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 Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos

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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Jeu 31 Mai - 0:24

Dead Men Tell No Tales
Part III

MARACAÏBO'S GROTTOS






D’après :


- l’attraction de Disneyland Pirates of the Caribbean

- la série de Walt Disney Zorro pour le personnage de Enrique Monastorio

- le film de Gore Verbinski POTC pour les personnages du Commodore Norrington, Jack Sparrow et le Lieutenant Gilette

- le film de Henry King Le Cygne Noir pour les personnages de Jamie Waring et de l’infâme Billy Leech


- et avec SAMMY dans le rôle de Samantha Sparrow !



Avec, par ordre d’apparition :


- Roseta Monastorio ------------------------ elle-même

- le Commandant Enrique Monastorio ----- Britt Lomond

- le Comte Axel Ludvig von Fersen -------- lui-même

- le Lieutenant Gilette --------------------- Damian O’Hare

- le Commodore James Norrington ------- Jack Davenport

- le Capitaine Jack Sparrow --------------- Johnny Depp

- Samantha Sparrow ----------------------- Sammy

- le Capitaine Jamie Waring --------------- Tyrone Power

- le Capitaine Billy Leech ------------------ George Sanders

- Manolo ------------------------------------ Anthony Quinn

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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Jeu 31 Mai - 0:26

I Une exécution remise à plus tard



Ce fut à l’aube seulement, au petit jour, que Roseta, épuisée, se laissa emporter par le sommeil, à l’heure même où l’on attendait d’elle qu’elle s’éveille et soit apprêtée pour assister à l’exécution de Jamie Waring. Cette nuit qu’elle avait passé en prières avait été l’une des plus longue qu’elle n’ait jamais connue, une nuit sans sommeil, agitée de tourments et d’angoisses, où même les cauchemars n’avaient pu l’atteindre à défaut de la trouver endormie. Une nuit comme la jeune femme en avait vécue lorsque son père avait été assassiné, lorsque sa mère s’était laissée mourir. A l’aube, quelqu’un allait mourir, et elle s’y refusait. Il serait temps plus tard de se haïr pour de telles pensées, une telle compassion envers un homme qui se livrait à la piraterie et qui avait bien des péchés sur la conscience, un homme qu’elle aimait sans en avoir le droit. Elle se haïrait pour cela, pour ressentir, à l’approche de son châtiment tel que défini par la loi, des tourments et des angoisses qu’elle rapprochait de la mort de ses parents. Non qu’elle osât les comparer, mais pour ne point se résigner à la mort de celui qui devait être condamné de par le mode de vie qu’il avait choisi. Enfin, son corps, épuisé, avait fini par prendre de force le repos qu’elle lui refusait.

Le jour était bien avancé lorsque Rosetta s’éveilla. Un regard à la petite pendule posée sur le rebord de la cheminée lui indiqua que la matinée touchait à sa fin. « Il est mort » furent ses premières pensées. Pourtant, en même temps, son cœur battait d’un fol espoir. Ses battements s’étaient accélérés brusquement, non en raison d’un deuil, mais dans l’expectative de quelque nouvelle lui annonçant que l’exécution n’avait point eu lieu. « A quoi bon, si elle a été repoussée ? Ce n’est que quelques jours de gagnés, peut-être même un seul… » Mais Rosetta avait besoin de savoir, faisant le serment de passer chacune de ses nuits à prier pour Jamie, jusqu’à ce que son exécution soit oubliée. Lorsque Enrique viendrait la rejoindre dans son lit, elle prierait une fois qu’il serait endormi, pour ne maintenir le fil de vie de Jamie, pour ne point le rompre parce que pour une fois elle n’aurait pu œuvrer pour le maintenir encore un jour de plus. La jeune femme était si préoccupée du sort de Jamis qu’elle en oubliait que l’homme auquel elle venait furtivement de penser, Enrique, était son époux légitime. Pour cela aussi, elle se haïrait plus tard. Pour l’heure, un grand miroir lui tendait les bras. Rosetta fut effrayée de découvrir à quel point ses yeux se trouvaient rouges et gonflés par les larmes. Elle ne pourrait nier avoir pleuré, et Enrique, tout comme son frère, ne manquerait pas de l’interroger à ce propos. Elle serait obligée de mentir, de prétendre qu’elle avait encore des cauchemars au souvenir de sa récente captivité. Ils la rassureraient alors en lui disant que Jamie venait d’être châtié ou le serait sous peu si le fol espoir de la jeune femme était réel, et elle devrait s’en réjouir. Il le faudrait.



Cependant, alors même que Rosetta appelait pour qu’on lui porte des linges et son nécessaire de toilette, une rumeur commençait à s’amplifier dans le corridor qui bordait ses appartements. Elle entendait parler, parler plus fort à mesure que cela s’approchait. Une agitation, un remue-ménage. Quelqu’un était furieux, ou plutôt ils étaient plusieurs personnes. Les voix étaient tendues, chargées de colère. Elle ne tarda point à en savoir plus : l’on frappa à la porte et l’on entra avant de lui laisser le temps de répondre.

Ce n’était plus un fol espoir, c’était une promesse de rédemption. Lorsque Enrique et Axel Ludvig entrèrent dans ses appartements la jeune femme eut peur, à leur mine, qu’ils aient appris la coupable relation qu’elle avait entretenue avec le Commodore Norrington, qu’il se soit confessé ou qu’ils aient été trahis par le Lieutenant Gillette. Son cœur se mit à battre à tout rompre, de peur que son époux ne la passe au fil de son épée pour cela. Elle le savait d’une extrême jalousie et se demandait si tout l’amour de son frère suffirait à la sauver ou bien s’il prendrait le parti de ne pas intervenir entre les époux. Elle n’eut cependant point le temps de perdre connaissance en dépit des violentes émotions qui la submergeaient. Elle entendit Axel Ludvig lui annoncer que l’exécution n’avait point eu lieu, que c’était pour cela qu’on l’avait laissée dormir. Enrique était incapable de parler tant la colère le noyait. Il avait seulement attendu de se calmer un peu, de cesser de donner des coups de pied dans les murs, pour venir voir sa femme. Sa moustache était hérissée et il jurait tout bas, laissant le soin à son beau-frère de tout conter.

Si la jeune femme se trouvait effrayée devant la fureur de son époux, elle n’en était pas moins portée par une indicible joie, joie hautement coupable qu’elle se devait de cacher à tous. Jamie s’était évadé de prison ! Voilà ce que son frère lui annonçait ! Jamie s’était évadé pendant la nuit et il avait volé un petit bateau. Rosetta imaginait l’embarras du Commodore à annoncer une telle nouvelle à Enrique ainsi qu’à Axel Ludvig ! Elle ignorait, naturellement, que c’était ce même Commodore, cet homme qui l’avait attirée dans son lit comme Jamie avant lui, qui avait organisé l’évasion. Si Rosetta avait espéré jusqu’au bout que Jamie soit sauvé, jamais elle n’aurait pu imaginé qui en était à présent l’auteur puisque le Commodore avait lui-même condamné le pirate. Jamie s’était évadé seul, voilà tout ce que savait la jeune femme. Elle perdit connaissance à ce moment-là devant le trop-plein d’émotions. Enrique cessa alors de jurer, pensant, comme son beau-frère, que ce malaise était dû au choc de voir son agresseur échapper à son juste châtiment. Ils n’avaient point tort dans la mesure où Jamie était bien la cause de cet évanouissement, mais ce n’était point de ne pas l’avoir vu pendre, bien au contraire ; cette raison resterait dans le cœur de Rosetta, et ce malaise empêchait les deux hommes de lire la joie qu’elle aurait pu mal dissimuler sur son visage.

Enrique ne décolérait pas. Il exigeait de rester à Port Royal jusqu’à ce que l’on remette la main sur ce Jamie Waring et qu’il le voie pendu. Depuis que le Commodore lui avait annoncé l’évasion, la traque du pirate était devenue une véritable obsession. Il avait commencé par traiter le Commodore d’incompétent avant de se reprendre sous l’impulsion de Axel Ludvig qui craignait un incident diplomatique, puis il avait exigé que la flotte se mette immédiatement en route. Il avait dû se contenter de la réponse que le Commodore lui fit : avant de préparer les navires à la poursuite de Waring, il avait fallu fouiller tout Port Royal et ses environs pour s’assurer que le pirate n’était point caché quelque part avant même d’apprendre qu’un petit bateau avait disparu dans une crique en contrebas. A présent, les navires étaient préparés pour l’expédition qui devait ramener Jamie. Le Commodore et le Lieutenant Gillette étudiaient des cartes maritimes pendant que les troupes s’occupaient du chargement des victuailles, des réserves de poudre et de tout le matériel qu’il fallait à bord.



Le Commodore avait annoncé à Enrique que l’expédition serait prête à se lancer à la poursuite de Jamie dans deux heures environ. On était en début d’après-midi.

Furieux de cette réponse, Enrique était cependant bien obligé de s’en contenter. Autre chose, surtout, le mettait en colère : le Commodore ne voulait pas l’emmener en expédition. Il lui avait rappelé ce poste qui l’attendait en Californie depuis trop de temps, ce voyage qui avait été entrepris d’Espagne et dans lequel Port Royal n’aurait dû être qu’une escale. Le Commodore lui faisait la promesse de remettre la main sur Jamie et de le châtier, mais il ne lui cachait pas que cela pouvait prendre du temps. Il ne devait cependant point avoir d’inquiétude : l’exécution de Waring n’était que remise à plus tard. Enrique devait penser que Los Angeles attendait son Commandant et ne pouvait rester ainsi avec un commandement provisoire. Contre la promesse de recevoir une lettre lui annonçant que la pendaison avait fini par avoir lieu, Enrique avait fini par se ranger aux raisons du Commodore et avait consenti, au prix d’un grand effort, à quitter Port Royal et la Jamaïque, à laisser la Royal Navy partir en chasse de con côté tandis que lui emmènerait son épouse au but de leur voyage, loin de cette mer des Caraïbes hantée par les derniers de ses pirates.

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mar 5 Juin - 10:32

Ca à l'air sympa !
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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mer 6 Juin - 19:34

II L'heure des adieux




Tout était prêt à bord. Le HMS Queen Anne n’attendait plus que ses passagers. Sur le conseil du Commodore Norrington, les malles, bagages et effets du Commandant Monastorio, de son épouse et du Comte Axel Ludvig von Fersen avaient été faits et emportés à bord. La traque du dénommé Waring pouvait être longue, avait expliqué Norrington, et la caserne de Los Angeles ne saurait se passer plus longtemps de son Commandant. Dans sa hâte à voir partir ce mari qui ne lui rappelait que trop la trahison dont il s’était rendu coupable avec son épouse, Norrington avait trouvé le moyen de retourner contre ce mari la responsabilité d’un départ précipité. Ainsi, Enrique pestait de voir que c’était à cause de lui, parce qu’il avait un commandement à prendre, que l’on ne pouvait rester à Port Royal pour y attendre l’exécution de ce rat des mers qui avait osé porter la main sur Roseta. Il savait cependant se montrer raisonnable, au-delà de toute colère, et savait fort bien que Madrid verrait d’un très mauvais œil l’un de ses officiers délaisser ne serait-ce que quelques semaines l’intérêt de l’Empire pour se lancer dans une vengeance personnelle.

