porté à manger à Roseta lui avait dit qu’il l’avait vu pleurer.
- Comment vous sentez-vous, Madame ? N’ayez crainte, nous serons demain à Port Royal.
- Je vais bien, je vous remercie.
- J’ai fait placer un paravent, c’est une chance que nous en ayons eu un à bord ! Soyez rassurée, je vous dormir dans un hamac de l’autre côté, vous ne me verrez pas.
Roseta le remercia de sa prévenance. Après hésitation, elle lui présenta une nouvelle fois sa requête.
- Commodore… Comment va le prisonnier ? A-t-il mangé ? Je voudrais qu’il soit bien traité. … J’espère ne pas vous offenser, ajouta-t-elle devant le visage fermé de Norrington. Je ne mets point en doute votre bonté ni votre charité chrétienne…
Les lèvres du Commodore s’étirèrent dans un sourire qui ne laissait présager rien de bon.
- Je vois, Madame. Votre compassion vous honore. J’ai plaisir à vous apprendre que le médecin s’est occupé de la blessure de cette canaille comme vous le vouliez et qu’il a eu eau et nourriture. Ce que je vois, sur ce plateau près de vous, est-ce la part que vous lui laissiez ? Ai-je deviné juste ?
- Oui, répondit Roseta d’une toute petite voix, les yeux rivés sur la table de chevet.
- Vous vous préoccupez beaucoup du prisonnier et de son bien-être, Madame, mais pas une seule fois vous n’avez demandé où était votre époux.
Roseta ne sut que répondre. Le Commodore soupçonnait quelque chose qui était vérité…


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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Ven 18 Aoû - 0:50

IX Prise de guerre


Le Commodore considérait maintenant Roseta avec dédain.
- Vous ne répondez pas ? Je vais donc le faire à votre place, dit-il d’une voix glaciale. Madame, votre époux, dont vous semblez peu vous soucier, est en ce moment même sur l’un de nos vaisseaux, ainsi que votre frère, en route pour Maracaïbo qui est, je vous le rappelle, un repaire de pirates aussi célèbre que l’île de Tortuga. Au matin de votre disparition, chaque marin des navires marchands amarrés à Port Royal fut interrogé dans l’espoir que l’un d’eux puisse nous donner quelque indice pour vous retrouver. Le départ précipité du bateau de van Brunt ne passa pas inaperçu. Un témoin avait d’ailleurs vu l’armateur monter à bord, les bras chargés d’un grand sac de toile. Une fois Port Royal fouillé de fond en comble, il était évident que vous étiez dans ce sac et que cet homme vous avez enlevée. Nous avons perdu du temps à chercher à Port Royal, mais nous avions alors la certitude que si nous retrouvions son bateau vous seriez à bord.



Roseta se taisait, honteuse de ce que le Commodore insinuait à propos de son époux. Elle écoutait à peine ce qui ravivait pourtant bien des souvenirs, bien des frayeurs.
- Nous avons trouvé, dérivant au grès des vents, des pièces de bois qui ne pouvaient provenir que d’un bateau. Sur l’une d’entre elle, le nom était inscrit, nous avons alors su que c’était le bateau que nous cherchions qui avait coulé. Nous aurions pu vous croire morte mais je connais la mer des Caraïbes : nul rocher en cet endroit qui puisse expliquer que le bateau sombre de lui-même. Les pirates l’avaient attaqué, c’était évident. Et… les pirates emportent toujours des prisonnières lorsqu’elles sont jolies…
Toujours tête baissée, Roseta ne vit pas que l’air sévère du Commodore se changeait en convoitise. Il la méprisait pour ce qu’il devinait dans son cœur, pour ne pas avoir demandé où était son époux, mais il la trouvait tout en même temps infiniment désirable.
- Les pirates ont deux repaires, nous ne savions pas où ils vous avaient emmenée. Nous étions à trois bateaux de ma flotte. Il fallait que deux d’entre eux aillent jusqu’à Tortuga qui était la cachette la plus probable, tandis que l’autre continuerait jusqu’à Maracaïbo qui est lointaine. Votre époux et votre frère ont pris cette route. Puisqu’ils ne vous trouveront pas là-bas, il ne leur reste plus qu’à rentrer à Port Royal. Si vous alliez sur le pont, vous remarqueriez que notre second bateau, le H.M.S. Dauntless, n’est plus auprès de nous comme il l’était encore pendant l’attaque de cette après-midi : j’ai donné l’ordre qu’il fasse route vers Maracaïbo. Si les vents lui sont favorables, peut-être parviendra-t-il assez rapidement à la Dominique qui nous est alliée pour en faire partir un sloop rapide.
La jeune femme continuait de se montrer silencieuse. Elle n’osait pas parler ni même regarder le Commodore. Elle avait honte, terriblement honte. Sa conscience était au tourment. Comment avait-elle pu oublier de la sorte tous ses devoirs d’épouse ? Jamie avait-il raison lorsqu’il disait que désormais il était son mari ? C’était pourtant Enrique, les lois de Tortuga ne s’appliquaient pas ailleurs. Jamie lui avait fait perdre la tête, elle ne pouvait expliquer autrement ce qu’elle appelait son « amnésie conjugale ». Elle ne retrouva l’usage de la parole que pour murmurer, d’une voix éteinte :
- Merci, Commodore… Je suis désolée de causer tant d’embarras… Enrique et Axel doivent être fous d’inquiétude.
Norrington eut un sourire cynique.
- C’est peu que de le dire, Madame ! Votre mari a juré qu’il tuerait vos ravisseurs s’ils tombaient entre ses mains. Je ne donnerais pas cher de la peau de Waring si jamais votre mari le voit ! Vous comprenez qu’il est préférable, encore une fois, que l’exécution ne tarde pas.
Un frisson glaça l’échine de la jeune femme. Et elle ? Si Enrique venait à apprendre qu’elle avait aimé un autre que lui, que lui ferait-il ? Elle préférait ne pas y penser. Il était extrêmement jaloux pour tout ce qui lui appartenait, et en particulier concernant sa femme. S’il apprenait qu’elle ressentait quelque chose pour Jamie, elle devrait s’attendre à une terrible correction et elle l’aurait méritée.
- Je vous en prie, Commodore, ne dites pas à mon mari que je vous ai demandé de traiter avec douceur le Capitaine Waring ! dit-elle, apeurée. Je comptais vous supplier encore pour qu’il soit épargné, Enrique ne le tolérerait pas.



Norrington s’était approché du lit. Il aimait Roseta et le lui avait dit sur les rempares de Port Royal. Comment osait-elle se donner à un pirate alors qu’elle aurait probablement refusé de lui céder à lui, Lord James Norrington, par peur de commettre un adultère à Port Royal, par peur seulement et non par honneur. Il était convaincu en cet instant que Waring ne l’avait forcée à rien ou bien que cela avait plu à la jeune femme s’il l’avait fait ; comment expliquer sa compassion à l’égard d’un pirate ?
- Je ne dirai rien à votre mari, ne vous inquiétez pas de cela. Je ne veux pas être associé à son terrible déshonneur. S’il l’apprend un jour, que ce soit de vous. Répondez-moi, maintenant ! Qu’est ce Waring pour vous ?
Roseta choisit de dire la vérité. Le Commodore la connaissait, de toute façon, il ne servait à rien de mentir.
- Le Capitaine Waring est mon mari selon les lois de Tortuga. J’étais sa part de Capitaine.
Le regard de Norrington se fit plus sévère encore.
- Me tromperais-je en affirmant que vous avez aimé être sa femme ?
- Non… reconnut-elle, abattue.
Le Commodore était furieux. Il aurait préféré, en fin de compte, que Roseta soit malmenée contre sa volonté.
- Vous l’avouez ! Vous avez aimé cela ! Vous, une dame d’excellente famille ! Un gibier de potence, une canaille de la pire espèce !

Roseta était terrifiée. Blessé dans son propre amour coupable pour elle, Norrington ne supportait pas d’apprendre que son rival était un boucanier.
- Puisque vous voilà femme de pirate, je vous traiterai donc comme tel, reprit-il.
Sa voix était maintenant étrangement calme. Il s’était radoucit soudainement, continuant de trouver Roseta désirable malgré tout.
- Vous m’avez dit avoir été part de Capitaine, vous voici prise de guerre, Madame…
Norrington souriait, à présent. La tempête était passée. Il n’en voulait plus à Roseta, il l’aimait. Avant qu’elle ne devine ses intentions, il prit ses lèvres dans un baiser des plus passionnés. Roseta se débattit un peu par surprise mais s’abandonna très vite à l’étreinte exigeante de Norrington. Il l’avait saisie dans ses bras et la tenait maintenant serrée contre lui. Le baiser se faisait sauvage.
- Ma prise de guerre… répéta-t-il en laissant ses lèvres. Vous m’appartiendrez jusqu’au retour à Port Royal de votre mari !
Roseta s’agrippait aux épaules de Norrington qui plongeait sur elle des yeux brûlants. Il ne s’attendait cependant pas aux mots qu’elle prononça alors :
- Votre prise de guerre, Commodore… soupira-t-elle. Je vous offre… ma reddition…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Ven 18 Aoû - 23:45

X La vengeance du Commodore


Le Commodore était ravi des mots de Roseta et ses derniers scrupules envers une femme mariée dont il était responsable du fait de sa position sur le bateau s’envolèrent. Après tout, songeait-il, elle s’était donnée à Waring, le mal était fait, pourquoi donc lui-même n’en profiterait-il pas puisque le Commandant Monastorio avait déjà été trahis ? Norrington concevait aussi une vengeance envers ce pirate qui osait s’interposer comme rival et pour lequel il avait le plus grand mépris. Enfin, il avait embrassé Roseta spontanément, au plus fort de sa colère. Ce n’était qu’en l’entendant dire qu’elle se rendait qu’il justifiait par avance ce qu’il s’apprêtait à faire, car il était maintenant bien décidé à aller jusqu’au bout. La bonne volonté de la jeune femme l’encourageait. Il était parfaitement conscient de l’emprise qu’il pouvait avoir sur elle, il le savait depuis Port Royal, depuis cette promenade sur les rempares où elle ne l’avait pas repoussé lorsqu’il lui avait dit l’aimer. Il était persuadé qu’il ne manquait que des circonstances favorables, tel l’éloignement du mari et du frère, pour qu’elle réponde docilement à ses avances.

Norrington détacha les bras de Roseta de ses épaules et recula un peu pour défaire sa veste d’uniforme sans la quitter des yeux. La jeune femme était sagement assise sur le lit. Elle ne disait rien, elle attendait. Non sans appréhension, remarqua-t-il, étonné, lisant quelque crainte dans ses yeux noisette. Ce fut alors une évidence pour Norrington, une évidence qui le frappa de plein fouet. Elle n’était pas la petite catin qu’il imaginait depuis qu’elle insistait pour que Waring soit bien traité avant d’avouer enfin l’aimer. Il comprit soudain que Roseta, au contraire, était toujours cette jeune femme candide et douce qui l’avait accompagné sur les rempares, dont la nature était de se plier à l’autorité pourvu que l’on insiste, et qui confondait désirer et aimer. Elle disait aimer Jamie, mais le Commodore savait désormais qu’elle avait seulement été attirée par son autorité et qu’il en était probablement de même à propos de son époux. Norrington eut un petit sourire, il ne doutait pas un seul instant être le genre d’homme qui plaisait inconsciemment à Roseta. Il s’éloigna jusqu’au bureau pour y poser son chapeau, son épée et sa veste. Il revint vers le lit à pas lents mais décidés. Il eut alors le sentiment de lire en Roseta comme dans un livre ouvert, comme Jamie l’avait fait auparavant. Elle était en train de succomber au charme dominateur du Commodore. Assis sur le lit, ce dernier prit une nouvelle fois Roseta dans ses bras. Il couvrait son cou de baisers brûlants mais cela ne lui suffisait plus. Il la fit basculer doucement sur les draps. Voyant le Commodore se pencher sur elle et dénouer les rubans de sa chemise de nuit, Roseta eut un moment de crainte, elle émit un gémissement plaintif et chercha à se dérober. Norrington l’immobilisa sans difficulté et prit ses poignets qui cherchaient à couvrir sa poitrine.
- Laissez-vous faire, Madame…
Roseta obéit. Le Commodore poursuivit ; il s’amusait de la sentir frétiller dans ses bras.