Le HMS Interceptor était prêt, lui aussi, de même que le HMS Dauntless et un troisième navire plus petit mais plus rapide. A bord du vaisseau amiral, le Commodore consultait une dernière fois les cartes marines en compagnie du Lieutenant Gillette. Quelle ironie, se disait-il ! C’était lui qui avait fait évader Waring et il était sensé se lancer à sa poursuite, le rattraper et veiller à ce que la sentence soit exécutée ! Certes, il pouvait voir cette évasion comme une seconde chance : Waring avait eu l’opportunité de fuir, à lui maintenant de s’arranger pour ne pas être repris. Tout en même temps, Norrington ne savait plus s’il avait réellement envie que ce pirate-là se balance au bout d’une corde. Lui qui avait toujours posé en principe suprême « un saut dans le vide suivi d’un arrêt brutal » se demandait s’il ne fallait pas faire une exception pour Waring. Pourtant, c’était un pirate et, comme tous les autres pirates, il ne méritait rien d’autre que la corde. Mais Norrington avait de terribles remords quant à Roseta. Il avait pris pour maîtresse une femme mariée. Une fois passe encore, mais il avait profité de l’absence du mari et du frère, partis à la recherche de la jeune femme enlevée, pour la faire venir à ses appartements. Waring avait fait de même, ne valait-il donc pas mieux ? Aurait-il l’impression de se pendre lui-même s’il voyait ce maudit pirate la corde au cou ?

Pour la première fois de sa vie, Norrington était perdu. Il n’avait eu jusque là qu’à suivre ses principes, sans jamais résoudre un dilemme. Il ne comprenait pas les sentiments contradictoires qui le déchiraient. Il aurait dû haïr ce Waring, non seulement en tant que pirate mais aussi pour avoir posé les mains sur Roseta. Mais non, il s’identifiait presque à lui ! Il savait que devant ses hommes il ne pouvait faire semblant de ne pas trouver le fugitif et qu’il faudrait certainement que Waring soit châtié. Pour la première fois de sa vie, Norrington se surprit à prier pour que sa proie lui échappe.
- Les voici, Commodore !
La voix de Gillette le tira de ses pensées. Il regarda dans la direction de son Lieutenant. C’était elle, elle était là ! Roseta Monastorio, entourée de son époux et de son frère, près du HMS Queen Anne. Norrington la contempla quelques minutes avant qu’un mot puisse franchir ses lèvres.
- Elle est si belle…
Était-ce une parole imprudente ou bien l’avait-il prononcé parce qu’il savait Gillette dans la confidence de leur adultère ? Il n’aurait su le dire. Par respect pour son supérieur, le Lieutenant garda le silence, la remarque du Commodore, murmurée comme pour lui-même, ne souffrant nulle réponse, mais hocha la tête : il était de cet avis.

A quelques instants de monter à bord, Enrique et Axel Ludvig discutaient de l’itinéraire qu’allait emprunter le HMS Queen Anne. Le Comte était enthousiaste à l’idée de poursuivre le voyage et aurait souhaité emprunter la route qui longeait l’Amérique du Sud pour découvrir plus de paysages encore. Son beau-frère n’était nullement de cet avis : on les pressait de partir pour qu’il prenne son commandement, ce n’était donc pas pour prendre une route maritime infiniment plus longue que celle qui les conduirait à Veracruz au Mexique. Pendant ce temps, Roseta sentit un regard posé sur elle. Elle se tourna et leva les yeux à la recherche de celui qui la contemplait. Son cœur manqua un battement : c’était lui, c’était le Commodore Norrington. Son cœur se serra. Elle savait qu’il fallait en finir, que sa place était auprès de Enrique et que celui-ci ne devait jamais rien savoir de ces nuits passées dans les bras de Norrington, mais cette fuite lui coûtait aussi. Elle avait laissé son cœur a deux reprises depuis son arrivée à Port Royal : à Jamie, à James. Elle détourna son regard, de peur de se mettre à pleurer.

C’était l’heure des adieux. Laissant le HMS Queen Anne à ses ultimes préparatifs, Enrique, son épouse et son beau-frère se rendirent à la maison du gouverneur pour prendre congé. Son Excellence leur témoigna une grande amitié et déplora une fois de plus que cette escale à Port Royal ait si mal tournée, tout en évitant, par délicatesse envers la jeune femme, d’entrer dans le détail.
- Je souhaite cependant, ajouta-t-il, que vous n’ayez pas une mauvaise impression de notre île. Nous nous employons à éliminer les menaces maritimes et j’ai confiance en la Jamaïque et en notre Roi pour vous dire que ces eaux seront sûres un jour.
Le gouverneur était gêné par ce qui était arrivé à ses invités, et cela se comprenait. Il leur avait offert l’hospitalité du Commodore et les avait reçus à dîner, mais il n’avait pu empêcher Roseta de disparaître. A ceci près que les pirates n’étaient pas fautifs en tout et que Enrique lui-même le reconnaissait :
- Excellence, les pirates n’ont pas attaqué Port Royal, la ville est bien gardée ! C’est cet homme, cet armateur hollandais qui le premier a frappé.
Voilà qui donna plus d’embarras encore au gouverneur au lieu de le rassurer.
- C’était mon invité, si j’avais su…

Quelques instants plus tard, le Commodore Norrington arriva chez le gouverneur pour faire, à son tour, ses adieux à ses invités et leur souhaiter bonne chance pour la suite et fin de leur voyage, pour la nouvelle vie qui les attendait dans les colonies. Il quitta ensuite la demeure avec eux puisqu’il devait, lui aussi, prendre la mer – Enrique estimant qu’il avait déjà perdu trop de temps sur Waring. Il monta tout de même sur le HMS Queen Anne sous prétexte de vérifier qu’ils étaient bien installés. Roseta était tristement assise dans sa cabine tandis que son mari et son frère étaient restés sur le pont.



Le cœur battant à tout rompre, le Commodore la vit se lever et s’avancer vers lui. Il prit sa main
- Prenez soin de vous, dit-il simplement.
Puis il la serra quelques précieuses secondes dans ses bras avant d’être obligé de la laisser. Il était déjà resté trop longtemps.

Le HMS Interceptor quittait le port doucement et glissait sur les eaux turquoises face au HMS Queen Anne. Silencieux et nostalgique, le Commodore ne voyait pas que Gillette l’avait rejoint. Il gardait les yeux perdus sur le pont de l’autre vaisseau. Elle n’était pas là, elle n’avait pas eu la force de quitter sa cabine.

« Roseta… »



Les deux navires prenaient une direction différente. Leur route se séparait là…

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mer 6 Juin - 19:35

III La route de Veracruz



Le mal de mer était bon prétexte. Roseta pouvait rester enfermée dans sa cabine sans que cela semble étrange aux yeux de Enrique ou de Axel Ludvig. L’un comme l’autre ne se souvenait que trop des haut-le-cœur que la jeune femme avait eu dès que le Reina Isabel quitta Cadiz. Ils ignoraient que ces maux avaient peu à peu quitté Roseta au cours de sa captivité. Ils ne l’auraient peut-être pas cru possible. Or, à présent, elle était habituée aux remous et aux caprices de la mer, aussi singulier un tel changement puisse paraître. Roseta, cependant, n’en avait rien dit. Elle avait laissé son frère diagnostiquer le retour du mal de mer lorsqu’elle se retira dans sa cabine aux premiers mouvements du bateau.



La jeune femme n’aurait pu supporter de voir James Norrington si près d’elle et en même temps si loin. Si près qu’elle puisse distinctement le voir, entendre le son de sa voix, et si loin qu’elle ne puisse le toucher même en tendant les mains. Elle avait peur des sentiments qu’elle éprouvait à son égard. Elle n’aurait pu s’empêcher de pleurer, elle le savait, en voyant le HMS Interceptor se détacher peu à peu du HMS Queen Anne. Elle avait préféré se cacher. Il comprendrait. Il savait que désormais tout était fini. Elle devait rester avec pour seul bonheur celui de ce bref adieu, lorsqu’il vint dans sa cabine pour la serrer dans ses bras le temps de quelques précieuses secondes.



Le teint pâle et mélancolique, Roseta enfouit son doux visage sur l’oreiller. Non, elle ne devait pas pleurer. Pleurer n’était pas un symptôme du mal de mer. Bien sûr, elle pourrait toujours expliquer à Enrique ou à son frère que ces larmes lui venaient de sa captivité à laquelle elle pensait toujours, mais à quoi bon les rendre plus furieux encore ? Combien de fois Enrique avait-il maudit Jamie ? Non, inutile de le rendre plus furieux encore. Quel triste spectacle que de voir son époux manifester sa rage à l’encontre de quelqu’un ? Et Roseta ne voulait plus que l’on parle de Jamie. Elle souffrait bien trop lorsqu’elle entendait son nom. « Waring… Waring….Waring… » Ajoutez-lui un « N » - la haine de Enrique – et vous obtiendrez « warning » qui signifie « avertissement » en anglais. Il ne fallait plus que son époux et son frère parlent de lui.

Sur le pont, Enrique et Axel Ludvig avaient d’abord gardé un profond silence. Tous deux scrutaient l’horizon, comme s’ils avaient quelque espoir de trouver Waring et de le capturer avant le Commodore. Tous deux pensaient à la même chose sans le dire : pour que justice soit faite, il faudrait peut-être donner un coup de pouce au destin et se mettre soi-même en chasse. Enrique avait accepté de quitter Port Royal parce que la raison lui dictait de ne pas perdre plus de temps avant de prendre son commandement, parce que les intérêts de l’Empire colonial primait sur l’honneur de son épouse aux yeux de Madrid, mais dès lors il n’avait de cesse d’espérer trouver Waring tout en même temps.

« Ave Maria, gratia plena... »

Waring avait peut-être pris la mer en direction de Veracruz ! Pourquoi aurait-il fait voile sur Tortuga où tout le monde pouvait penser le trouver ?

« … Santa Maria, madre deus, ora pro nobis... »

Le soleil dardait ses dernières lueurs sur l’horizon. Il se dispersait en une multitude de taches colorées d’un bel orange. La première journée en mer touchait à sa fin. Enrique et Axel Ludvig avaient peu à peu rompu un silence pesant pour parler de choses et d’autres mais surtout pas de piraterie comme ils l’avaient fait à l’aller, à l’approche de l’île de la Jamaïque lorsque le Comte avait évoqué ce danger des mers. Ils parlèrent de Madrid ce jour-là, de divers souvenirs sans importance qu’ils avaient eu à la Cour, d’anecdotes futiles. La futilité ne faisait pas partie du caractère du Commandant, et pourtant il venait de réussir à merveille dans ce domaine. Peut-être parce qu’il refusait d’évoquer avec son beau-frère une idée qu’il avait pourtant lui-même : trouver Waring sur leur route et faire justice.

Axel Ludvig était content que l’atmosphère se soit un peu détendue. Comme Enrique, il n’attendait qu’une chose, que Waring soit pendu, mais il n’aimait pas n’avoir que cette idée en tête. Penser à Waring lui faisait souvenir de Roseta à Tortuga et cette idée seule le mortifiait. Que Enrique accepte de parler choses futiles fut un très grand soulagement pour lui. Il n’en espérait d’ailleurs pas tant, pensant au contraire que le Commandant se mettrait en colère, lui disant qu’il n’avait que faire de partager des anecdotes. Cela n’avait point été le cas, et Axel Ludvig s’en réjouissait. Cela leur faisait du bien à tous deux de laisser Waring de côté quelques instants.
- Je vais voir Roseta…
Le soir était tombé, et le Comte pensait que sa sœur était sans doute remise de ses maux. C’en était ainsi du mal de mer : des maux qui finissent par passer pour revenir encore. Roseta s’était peut-être endormie, ou bien le repos de tout le jour lui avait permis de se sentir mieux en attendant de dormir.
- Allez-y, je la verrai plus tard.
Le Comte ne répondit pas. Il savait que, si Enrique manifestait rarement des marques d’affection, il n’en aimait pas moins son épouse.