Un sourire satisfait apparut sur le visage du Commodore comme il contemplait Roseta profondément endormie. Une heure était passée depuis le début de leurs étreintes. Les longs cheveux de la jeune femme étaient défaits, épars sur l’oreiller. Elle était nue et paisible.
- Je suis désolé de ce que je vais faire, Roseta, murmura Norrington dans un souffle, mais il le faut…
Il s’arracha de sa contemplation, se leva, rajusta sa chemise et ses culottes puis quitta la cabine sans un regard en arrière. Il se rendit sur le pont et s’approcha du Lieutenant Gilette.
- Allez chercher le prisonnier et emmenez-le dans ma cabine. Je veux le voir.



Chargé de chaînes, Jamie apparut, escorté de Mr Gilette.
- Ah, Waring ! Entre donc dans ma cabine ! … Vous serez surpris de ce que vous y trouverez, précisa Norrington.
Jamie portait toujours son pantalon blanc et rien de plus, il était perclus de fatigue malgré sa grande résistance. Ses pensées, qui s’envolaient toujours vers Roseta, n’étaient pas étrangères à cet affaiblissement. Elle était à bord de ce vaisseau, il le savait, il le sentait. On la ramenait à Port Royal pour la rendre à ce mari qui n’avait été qu’un fantôme pour lui, un homme qu’il n’avait jamais rencontré et dont il ne connaissait que le nom parce que Roseta le portait aussi. Jamie ne se faisait guère d’illusions quant à son propre sort, il savait que c’était la corde qui l’attendait. Il aurait des regrets, mais des satisfactions aussi, tels ces quelques jours passés auprès de Roseta, à se réveiller chaque matin en sachant qu’il avait auprès de lui une gentille petite épouse pour prendre soin de lui. Elle était parfois triste et ne se faisait pas encore à sa nouvelle vie, mais cela serait venu peu à peu.
- Que me voulez-vous ? demanda-t-il à la bravade au Commodore.
- Vous montrer quelque chose.
Norrington avait en cet instant un sourire cruel. Il ne voulait pas faire de mal à Roseta, il avait été sincère avec elle lorsqu’il l’avait embrassée et aimée, mais il ne pouvait oublier l’humiliation d’avoir un pirate pour rival. C’était à lui qu’il la ferait payer, parce qu’il avait su plaire à Roseta et lui donner l’illusion d’aimer. Mr Gilette poussa Jamie dans la cabine. Ce qu’il vit fit monter une rage sourde en lui. Roseta, dénudée, endormie dans une position d’abandon.
- Que lui avez-vous fait… demanda-t-il d’une voix blanche.
Le Commodore eut un rire de gorge.
- Je crois que je n’ai nul besoin de vous dire ce que je lui ai fait…
Jamie ne sentait plus la fatigue, il ne pensait plus qu’à une chose, sauter à la gorge du Commodore pour lui faire rendre des comptes.
- Sortez-le, ramenez-le à ses fers ! ordonna Norrington, de peur que Roseta ne se réveille et les voit.
Jamie hurla des insultes et se démenait en tout sens dans l’espoir de rouer de coups le Commodore. Il revoyait les images de Roseta apeurée et en larmes lorsque ces traîtres de Leech et Manolo avaient voulu la contraindre chez Farrell. Il ignorait que la jeune femme avait accepté les étreintes de Norrington, qu’elle s’était donnée parce qu’elle succombait à ses baisers mais peut-être aussi dans l’espoir d’obtenir la grâce de Jamie, une fois le Commodore d’humeur plaisante. Aux yeux de Jamie, il était impossible de penser un seul instant que Roseta ait pu céder et pour lui et pour sa propre curiosité.

Lorsque le puissant vaisseau de guerre entra à Port Royal, Jamie se morfondait toujours à fond de cale, oubliant Tortuga pour ne se souvenir que d’un seul visage, celui de Roseta qu’il ne reverrait sans doute jamais. Dans la cabine du Commodore, la jeune femme versait toutes les larmes de son corps alors que Norrington n’était toujours pas revenu auprès d’elle depuis son réveil. Elle réalisait ce qu’elle avait fait, ce qu’elle lui avait permis, elle était consciente de sa responsabilité dans ces propres mots qui revenaient sans cesse dans sa mémoire : « Je vous offre… ma reddition ». Cette fois, elle n’avait pas seulement trahis Enrique, elle avait aussi trahis Jamie. Son seul espoir était que cette nuit dans les bras du Commodore signe la grâce du Capitaine Waring…


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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Sam 26 Aoû - 12:17

XI De retour à Port Royal


Le puissant navire, fierté de toute la flotte des Caraïbes, venait d’entrer à Port Royal où il mouillerait, comme à son habitude, au large des rempares. Le H.M.S. Interceptor avait tenu toutes ses promesses, échappant tant aux rochers qui fermaient l’entrée de Tortuga qu’aux pirates eux-mêmes, et il avait coulé le Blue Lagoon. C’était là le vaisseau le plus rapide de la flotte, mais le H.M.S. Dauntless, envoyé après Enrique et Axel, l’était également. Ce n’était plus qu’une question de temps pour que Roseta retrouve enfin son époux et son frère. Cependant, le Commodore n’était point pressé de cela. Le retour du mari se ferait bien assez tôt. Pourtant, Norrington n’était pas retourné dans sa cabine depuis qu’il y avait laissé Roseta endormie après leurs étreintes, après qu’il y eut conduit Jamie pour la lui montrer, qu’il sache que la jeune femme était maintenant passée entre ses mains. Il regrettait d’ailleurs ce geste, cela n’était pas digne de lui ; mais Jamie était un pirate et aucun pirate ne méritait que l’on fasse preuve d’un quelconque savoir-vivre, estima-t-il aussitôt comme pour se décharger de sa propre faute, celle d’avoir profité de Roseta dont il était responsable à bord et de l’avoir ensuite exposée comme pièce de butin… comme l’eut fait un pirate. « Le seul langage qu’ils comprennent ! » se justifia-t-il à nouveau. Il avait été personnellement blessé d’apprendre que Roseta avait apprécié Waring, plus encore que s’il ce fut agis de tout autre femme. Il lui avait ouvert son cœur sur les rempares, se sentant déjà assez fautif de l’avoir fait parce que Enrique existait. Le Commodore n’avait pas pour habitude de séduire les femmes mariées. La mer était sa maîtresse, sa rivale ne pouvait être qu’une épouse.

Les dernières heures furent entrecoupées de sommeil et de larmes. Rosetta s’était donc éveillée seule et avait attendu en vain le retour de Norrington. Elle était restée seule avec ses remords, sa double trahison, envers Enrique, envers Jamie. Elle avait à peine touché aux plats que l’on vint lui porter. Une seule fois, elle demanda si le Commodore ne déjeunerait-il pas, espérant ne point paraître s’intéresser à lui autrement que par courtoisie, priant pour que leur étreinte soit demeurée secrète et espérant que cette discrétion était la raison de son absence auprès d’elle. On lui répondit qu’il déjeunait sur le pont, que Port Royal serait en vue dans quelques heures. Elle ignorait que le Commodore ne retournait pas non plus dans sa cabine pour un tout autre motif : il craignait de ne plus pouvoir se contenter d’écrire le Journal de bord. Il fallait rester discret. L’équipage risquait de les entendre s’il recommençait.

Il était temps maintenant de quitter le H.M.S. Interceptor. Des canots attendaient pour conduire l’équipage et leur passagère à terre, ramenée saine et sauve après dix jours de captivité. La lumière du jour emplit la cabine dont on ouvrit la porte en grand. L’officier qui avait trouvé Rosetta chez Jamie, le Lieutenant Gilette, la salua respectueusement.
- Madame, nous sommes arrivés à Port Royal. Je vous prie de me suivre.
Norrington s’occupait de donner les derniers ordres à bord avant de quitter lui aussi le H.M.S. Interceptor. Ses hommes étaient déjà presque tous dans les canots et ramaient en direction du port. Deux d’entre eux étaient descendus dans la cale pour y chercher le prisonnier. Ce fut ainsi que Roseta revit tout en même temps Jamie et Norrington, les deux hommes qui se la disputaient à présent et auxquels elle avait cédé… à tous deux. Il y avait maintenant un vainqueur et son prisonnier. Ne supportant pas de voir Jamie dans ses fers, la jeune femme détourna la tête malgré la brûlure du regard que le Capitaine Waring posait sur elle.
- Roseta ! ne put-il s’empêcher d’appeler.
La jeune femme voulait se retourner mais elle n’en avait pas la force. Il lirait peut-être sur son visage sa honte de s’être donnée à un autre pendant qu’il était aux fers, une honte que de plus elle ne regrettait pas. Elle ignorait que Jamie l’avait vue nue et alanguie sur la couche du Commodore. Lui, cependant, ne pouvait l’oublier et, dans son application à détourner la tête, il ne pouvait y voir que la honte d’avoir été abusée par un homme qui donnait des leçons de moralité aux pirates et se prétendait l’un des plus respectables et des plus honorables des gentilshommes de Sa Majesté.

Le Commodore se retourna d’un bond en entendant cet appel. Il tira l’épée du fourreau et la pointa sur la gorge du prisonnier. Il était entouré, derrière lui, de quelques uns de ses hommes non encore débarqués, ainsi que de son second, le Lieutenant Gilette, qui était allé chercher Roseta dans la cabine.
- Que plus jamais je ne vous entende prononcer de la sorte le nom d’une dame, ou il se pourrait que vous n’ayez pas le temps de connaître le sort que vous méritez, un saut dans le vide suivi d’un arrêt brutal ! dit Norrington entre ses dents.
Roseta tremblait, elle espérait que Jamie ne le provoque pas davantage. Elle essayerait encore de faire quelque chose pour lui mais il lui fallait du temps. Le Commodore s’impatientait.



Il remit son épée au fourreau. Tôt ou tard, Waring serait châtié. Dès l’instant où Enrique serait de retour, une pendaison commémorerait le retour de Roseta à Port Royal. Cette exécution calmerait sans doute le mari qui s’était juré de tuer les ravisseurs de sa femme. Norrington devait se montrer patient pour le moment et faire en sorte que Waring ne manque pas son rendez-vous avec la potence.
- Lieutenant Gilette, appela-t-il, conduisez Mrs Monastorio dans le canot. Elle était et est mon invitée : veillez à ce qu’on lui donne tout de suite ses appartements et qu’on lui trouve des vêtements décents.
Roseta suivit docilement l’officier. Elle était toujours en chemise de nuit, mais il n’y avait pas de vêtements pour elle à bord du H.M.S. Interceptor. Cependant, la voyant frissonner et soucieux de sa décence, Mr Gilette défit sa veste pour en couvrir ses épaules. Il ordonna à ses hommes de ramer et, lentement, le canot s’éloigna. Quelques instants plus tard, Norrington descendait à son tour avec ses derniers soldats et le prisonnier. Les deux hommes se haïssaient et échangeaient des regards lourds de menaces.

La chambre était telle qu’elle l’avait laissée lorsque l’armateur hollandais l’avait enlevée. Roseta retrouva toutes ses robes, tous ses effets. Seuls manquaient Enrique et Axel. Dès son arrivée, les domestiques s’étaient empressés autour d’elle, à la demande de Mr Gilette, sur les ordres du Commodore. Elle avait été longuement baignée et éprouvait à nouveau le plaisir d’être propre. Elle s’était plongée avec délice dans l’eau tiède du bain comme elle avait ressenti un semblable soulagement après la vente aux enchères. La maison de Jamie… Tout lui ferait-il donc penser à la maison de Jamie ? Il fallait oublier cela, elle avait retrouvé son monde. Seul le sort de Jamie continuait de la hanter. Pour le reste, elle attendrait que son mari revienne, ainsi que son frère, et il l’emmènerait loin de là, en Californie, loin des Caraïbes, du Commodore, et seuls la distance et le temps pourrait lui faire oublier ses incartades. Mais Jamie devait vivre. Elle espérait que Norrington la rappelle auprès de lui pour tenter d’obtenir sa clémence dans un moment de bonne humeur. N’avait-il pas dit qu’elle lui appartiendrait jusqu’au retour d’Enrique ? Le regrettait-il ? Il devait y avoir un moyen de secourir Jamie, un moyen qui ne déshonorerait pas Norrington auprès du gouverneur. Vêtue d’une magnifique robe de couleur rose, Roseta agitait un éventail, offrant la courbe de son dos au regard de Mr Gilette dont elle venait de permettre l’entrée, continuant malgré tout de contempler la vue splendide des jardins du Commodore qu’elle avait déjà admiré tantôt.



- Madame, le Commodore Norrington désire que vous soupiez en sa compagnie, dit le Lieutenant. Il vous attend dans une heure. Je reviendrai vous chercher.
- Merci, Mr Gilette. Je serai prête, répondit-elle.
Le cœur battant, Roseta s’apprêtait à revoir Norrington…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Dim 27 Aoû - 16:43

XII Les quartiers du Commodore


Ainsi qu’il l’avait promis, le Lieutenant Gilette revint chercher Roseta pour le souper. C’était un homme discret et loyal en qui le Commodore plaçait toute sa confiance. Il pouvait lui demander de conduire la jeune femme à ses appartements, le Commandant Monastorio n’apprendrait rien de lui. Roseta marchait près de Mr Gilette, agitant son éventail. Elle reconnaissait le corridor qui menait à la grande salle à manger où Enrique, Axel et elle soupèrent et dînèrent en compagnie de Norrington à leur arrivée sur l’île de la Jamaïque. Pourtant, ce n’était point là qu’elle devait aller. Mr Gilette lui fit prendre un autre corridor, plus étroit, aux murs ornés de marines.
- La salle à manger… ? s’étonna-t-elle.
- Je vous y conduits, Madame, répondit-il.
Les dernières semaines avaient rendus la jeune femme méfiante. Après être passée entre tant de mains, comment ne le serait-elle point ? Elle se mit à avoir peur, imaginant que le Lieutenant l’emmenait dans un endroit à sa convenance.
- Mais… Il doit y avoir erreur… Où me conduisez-vous, Mr Gilette ?
Il s’arrêta et se tourna vers elle pour l’observer un instant, interrogateur. Puis il comprit.
- Veuillez me pardonner, Madame. Le Commodore Norrington désire que vous soupiez en sa compagnie dans ses quartiers. Dans sa salle à manger personnelle. Voilà pourquoi vous ne vous reconnaissez pas.
Roseta s’en trouva rassurée. Un « merci » franchit ses lèvres comme dans un souffle.

La salle à manger du Commodore avait été préparée tout spécialement pour un souper intime. La table avait été dressée avec le plus grand soin et de brillants candélabres, disposés parmi l’argenterie personnelle de Norrington, illuminaient les panneaux de bois recouvrant les murs. A peine Roseta eut-elle franchit la porte que Mr Gilette s’éclipsait discrètement, la laissant seule une fois celle-ci refermée derrière elle. Seule, point tout à fait. Le Commodore était là et l’attendait. Ce fut sur un signe de lui que Mr Gilette se retira, prenant bien soin de tirer le verrou derrière lui. Norrington avait endossé un uniforme propre, après ces jours passés en mer. La lueur des candélabres le rendait plus impressionnant encore.
- Bonsoir, Roseta… dit-il doucement.
A son invitation, la jeune femme prit place à table. Les mets avaient déjà été apportés de sorte que personne ne vint les déranger. De part et d’autre de la table, des plats avaient été disposés à la portée de chacun des deux fauteuils. Norrington remarqua vite que Roseta n’avait que peu d’appétit.
- Vous devriez manger, ma chère. Vous devez reprendre des forces après ce que vous avez vécu. Servez-vous, je vous en prie. Je sais que le personnel laisse à désirer, ce soir, mais je ne crois pas me tromper en songeant que vous préférez cette intimité.
Roseta baissa la tête, s’obligeant à reprendre d’un même plat. Il avait raison, elle préférait qu’il en soit ainsi. Sans doute pensait-on que ce repas avait été préparé pour l’un des officiers du H.M.S. Interceptor, Norrington aimait sans doute converser de ses sorties en mer avec ceux qui avait son amitié et ne voulait pas forcément utiliser la salle à manger de réception pour un simple souper. Mais surtout… Sans doute lui-même tenait-il à la discrétion quant à la présence de Roseta dans ses appartements. La jeune femme s’interrogeait sur la place qui était désormais la sienne dans cette maison jusqu’au retour de Enrique. Aux yeux de tous, Roseta était l’invitée du Commodore, mais pour ce dernier, elle-même et le Lieutenant Gilette, elle était bien plus que cela. Norrington tenait sa promesse, il faisait d’elle sa compagne et elle devrait le rejoindre dans ses appartements chaque fois qu’il le voudrait. Que pensait-elle de tout cela ? Elle l’acceptait. Elle se reprocherait le lendemain sa conduite mais attendrait le soir avec impatience, dans l’espoir que Norrington la fasse rappeler. Elle en prenait conscience. Il n’y avait plus qu’à s’y résigner. Elle tenterait de faire libérer Jamie et pour le reste elle serait la compagne secrète du Commodore. Jusqu’au retour de Enrique…

Le souper se déroula d’abord dans le plus parfait silence. Parfois, Roseta jetait sur son hôte un regard à la dérobée mais s’empressait de baisser les yeux lorsque ce mouvement furtif attirait son attention. Norrington la transperçait alors de son propre regard et elle sentait à l’autre bout de la table la brûlure de ses yeux. Comme Jamie… Exactement comme Jamie… Comme Enrique, aussi… Le charisme dominateur du Commodore la transperçait. Il était désormais trop tard, il la tenait à sa merci. Elle savait ce qu’il attendait d’elle à la fin du souper et qu’il ne doutait pas de l’obtenir. En cet instant précis, Norrington posa son regard sur la gorge palpitante qu’il devinait à l’autre bout de la table, sous la soie rose de la robe. Un petit sourire étira ses lèvres. Il lui semblait lire en elle et les pensées qu’il devinait lui plaisaient beaucoup. Ce n’était plus Jamie qui occupait son esprit, il était certain. Sans doute avait-elle pensé à lui quelques instants plus tôt, mais cela n’était plus. La lueur des candélabres ne se jouait pas de lui, il devinait réellement que le regard de Roseta se faisait trouble. Elle était en train de succomber, comme la veille, dans la cabine, lorsqu’il l’avait traitée avec sévérité et qu’elle lui avait immédiatement offert sa reddition, ainsi qu’elle le lui dit. Norrington prit le risque de briser un silence enchanteur. Il voulait entendre le son de sa voix.
- Ce souper vous plait-il, Roseta ?
La jeune femme rosit.
- Oui, Commodore. Il est… parfait…
Lentement, Norrington se leva alors et s’approcha d’elle. Elle frissonna, s’y attendant d’un instant à l’autre. Placé debout derrière son dos, il la sentit encore intimidée. Il passa un bras par-dessus son épaule pour prendre un verre de cristal auquel elle n’avait pas encore touché.
- Ne désirez-vous pas goûter au vin ?
- Je…
- Il faut vous détendre…
Penché sur elle, le Commodore approcha le verre de ses lèvres et fit couler goutte à goutte le précieux nectar entre les lèvres entrouvertes de la jeune femme. Il était satisfait de son obéissance, il était inutile de lui en donner plus.
- C’est très bien… Allons, venez… ajouta-t-il, lui faisant signe de se lever.

Roseta posa sa petite main sur le bras que lui tendait Norrington. Il lui fit franchir une porte habilement dissimulée derrière des tentures. La chambre à coucher du Commodore. Le grand lit était défait, près à accueillir sur sa couche les deux amants. Très vite, Roseta se sentit soulevée dans les bras de Norrington.





Il la contempla un instant avant de la déposer entre les draps. Il ne la rejoignait point encore. Il poursuivait sa contemplation. Des bougies éclairaient la couche sur laquelle Roseta était allongée dans une sensualité dont elle ne se soupçonnait même pas.
- Vous avez épousé un pirate, dit-il soudain, je dois donc prendre quelques précautions…
Le Commodore ouvrit un coffret posé sur le chevet et en retira des chaînes de menottes.
- Il est juste que je fasse porter les fers à ma prise de guerre, ne trouvez-vous pas ?

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Lun 28 Aoû - 14:59

XIII Le verdict des fers


Les longs bâtons de cire des bougies se consumaient lentement autour du lit défait, laissant vaciller tout doucement leurs lumières dans les ombres du drapé de la robe de Roseta et des plis de coton des draps. La moustiquaire, habituellement tendue par précaution pour protéger la quiétude du sommeil du Commodore, ne fut point installée. Elle était soigneusement pliée sur une petite table d’appoint placée près de Roseta sans que la jeune femme ne la remarque, pas plus que l’ameublement de la chambre. Celle-ci était pourtant décorée avec goût. Tout y rappelait la mer, qu’il s’agisse des miniatures de bateaux que de la couleur bleue des tentures, des gravures posées aux murs que du ciel de lit reprenant les couleurs de la Royal Navy, faisant de ce lit un bateau, un nouveau fleuron de la flotte de Britannia. Roseta ne regardait point tout cela. Son regard était plongé dans celui du Commodore qui venait de s‘asseoir près d’elle, les fers à la main.
- Vous êtes ma prisonnière, rappela-t-il doucement.
Elle n’avait pas oublié. Elle avait consenti à ce jeu en échange de son pardon pour avoir aimé un pirate. Singulièrement, elle n’était pas effrayée, elle savait qu’il ne lui ferait aucun mal, qu’il ne voulait que lui rappeler sa position officielle sur l’île de la Jamaïque, où il était l’Autorité pour le compte du Roi George. Que c’était donc à lui qu’appartenait de décider du sort de ceux qu’il trouvait en compagnie des pirates.

Le fer des menottes cliquetait comme Norrington les manipulaient entre ses mains, sous les yeux de Roseta, alanguie. La clé n’était pas loin, ce dont il s’assura d’un regard.
- Vous arrêter pour mieux vous innocenter, murmura-t-il comme il prenait l’un des poignets de la jeune femme.
L’anneau de fer s’ouvrit. Dans un bruit métallique sec, il se referma autour de la peau douce et tendre de Roseta. Cependant, tout ceci était vain et le Commodore se mit à rire lorsqu’il s’en rendit compte.
- Vos poignets sont bien les plus petits et les plus délicats qu’il me fut donné de voir, ma chère !
L’anneau glissait sur la main de Roseta et ne tenait en place. Les fers avaient été conçus pour des pirates et, s’il arrivait parfois que leur équipage comporte une femme, le siècle passé ayant déjà vu quelques unes d’entre elles se faire Capitaine de vaisseaux au pavillon noir, cela n’était en rien comparable aux fines attaches aristocratiques de Roseta, que Norrington avait pourtant déjà remarquées comme il les tenait serrées entre ses mains dans sa cabine, à bord du H.M.S. Interceptor.
- Votre innocence est prouvée, déclara-t-il soudain, d’un ton solennel.
Les fers disparurent au bas du lit. Le cœur battant, Roseta vit le Commodore poser son épée sur le chevet et se démettre de ses effets jusqu’à ne plus conserver que ses longs caleçons en gros coton rugueux. De même, la robe de la jeune femme glissa le long de ses épaules, comme il la soulevait à demi dans ses bras avant de défaire lui-même son corset, lacet par lacet…

Quelques heures vinrent à passer. Roseta sentit une main se poser sur son épaule pour la réveiller. Dans un gémissement encore ensommeillé, elle ouvrit doucement les yeux. Elle était blottie, nue, dans les bras du Commodore.
- Vous devez retourner dans votre chambre avant que la servante se lève, murmura-t-il à son oreille. Mr Gilette lui avait donnée congé pour hier soir, elle ne vous a donc point attendue mais elle sera là au matin.