Ainsi qu’il le pensait, Axel Ludvig trouva Roseta bien mieux. Elle ne dormait pas, mais elle avait le visage reposé. Il ignorait tout des tourments de la jeune femme, de son application, tout au long du jour, à ne pas montrer que quelque chose – quelqu’un – la préoccupait. Elle voulait tourner la page et l’urgence de leur départ en raison du poste de Enrique avait été la bienvenue. Jamie s’était évadé et elle était déjà loin. Idéal pour oublier. Les tourments étaient pourtant bel et bien là. Si Roseta semblait ne pas vouloir savoir ce qu’il adviendrait de Jamie à l’avenir, elle ne s’en désintéressait pas. Elle tremblait à propos du sort qui l’attendait s’il était repris. Elle ne voulait pas savoir, mais savoir tout en même temps. Ne pas lui être indifférente maintenant que leurs routes étaient séparées.

Une autre chose tourmentait la jeune femme. La tourmentait avant même sa rencontre avec Jamie. Elle n’y avait plus pensé par la suite, en raison de la succession d’événements imprévus dont elle avait été l’héroïne malgré elle, mais une question lui revenait maintenant : le Journal de sa mère. Son premier ravisseur, l’armateur hollandais Brom van Brunt, lui avait dit agir par vengeance, lui avait parlée de quelque chose qui était arrivé à la Comtesse von Fersen à laquelle le père de Brom van Brunt avait tenté d’arracher des titres de propriétés situées au Danemark. La Comtesse tenait un Journal, Roseta le savait. Elle voulait lire ce qu’elle avait écrit en ce mois de Mars 1790. Elle adressa un doux sourire à son frère qui venait de s’asseoir à son chevet et lui demandait si elle se sentait mieux. Elle opina, avant de lui faire part de son souhait :
- Je voudrais lire le Journal de Mère…

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mer 4 Juil - 0:00

IV Souvenirs d'une Comtesse



Axel Ludvig voyait bien que sa sœur était soucieuse, mais avait-elle été autrement depuis que la flotte l’avait retrouvée et ramenée de Tortuga ? Peut-on revenir intact de Tortuga ? Néanmoins, il sentait que ce n’était pas Jamie Waring qui était au cœur de ses pensées comme elle lui demandait, d’une voix préoccupée, le Journal de leur mère. Il ne pouvait y avoir de rapport entre ces milliers de pages sur lesquelles couraient à l’encre noire l’écriture enfantine de la défunte Comtesse et ce maudit pirate. Avec patience, Roseta évoqua ce que l’armateur hollandais lui avait dit quelques heures avant l’attaque des pirates. Cet armateur, cet homme qui l’avait enlevée pour venger un fantôme du passé. La jeune femme voulait lire le Journal de sa mère, comprendre cette histoire confuse, connaître ce qui lui était arrivée. Le jeune Comte n’y voyait nul inconvénient, pourvu qu’il s’assure que sa sœur n’en lise pas plus que les pages soigneusement marquées correspondant à ce qu’elle devait connaître sans en attendre plus. Axel Ludvig avait lu chaque ligne, chaque page noircie de la main de sa mère, ces milliers de pages couvrant plusieurs décennies au cours desquelles la Comtesse défunte avait conté chaque jour ou presque son quotidien. Ses joies, ses peines. Ses grands bonheurs, ses grands chagrins. Son fils n’avait pu se retenir de pleurer en lisant. Il suffisait d’ouvrir délicatement la couverture de chacun des volumes reliés qui portaient chacun le récit d’une année, de tourner les pages pour que des larmes s’écoulent doucement le long des joues. La Comtesse avait tenu ce Journal avec soin, elle s’y était confiée, elle s’était livrée tout entière au travers de ces feuillets de papier. Son fils avait été heureux avec elle, malheureux avec elle en suivant au fils des pages le fil de sa vie de l’année 1788 à 1810, année de sa mort.

Il peut être dangereux de lire un Journal. On ne sait ce que l’on y trouvera, quelles révélations seront faites. Axel Ludvig croyait la vertu de sa mère sans faille et avait découvert qu’elle avait eu quelques faiblesses. Il avait appris que l’un de ses frères, Fredrik Gustav, n’était peut-être pas de son père mais qu’il était cependant fort probable qu’il le soit. Bien sûr, cela avait d’abord choqué le jeune homme, mais il avait été incapable d’en faire le reproche à celle qu’il aimait plus que tout avec sa sœur jumelle. Il avait appris par ailleurs que son père l’avait parfois frappée, cela rééquilibrait les choses. Il n’était cependant point question que Roseta prenne connaissance de ces pages, celles que la Comtesse n’avait pas arrachées. Certaines, en effet, étaient manquantes, cela se voyait fort bien. Mais il arrivait qu’elle se confie et laisse écrite sa confession.



Non, décidemment, Roseta ne devait pas savoir cela.
- Attendez-moi un instant, ma chère sœur. Je reviens avec les volumes qui vous intéresseront…
Un jour, sans doute, la jeune femme sera curieuse de lire tout le Journal de sa mère. Il faudrait alors la faire patienter, jusqu’à ce qu’elle soit à même de comprendre. Elle était encore jeune. Axel Ludvig pensait qu’elle gagnerait en maturité lorsqu’elle deviendrait mère. Quel meilleur exemple avait-il en tête que ce que son père disait de la Reine de France Marie-Antoinette ? La maternité l’avait profondément changée et l’avait rendue mature et raisonnable. En avait-il été de même pour leur mère ? L’on ne pouvait juger de même, la Comtesse avait eu son premier enfant dans l’année qui suivit son mariage, elle n’eut nul besoin de s’étourdir dans des plaisirs futiles. Oui, lorsque Roseta serait mère à son tour, elle pourra lire et comprendre le Journal de sa mère.

Sans un regard pour Enrique resté sur le pont, le jeune Comte s’engouffra dans sa cabine et ouvrit la malle qui contenait les volumes du Journal de sa mère. C’était la première fois que sa sœur demandait à en lire ne serait-ce qu’un court passage ; jamais encore elle n’avait osé. Sa mort était encore trop récente, et le Journal de la Comtesse défunte était presque sacré à ses yeux, comme si elle était encore trop impie pour seulement pouvoir le toucher, y poser les yeux. Cherchant dans sa mémoire, Axel Ludvig finit par se souvenir de l’année dans laquelle il fallait chercher. Il en vint vite à la conclusion que ce n’était point une, mais trois année. La Comtesse défunte avait vu arriver chez elle son cousin danois et ses amis hollandais à la fin de l’année 1789, alors que son mari venait de quitter la Suède pour porter secours à la Couronne de France. Elle avait ensuite été menacée au début de l’année 1790 et avait fait le récit de son enlèvement en 1794, lorsqu’elle reprit l’écriture pour la première fois depuis quatre ans, encore sous le choc de cet enlèvement et de l’absence de son époux dont elle ne recevait que de trop rares lettres.

Une fois les passages trouvés, Axel Ludvig se vit contraint de censurer ceux évoquant les insultes que le cousin danois avait dites à sa mère car cela faisait allusion à un adultère qu’elle avait malheureusement commis. Le jeune Comte plaça des signets aux pages que sa sœur pouvait lire. Il lui porta ainsi les trois volumes de 1789, 1790 et 1794 et resta auprès d’elle de tout le temps de sa lecture, de sorte qu’il s’assura qu’elle n’en lirait pas plus, sans avoir pour autant à lui interdire de poursuivre. Dès sa plus tendre enfance, Axel Ludvig s’était voué à protéger celle qu’il se plaisait à nommer sa jeune sœur alors qu’ils étaient jumeaux et du même âge par conséquent bien qu’elle soit née en second. Lorsqu’ils étaient petits, leur père s’absentait parfois, et ses absences duraient de longs mois. Il y avait les frères aînés qui déjà veillaient sur leur mère et leurs sœurs, mais du fait de cette gémellité Axel Ludvig avait toujours considéré qu’il avait une responsabilité toute particulière envers Roseta. Cette responsabilité n’en fut que plus forte lorsque leurs parents connurent une fin tragique. Il y allait de la santé mentale de la jeune fille alors âgée de vingt-et-un ans, qui avait déjà subi le deuil d’un fiancé qui devait ne jamais devenir son époux. Il l’avait vue s’isoler, s’enfermer et ne trouver de réconfort que dans la présence de sœurs et de frères plus petits qu’ils élevèrent tous deux. Axel Ludvig lui avait été d’un précieux secours, et c’était grâce à lui s’ils s’étaient rendus en Espagne où un homme, Enrique, avait enfin pris la jeune fille pour épouse.

Tandis que le frère et la sœur s’occupaient du Journal de leur mère, Enrique scrutait l’horizon sans relâche. Quand donc verrait-il enfin les terres de l’Empire espagnol ? De nature impatiente, ce voyage entrepris à Madrid n’en finissait plus de l’exaspérer, d’autant qu’il y avait eu l’enlèvement de sa femme. Jamais il n’aurait imaginé cela en embarquant à Cadix sur le Reina Isabel. Il savait le voyage long mais, en dépit de tout ce qu’il avait entendu dire sur l’océan et ceux qui le parcourt, jamais il n’aurait pensé que cela puisse leur arriver comme à d’autres avant eux. Quelles nouvelles mésaventures les attendaient ? Il s’attendait à tout, désormais. Ils n’étaient pas encore à Veracruz, et il faudrait encore traversé une partie du Mexique d’est en ouest avant de prendre un dernier bateau pour rejoindre Monterey. Le périple ne serait pas encore tout à fait fini puisqu’il faudrait prendre la diligence jusqu’à Los Angeles, mais Monterey était la ville du Gouverneur, ils y retrouveraient la civilisation. D’ici là, quels nouveaux dangers les attendaient ? Les Indiens ?
- Reuuuuuuuuuuuh !!! lança Enrique, de son expression d’exaspération favorite.



Il commençait à se demander si cette promotion dans les colonies en était vraiment une ou bien s’il avait fait quelque chose de mal pour qu’on les envoie ainsi au-devant du danger. Il ne le redoutait pas pour lui, mais pour Roseta. Certes, il eut pu y songer plus tôt, mais la perspective d’un commandement ne l’avait pas fait hésiter un seul instant. En Espagne, il n’était encore rien, en Californie, il pouvait devenir tout. L’ambition était à la mesure de l’impatience de Enrique. Oui, pour devenir quelqu’un en Californie il était prêt à tout. Il ne craignait rien ni personne. Il protégerait Roseta tout en servant ses intérêts. Plus jamais on ne lui ferait de mal, et enfin elle pourrait être fière, elle aristocrate de haute naissance, de celui qu’elle avait épousé. C’était ignorer qu’elle avait toujours été fière de lui…

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mer 4 Juil - 15:29

V De la main d'une Comtesse



Voici ce que lut Rosetta Ludvika de l’année 1789 :



« Le 6 Décembre

Je suis stupéfaite ! Kristian von Gregorson, l’un de mes cousins danois, est arrivé aujourd’hui sans que j’en sois prévenue. J‘ai été saisi. Je ne l’ai pas vu depuis mes fiançailles, en Janvier 1780, ce qui fait neuf ans en arrière ! Père s’est querellé avec lui par la suite, au moment du départ de Hans pour la France puis les Amériques. Il ne lui a pas permis d’assister à mon mariage. Je pensais qu’il serait réapparu après la mort de Père mais il ne s’est pas manifesté. J’en ai été rassurée car mon cousin m’effraie. Son regard, surtout. Lorsque ses yeux bleus se posent sur moi je ne désire plus qu’une chose, me soustraire à son emprise. Une emprise, c’est ce que je ressens. Il me faisait peur autrefois, il continue maintenant.

Je ne suis qu’à demi suédoise. La famille de Père, les Comtes von Metterling, sont natifs du Danemark. Lorsque le Duc Adolf Fredrik de Holstein-Gottorp est monté sur le trône de Suède, défunt père de notre Roi, les Metterling ont suivi sa Cour. Père a épousé une jeune Comtesse suédois – Mère. Les cousins Gregorson sont restés au Danemark.

Kristian a deux ans de plus que mon époux. Ses yeux bleus polaires contrastent avec ses cheveux sombres. Des yeux magnétiques qui font peur. Il dit vouloir simplement me rendre visite après toutes ses années. Je ne sais que penser. Il est venu accompagné de deux négociants hollandais, M Gaston van Brunt et M Brom van der Sparre. Il a, dit-il, des affaires qui l’attendent à Stockholm. Je ne sais encore que penser pour cela aussi. Je leur ai fait préparer un appartement à chacun. […] »

« Le 26 Décembre

Je ne cesse de pleurer et je suis encore terrifiée. Je ne dois pourtant n’en rien montrer, je ne veux pas qu’on le sache. Pas encore, je veux croire que ce n’est que folie passagère bien que mes craintes soient en partie vérifiées. Mon cousin m’a menacée, tout à l’heure. C’était horrible, je suis encore sous le choc. Il a dit qu’il me ferait rendre les biens que Père m’a laissée à sa mort. Il les veut. J’ai dit que je ne les avais pas, qu’ils étaient la propriété de mon époux. Il a répondu qu’il saurait me faire rendre les papiers qui attestent de ces biens. Il est persuadé qu’ils sont en ma possession, mais c’est faux ! J’avais peur. Il est entré dans mon boudoir. Il a dit « Ma chère cousine » d’un ton si méchant ! Il m’a pris le poignet brutalement avant de le lâcher comme pour montrer qu’il était prêt à recourir à la force. J’ai peur. J’étais debout, j’ai senti le mur contre mon dos. Je pleure. J’ai cru que j’allais m’évanouir. Hans… Hans… »

« Le 27 Décembre

Je n’ai pas vu Kristian aujourd’hui et j’en suis heureuse. J’ai eu peur tout le jour de le rencontrer, même en étant en compagnie. J’ai fermé à clef toutes les portes de mes appartements. Je n’ai pas pu dormir la nuit passée aussi étais-je éveillée avant l’arrivée de Babette qui vient ouvrir les rideaux chaque matin. Je vais devoir cette nuit m’arranger pour me lever avant son arrivée encore une fois. Elle ne comprendrait pas que mes appartements soient clos. Mais combien de temps devrais-je faire cela ! Si seulement Kristian pouvait retourner à Copenhague ! Je veux croire qu’hier il était saoul, qu’il ne savait ni ce qu’il disait ni ce qu’il faisait. J’ai passé la journée à faire des travaux d’aiguille auprès de Marija, il a fallu être souriante et gaie comme si je n’avais pas été menacée. Je ne veux pas lui causer de soucis.

Je n’en ai point parlé à mon beau-père qui a pourtant dit qu’il ferait partir Kristian et ses amis s’ils se conduisaient mal. Je veux encore croire qu’il s’agit d’un incident. J’en déjà suffisamment terrorisée. Dans les moments où je suis seule, je laisse couler les larmes que je refoule le reste du temps. J’ai peu de moment où je puis pleurer, soulager ma peur. […]

[…]Je n’ai pas les papiers qu’il me réclame. Comment les lui donnerais-je ? Père avait raison de ne point souffrir la compagnie de cet homme. J’ai peur de ce qu’il pourrait me faire. Comment le convaincre, s’il revenait me menacer, que je n’ai point ce qu’il veut ?

Je dois me détourner lorsque je pleure ou l’encre s’effacera. »

Voici ce qu’elle lut de l’année 1790 :



« Le 6 Mars

J’ai peur. Je disais hier dans mon Journal que mon cousin était étonnamment suave et gentil avec moi, que cela m’inquiétait. Il vient de quitter mes appartements, ceux que j’occupe à la Cour, près de ceux de mes beaux-parents mais sans que ceux-ci n’en sachent rien. Il m’a menacée. Encore une fois, la deuxième, toujours pour la même chose. C’était il y a plusieurs mois, j’espérais que cette folie soit finie. Non. Il a recommencé. Il veut ces propriétés que Père avait au Danemark. J’ai beau lui dire que je n’en ai point les titres, que mon époux a disposé de mes biens, qu’il s’est lui-même occupé du testament de Père, il ne me croit pas.

Je ne comprends pas l’entêtement qui est le sien. Pourquoi ne s’adresse-t-il point à mon époux pour savoir ce qu’il est advenu de ces propriétés ? Je ne le sais pas moi-même. Je sais que par Père notre famille a des racines danoises mais jamais je n’ai vu ses propriétés. Je ne connais rien du Danemark hormis ses côtes que les bateaux longent en traversant la Baltique. Les dernières fois je ne les voyais même pas, nous passions par la Poméranie. Je ne suis jamais allée au Danemark, je ne sais le nombre de ses propriétés. Père n’en parlait jamais. Seul mon époux doit savoir, c’est lui qui a eu les papiers du testament.

Mon cousin ne veut pas me croire. Il m’a dit hier soir qu’il n’aimerait pas être contraint à utiliser la force. Je tremble de peur. »

Voici, enfin, ce qu’elle lut de l’année 1794 :

« Le 18 Mars

[…] J’ai cessé de tenir mon Journal en 1790. Je n’oublierai jamais les jours de captivité que mon cousin m’a fait endurer. Cet après-midi là, je devais me rendre au Palais Fersen pour visiter Marija, le docteur et leur bébé. C’était une visite un peu singulière, je ne me serais pas attendu à rendre visite dans ma propre demeure. Un domestique m’a dit que mon carrosse était prêt. Ce n’était pas le mien. C’était celui de mon cousin. Un homme m’a forcée à monter dans le carrosse. Il me faisait mal. Je ne sais pas ce qu’il m’a fait mais j’ai perdu connaissance.

Je me suis réveillée dans la cabine d’un bateau. Une vive terreur s’est emparée de moi. Le bateau pouvait prendre la mer ! Mon cousin est apparu avec ses deux hommes, Brom van der Sparre et Gaston van Brunt. Ils m’ont attachée les mains. Les cordes étaient rugueuses. Mon cousin m’a demandée de signer des papiers lui donnant la propriété des terres que Père avait au Danemark. Je lui ai répété que je ne le pouvais point, qu’elles étaient la propriété de mon mari, non la mienne. Il ne voulait rien entendre. Je ne pouvais rien lui donner mais il ne me croyait pas. L’un de ses hommes m’a mis un bâillon et me maintenait à plat ventre sur une table pendant que l’autre se mettait à me frapper. Mon cousin avait une tendance aux migraines, sans doute ne voulait-il pas infliger mes cris à sa tête. Ils m’ont laissée. Ils ont recommencé le lendemain. Le troisième jour, j’ai signé les papiers.

Je savais que j’étais perdue même ayant signé. Ma signature ne leur apporterait rien puisque ces terres sont la propriété de mon époux, ce que mon cousin s’obstinait à ne point comprendre. Il m’a dit que le bateau allait bientôt partir pour le Danemark, qu’il m’emmenait avec eux pour prendre possession des terres. J’ai cru ne jamais revoir mes enfants. La garde royale est enfin arrivée avec le docteur. Je me suis évanouie. J’ai su après que mon cousin était mort. Ses hommes ont été exécutés peu de temps après. Le docteur a tué mon cousin en se défendant contre lui. Alors que quelques temps étaient passés, que j’étais en convalescence à Steninge slott pour me remettre des coups, l’ambassadeur du Danemark a exigé que le docteur soit jugé pour la mort de mon cousin. Par bonheur, Sa Majesté a pris sa défense et l’ambassadeur n’a plus rien dit. Il n’avait d’ailleurs pas réagi tout de suite, il savait bien que si un Comte danois venait de mourir de la main d’un roturier cela avait été pour défendre une Comtesse suédoise à laquelle il s’était attaqué. Notre défunt Roi l’a fait taire. Le docteur n’a plus jamais été inquiété. Marija a passé plusieurs jours à mon chevet. J’ai gardé longtemps les marques des coups. Je n’en avais cependant point au visage. Je n’oublierai jamais la dureté du bois de cette table sur laquelle ils me penchaient et me retenaient. […] »

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Lun 9 Juil - 18:06

VI Le doux souvenir des amants



La lecture du Journal maternel avait bouleversée Roseta. Jamais Encore la jeune femme n’avait lu quoi que ce soit de la main de sa mère. Elles ne s’étaient séparées qu’à la mort de la Comtesse, aussi Roseta n’avait-elle jamais reçu ne serait-ce qu’une lettre. Avec amour, respect et dévotion, elle passa doucement le doigt sur l’écriture ronde et enfantine qui contrastait avec l’innocente maturité de celle qui avait tenu la plume d’oie et tracé ces mots à l’encre noire. Des mots inscrits sur le grain du papier, encore brillant comme autant de pierres de jais incrustées dans un bijou, autant de larmes noires aussi, lorsque les souvenirs de la Comtesse se faisaient douloureux comme ceux que sa fille venait de lire.

Les larmes d’encre brillantes contemplaient celles, translucides, que versait la jeune femme. Elle n’avait pas découvert le confident intime de sa mère par le récit de bonheurs, petits ou grands, mais par des menaces qu’on lui avait faites, un enlèvement qui l’avait traumatisée pendant plusieurs années – peut-être tourmentée toute sa vie - au point de refuser de se confier à son Journal avant quatre années – l’absence de son époux s’ajoutant à cette douleur. Roseta aurait pu choisir de commencer le recueil du quotidien de sa mère par le début, mais elle voulait avant tout connaître, rapporté de la main de la Comtesse, les faits que Brom van Brunt, l’armateur hollandais, lui avait révélée, lui assenant comme un reproche au nom de la mort d’un homme que Roseta ne connaissait pas, Gaston van Brunt. Une autre fois, la jeune femme lirait peu à peu les milliers de feuillets couverts de cette écriture innocente jusque dans les lignes tourmentées.