Sur ces mots, Norrington relâcha son étreinte et se leva. Il alla passer une robe de chambre et tendit à Roseta sa chemise de nuit.
- Mr Gilette me l’avait apportée avant de venir vous chercher, hier soir. Vous comprenez que nous devons être discrets. Mettez-la, emportez vos effets. Mr Gilette va revenir pour vous reconduire à votre chambre.
Roseta était comme hébétée entre les draps, tentant de se réveiller enfin. Une larme coula le long de sa joue de se voir priée de partir.
- Ne voulez-vous plus de moi ?
Norrington s’assit sur le chevet et prit ses mains entre les siennes. Il était touché et décida de se montrer patient.
- Je vous aime, Roseta. Je suis sincère lorsque je vous le dis. Mais vous devez aussi m’obéir lorsque je vous demande de retourner dans votre lit. Je m’éveille toujours tôt, je puis donc préserver votre réputation en vous faisant reconduire avant que l’on comprenne que vous n’avez point dormi dans votre lit. Me comprenez-vous ?
Roseta fit signe que oui. Il avait raison. Le temps de ces quelques heures passées entre ses bras lui avait donné l’illusion qu’il était légitime pour elle de se trouver là, mais il n’en était rien. Elle se leva donc et mit la chemise qu’il lui tendait. Elle s’approcha d’une console qui ornait un angle de la chambre et sur laquelle une horloge indiquait que cinq heures du matin avait sonné depuis près d’un quart d’heure. La demeure devait être encore calme et paisible, les serviteurs n’étaient point encore descendus. Elle essuya sur son visage la larme furtive qui avait coulé. Il avait raison. C’était un homme droit et son sens de l’honneur lui dictait sa conduite. Il voulait cette liaison avec elle mais avec le souci de ne point la compromettre, ce qu’elle ne devait pas non plus faire pour lui. Roseta lui sourit. Il lui donna un baiser et la câlina encore un peu, en attendant le Lieutenant.

Vingt minutes avant six heures, Mr Gilette se présenta pour la reconduire. Elle marchait, silencieuse, à ses côtés, et ce fut lui qui prit la parole.
- Madame, le Commodore Norrington désire que vous assistiez à la parade aux côtés du gouverneur, cette après-midi. Vous aurez une très bonne place puisque vous avez déjà eu le privilège de souper avec Son Excellence.
Roseta remercia. Un souper qu’elle n’oublierait jamais, en effet. C’était là que l’armateur hollandais l’avait vue et qu’il avait compris qui elle était en entendant le nom de son frère. C’était au cours du souper chez le gouverneur que tout avait commencé. Pourtant… Non, cela était faux, se reprit-elle. Cela avait commencé avant. Dès l’entrée du Reina Isabel à Port Royal, son destin avait été scellé. Il y avait eu cette promenade sur les remparts avec le Commodore. Cette escale imprévue dans les Caraïbes la marquerait à jamais.

Ainsi que Mr Gilette le lui avait dit, une place d’honneur fut donnée à Roseta, près du gouverneur, pour assister à la parade. Son Excellence se félicita de la revoir en bonne santé et lui expliqua avec quelle énergie toute la soldatesque s’était mise à sa recherche après sa disparition. Il lui assura que la flotte était partie dès qu’il ne fut plus permis de penser qu’elle pouvait être restée à Port Royal, ce que le Commodore lui avait déjà dit. Le soleil était haut dans le ciel et dardait ses rayons sur la cour carrée du fort où la parade venait de commencer. Roseta agitait son éventail, mi attentive, attendant que le Commodore paraisse.
- Voici votre sauveur, dit le gouverneur en le voyant arriver.



La jeune femme sourit. Les premiers accords de Rule Britannia s’élevèrent alors dans le ciel turquoise de Port Royal…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Mer 30 Aoû - 0:41

XIV Une visite inattendue


Les fusiliers marins en veste rouge, de la masse desquels se détachaient les officiers en veste bleue, effectuèrent plusieurs manœuvres sous les battements des tambours, alors que le drapeau aux couleurs de l’Angleterre claquait majestueusement au vent du haut de son mas. Ils ouvrirent enfin le rang et une haie d’honneur se fit pour laisser passer le Commodore Norrington.



- Cette parade est en votre honneur, dit à voix basse le gouverneur à Roseta. Le Commodore Norrington vous a arrachée des mains des pirates et nous sommes tous fiers de la manière dont il commande la flotte de notre Très Gracieux Souverain, tout comme nous rendons grâce à Dieu qu’Il ait permit de vous retrouver saine et sauve.
Norrington était maintenant devant l’estrade où se tenait le gouverneur et Roseta, ainsi que les autres invités à la parade, épouses d’officiers ou membres de l’aristocratie civile. Il salua Son Excellence, puis Roseta et vint se placer auprès d’eux pour regarder manœuvrer ses hommes. Rule Britannia s’éleva une fois encore dans le ciel de Port Royal :

Rule, Britannia! Britannia, rule the waves :
Britons never shall be slaves.


Roseta continuait d’agiter son éventail. Elle était touchée que ce défilé militaire soit un peu pour elle aussi, mais les paroles du gouverneur l’attristaient également. Arracher aux mains des pirates, en effet, mais cela valait-il que Jamie meurt ? La jeune femme sentit une larme au coin de sa paupière. Elle n’avait pas pensé à lui, au cours de la nuit, alors qu’elle éprouvait tant de plaisir dans les étreintes du Commodore. Elle s’était jurée de solliciter sa clémence dans un moment de bonne humeur mais ne l’avait point fait. Pourtant, ne serait-ce que de voir les menottes, les chaînes, les fers eussent dû lui rappeler Jamie. Avait-elle si peu de cœur que cela, pour oublier si vite celui qu’elle avait consenti il y a peu encore à apprécier comme un époux ? Elle devait l’aider, faire au moins tout ce qui serait possible. Peut-être le Commodore se montrerait-il plus magnanime si elle lui rappelait que son ravisseur était l’armateur hollandais et non le Capitaine Waring, que lui n’avait fait que l’emporter avec lui parce qu’il l’avait trouvée dans la cabine du Capitaine Sparrow. « Jamie… et pauvre Jack », songeait-elle aussi, à la pensée du Blue Lagoon gisant au fond des eaux turquoise des Caraïbes, elle qui ne pouvait savoir que Jack était en vie bien que son navire ait réellement coulé.

De son côté, Norrington avait perçu le chagrin de la jeune femme. Il n’en avait rien laissé percevoir, se tenant au contraire dans une imperturbable dignité telle que l’exigeait sa position et son grade. Il entendait cependant Roseta agitait un peu trop vite son éventail et s’arrêter parfois pour tortiller ses gants de dentelle qui n’avaient pourtant nul besoin d’être arrangés, très bien mis sur ses mains fines. Seul Norrington avait remarqué ces minuscules petits frottements. A la fin de la parade, alors que les invités bavardaient par petits groupes, il s’esquiva un instant pour donner un ordre au Lieutenant Gilette. Roseta déjeunait en compagnie du gouverneur. Elle était resplendissante dans une robe couleur lavande et le cœur de Norrington ne pouvait plus, désormais, s’empêcher de battre plus fort lorsqu’il la voyait. Il aimait autant contempler son beau visage que la voir de dos ou bien de trois quarts, la nuque offerte par les cheveux relevés en chignon. Son cou était un appel pour ses baisers, mais il devait se contenir jusqu’au soir. Roseta échangeait quelques mots avec les invités, venus leur témoigner leur satisfaction à la voir rendue au monde civilisé. Norrington se doutait pourtant que si la jeune femme avait un mot gentil pour chacun elle n’en percevait pas moins la curiosité indélicate que l’on portait aussi sur elle. Il était peu fréquent de retrouver sain et sauf quelque proie tombée aux mains des pirates et l’on regardait Roseta de loin en échangeant suppositions et certitudes sur ce qui avait pu lui arriver lorsqu’elle était leur prisonnière. Norrington fut satisfait de la voir enfin seule, ayant échappée à cette curiosité qui avait cependant su lui éviter les questions indiscrètes qu’on eut pu lui poser si Port Royal avait compté son nid de vipères que l’on trouvait dans toutes les Cours d’Europe. Norrington échangea quelques mots avec Roseta, tous anodins, avant de pouvoir enfin la prendre à part.
- Je vous donne la permission de voir Waring en prison. Le Lieutenant Gilette vous escortera. Vous le verrez quand il vous plaira.



La stupéfaction laissa Roseta incapable de prononcer le moindre mot l’espace de quelques instants. Avait-elle bien entendu ? Le Commodore avait-il compris sa peine pendant la parade ? Lorsqu’elle eut la force de le remercier, il avait détourné son visage et s’éloignait. C’était un homme bon et charitable, il voulait lui faire plaisir dans la mesure de ses possibilités. Il ne pouvait le faire libérer parce qu’il était tenu par la loi, mais il lui permettait de le voir, ne serait-ce qu’une dernière fois, ce qu’il lui avait toujours refusée sur le H.M.S. Interceptor. Il ne permettait point cela pour lui faire voir Jamie en butin, Jamie en captif, mais pour lui laisser un peu de temps pour lui dire au revoir. « Vous le verrez quand il vous plaira », avait-il dit. Elle pourrait donc rendre visite à Jamie tant que son époux ne serait point revenu, puisque c’était ce retour que Norrington attendait pour l’exécution du prisonnier. Elle ne pourrait obtenir mieux pour le moment, elle le savait. Lorsque tous les invités eurent déserté la cour carrée, les remparts et les chemins de promenade, la jeune femme partit à la recherche du Lieutenant Gilette qui avait les clés de la cellule de Jamie. Il sourit en l’apercevant, devinant sans peine ce qu’elle désirait.
- Suivez-moi, Madame, dit-il simplement.