Le petit jour se levait à peine, et Enrique était déjà sur le pont. C’était son habitude d’être matinal, et il en était ainsi même lorsqu’il rendait visite à son épouse dans ses appartements. Roseta ne se plaignait jamais, mais elle déplorait ce manque d’affection. Que n’aurait-elle donné pour qu’il reste un peu avec elle au lieu de s’en aller si rapidement, à peine éveillé ? Mais c’était ainsi. Elle n’en aimait pas moins Enrique qui savait être bouillant et empressé, comme froid et distant. Cette nuit-là, il ne vint que pour dormir auprès d’elle : ils partageaient la même cabine. A Madrid, dans leurs appartements séparés, la venue de Enrique avait toujours une autre signification. Mais, même venu seulement pour dormir, Roseta aurait aimé qu’il reste un peu, qu’il lui parle doucement, qu’il la cajole un peu. Inexorablement alors, assise dans son lit, la jeune femme laissa son esprit divaguer, penser à Jamie. Leur vie commune avait été très courte, deux semaines tout en plus, mais elle en gardait de doux souvenirs en même temps qu’un sentiment amer parce qu’elle n’était pas dans son monde, parce qu’elle sentait qu’elle ne pouvait vivre auprès de lui.

Jamie restait… Il avait une grande maison, il avait ses propres appartements, mais il restait et avait fait de la chambre préparée pour Roseta leur chambre commune. Cela avait paru extravagant à la jeune femme, et même un peu choquant car cela n’était point d’usage dans son monde. Elle s’en était cependant accommodée, et plus vite qu’elle ne l’aurait imaginé. Elle avait appris à aimer le lit commun, à partager sa couche chaque soir ne serait-ce que pour une simple nuit tout ordinaire où il ne s’agissait de rien d’autre que de dormir. Cela était arrivé. A ce souvenir, Roseta sourit, ses joues devinrent roses et un soupir de plénitude franchit ses lèvres. Peu à peu, l’image de Enrique s’effaçait pour que se substitue à elle celle de Jamie. Ce n’était pas la première fois que cela arrivait et cela suscitait en Roseta un curieux et paradoxal mélange de sentiments, comme un feu d’artifice coloré, une rivière de notes envolées sur le clavier d’un pianoforte, mélange d’excitation et de remords, résolution d’oubli mais désir de se souvenir toujours.

Jamie restait… Le Commodore ne le pouvait, quant à lui. Il avait un devoir envers elle, mais ce devoir n’allait pas aussi loin que ce qu’il avait accompli. En assurant personnellement sa protection comme Enrique l’aurait fait qu’il avait été là, il était allé jusqu’à usurper les droits de l’époux. Cela devait rester secret, alors que Jamie pouvait exposer au grand jour celle qu’il avait prise pour femme à l’issue d’une vente aux enchères sur le marché de Tortuga. Et Jamie était un pirate, il n’avait rien à cacher. Et Jamie était son mari selon les lois de son monde. Le Commodore, lui, ne pouvait prétendre à cela. Et Enrique, l’époux légitime, se montrait parfois aussi indifférent qu’il se montrait jaloux en revanche si quelqu’un avait le malheur de poser les yeux sur elle. Roseta se souvenait de cet homme, à Madrid, qui l’avait complimentée sur sa mise sans voir Enrique en pleine conversation deux pas plus loin. Enrique qui avait entendu et qui s’était précipité sur l’imprudent pour lui ordonner de ne plus importuner sa femme.

« Pourquoi tout ceci est-il si difficile ? », se lamenta Rosetta, serrant son oreiller contre sa poitrine. « Pourquoi en aimer trois ? Est-ce que je les aime tous les trois ? » Elle se souvint de ses tourments lors de son retour à Port Royal, sur le vaisseau du Commodore, juste avant que celui-ci ne vienne s’ajouter au nombre de ses soupirants. Elle s’était longuement demandée quelle différence pouvait-elle bien faire entre amour et désir, désir et amour. Elle n’avait su répondre, elle n’avait su démêler les fils de ses sentiments. En savait-elle plus, à présent ? Pouvait-elle répondre ? Elle n’en savait rien. Elle ne voulait que se contenter de suivre Enrique parce que tel était son devoir, parce que c’était avec lui qu’elle devait être, sans s’interroger davantage. Il lui aurait été insupportable de devoir choisir entre Jamie, le Commodore et lui, si un tel choix lui avait été demandé. Elle n’en aurait pas été capable, même en admettant que Jamie ne soit plus pirate, que le Commodore puisse l’épouser, que Enrique puisse ajouter à ses indéniables qualités celles de ses deux rivaux dont l’un, au fond, n’en était pas puisque le Commodore tenait avant tout à son secret. Choisir aurait été odieux à Roseta.

Il fallait prendre une bonne résolution, une bonne fois pour toutes : penser à eux une dernière fois, puis se tourner vers cette terre de Californie qui attendait Roseta Luisa Monastorio, née Rosetta Ludvika von Fersen. Là était son avenir. En Californie espagnole, bien loin des Caraïbes, sur les rivages d’un autre océan. Cet océan dit Pacifique apaiserait-il son cœur tourmenté ? Elle voulait le croire. Il le fallait. Alors, penser à eux une dernière fois. Une fois apprêtée, la jeune femme rejoignit Enrique sur le pont, au moment même au Axel Ludvig quittait sa cabine, après une nuit sans sommeil passée à ressasser le chagrin de sa sœur bien-aimée lisant les feuillets du Journal auxquels leur mère avait confié son désarroi et ses peurs. Sa petite main timidement posée sur le bras que Enrique lui avait tendu après lui avoir dit quelques mots gentils, Roseta regardait l’horizon. Elle était là-bas. Cette terre de Californie qui l’attendait. A mesure qu’avançait le navire, elle espérait pour son bien que les images de Jamie et du Commodore s’en retournent vers Port Royal et Tortuga, décolorées et délavées, au fil de l’eau, d’où elles venaient, qu’elles s’estompent et s’effacent doucement, qu’un nouveau chapitre soit commencé.




La jeune femme savait que cette résolution ne serait pas sans mal, sans peine et sans chagrin. Elle ne voulait pas les oublier, elle voudrait au contraire les retrouver tous, être trois femmes à la fois pour les aimer tous trois. Elle devait se forcer à ne pas regarder en arrière, à ne contempler sur l’horizon qui lui faisait face. « La terre de Californie… Je ne l’ai jamais vue, je sais qu’elle est encore par-delà bien des terres, mais il me semble déjà la voir… » voulait-elle se persuader. « Elle est là-bas, derrière ce point noir que j’aperçois… » A peine eut-elle achevé sa pensée que l’on entendait crier :
- Pavillon noir à l’horizon !

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mar 10 Juil - 14:37

VII Un revenant



A l’annonce d’un pavillon noir à l’horizon, Roseta eut le sentiment de fondre dans un univers irréel. Toujours agrippée au bras de son mari, elle remarqua et sentit un vent à la fois doux et ferme qui s’enroulait autour de ses épaules, soufflait contre sa nuque comme si Jamie l’appelait et lui demandait de revenir à lui. Elle frissonna au souvenir des draps de coton contre son corps nu enlacé contre celui de Jamie. La maison de Tortuga… A l’annonce du pavillon noir, elle se sentit à la fois grisée et terrifiée. Sentiment étrange, sentiment paradoxal. C’était des pirates, elle tremblait ! C’était peut-être Jamie, venu la chercher, elle l’attendait ! Non, il ne le fallait pas, quelle folie ! Enrique était là… Enrique… Elle se rendit compte qu’elle n’était plus agrippée à son bras, qu’il l’avait aussitôt lâchée lorsqu’il avait entendu la clameur du timonier pour se précipiter sur le premier membre d’équipage qu’il trouva, pour être sûr d’avoir bien entendu. Au cours de ce bref moment d’absence, au cours duquel la jeune femme s’était retrouvée dans un univers secret dont elle seule possédait la clé, seul Axel Ludvig était resté auprès d’elle. Tous les autres passagers s’étaient regroupés à la proue du navire, guettant l’arrivée du danger dans un mélange de terreur et de curiosité.

Axel Ludvig était resté ; il avait bien vu que sa sœur se trouvait dans une sorte d’état second et blâmait déjà Enrique pour l’avoir laissée sans un mot pour elle. Le jeune Comte comprenait ce qu’elle devait éprouver pour avoir déjà vécu attaque, pillage, enlèvement.
- Allons, venez…
Il l’entraîna à la poupe, au contraire du reste des passagers, pour ôter de ses yeux ce petit point noir à l’horizon qui se rapprochait inexorablement, comme si de ne le point voir le ferait s’évanouir comme par magie et engloutir par les flots salvateurs.
- Ils ne nous auront pas, je vous le promets. Ils ne vous reprendront pas…
Roseta ne répondait pas. Il la regarda et remarqua alors une singulière fascination sur son visage, comme l’on aurait pu en voir chez les plus aventureux ou les plus fantasques des lecteurs de romans.
- Roseta ?
Attaque et pillage faisaient toujours horreur à la jeune femme, comment pourrait-il en être autrement ? Mais elle pensait à Jamie. Elle savait que c’était mal, cela aussi, mais elle ne pouvait s’en empêcher. Il avait été bon pour elle, après avoir été si grossier au début. Pouvait-elle dire cela à son frère, même s’il était son jumeau et qu’ils s’étaient toujours compris même à demi mots ? Mais ce fut lui qui en parla, tandis qu’à quelques pas d’eux l’équipage tout entier s’affairait pour détourner le navire de sa route avant qu’il ne soit trop tard.



- Vous pensez au Capitaine Waring.
Roseta détourna son visage pour que son frère ne voie pas qu’elle rougissait.
- Allons, vous savez que vous ne pouvez pas avoir de secrets pour moi. Roseta… Il faut l’oublier…
Il avait compris ! Ainsi, il avait compris qu’elle aimait cet homme ! Sans chercher à le nier, la jeune femme se blottit dans les bras de son frère. Axel Ludvig la berçait doucement, comme indifférent à présent à ce qui se passait à la proue.
- Je ne dirai rien à Enrique… Je vous en donne ma parole…

Ce qui n’avait été qu’un petit point noir à l’horizon avait pris forme distinctement.
Comme envoûtés aussi bien qu’épouvantés, les passagers étaient incapables d’esquisser le moindre mouvement. Mus par une certaine fatalité, sans doute : où peut-on s‘enfuir sur un navire ? Il n’y avait qu’à attendre et à combattre. Survivre. L’équipage, malgré ses efforts, ne parvenait que tant bien que mal à faire changer de route au navire, cela ne serait pas suffisant. Si le timonier avait vu le pavillon noir, le pavillon noir avait vu le navire anglais lui aussi. Celui-ci était perdu dès lors qu’il apparaissait au bout d’une longue-vue ennemie.



Enrique, qui n’entendait rien à la navigation et à la marine, faisait savoir que quelque chose lui échappait :
- Ce n’était qu’un tout petit point noir, pourquoi n’avons-nous pas eu le temps de faire demi tour pour le semer ? Pourquoi sont-ils déjà visibles et bientôt à portée de canons ?
Mais l’équipage avait autre chose à faire que répondre à ses questions que peu comprenait finalement puisque Enrique les posait en espagnol.
- Baaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !!!!!!!!