L’instant de quelques marches, et Roseta se retrouvait dans les escaliers du fort menant aux geôles. Bien des pirates y avaient été emprisonnés avant le « saut dans le vide suivi d’un arrêt brutal » comme disait Norrington pour évoquer la pendaison. La potence se dressait dans une autre vaste cour carrée, non loin de là. Roseta l’avait aperçue, frissonnant derrière Mr Gilette. Elle n’avait pas vu, en revanche, les squelettes des boucaniers suspendus peu avant l’entrée dans le port près de l’inscription « Pirates, vous voilà prévenus », placés là pour l’exemple. Une moiteur fétide saisit la jeune femme en entrant dans le long couloir sombre des geôles. Elle tamponnait son visage de son mouchoir, mais le laissa échapper d’entre ses doigts lorsqu’elle reconnut l’homme emprisonné dans la dernière cellule.
- Jamie… murmura-t-elle d’une voix à peine audible, les lèvres tremblantes.
Elle se retourna un instant. Mr Gilette était toujours là. Par sécurité, il ne pouvait la laisser seule avec Waring. Roseta s’en accommoda. Il lui suffirait de parler espagnol pour confier à Jamie tout ce qu’elle voudrait lui dire. Il comprenait cette langue, elle le savait. Agrippée aux barreaux, la jeune femme découvrit Jamie, mains entravés, mais il pouvait se mouvoir. Il se redressa lentement, les membres ankylosés par le séjour dans la cale du H.M.S. Interceptor et une inactivité forcée qui ne pouvait convenir à un pirate. Il lui semblait rêver : était-ce bien Roseta, sa Roseta qui se tenait devant lui, ses petites mains agrippées aux barreaux ? Il croyait ne plus jamais la revoir, ou ne la revoir qu’au moment de sa pendaison. Que lui disait-elle ? Elle parlait espagnol. Elle lui disait qu’elle allait bien.
- Paloma mia, ma Colombe… dit-il à son tour dans cette langue que Gilette ne comprenait pas à la différence du Commodore, vous êtes venue… Vous avez pu venir…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Mar 5 Sep - 1:54

XV Les geôles de Port Royal




Le temps était comme suspendu. Les deux visages se contemplaient de part et d’autres des barreaux, si près mais si loin tout à la fois. Leurs mains, cependant, pouvaient se toucher, passer l’interstice qui les séparaient et se rejoindre, se serrer l’une contre l’autre comme les deux êtres eussent aimé le faire. Agrippée d’une main à l’un des barreaux, Roseta avait passé l’autre à l’intérieur de la geôle. Jamie était venu à sa rencontre ; leurs doigts se joignirent enfin. Elle ferma les yeux un instant ; c’était comme l’union de leurs deux corps. Leurs mains étaient également en cet instant le prolongement de leurs deux âmes. En cet instant, il n’y avait plus ni Enrique ni Commodore, seulement Jamie, Jamie que Roseta ne pouvait s’empêcher d’aimer comme elle ne pouvait non plus refuser son amour aux deux autres. Elle oubliait Mr Gilette qui attendait patiemment qu’elle termine sa visite au prisonnier. Le loyal et discret Lieutenant se tenait pourtant toujours en retrait, dans l’ombre, veillant à ce qu’il ne lui arrive rien. Précaution rendue inutile en raison des solides barreaux – quoiqu’il eut pu passer les mains au travers et l’étrangler - mais tels étaient les ordres du Commodore. Il était impensable que Roseta ait accès aux geôles, seule.

Il fallait bien qu’une parole rompe cet instant. Aussi intemporel soit-il, il fallait bien des mots pour que tout soit dit. Roseta rouvrit les yeux et sourit doucement. Quelques mots espagnols franchirent ses lèvres. Elle demandait à Jamie s’il était bien traité.
- Je suis forcé de le reconnaître, si je ne parle pas de la nourriture infecte ! répondit-il presque à regrets.
- Mais on ne vous a point frappé, n’est-ce pas ? insista-t-elle.
- Non.
Roseta était soulagée. Lorsque le Commodore avait refusé de la laisser le soigner, dans la cale du H.M.S. Interceptor, elle avait eu très peur pour la blessure qui lui avait été faite au moment de sa capture sur l’île de Tortuga. Elle voyait maintenant que Jamie portait un bandage sur l’arrière du crâne. Puisqu’il disait ne pas avoir été frappé depuis, il ne pouvait s’agir que de cette blessure qui avait donc finalement été soignée. Roseta se promit de remercier Norrington de sa compassion. Jamie, de son côté, ne pensait pas à la douleur qui avait vrillé sa tête pendant tout le voyage jusqu’à Port Royal. Roseta était là, à présent. Elle avait pu venir.
- J’avais peur de ne plus jamais vous revoir… Lorsque je vous ai vue quitter ce maudit bateau, je…
Jamie sentit un muscle se contracter sous sa mâchoire. Il serra plus fort la main de Roseta, sans même s’en rendre compte. Il la revoyait quitter le H.M.S. Interceptor sans se retourner, honteuse de ce que le Commodore lui avait fait, heureusement sans savoir que lui, Jamie, savait et avait vu. Il aurait sauté à la gorge de Norrington si les chaînes ne l’avaient pas entravé. Lorsque Norrington avait pointé son épée sur lui pour lui apprendre les bonnes manières, il lui avait fallu une grande maîtrise de soi pour ne pas crier à tout l’équipage ce que cet officier si respectable avait fait à une femme mariée placée sous sa protection, mais il aurait fait plus de mal encore à Roseta en révélant son déshonneur. Il devait se taire sur ce point ; pour elle. Du moins, pour le moment. Jamie réfléchissait à un moyen de quitter Port Royal en vie et il commençait à entrevoir un espoir. Il se doutait que Norrington serait discret, que seul son Lieutenant le plus fidèle savait. Jamie, lui, serait pendu, aussi Norrington avait-il pris le risque de lui faire voir sa conquête. Il n’appartenait qu’à Jamie d’exercer un chantage sur lui, de menacer de dire, au moment de la pendaison, que le Commodore Norrington avait profité de la présence dans sa cabine de la jeune femme qu’il venait de sauver des pirates. La pendaison serait publique, il était même probable que le mari de Roseta y assiste s’il n’était perdu en mer. Norrington ne laisserait pas dire cela. Deux issues s’offriraient alors à Jamie : ou bien il serait mystérieusement découvert mort dans sa prison, ou bien le Commodore s’arrangerait pour qu’il s’en aille en espérant qu’il ne revienne jamais. C’était un risque à prendre.

Du revers de sa main, Jamie caressait doucement le visage de Roseta.
- Ma Colombe… Pardonnez-moi cette question, mais… Avez-vous… Avez-vous retrouvé votre mari espagnol ?
Il fallait qu’il sache. De cela dépendait le temps qu’il lui restait avant la pendaison. Roseta sursauta légèrement.
- Je… Non. Il est parti à ma recherche avec mon frère. Le Commodore a envoyé depuis quelques temps déjà, alors que nous étions encore en mer, un navire pour les rattraper.
Jamie poussa un soupir de soulagement. Il ne doutait pas d’être emprisonné tant que le mari ne serait pas de retour : Norrington désirait sans doute l’offrir en pâture, ne pouvant être pendu qu’une seule fois il fallait s’assurer que ce serait le moment idéal.
- Vous traite-t-on bien en son absence ? ne put-il s’empêcher de demander.
La question décontenançait Roseta ; elle pensait à Norrington.
- Oui… Oui, bien sûr.
- C’est bien. Je veux que vous soyez bien traitée.
Il s’en fallut de peu pour que Jamie ne laisse éclater sa fureur à l’encontre de Norrington et ne révèle à la jeune femme ce qu’il avait vu dans la cabine. « Je le tuerai pour ça ! » hurlait-il en son for intérieur. « Je veux rester en vie pour pouvoir le tuer un jour ! » Cependant, Jamie savait qu’il lui faudrait dissimuler cette haine s’il voulait que son chantage débouche sur sa libération et non sur une mort inexpliquée dans ces geôles où personne ne viendrait se soucier de ce qui lui serait arrivé. Norrington ne devait pas le voir comme une menace mais croire au contraire qu’il était préférable de le laisser partir du moins pour un temps, avant de retourner à la chasse contre les dernières menaces pirates des Caraïbes une fois Roseta loin de là, en route avec son époux vers ces terres d’Amériques où les conduisait leur voyage.

Le temps pressait, il faudrait bientôt se séparer. Jamie distinguait dans l’ombre le Lieutenant Gilette qui commençait à remuer d’un pied sur l’autre. Nul doute qu’il viendrait sous peu rappeler à Roseta qu’elle ne pouvait plus s’attarder.
- Ma Colombe… Il y a quelque chose que vous pouvez faire pour moi, demanda-t-il soudain.
La jeune femme ouvrit de grands yeux étonnés.
- Que je puisse faire, moi ?
- Vous êtes l’invitée du Commodore. Dînez-vous avec lui ? Pouvez-vous le rencontrer ?
Roseta fut reconnaissante à la lueur déclinante du jour qui se faufilait avec peine par une misérable ouverture dans la paroi du mur de la forteresse. Elle était devenue cramoisie, mais Jamie ne le remarqua pas. Ses yeux étaient rendus fragiles par son enfermement.
- Oui, il me convie à sa table.
- Je veux le voir. Lui parler une fois. J’entrevois l’espoir de quitter cette maudite île et je le ferai !
La jeune femme ne sut que dire. Comment espérait-il convaincre le Commodore en lui parlant ?
- Je… Oui… Je le lui demanderai. J’essayerai…
- C’est bien, ma Colombe. Il me laissera partir parce que c’est son intérêt.
« Et je reviendrai vous chercher », ajouta-t-il pour lui-même tandis que Roseta se demandait, inquiète, ce que Jamie avait imaginé pour être si sûr d’échapper à la corde…


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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Mar 5 Sep - 21:56

XVI Le retour du H.M.S. Dauntless


Le soir même, Roseta retrouvait les bras du Commodore, ainsi qu’il le lui avait laissée entendre au cours de la nuit précédente. Sans le lui dire toutefois, mais la jeune femme avait compris qu’il lui enverrait de nouveau Mr Gilette pour la conduire à ses appartements. L’exercice fut cependant plus périlleux ce soir-là. En effet, il eut semblé singulier que de donner encore la soirée à la servante que l’on avait assignée à Mrs Monastorio. Or, celle-ci devait croire que la jeune femme dormait bel et bien dans la chambre qui lui avait été donnée ; seul Mr Gilette devait être dans la confidence de la liaison compromettante de son supérieur. La soirée se déroula donc par plusieurs étapes qui eussent brisé tout romantisme si le Commodore ne savait pas déjà Roseta éprise de lui. Ils soupèrent cette fois dans la grande salle à manger. Le Lieutenant Gilette était présent, ainsi qu’un autre officier dont Roseta ne retint pas le nom. Assise à une extrémité de la longue table, face au Commodore, elle eut à plusieurs reprises l’impression d’être son épouse, comme cette impression avait jailli en elle la veille, dans la petite salle à manger privée. « Lady Norrington » se dit-elle, absente des conversations entretenues autour d’elle. Les hommes se retirèrent ensuite dans la salle de billard avec un brandy. Roseta fut priée de retourner à ses appartements. Norrington lui fit une espèce d’excuse, comme quoi le lendemain il convierait aussi des épouses d’officiers pour lui tenir compagnie après le souper, mais ni lui ni Roseta n’y tenait.

La jeune femme crut un instant que Norrington ne la ferait point appeler en fin de compte. L’espace d’un instant, le doute vint la hanter ; bien malgré elle, alors qu’elle avait été si heureuse de voir Jamie, alors que Enrique revenait sans cesse dans son esprit, elle en fut très triste et se sentit déjà délaissée. Pourtant, une fois la demeure endormie, Mr Gilette vint gratter à la porte discrètement. Comme la veille, il la conduisit aux appartements privés de Norrington avant de s’éclipser tout aussi discrètement. Nul doute qu’au petit matin il serait de nouveau là, fidèle au poste comme sur le pont. Roseta retrouva un Commodore impatient à la faire basculer entre ses bras. Les bâtons de cire des bougies se consumaient en silence près du lit, faisant miroiter le cristal d’une carafe de vin assortie de ses deux verres. Après une première union de leurs deux corps, Norrington avait tendu l’un d’eux à Roseta, alanguie sur la couche. Il la trouvait si belle ainsi, auréolée de sa sombre chevelure, ses lèvres gonflées de volupté et entrouvertes, son regard pétillant. Elle était si différente le jour ! Il se demandait si elle était ainsi avec Enrique. Il ne pensait pas à Waring. La jeune femme humecta ses lèvres d’une gorgée d’un vin fruité et doux. Il retira le verre de cristal pour essuyer d’un doigt quelques gouttelettes embrassant ses lèvres.
- James… s’hasarda Roseta en soupirant.
Norrington lui sourit. Il laissa son doigt sur ses lèvres comme pour la faire taire, les clore dans le silence.
- Commodore, corrigea-t-il.
Roseta rougit.
- Commodore… répéta-t-elle docilement comme il libérait ses lèvres.
Un frisson parcourut son dos devant tant d’autorité. Elle s’abandonna une seconde fois.

Ce fut au petit matin, peu avant l’arrivée du Lieutenant Gilette, que Roseta osa présenter la requête de Jamie.