Axel Ludvig vint calmer son beau-frère : l’heure n’était pas aux « baaaaaaaaaaaaah ! »
mais au combat. Il fallait se préparer à affronter les pirates qui, décidemment, s’étaient approcher à une vitesse prodigieuse. Les canons étaient chargés pour une première salve ; les navires marchands étaient obligés de s’armer dans ces eaux dangereuses bien que l’on ait proclamé depuis un siècle la fin de la piraterie. Axel Ludvig venait aider, même s’il ne possédait qu’une épée, comme par ailleurs tous les messieurs parmi les passagers. Ceux-ci semblaient s’être brusquement réveillés, après une sorte de léthargie, et les rares hommes mariés avaient envoyé leurs épouses se cacher dans les cabines, vaine précaution s’il en est. Axel Ludvig fut grandement soulagé de constater qu’il n’y avait pas d’enfants à bord. Roseta, de son côté, se tenait toujours à la poupe du navire. Lorsqu’il était allé rejoindre Enrique, son frère lui avait dit de rejoindre sa cabine et de prier, mais elle n’avait pu s’y résoudre. Elle avait essayé, pourtant, mais quelque chose avait retenu son attention. Un tout petit bateau suivait le HMS Queen Anne, Dieu sait depuis combien de temps, dissimulé dans son ombre gigantesque, si bien qu’il était resté caché aux yeux de tous. De tous, sauf de Roseta. La jeune femme s’était sentie comme attirée vers lui, elle s’était accoudée au bastingage et s’était penchée vers les profondeurs des flots. Et l’avait vu. Un tout petit bateau néanmoins rapide qui avait pris de terribles risques à suivre ainsi le navire marchand même lorsqu’il se lança dans une manœuvre de désespoir pour changer sa route. Et à bord de ce tout petit bateau, Roseta avait vu un fantôme.
- Jack Sparrow…
L’intéressé n’entendit pas ce qui n’avait été qu’un souffle, mais il devina que l’on prononçait son nom.
- Capitaine Jack Sparrow ! lança-t-il à son tour, sachant pourtant que Roseta ne l’entendrait pas non plus même s’il avait parlé plus fort.

Un violent choc secoua le HMS Queen Anne et le fit frémir de part en part. Le
vaisseau pirate venait de le prendre. Une dizaine de grappins s’était élevée en même temps dans le ciel pour s’agripper au bastingage à bâbord. Il y en avait un autre, un qui venait de se planter tout près de l’endroit où Roseta était penchée. Lancé par Jack. Sans réaliser vraiment ce qui lui arrivait, la jeune femme vit le pirate qu’elle croyait mort, coulé avec son navire par le HMS Interceptor lorsque le Commodore l’avait ramenée à Port Royal. L’équipage avait dit qu’il n’irait pas loin, touché comme il était, mais Jack Sparrow, son Capitaine, avait réussi à s’en sortir comme par miracle. Tandis que le vaisseau au pavillon noir attaquait, que les canons de deux camps crachaient d’âcres fumées et faisaient tressauter le HMS Queen Anne à chaque détonation, Roseta voyait Jack escalader la poupe et venir jusqu’à elle. Sans effort apparent, il l’enleva par la taille et la fit basculer contre son épaule avant de redescendre jusqu’à son tout petit bateau, son précieux butin serré contre lui. Les yeux fermés pour ne pas voir les flots qui pouvaient les engloutir à tout moment, la jeune femme serrait instinctivement ses petits bras autour du cou du pirate, au risque de l’étrangler. La manœuvre était périlleuse, il risquait à tout moment de lâcher la corde ou Roseta, mais il y parvint admirablement bien : il était le Capitaine Jack Sparrow…

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mar 10 Juil - 17:20

VIII Le Lilybeth



Le HMS Queen Anne et le vaisseau pirate qui l’attaquait devaient être bien loin, à présent. Roseta avait beau étirer son cou, elle ne voyait plus rien et pourtant elle savait que deux vaisseaux de cette taille ne pouvaient s’évanouir si vite. Tout en même temps, autre chose défiait son imagination et toute logique : d’où pouvait bien sortir le Capitaine Sparrow, qu’elle avait trouvé soudainement caché derrière la poupe, dans son tout petit bateau, comme un mirliton de carnaval surgi d’une boîte ? Il devait bien y avoir une explication. Les avait-il suivi ainsi depuis Port Royal, où il était peut-être venu attendre Jamie, prévoyant son évasion ? Non, il n’aurait pu rester ainsi dans l’ombre du HMS Queen Anne sans qu’aucun membre de l’équipage ne le remarque. C’était une idée bien trop extravagante. Et Jamie, où était-il ? Jack l’avait-il retrouvé ou bien ignorait-il qu’il s’était évadé des geôles de Fort Charles ? Peut-être était-il à bord du navire qui avait attaqué le HMS Queen Anne ! A cette pensée, Roseta sentit son cœur bondir dans sa poitrine, pour s’en faire aussitôt le reproche : comment osait-elle penser à Jamie de la sorte alors que son mari et son frère, ainsi qu’un équipage et des passagers, luttaient comme ils le pouvaient pour sauver leurs vies ? Agacée contre elle-même, la jeune femme se donna une gifle.
- Wouaaaaaaaaaaaaaaaap !!!!!!!
Ce geste inattendu manqua de faire tomber Jack à l’eau.
- Kiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!
Le cri de Jack et son sursaut avait effrayé Roseta.

Le tout petit bateau tangua dangereusement, menaçant de les envoyer tous deux à l’eau. Le geste de Roseta rendit néanmoins à Jack l’usage de la parole qui, fait étonnant, s’était tue depuis qu’il avait déposé la jeune femme dans son tout petit bateau, posée comme une poupée, sans même l’attacher – où irait-elle ?
- Hooooo ! Qu’est-ce que c’est que ? C’est moi qui donne les gifles, ici, savvy ?
Était-elle devenue folle ? Ce n’était pas impossible, après tout ! Avant d’épouser la douce Samantha, Jack n’avait rencontré que des folles qui le giflaient sans raison, du moins sans qu’il le mérite.
- Pardonnez-moi, Capitaine Sparrow, mais je ne suis pas contente de moi. Voyez-vous, on nous attaque, mon mari et mon frère sont à bord. Vous venez m’enlever et je ne me suis même pas débattue ! J’aurais dû vous mordre, vous griffer, que sais-je ? Au moins pleurer, appeler !
Jack sourit de toutes ses dents, révélant deux incisives en or.
- Voilà qui me fait penser qu’on s’est à peine dit bonjour, tous les deux, et pourtant on est de vieux amis, pas vrai ?
Il se leva et fit une courbette un peu bizarre.



- Bienvenue à bord du Lilybeth, ma chère !
Lilybeth, c’était donc le nom de ce tout petit bateau. Roseta en profita pour lui poser la question qui lui brûlait les lèvres.
- D’où sortez-vous donc ? Comment avez-vous fait ? Je vous ai cru mort après l’attaque de Tortuga, quand vous avez attaqué le HMS Interceptor ! Et maintenant vous revoilà, vous apparaissez derrière nous !
Nouveau sourire à pleine bouche de Jack.
- Bonnie lass, tu oublies une chose.
- Qu’est-ce ?
- Je suis le Capitaine Jack Sparrow !
Et la jeune femme dut se contenter de cette « explication ».

Le Lilybeth avançait vaillamment sur les flots. Après plusieurs hésitations, Roseta interrogea Jack une nouvelle fois.
- Où allons-nous ?
- Retrouver Jamie… Mrs Waring.
En entendant ce nom, en s’entendant appeler de la sorte, le cœur de Roseta manqua un battement. C’était pourtant vrai… Au regard des lois de Tortuga, ils étaient mariés. Quoi de plus logique pour Jamie, une fois évadé, que de faire chercher sa femme ? Il voulait la retrouver, qu’elle le rejoigne et vive auprès de lui, bien entendu… Mais… Pour Roseta, les choses n’étaient pas si simples ! Son doux regard se fit très sombre.
- Tout cela est très bien, mais Enrique…
Soudain, Jack porta la main à son front, de l’air qui voulait dire « suis-je bête, j’avais oublié ! »
- Aaah, mais Jamie voulait que je te dise quelque chose ! L’attaque, c’était plutôt une diversion, savvy ? Pour que je puisse te récupérer ! Il sait bien que tu ne serais pas contente si on tuait ton frère et ton… euh… ex mari, savvy ?
Roseta n’était pas sûre de bien comprendre. Elle avait vu le HMS Queen Anne attaqué ! Avait-elle rêvé ?
- Le pavillon noir….
- Oh, ça ? Ils ont fait quelques dégâts, sans doute, mais Jamie a bien dit qu’il ne fallait tuer personne, cette fois, et qu’on ne prendrait même pas d’otages. Tout ce qu’il veut, ce qui est important pour lui, c’est que je t’emmène dans un endroit où on ne te retrouvera jamais. Après, que ton frère et ex mari aillent où ils veulent, il s’en fiche. Ils croiront que tu es tombée à l’eau pendant que les pirates menaçaient tout le monde pour voler la marchandise !
Roseta était perplexe, elle ne savait plus que penser. Perplexe, abasourdie, même. La tête lui tournait, tout se mélangeait en elle. Enrique, Axel Ludvig, Jamie, Jack… Tout doucement, elle s’affaissa, inconsciente…

Lorsque Roseta reprit connaissance, le décor environnant avait changé. Elle était toujours sur le Lilybeth avec Jack, mais il ne voguait plus en mer. Il semblait remonter un cours d’eau entourer de part et d’autre de deux rideaux de végétations tropicales.
- Aaah, tu as fait une bonne sieste, pas vrai ?
La jeune femme grimaça, elle avait la migraine.
- Mais… Où sommes-nous ?
- Quelque part sur le continent américain. On s’est approché des côtes, on entre dans les terres.



Jack lui fit un clin d’œil.
- Tu as connu Tortuga, tu vas bientôt connaître le nouveau repère des pirates ! Maracaïbo ! On en est encore loin, mais dans quelques jours…
Maracaïbo… Jamie lui en avait-il parlé ? Elle ne se souvenait plus et pourtant elle avait déjà entendu ce nom. Quelqu’un lui avait dit que c’était un repère de pirates comme Tortuga. Peut-être Jamie, ou peut-être Jack ? Mais cela importait peu. Elle était en route vers un lieu inconnu, plus perdu encore que Tortuga. Sans doute ces terres appartenaient-elles à la Couronne espagnole, mais elle doutait que Madrid ait connaissance de tous les coins et recoins de son Empire. Elle allait retrouver Jamie, certes… mais Axel Ludvig… Enrique… Jack le lui avait dit, elle ne les reverrait jamais.
- Je suis bien punie d’avoir si souvent pensé à lui…
Roseta se recroquevilla dans un coin et se mit à pleurer, alors que le Lilybeth continuait de s’enfoncer dans la forêt tropicale…

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Jeu 12 Juil - 9:59

IX Quelque chose de vital



Le Capitaine Sparrow ne menait plus le Lilybeth avec désinvolture. Il pestait au contraire entre ses moustaches :
- Pouviez pas contourner l’Amérique du sud, non ? disait-il pour lui-même. Pouviez pas aller du côté de Maracaïbo ?
Il fit volte-face et lança un regard à Roseta qui avait fini par s’endormir à force de pleurer.
- Et elle s’évanouit, et elle pleure, et elle dort ! Et gna-gna-gna-gna !
Cela faisait déjà un bon bout de temps qu’il était ainsi, en plein monologue, faute de répondant.
- Je suis venu te chercher vers le Mexique parce que ton fichu bateau – un navire, ça ? – allait par là. Jamie, il me dit « Va me chercher ma femme, elle est dans un bateau qui part sur Veracruz » alors moi, qu’est-ce que je fais ? Je vais de ce côté-là pour te trouver. Mais Jamie, il me dit aussi « Ramène-la moi, je serai à Maracaïbo » : OUI, MAIS MARACAÏBO, C’EST FICHTREMENT LOIN DE VERACRUZ !!!!! conclut Jack en hurlant.