Il n’avait pas été question de lui jusque là. Norrington ne lui avait pas demandée si elle lui avait rendu visite ou non en prison. La jeune femme s’était faite la promesse de demander sa grâce, en présentant le fait que son ravisseur n’était point le Capitaine Waring mais cet armateur hollandais qui, depuis, avait trouvé la mort. Ce n’était plus son propos, à présent. Jamie semblait avoir une idée et aussi folle puisse-t-elle être, Roseta lui avait promis de l’aider en sollicitant du Commodore une entrevue. Elle ne voulait pas trahir Norrington, se faire complice d’une évasion qui ferait mauvais effet pour sa carrière d’officier, mais elle trouvait injuste que Jamie soit condamné à mort. Il avait été bon avec elle. Peut-être pourrait-il partir, ainsi qu’il l’espérait, sans que cela fasse du tort au Commodore ? Elle présenta donc sa requête. Norrington s’en trouva fort surpris.
- Mais, que désire-t-il donc ? Pense-t-il me faire renoncer au rendez-vous que j’ai pris pour lui avec la potence ?
- Je l’ignore, Commodore. Il…



La jeune femme se résolut à mentir.
- Je crois qu’il veut demander pardon.
- Je ne suis pas un confesseur ! s’exclama Norrington.
- Certes, mais… Il veut vous dire qu’il regrette de s’être fait pirate. Qu’à défaut de pouvoir le dire à son souverain, il le dira à vous qui êtes l’autorité militaire de l’île.
Norrington trouvait tout cela bien singulier. Ce Waring était-il fou ? Pourtant, cette idée de lui accorder quelques minutes de son temps ne déplaisait pas au Commodore. Si ce Waring, qu’il refusait de nommer « Capitaine », voulait encore entendre que Mrs Monastorio était à présent entre de bonnes mains, grand bien lui fasse. Peut-être voulait-il chasser son image en se convaincant qu’elle n’était plus qu’un lointain souvenir ? Fort bien. Norrington consentit donc à voir Jamie. Il irait la veille de son exécution.
- Je vous ai donnée la permission de le voir chaque fois que vous le désirez. Dites-le lui lorsque vous irez. Je le verrai.

En fin de matinée, comme Roseta quittait les geôles du fort, suivi de l’inévitable Lieutenant Gilette, son regard fut attiré vers les remparts où régnait un inhabituel mouvement. Un fusilier-marin se précipitait vers eux pour annoncer le retour du H.M.S. Dauntless ainsi que le vaisseau qu’il avait pour mission de faire rattraper par un sloop en partance de la Dominique. Le cœur de la jeune femme manqua un battement. Enrique et Axel étaient de retour !
- Ooh, Seigneur… soupira-t-elle, avant de perdre connaissance.
L’émotion était trop vive. Elle ne les avait pas vus depuis la nuit de son enlèvement et tant de choses s’étaient produites ! Il lui suffisait de songer à Jamie et à Norrington pour que ses retrouvailles avec son époux la bouleversent de la sorte. Le Lieutenant Gilette s’alarma en la voyant ainsi. Il la souleva dans ses bras avec précaution, tandis que le fusilier-marin le regardait, hébété.
- Ne restez pas là ! s’emporta Gilette, Allez dire au Commodore Norrington que le H.M.S. Dauntless est de retour et qu’il revient avec le H.M.S. Fearless !

Le fusilier-marin trouva le Commodore assis à son bureau, occupé à consulter des cartes maritimes. Il avait réussi à trouver Tortuga sans trop de peine et à entrer jusqu’à son port. Il fallait que ce repaire soit convenablement répertorié avec ses rochers, mieux qu’il ne l’avait jamais été. A l’annonce du retour des deux vaisseaux, une immense tristesse s’empara de lui. Il se sentait soudainement abattu et découragé : Roseta partirait bientôt à jamais loin de lui ; elle retrouvait son époux. Norrington présenta cependant une expression des plus satisfaites en apprenant la nouvelle et se précipita pour accueillir le Commandant Monastorio et le Comte de Fersen, ainsi que les deux équipages…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Jeu 7 Sep - 1:01

XVII Les retrouvailles


Les paupières de Roseta frémirent tandis qu’un soupir effleurait ses lèvres jusque là closes. La jeune femme reprenait conscience et ses yeux s’ouvraient tout doucement sur un visage familier penché sur elle. Le Comte Axel Ludvig von Fersen était au chevet de sa sœur et son regard trahissait son inquiétude. Non que Roseta ne fut accoutumée à s’évanouir. Depuis toujours, une émotion un peu vive faisait sombrer la jeune femme dans l’inconscience. Il n’y avait rien à faire d’autre que de la ranimer en lui donnant des sels ou bien en frottant ses poignets et ses lèvres de quelques gouttes de vin. Cependant, Axel Ludvig était anxieux. Il ne pouvait s’empêcher de penser aux événements survenus depuis leur arrivée à Port Royal. Celle qu’il nommait sa jeune sœur en dépit de leur gémellité avait été enlevée et retrouvée à Tortuga, repaire de pirates, au bout d’une dizaine de jours sans doute plus terribles les uns que les autres. Dès l’arrivée du H.M.S. Dauntless et du H.M.S. Fearless, Enrique et lui avaient été accueillis par le Commodore Norrington et reçus dans son bureau.



Celui-ci tenait à s’entretenir avec eux avant que les deux hommes puissent enfin retrouver Roseta, l’un sa sœur, l’autre son épouse.

Le sloop envoyé par le H.M.S. Dauntless les avait trouvés avant qu’ils ne parviennent à Maracaïbo. Ils n’avaient que peu d’avance, ce fut pourquoi ils rejoignaient Port Royal seulement quelques jours après le H.M.S. Interceptor, vaisseau sur lequel la jeune femme avait voyagé. Norrington leur avait expliqué comment ses hommes avaient retrouvé Roseta dans la demeure du dénommé Waring et comment se dernier se trouvait-il prisonnier, enfermé dans les geôles du fort en attendant d’être pendu sur les quais. Axel Ludvig avait su contenir toute la rage qui bouillait en lui en imaginant quels sévices sa sœur avait dû endurer, bien que le Commodore leur ait assurés qu’elle se portait bien et n’avait été ni blessée ni maltraitée. Le Comte pensait à des blessures que l’on ne voit point mais ne font pas moins souffrir. Enrique, quant à lui, laissait de temps à autre exploser une rage qu’il ne savait contenir. Depuis le jour de la disparition de sa femme, il n’avait eu de cesse de répéter qu’il tuerait de ses propres mains son ravisseur. Norrington dut le convaincre que la pendaison de Waring était le châtiment idéal – « Un saut dans le vide suivi d’un arrêt brutal », dit-il selon son expression favorite – et qu’il interdisait formellement tout lynchage sur le ressort de ses fonctions. Enrique dut s’en contenter, soucieux également de ne point mécontenter le représentant du gouvernement britannique, mais passer ce Waring au fil de sa lame de Tolède le démangeait. N’ayant point perdu la raison, il choisit de sortir faire quelques pas sur les remparts afin de se calmer et de ne point voir sa femme tout de suite, de peur de la trouver le visage peut-être marqué de coups malgré ce que Norrington avait dit.

A la fin de l’entretien, comme le Commodore allait faire venir Roseta, le Lieutenant Gilette vint informer son supérieur que celle-ci s’était évanouie en apprenant que son époux et son frère étaient de retour. Un voile de tristesse passa furtivement dans le regard de Norrington, sans que quiconque, cependant, ne le remarque. Il connaissait la raison de ce malaise, il était cette raison. Désormais, Roseta retrouvait son époux, leur coupable liaison avait pris fin. La jeune femme était sans doute hantée par le remord et elle devrait vivre en cachant à ce mari qu’elle avait aimé un autre homme au cours de son absence. Il refusait de penser qu’elle en avait, en réalité, aimé deux. Waring ne le méritait pas.



Puis, tandis que Norrington se retirait, pensif, dans son bureau, Axel Ludvig se rendit au chevet de sa sœur et attendit qu’elle revienne à elle. Le Lieutenant Gilette l’avait allongée sur son lit et la servante s’était occupée de délacer son corset. Les sels étaient restés sans effet, ainsi que le vin. Cela arrivait parfois lorsque l’émotion était trop grande. Il fallait parfois qu’un médecin fasse une saignée, mais ce ne fut point nécessaire cette fois. Roseta semblait dormir paisiblement, et Mr Gilette l’avait laissée, au moment où la servante commençait à la déshabiller, pour prévenir le Commodore ainsi que le mari et le frère. Homme discret et loyal, le Lieutenant comprenait la situation de son supérieur qui avait entretenu quelques jours une liaison avec une femme mariée. Il ne dirait rien au mari. Si le Commandant Monastorio apprenait un jour l’incartade de son épouse, ce serait d’elle-même, de son propre aveu.

Roseta souriait affectueusement à son frère. Il lui semblait que des mois étaient passés depuis la dernière fois qu’elle le vit, à leur retour du souper donné par le gouverneur en leur honneur. Elle devinait qu’il brûlait de lui poser mille questions tout en désirant ménager sa fragilité et la pudeur toute naturelle qu’elle aurait à conter ce qui était advenu depuis son enlèvement, mais ce n’était point encore le moment. Ils étaient heureux d’être ensemble et cela seul importait. Viendrait ensuite le temps des confidences. Axel Ludvig ne devait pas brusquer sa sœur ; elle savait qu’elle pourrait pleurer dans ses bras et se confier lorsqu’elle en aurait la force. Lui confier peut-être ce qu’elle ne dirait point à son époux. Le Comte craignait d’apprendre de Roseta que l’on avait abusé d’elle, mais il serait la seule personne à laquelle elle confierait cela ; elle avait confiance en lui, il ne le répéterait pas à Enrique.

Si, à bord du H.M.S. Interceptor, Norrington avait reproché à Roseta de ne point demander où était son époux, il n’en fut point de même cette fois, et, quelques heures plus tard, le Commandant Monastorio apparaissait enfin devant son épouse. La promenade l’avait calmé. Il serait temps de penser à ce Waring pendant la nuit, lorsque Roseta dormirait, ainsi qu’à cet armateur hollandais qui avait rejoint les damnés depuis quelques temps déjà. Il serait temps de penser à l’objet de toutes ses attentes après les retrouvailles d’avec sa femme : la pendaison. La date de celle-ci était désormais fixée, Waring monterait sur la potence le surlendemain. Le Commodore venait d’en décider ainsi et en avait fait part à Enrique. Roseta, elle, l’ignorait encore. Son esprit n’était d’ailleurs occupé que d’une seule chose pour le moment : Enrique. Son mari était là, il était bel et bien réel. Il se tenait près du lit et la contemplait d’un regard brûlant d’amour. Elle avait oublié qu’il était si beau, que ses yeux savaient la transpercer et toucher son cœur dont les battements s’étaient accélérés en le voyant entrer dans la chambre. Le Comte avait souri et s’était éclipsé, laissant les deux époux seuls. Enrique était maintenant assis près de sa femme. Il avait prit ses mains entre les siennes et, pour la première fois depuis sa disparition, un sourire étira ses moustaches finement taillées.
- J’eus si peur pour vous… dit-il enfin, après un silence néanmoins des plus éloquents.
Mais, tout comme Axel Ludvig, Enrique ne souhaitait pas parler de ces moments de séparation pour le moment. Il avait eu toutes les peines du monde à se calmer au cours de sa promenade, il ne voulait point évoquer maintenant les terribles pensées qui le hantaient à propos de Waring. Il ne fallait pas effrayer Roseta en laissant la colère l’envahir. Il savait de quelles scènes il pouvait être capable et cela la bouleverserait. De même, un vif désir de l’embrasser, de la serrer dans ses bras, en un mot d’accomplir le devoir conjugal le prenait, mais il comprenait que cela ne pouvait qu’épuiser son épouse qui avait eu tantôt un malaise et dont le choc des retrouvailles était assez pour le moment. A contrecoeur, après avoir passé quelques instants près d’elle à serrer ses mains entre les siennes, à lui sourire, Enrique choisit de se retirer dans ses propres appartements.
- Je vous laisse vous reposer, querida

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Jeu 7 Sep - 23:37

XVIII A la veille d’une pendaison


Une autre journée débutait à Port Royal. Sous les rayons trompeurs d’un franc soleil, de sombres nuages se préparaient à couvrir la cité comme autant d’ombres annonciatrices de tristes présages. Le soleil pour le moment présent n’égayait point l’humeur de tous.