Se produisit l’effet escompté ; Roseta se réveilla en sursaut dans un petit cri. Avait-elle fait un cauchemar ? Plusieurs cauchemars ? Elle était toujours dans le tout petit bateau, dans un décor humide et dense envahi de moustiques. Le Capitaine Jack Sparrow se tenait devant elle et faisait des grimaces.
- Ah ! Enfin réveillée !
- Ooh… C’est vous… Pourquoi crier ?
Jack vint s’asseoir en tailleur, bras croisés, et répondit d’une voix boudeuse.
- Parce qu’il nous manque quelque chose d’essentiel pour ma survie.
La jeune femme jeta un coup d’œil aux sacs de provisions qu’elle avait remarqué dans un coin du Lilybeth. Ils semblaient intacts, à en juge par la manière dont la toile était gonflée.
- Ce ne sont pas des provisions ? Nous n’en avons plus.
- C’est pire que ça.
- L’eau, alors ? Nous n’avons plus d’eau douce ?
Dans un haussement d’épaules accompagné d’un « pff ! » d’exaspération, Jack lui lança une outre pleine et lui en montra d’autres. Que pouvait-il donc manquer ? La jeune femme remarqua alors avec horreur ses bras couverts de piqûres de moustiques ; elle avait été dévorée pendant son sommeil !
- Je sais : c’est une moustiquaire qu’il vous manque ! Regardez-moi ! gémit-elle.
- RHAAAAAAAAAAAA !!!!!
- KIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!!!!!!!

Au hurlement d’exaspération de Jack répondit celui d’effroi de Roseta. Autour d’eux, les multiples petits bruits de la forêt tropicale se turent, en attente de quelque chose. Oiseaux et singes restèrent quelques secondes sans se manifester et ce silence soudain, aussi bref fut-il, modifia le paysage sonore et incita les deux compagnons de voyage improvisés à chuchoter. Jack fut même le premier à prendre cette initiative, regardant prudemment autour de lui.
- Je hais les singes !
Il avait dit cela sur le ton de la confidence, si bien que Roseta fut rassurée.
- Bon, et pour en revenir à vos moustiques, sache que j’ai passé beaucoup de temps à essayer de les chasser mais ils tournaient autour de toi. Faut croire que ta peau a un parfum qui leur plait. Il parait que c’est une question d’odeur de la peau. Et pas de moustiquaire à bord.
- Et maintenant ? Je n’en vois pas, je n’en entends pas !
Le visage de Jack se fendit d’un large sourire.



- Comment te dire ? Maintenant que tu as bien sué… Je suppose que ton odeur les repousse, qu’est-ce que j’en sais ?
Elle ne se demanda pas s’il disait vrai ou non, si les moustiques, au contraire, ne préféraient pas l’humidité – qu’en savait-elle ? Terriblement humiliée, la jeune femme fit volte-face tout en restant assise, de manière à lui tourner le dos, saluée par un éclat de rire du pirate. Elle revint cependant à sa position initiale, constatant qu’être à reculons par rapport au sens de la marche lui donnait déjà mal au cœur. Elle n’avait plus le mal de mer depuis son aventure à Tortuga, mais il ne fallait pas grand-chose pour qu’il lui revienne.

La curiosité de Roseta n’était pas satisfaite : que manquait-il donc de si important s’il y avait des vivres et de l’eau douce ? Elle avait faim, d’ailleurs, et soif. Timidement, elle reprit la parole dans ce sens :
- Capitaine Sparrow… Je suis affamée et j’ai soif…
L’habitude du monologue aidant, Jack ne se priva pas de commentaires tout en lui donnant ce qu’elle demandait.
- Je lui parle d’une chose essentielle et vitale qui nous manque, et elle pense à manger !
Roseta se garda bien de faire la grimace devant ce qu’il lui donnait, mais elle avait connu mieux.
- Quelle est donc cette chose ? demanda-t-elle patiemment, au lieu de faire des suppositions comme avant.
Jack se leva alors, agrippa un cordage et porta l’autre main à son front, dans une pause dramatique que n’aurait pas renié Shakespeare.
- Le rhum ! Il n’y a plus de rhum ! Le rhum est parti !
Roseta en resta bouche bée.
- Et c’est tout ?
Jack poursuivit sur le même ton grave, un ton tragique au point de le rendre comique. Cela ne faisait pourtant par rire Roseta.
- Hélas, mon enfant, j’ai tout bu pendant que tu dormais…
Indignée, Roseta se leva.
- Kiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!
Brusquement tiré de sa bulle shakespearienne, Jack reprit son ton habituel :
- Idiote ! Tu vas nous faire chavirer !

Assis chacun à un bout du Lilybeth, Jack et Roseta boudaient sans s’adresser la parole. La jeune femme était vexée des remarques sur sa transpiration et elle venait de se faire traiter d’idiote par quelqu’un de très mal éduqué. De son côté, le pirate s’occupait de manœuvrer le tout petit bateau. Pour le reste, il ronchonnait dans sa barbe :



- Je lui dis que le rhum est parti et elle ne trouve pas ça important ! C’est de la faute de Jamie, tout ça ! J’avais pris plein de bouteilles avec moi mais il me les a confisquées ! Comment il veut que je survive assez longtemps pour lui ramener sa femme ? C’est pas des conditions de travail, ça ! Je me plaindrai. Oui, mais à qui ? Et flûûûûte !!!!!
Le Lilybeth était encore bien loin de Maracaïbo ! Combien de jours encore faudrait-il tenir ? Jack pestait à présent contre ce satané « ex mari » qui avait dû vouloir prendre la route de Veracruz pour arriver plus vite en Californie au lieu de contourner le continent en longeant les côtés, en passant près de Maracaïbo.
- Et gna-gna-gna !
Puis, de temps à autre :
- Je hais les singes !
Et le Lilybeth continuait vaillamment sa route…

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Ven 13 Juil - 10:23

X La fin d'un long périple



Le voyage dura encore, encore et encore, une éternité pour l’un comme pour l’autre
des occupants du Lilybeth. Roseta contemplait la nature environnante avec méfiance, ne parvenant à s’habituer aux multiples petits bruits qu’à grand effort. Tout l’effrayait car, devant l’inconnu, tout était susceptible de devenir danger. Elle ne s’apaisait qu’à la pensée que Jack connaissait bien ses contrées, mais l’inquiétude ne tardait point à refaire surface à la pensée, cette fois, que le pirate était aussi capable des pires imprudences comme l’avait été son idée de suivre comme une ombre les mouvements d’un navire de la taille du HMS Queen Anne et comme le montrait sa désinvolture permanente. La jeune femme se demandait s’il ferait quelque chose pour elle si un danger survenait. Elle en vint tout de même à la conclusion qu’il interviendrait, parce qu’elle était la femme du Capitaine Waring et que celui-ci avait demandé à son ami de la lui ramener. Lorsque, pour la première fois depuis leurs « retrouvailles », Jack avait mentionné le lien conjugal qui unissait Mrs Monastorio à Jamie, Roseta avait manqué nier ce lien. Cela n’aurait point été la négation de son cœur, puisque affirmer ne point être mariée à Jamie ne signifie pas ne pas l’aimer ; il n’aurait été question que d’affirmer le lien légitime qui seul existait entre le Commandant Monastorio et elle. Elle s’était tue, finalement, et avait laissé dire. Elle s’en félicita, devinant que se laisser appeler Mrs Waring lui vaudrait quelques égards et ménagements dans ce repère de pirates.

Après avoir boudé quelques temps, Jack avait retrouvé son humeur habituelle en
dépit de l’absence de rhum, chose qui le contrariait au plus haut point. Il s’était amusé à regarder « la petite Mrs Waring » bouder aussi dans son coin puis finir par s’endormir d’épuisement non sans avoir basculé d’une façon curieuse. Jack avait vu peu à peu sa tête dodeliner puis son menton tomber sur son buste. Ce sommeil soudain et bienfaiteur lui fit perdre l’équilibre et elle s’affaissa au milieu des sacs de provisions. Malheureusement, les petits épisodes plaisants comme celui-ci se firent rares et Jack ne manqua pas de s’ennuyer sur son tout petit bateau, avec pour seule compagnie celle de Rosetta qui pouvait tout aussi bien l’assommer de questions sur les environs – auxquelles il ne savait pas tellement répondre, alors il inventait fort du principe qu’elle n’irait pas vérifier – comme se taire et ne pas prononcer une parole pendant des heures entières. La hâte de Jack à retrouver la terre ferme, lui qui habituellement ne pouvait se passer de la navigation, était à la mesure du silence gêné qu’il y avait bien souvent sur le Lilybeth, coupé parfois par les cris perçants de la jeune femme lorsqu’elle croyait apercevoir « une bête » sur les bas-côtés du fleuve.



Depuis le début du périple, il l’avait souvent entendue soupirer et la trouvait alors plus bruyante que lorsqu’elle posait des questions, et presque plus bruyante que ses cris, heureusement ponctuels. Il comprenait bien qu’elle devait beaucoup s’ennuyer dans ce tout petit bateau, qu’il n’était pas la meilleure compagnie qu’elle puisse attendre – et loin de là ! – mais il n’avait pas pensé qu’il pouvait aussi y avoir autre chose que l’inconfort d’une embarcation rudimentaire et l’ennui de la compagnie d’une personne qui n’était pas de son monde. Lui s’était chargé d’une mission pour Jamie. Il lui avait demandé d’aller chercher sa femme, il l’avait fait. Il ne s’était pas demandé ce que cela signifiait pour elle.

Pour Roseta, c’était différent. C’était un enlèvement, ni plus, ni moins. Encore un.
A la différence que, cette fois, elle connaissait son ravisseur et celui qui l’attendait à Maracaïbo, ainsi que ce que l’on voulait d’elle. C’était un réconfort. Mais Enrique, Axel Ludvig ? Jack lui avait promis que personne ne serait tué sur le HMS Queen Anne, mais qui pouvait faire confiance à des pirates ? Qui irait voir si les hommes de Jack avaient tenu parole ? Et même, ils pouvaient toujours prétendre que certains otages avaient opposé résistance. Et puis… Même si Enrique et Axel Ludvig étaient en vie… Eux la croiraient morte ! Quel chagrin atroce pour eux ! Et cela, Roseta ne pouvait l’ignorait. Cela avait cause de son premier évanouissement sur le Lilybeth, puis des autres. Elle s’était évanouie plusieurs fois. Son regard, perdu dans le vague, se faisait alors très sombre des heures durant, et Jack ne savait plus quoi inventer pour l’en sortir. Il avait essayé d’attirer son attention, au début, pour qu’elle se ressaisisse, d’autant qu’il ne comprenait pas ce qui lui arrivait ; peut-être aurait-il compris si Roseta lui avait demandé ce que cela lui ferait d’apprendre que Samantha était tombé à l’eau ou avait disparu, mais elle ne le fit pas. Jack préférait que Roseta regarde les alentours avec méfiance plutôt que de la voir si lugubre, aussi avait-il fait de multiples grimaces pour tenter de la distraire. En vain. Il avait abandonné l’idée de la faire rire.