Le Commodore Norrington avait très mal dormi. Il s’était senti seul pour la première fois depuis bien longtemps, depuis le décès de son épouse, emportée par une fièvre tropicale peu après leur arrivée à Port Royal alors qu’il n’était que Premier Lieutenant. Cela remontait à près de dix ans. Norrington s’était efforcé de dissimuler dans un coin de sa mémoire ces heures sombres, ces mois de deuil, ces premières années sans elle.



Plus que jamais, il s’était jeté à corps perdu dans le travail et, à l’exception de quelques liaisons sans importance, la mer seule avait été désormais aimée de lui. Liaisons dont seul le Lieutenant Gilette partageait le secret, Norrington ayant toujours eu soin de cacher ce qui eut pu compromettre la réputation de quiconque y compris la sienne. Ces liaisons avaient d‘ailleurs été rares et il ne le regrettait point. L’ambition avait pris la place des sentiments qu’il avait autrefois offert à son épouse. L’obsession de venir à bout de toute menace pirate était devenue, au fil du temps, plus forte que tout. Jusqu’à ce qu’il rencontre Roseta Monastorio.Il souffrirait dorénavant de ne plus la voir, de ne plus pouvoir la serrer dans ses bras et caresser sa peau si douce.

Le Comte Axel Ludvig von Fersen était inquiet. Sa sœur l’avait rassuré, elle allait bien, mais était-ce la vérité ? Il redoutait un nouveau traumatisme après celui causé par la mort brutale de leurs parents. Il avait vu Roseta prostrée, cloîtrée dans ses appartements, et ne voulait point que se produise encore. Dans ces moments de deuil, remplacer sa mère auprès des plus jeunes de ses frères et sœurs avait sauvé Roseta, lui avait donné une raison de vivre. Qu’en serait-il maintenant si le traumatisme de son enlèvement et de son séjour à Tortuga était avéré ? Axel Ludvig ferait tout pour la soutenir, la distraire, il lui donnerait toute son affection comme il l’avait toujours fait, mais Enrique devait aussi prendre soin d’elle. Il était désormais primordial que le réconfort vienne de lui. Il était son mari et, si Enrique ne se montrait ni patient ni compréhensif, Roseta se sentirait coupable de ce qui lui était arrivée. Le Comte s’inquiétait également de cela, indigné de voir son beau-frère plus préoccupé par le sort de Waring que celui de sa femme. Il contenait avec difficulté sa rage envers cet homme, mais avait-il montré affection et compassion envers elle ? Il n’avait pas assisté à leurs retrouvailles, mais il craignait que le Commandant ne se soit montré que peu démonstratif dans l’amour qu’il portait à Roseta. C’était là sa nature, mais la jeune femme avait parfois besoin qu’on lui témoigne ces sentiments qu’elle savait exister en Enrique qui l’aimait profondément sans savoir le montrer.

Le Commandant Enrique Sanchez Monastorio était tel que le décrivait son beau-frère. Très épris de Roseta pour laquelle il était d’une jalousie sans précédent, près à passer au fil de son épée quiconque poserait les yeux sur elle. Il lui témoignait rarement son amour, mais parce qu’il le pensait évident. Roseta savait qu’il l’aimait, pourquoi le lui répéter ? Il avait, de plus, tout le temps de se consacrer à elle ; le châtiment de Waring, lui, n’attendait pas. A la veille de la pendaison, Enrique se sentait nerveux. Il sentait que quelque chose lui échapperait s’il n’allait pas le voir dans sa prison. Il ressentait le besoin de voir le visage de celui qui avait osé s’en prendre à sa femme et la toucher très certainement. Il était capable d’une haine féroce à son égard et tenait à ce qu’il le sache avant d’aller aux Enfers. Enrique alla solliciter du Commodore la permission de voir le prisonnier. Norrington, d’humeur exécrable après une nuit sans sommeil emplie de tristes images du passé, la lui accorda sans difficulté. Les barreaux empêcheraient Monastorio d’exercer sa vengeance sur le prisonnier, mais Norrington ne serait pas fâché d’apprendre qu’il avait pu l’atteindre de son poing.

Roseta Monastorio, à l’image du Commodore, n’avait pas dormi non plus. Elle était pâle et cela renforçait l’inquiétude de son frère bien qu’elle eut tout fait pour le rassurer. Tant de tourments agitaient son esprit ! Elle se trouvait partagée entre trois hommes dont l’un était haï des deux autres et condamné à être pendu le lendemain, et quant aux deux autres… Roseta ne voulait pas penser aux conséquences de sa liaison avec Norrington si jamais Enrique venait à l’apprendre. Son impulsivité le conduirait à provoquer le Commodore en duel mais qu’en serait-il ? Risquerait-il un incident diplomatique, un scandale qui pourrait déclencher une nouvelle guerre de Troie ? Et Jamie… Pauvre Jamie, il ne méritait de mourir. Mais il serait pendu comme pirate, et s’il ne l’était Enrique lui réglerait son compte. Roseta retenait ses larmes parce qu’elle ne put être seule de tout le jour, obligée d’accompagner son époux et son frère invités par le gouverneur à la parade, au dîner de midi et au souper du soir. Elle ne put laisser libre court à ses larmes qu’une fois venue l’heure de se retirer dans sa chambre. Enrique lui avait dit qu’il la laissait se reposer et ne la rejoindrait pas ce soir-là. Elle se coucha donc, mais ne put dormir une fois de plus. Le lendemain, Jamie monterait sur la potence et elle n’avait pas pu le revoir une dernière fois ; Enrique ne l’aurait pas permis. Elle n’osait pas se rendre d’elle-même à la prison, sans l’en aviser. Il pouvait l’apprendre.

Le Capitaine Jamie Waring, quant à lui, contemplait le plafond sinistre de sa cellule, nonchalamment étendu sur la paille humide, les bras repliés derrière sa tête comme résigné à son sort. Les voûtes de pierre suintantes rendaient cet endroit désagréable, mais il n’y resterait plus très longtemps. Le soldat chargé de lui porter sa pitance lui avait dit que le mari de Mrs Monastorio était de retour à Port Royal et qu’il se réjouissait d’avance du spectacle de Waring se balançant au bout d’une corde. Il était donc là… Ce mari espagnol qu’il ne connaissait pas… Cet homme auquel Roseta appartenait légitimement… « Êtes-vous heureuse, ma Colombe ? » se demandait-il à lui-même, n’ayant aucun espoir de recevoir une réponse, comprenant que Roseta ne reviendrait plus. Il n’y avait pas de colère en lui. Seulement amertume et tristesse. Il voulait qu’elle soit heureuse. Si le retour de son mari faisait son bonheur, il en était content. Cependant, un pincement au cœur… Jamie aimait Roseta. Il avait eu, pour la première fois, le désir de fonder une famille et c’était à elle qu’il le devait. Il l’avait imaginée lui donnant des enfants, mais leur destinée avait basculée très vite, par ces coups de canons tirés sur le port de Tortuga alors qu’il l’étreignait doucement dans ses bras. Alors qu’il la consolait comme elle pleurait et qu’il avait consenti, au prix d’un effort pour elle, à ce qu’elle lui parle de son mari espagnol.

Perdu dans ses souvenirs, Jamie ne prêta aucune attention au singulier gardien des geôles qui venait d’aboyer. C’était un chien, en effet, qui avait la charge du trousseau de clés des geôles. Il aboyait chaque fois qu’un visiteur se présentait.



Cette fois encore, telle était la raison. Jamie était toujours couché, il ne voyait pas encore la haute silhouette qui approchait. Ce fut un soudain martèlement de bottes soulignant l’extrême impatience du visiteur, puis la lueur d’une torche, qui lui fit comprendre qu’il y avait quelqu’un. Jamie vit alors un homme qu’il ne connaissait pas. Il portait un uniforme mais n’appartenait pas à la flotte du Commodore Norrington. Il avait déjà vu une telle tenue sur des galions. C’était un uniforme espagnol. C’était le mari de Roseta...

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Sam 9 Sep - 1:37

XIX Une lame de Tolède


Les deux hommes se contemplaient comme deux fauves avant de mordre, se jaugeaient comme pour évaluer chacun la force de l’autre. Tout témoin se demanderait qui des deux attaquerait le premier, à la différence qu’ils ne le pouvaient, une massive grille de barreaux les séparaient. Pourtant, il demeurait possible de frapper, et Enrique ne manqua pas de s’en apercevoir. Restait à ce que Waring s’approche suffisamment pour qu’il puisse l’atteindre. A moins… Ce chien qui conservait le trousseau de clés pendant de sa gueule… Il serait facile à Enrique de les prendre et d’entrer dans la cellule. Mais, alors qu’il s’apprêtait à s’emparer des clés, un soldat fit son apparition. Sur ordre du Commodore, il fit partir le chien afin que le Commandant Monastorio n’ait point la tentation de s’en servir pour exercer une quelconque vengeance. Norrington ne dirait rien s’il frappait Waring au travers des barreaux, mais il refusait que la vie du pirate soit mise en danger à quelques heures d’être pendu. Monastorio devait apprendre la patience, se disait-il. Il savait qu’il ne répondrait plus de rien s’il se trouvait à portée de Waring, il fallait empêcher cela. Norrington était un représentant du Roi, il faisait respecter la loi sur l’île. Il était hors de question qu’une exécution sommaire soit perpétrée dans les geôles de Fort Charles.

Enrique pesta entre ses dents en voyant le chien s’en aller. Il fut cependant satisfait de voir que le soldat partait aussi et le laissait seul avec Waring. Il abaissa un peu plus la torche qu’il tenait entre ses mains. Son éclat aveugla Jamie qui se protégea les yeux, des yeux rendus sensibles par leur exposition aux voûtes sombres du cachot, à son enfermement depuis cette nuit où il fut pris sans compter son passage dans les cales du H.M.S. Interceptor. La torche s’écarta ensuite, de sorte qu’il put voir son visiteur qui ne s’était pas encore adressé à lui, qui s’était contenté de marmonner dans sa barbe. Il le trouvait bel homme, de stature solide, un visage altier. Le mari de Roseta avait fière allure et prestance, il était forcé de le reconnaître. Il portait remarquablement bien l’uniforme, il devait le lui accorder aussi. Ses traits, en revanche, se tordaient en une grimace qui lui faisait découvrir un homme rendu fou furieux par sa simple présence. Nul doute que sans le garde qui avait fait partir le chien cet homme serait entré et l’aurait tué.

Le mutisme du Commandant se trouva enfin rompu. Il avait suffisamment regardé ce gibier de potence pour graver à jamais son image dans sa mémoire. Il le trouvait affreux, il lisait le vice sur son beau visage.
- Toi ! Tu as osé toucher MA femme ! s’exclama-t-il soudain sans se demander si le pirate comprenait l’espagnol, ce qui était le cas.
Jamie se leva lentement. Il était toujours torse nu, seulement vêtu de son pantalon blanc.



Il s’approcha des barreaux, au risque d’être à portée de Monastorio.
- Commandant, dit-il en espagnol, c’est un armateur hollandais qui enleva votre femme. Ce n’est pas moi qui suis allé la chercher dans sa chambre pour l’emporter dans un sac, ainsi qu’elle me le dit. Je puis vous assurer que je l’ai bien traitée. Elle n’a à se plaindre d’aucuns sévices.
Enrique devint rouge de colère. Comment osait-il soutenir son regard, comment osez-il lui adresser la parole ?
- Me diras-tu que tu ne lui as fait aucun mal, mmmh ? Me diras-tu que tu ne l’as pas touchée ? Rheuuuuuuuuh !!!! Insolent !
Jamie ne répondit pas.
- Ce sont des aveux ! s’exclama Enrique.
Le Commandant tira soudain son épée du fourreau. La lame brillait à l’éclat de la torche. Il la pointa sur la gorge de Jamie qui se tenait toujours contre les barreaux, comme provoquant le destin, comme attendant de recevoir un coup quand il lui eut suffit de se tenir à l’écart dans sa prison.
- Que dis-tu de cette lame de Tolède ? rugit Enrique comme une fine goutte de sang perlait sur le cou de Jamie.
Si tant est que celui-ci eut quelque chose à répondre à la provocation du Commandant, il n’en eut point l’occasion. D’un geste vif et adroit, Enrique venait de laisser une longue estafilade sur son torse.
- Voilà qui te feras souvenir de MA femme jusqu’en Enfer !



Quelques instants plus tard, Enrique se dirigeait vers la chambre de Roseta. Il se sentait mieux. Il avait laissé Waring recroquevillé sur la paille humide, pansant sa nouvelle blessure du pansement qu’il avait arraché de sa tête. Enrique était un excellent escrimeur, il savait ce qu’il faisait. L’estafilade était longue mais guère profonde, rien n’empêcherait Waring de se rendre sur la potence, le Commodore pourrait s’estimer satisfait. En attendant l’exécution, qui devait avoir lieu dans quelques heures à peine, il était nécessaire pour Enrique de reprendre son entière possession sur Roseta. Il se présenta donc dans sa chambre, alors qu’elle était couchée depuis quelques temps déjà sans pour autant parvenir à trouver le sommeil.
- Bonsoir, Señora.
La jeune femme sursauta légèrement dans son lit. Elle ne l’avait pas entendu arriver. Elle remerciait la nuit qui lui permettait de dissimuler ses larmes. Enrique, en effet, avait laissé sa torche et se tenait près d’elle, dans l’obscurité.
- Enrique…
Elle connaissait ses intentions. Il défaisait déjà sa veste d’uniforme…

Pendant ce temps, alors que Roseta se soumettait au devoir conjugal, deux autres hommes auxquels elle s’était successivement donnée se faisaient face. Norrington lui avait promis d’accepter une entrevue avec Waring et il tenait sa promesse. Il fut contrarié de le trouver une estafilade au torse dont il se doutait qu’elle avait été faite à la pointe de l’épée. Il s’attendait à ce que le Commandant lui donne un coup de poing au travers des barreaux, mais pas cela.
- Je vois que vous avez fait la connaissance du mari, Waring.
Jamie s’était relevé à la vue de Norrington. Le pansement qu’il portait auparavant à la tête était maculé de sang, mais la blessure n’était pas trop grave.
- Oui, en effet. Venez-vous vous aussi me donner un coup d’estoc ou bien est-ce seulement un entretien ?
- C’est un entretien, Waring.
- Capitaine Waring, s’il vous plait !
- Waring.
- Une chance que je ne sois pas le Capitaine Sparrow. Appelez-moi comme vous voulez, à moi cela importe peu finalement.
La patience de Norrington était mise à rude épreuve.
- Où voulez-vous en venir ?
- Je tenais à vous expliquer que vous aviez tout intérêt à me laisser partir, cela vous intéresse-t-il de savoir pourquoi ?
Un muscle se contracta sous la joue du Commodore. Il lui fit signe de poursuivre.
- Je crois que vous n’aimeriez pas qu’au moment d’être pendu je crie à ce mari ce que vous avez fait à sa femme dans votre cabine. N’est-ce pas ? Ou bien vous me tuez tout de suite, ou bien vous me laissez partir. N’oubliez pas que me tuer tout de suite ferait mauvais effet pour votre avancement.
Norrington n’avait guère le choix. Il se maudissait pour avoir voulu montrer à Jamie tantôt, sur le H.M.S. Interceptor, Roseta nue et endormie sur son lit…

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MessageSujet: Re: "Dead Men Tell no Tales II : Return to Port Royal"   Lun 11 Sep - 23:36

XX Le dilemme


Assurément, le Commodore n’avait d’autre choix que de laisser partir Waring. Ce bandit n’hésiterait pas à recourir au chantage, ainsi qu’il l’affirmait avec un aplomb déconcertant pour qui se trouve derrière les barreaux robustes d’une cellule de Fort Charles. Norrington s’était piégé lui-même en lui donnant matière à chantage, une erreur qu’il ne commettrait plus à l’avenir. Cependant, quel avenir serait le sien ? Il jouait tout en cet instant. La puissante Compagnie des Indes orientales finirait par apprendre qu’il avait laissé partir un pirate et pour cela il risquait une sentence de mort. Cependant, s’il refusait de céder à Waring, s’il le faisait conduire à la potence comme son devoir le lui dictait, le pirate dirait ce qui était arrivé à Mrs Monastorio dans la cabine du H.M.S. Interceptor, n’ayant rien à perdre au moment de faire « un saut dans le vide suivi d’un arrêt brutal ». Les conséquences en seraient tout aussi fâcheuses que la sentence réclamée par la Compagnie des Indes : Norrington serait provoqué en duel par le Commandant Monastorio et ce mari jaloux déshonoré, humilié de la sorte en public par le condamné, risquait fort bien de le tuer poussé par la fureur. Le dilemme était grand pour Norrington, et cela de sa propre faute. Cependant, à force de peser le pour et le contre de deux destins qui lui seraient sans doute fatals, laisser partir Waring restait le moins tragique des choix. Un duel avec le Commandant Monastorio pouvait déclencher une guerre quelque en soit l’issu. Les deux officiers, de part leur position, ne pouvaient régler ainsi une affaire d’honneur sans que cela entache leurs deux pays. Il n’en eut point été de même si l’un des deux avait été une personne civile. De plus, Norrington refusait que quiconque, hormis Mr Gilette, Rosetta, Waring et lui, apprenne sa liaison coupable avec une femme mariée placée sous sa protection.

Quant à la Compagnie des Indes orientales, il demeurait possible que jamais elle n’apprenne cette évasion. « Elle ne l’apprendra point, et pour cause ! » décida soudain Norrington en son for intérieur, offrant à Jamie un visage pensif. Le Commodore venait de résoudre son dilemme. Oui, Waring pourrait partir, il ne serait pas libre longtemps. Au cours du souper, le Commandant Monastorio avait dit devoir quitter l’île de la Jamaïque au plus vite après la pendaison, étant attendu à la garnison de Los Angeles, en Californie espagnole. Roseta avait disparu près de vingt jours et il avait fallu encore un peu de temps pour que Enrique et son beau-frère soient de retour à Port Royal à leur tour. Il n’était plus question de rester encore, il fallait reprendre la mer et rejoindre sans plus tarder la garnison. Le premier bateau à prendre la direction de l’Ouest larguait les amarres le matin suivant l’exécution. Dès lors que Roseta, son frère et son époux ne seraient plus là, le Commodore aurait à nouveau les mains libres pour capturer Waring. Il ne lui laisserait ainsi qu’un jour d’avance. Le H.M.S. Interceptor n’aurait aucun mal à le rattraper. Jamie Waring serait pendu, son moyen de chantage envolé, avant que la Compagnie des Indes orientales n’apprenne que le Commodore Norrington avait, pour un jour, laissé filer un pirate de ses geôles.

Il fallait cependant une garantie.
- Si je vous laisse partir, Waring, qui me dit que vous ne parlerez pas, que vous ne dévoilerez pas ce que vous savez en quittant l’île ?
Waring sourit à pleines dents.
- Vous êtes méfiant, Commodore ! Je suis peut-être un pirate, mais j’ai une parole et je sais la tenir ! De votre côté, qui me prouve que vous ne me tirerez pas dans le dos ?
Norrington sourit à son tour.
- La parole du Commodore de Port Royal.
- Que vaut-elle, cette parole ?
- Ce que vaut la vôtre.
Les deux hommes se dévisageaient d’un air entendu. Chacun savait qu’il serait trompé par l’autre, mais c’était ainsi. Leur sort était de se poursuivre dans un éternel jeu du chat et de la souris, parce que l’un était pirate et l’autre officier de la Royal Navy. Ce jeu ne s’arrêterait pas avec la mort d’au moins l’un des deux hommes aussi vrai qu’il y avait d’autres pirates, d’autres officiers. Ce jeu serait tant que durerait la menace pirate dans la mer des Caraïbes.

Jamie savait que le Commodore se lancerait à sa poursuite une fois le mari de Roseta parti. Ainsi en était-il de ce jeu d’éternelle poursuite. Il lui échapperait, cependant, n’était-il pas le Capitaine Waring ? La première chose serait de retrouver Jack dont il ignorait que le Blue Lagoon fut coulé. Du fond de la cale où il était prisonnier, il n’avait pu voir quel bateau avait tenté de le sauver. Il pensait à son ami Jack, bien sûr, mais cela pouvait en être un autre. Un bateau sans doute envoyé par le fond, mais si c’était Jack il fallait avoir confiance : le Capitaine Sparrow s’en sortait toujours, il en avait toujours été ainsi ! Jamie ne doutait donc point de retrouver son ami sitôt de retour à Tortuga. La seconde chose serait de confondre le Capitaine Leech s’il était toujours dans l’île. Ce traître avait guidé les soldats ! Il n’y avait pas de troisième chose pour le moment. Waring avait caressé l’espoir de revenir chercher Roseta et l’avait d’ailleurs dit à la jeune femme, mais il comprenait maintenant que cela était vain. Sans doute son mari allait-il l’emmener tout de suite, il n’avait aucune raison de séjourner plus longtemps sur l’île de la Jamaïque. Non, Jamie ne reviendrait pas chercher Roseta… Il la retrouverait en mer ! Si le sort voulait qu’il revoie la jeune femme, alors le bateau sur lequel les deux époux et le frère embarqueraient prendrait la route de l’Amérique du Sud. Jamie les attendrait et s’emparerait d’elle lorsqu’ils passeraient au large de Maracaïbo. Si le bateau prenait la route de Veracruz, que le Reina Isabel avait prise, alors il ne la reverrait plus jamais. Il en serait ainsi. Quelle que soit la décision du Ciel, il s’y soumettrait.



Un bruit métallique se fit entendre soudain. Le Commodore était allé chercher le chien gardien des clés et avait pris le lourd trousseau.
- Je vous ouvre donc. Vous n’aurez qu’à vous glisser dehors tandis que j’occuperai les gardes de quelque conversation. A la faveur de la nuit ce sera facile. Pour le reste je vous fais confiance, je me doute que vous savez être discret lorsque vous le voulez. Au port, il y aura bien quelque sloop pour vous satisfaire.
La lourde grille s’ouvrit dans un grincement bref. Par bonheur, les gardiens s’étaient éloignés au bas de la tour lorsque Norrington était monté quelques instants plus tôt, de sorte qu’ils n’entendirent point. Jamie goûtait au plaisir de retrouver la liberté. Il passa devant le Commodore. Ce dernier le retint par le bras.
- Un bon conseil : ne cherchez pas à vous emparer du H.M.S. Interceptor ou de quelque autre de nos vaisseaux. Vous devez savoir qu’il est impossible de les manœuvrer seul !
Il lâcha cet homme qu’il laissait échapper à la corde contre son grès, cet homme que son devoir lui dictait de faire pendre. « Un saut dans le vide suivi d’un arrêt brutal. »

Il fallait que Waring s’en aille… Il aurait parlé sur la potence, nul n’aurait pu l’en empêcher. On dit que les morts ne racontent pas d’histoires, mais ils le peuvent encore tant qu’ils sont vivants.

Dead men tell no tales…



Fin Part II


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