Un jour, enfin, le Lilybeth entra à Maracaïbo, l’ancienne Nueva Zamora fondée par
les Espagnols en 1571. Le port, contrôlé par les pirates, était accessible au Capitaine
Sparrow mais il avait préféré passer par l’intérieur du continent, par le fleuve, plutôt que de longer les côtes au risque de rencontrer la marine royale avec un si petit bateau.
- Voici Maracaïbo, ma chère ! Nous sommes enfin arrivés ! J’en connais un qui va être ravi de…
Jack se retourna en direction de Roseta et s’aperçut qu’elle dormait d’épuisement.
- Tu rates quelque chose, crois-moi… L’entrée dans Maracaïbo, ça se s’oublie pas…
La cité portuaire ressemblait pourtant fortement à Tortuga, et Roseta n’aurait fait guère de différence. Elle aurait sans doute vu qu’aucune enseigne ne portait le nom de « Chez Farrell – au Maquereau de la Mer d’Irlande », mais de multiples tavernes la valait bien. Jack lui avait bien dit de rester éveillée parce qu’ils approchaient, mais la fatigue l’avait emportée. Elle ne savait même plus combien de jours s’étaient écoulés depuis l’attaque du HMS Queen Anne, depuis qu’elle avait adieu au Commodore Norrington, parti de son côté à la poursuite de Jamie. Pendant tout le voyage, Jack s’était montré certain de trouver son ami à Maracaïbo : il l’avait vu puisqu’il lui avait demandé de lui ramener sa femme. Sans doute non loin de Port Royal. Jack avait du venir après son sauvetage miraculeux, en prévision de l’évasion de son ami. Cela signifiait donc que le Commodore était rentré bredouille, ou bien qu’il était encore en mer, à la recherche de son prisonnier. Roseta ne demandait qu’une seule chose, qu’il soit rentré sain et sauf. Lui aussi, elle l’aimait…

Comme la première fois, à Tortuga, Roseta se réveilla pour découvrir, penché sur elle, le doux visage d’une jeune femme blonde.
- Samantha… ?
Elle lui sourit, se devait être elle ! C’était la femme de Jack !
- Roseta… Je suis contente de vous revoir… Croyez-le, malgré les circonstances de votre venue. Vous ne vouliez pas venir, je le comprends, mais… je suis quand même heureuse que vous soyez ici même si, pour le moment, vous êtes malheureuse.
Roseta savait à quel point son amie était sincère. Samantha Sparrow était réellement partagée entre la joie de revoir son amie qui lui avait beaucoup manqué et un petit serrement au cœur devant son chagrin à être de nouveau séparée des siens. Cependant, il n’y avait pas de choix ; Samantha décida de faire de son mieux pour que son amie se sente chez elle, pour qu’elle puisse un jour oublier qu’elle aurait pu être heureuse ailleurs.
- Je suis bien contente de retrouver Jack aussi, dit-elle gaiement.
Elle remarqua que Roseta le cherchait du regard.
- Oh mais il n’est pas là, je ne le laisserai pas entrer dans la chambre d’une dame ! Il est allé faire patienter « quelqu’un » qui est allé au-devant de vous à votre arrivée…

« Jamie… »

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Lun 6 Aoû - 10:26

XI Une impatience de Capitaine à contenir



Le Capitaine Sparrow eut toutes les peines du monde à contenir le Capitaine Waring, à empêcher son ami de se précipiter chez lui et de se jeter sur Roseta. Non qu’il ait eu lui-même l’idée de tels égards ; au contraire. La nuit était tombée depuis quelques heures déjà lorsque le tout petit bateau entra dans Maracaïbo et Jack n’avait pu s’empêcher de murmurer, alors qu’il emportait dans ses bras une Roseta pourtant profondément endormie, « C’est l’heure d’aller au lit dans les bras de Jamie ! Depuis le temps qu’il attend ça, il va te montrer tout ce qu’il sait faire ! »



Dans son idée, Jack l’emmenait chez lui pour que Samantha puisse la voir, puis, hop, chez Jamie ! Or, Samantha ne voyait pas les choses de la même manière et Jack, à sa propre surprise, n’avait pas émis d’objections. Il aimait faire plaisir à sa femme lorsque cela était chose possible ; d’une part parce qu’il l’aimait vraiment, d’une autre parce qu’il lui arrivait de culpabiliser un peu pour ses longues absences et la solitude dans laquelle il la laissait souvent. Les retrouvailles entre les époux permirent donc à Roseta de bénéficier d’un repos salvateur ainsi que quelques heures pour se faire de nouveau à l’idée d’être la femme de Jamie Waring plutôt que d’être saisie par lui dès les premières minutes, sans avoir même la possibilité de descendre du bateau, pour aussitôt se retrouver couchée entre ses bras.

Il ne fallut guère longtemps à Jack pour comprendre la part que sa femme avait joué là-dedans. En entrant dans Maracaïbo, il s’était étonné de ne point voir Jamie guetter leur arrivée depuis que le petit bateau était devenu visible aux yeux de ceux qui surveillaient les abords de la cité portuaire. Il s’était étonné de ne pas le voir se précipiter et se jeter sur sa femme. C’était à Samantha qu’il le devait. Depuis que Jamie était à Maracaïbo, après son évasion de Port Royal réalisée avec la complicité du Commodore Norrington, il n’avait eu de cesse de faire le tour des tavernes en déclarant à voix forte que sa femme allait le rejoindre et qu’il s’occuperait d’elle dès les premières minutes, sans perdre un instant. Il se souvenait de sa délicatesse, n’avait rien oublié des égards que lui-même avait eu pour elle dès lors qu’elle s’était donnée après son passage dans la taverne de Farrell, mais les geôles de Port Royal avaient mis en appétit l’âme de pirate de Jamie et il était bien décidé à lui faire comprendre que, désormais, Mrs Rosetta Waring était femme de pirate.

Samantha n’avait pas personnellement entendu Jamie dire tout cela, ne fréquentant point les tavernes, mais tout cela lui avait été rapportée le plus naturellement du monde, alors qu’elle était sur le marché de Maracaïbo. L’arrivée de Jamie avait été la promesse de celle de Jack, puisque les deux hommes s’étaient vus brièvement, aussi écoutait-elle avec plus d’attention que jamais les nouvelles qui pouvaient être donnée parmi les conversations autour d’elle. Après l’assaut de Tortuga, elle avait suivi les pirates jusqu’à Maracaïbo sans savoir ce qu’il était advenu de Jack, imaginant déjà Jamie pendu, mais l’arrivée de l’un et l’annonce de l’arrivée de l’autre avaient été l’objet d’une joie sans précédente. Ce fut au marché qu’elle apprit que Jack était attendu avec la jeune Mrs Waring et que les intentions de Jamie avaient été répétées entre deux grands éclats de rire. Samantha était allée voir le mari impatient et lui avait expliqué la nécessité pour Rosetta de passer d’abord chez elle avant de retrouver « son époux tant aimé » : « votre réputation n’est plus à faire, Jamie, dès qu’elle sera dans vos bras, il se passera des jours avant que je puisse revoir mon amie, vous ne la laisserez plus partir ! Je demande seulement de la voir quelques heures au début, puis vous pourrez rester des jours enfermés avec elle ! » Jamie avait fini par accepter et avait décidé de ne pas aller à la rencontre du tout petit bateau, dès lors que son entrée dans le port serait annoncée, afin de ne point revenir sur sa promesse.

A sa plus grande surprise, donc, Samantha avait obtenu un répit pour Roseta. Flatter Jamie sur ses capacités d’amant s’était révélé une bonne idée, mais elle avait aussi vu son impatience. Elle avait donc demandé à Jack d’aller l’occuper le reste de la nuit durant, pour permettre à Roseta de se reposer – d’autant qu’elle dormait – et Jack avait accepté. Occuper Jamie n’était pas si évident que cela. Jack l’avait retrouvé dans la maison qu’il occupait à Maracaïbo et n’y avait pas trouvé assez de bouteilles pour l’enivrer. Décemment, Jamie n’avait pas pu noyer son impatience dans une taverne, pas après avoir raconté à tout le monde qu’il allait se jeter sur sa femme – c’en était déjà assez de penser que des gens avaient peut-être remarqué son absence ! – aussi était-il resté chez lui, à tourner en rond comme un tigre en cage. Jack se crut donc obligé de lui raconter son voyage de A à Z, en se perdant dans des détails si ennuyeux que lui-même en baillait, devant se lever régulièrement pour empêcher Jamie de partir chercher Roseta. Le lever du jour fut un soulagement pour Jack : il n’avait pas promis de le retenir au-delà.

Le jour se levait sur Maracaïbo, et, enfin, Jamie allait retrouver sa femme, sa Roseta.



Il s’était exaspéré de cette nuit passée dans la seule compagnie de Jack et regrettait de ne pas avoir encore chez lui des stocks de rhum digne d’une taverne, préférant habituellement se rendre dans l’une d’elle plutôt que de boire tout seul chez lui. Les pitreries d’un Jack à demi ensommeillé lui avaient semblé affligeantes, mis à part un moment où Jamie avait éclater de rire, croyant que son ami allait se décrocher la mâchoire à force de bailler entre deux grimaces.
- Bon, le jour se lève ! Enfin ! Elle a eu suffisamment le temps de se reposer ! J’arrive !
Jamie se présenta chez Samantha au moment où Roseta terminait de se coiffer. Il était bien tôt pour elle mais, tant fatiguée qu’elle soit, elle était bien trop nerveuse pour dormir longtemps. Elle savait que Jamie serait bientôt là, qu’il allait l’emmener avec lui. Qu’elle allait à nouveau vivre auprès de lui, être son épouse. La jeune femme se montrait résignée, et un peu impatiente aussi. Elle décida de mettre de côté pour le moment l’éternel dilemme qui la faisait tantôt pencher du côté de la raison et de Enrique et tantôt du côté de la folie et de Jamie – ou même du Commodore.
- Roseta…
La jeune femme se leva. Il était là. Non plus prisonnier au fond d’une geôle de Port Royal, mais en possession de tous ses moyens, dans une ville dont il partageait le pouvoir avec les autres Capitaines mais dont il était, pour beaucoup, le maître. Elle se surprit à penser qu’elle avait oublié qu’il était si beau, et leur dernière entrevue ne remontait pas à si longtemps que cela. Elle se surprit à l’appeler par son prénom tandis que son cœur battait la chamade.
- Jamie… Vous… Vous avez réussi à quitter Port Royal… Vous êtes…

Il ne la laissa pas achever sa phrase. En trois pas, il fut près d’elle. La revoir si candide – et aussi, il faut bien l’avouer, la nuit ennuyeuse passée à regarder bailler Jack sans pouvoir dormir – l’avait calmé. L’idée de se jeter sur elle comme il l’avait d’abord envisagé l’avait quitté. Il se surprit à la prendre doucement dans ses bras et à la tenir tendrement enlacée sans même l’embrasser.
- Vous êtes si mignonne… Comment aurais-je pu oublier ça ?
Quelques secondes à peine d’hésitation, et Roseta passa, à son tour, ses bras autour du cou de Jamie.
- Allons-y, dit-il enfin.
Il était temps de découvrir la nouvelle maison. Comme Roseta disait « à bientôt » à Samantha – Jack s’étant endormi par terre dans un coin - Jamie ne put s’empêcher une plaisanterie qu’elle seule comprit :
- Vous reverrez votre amie dans quelques jours, maintenant !

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mer 8 Aoû - 15:24

XII Les cicatrices du passé



Les yeux rivés sur une large ouverture donnant sur un ravissant jardin, Roseta sentit soudain les bras de Jamie s’enrouler autour de sa taille et de son ventre. Il venait de se réveiller ; elle n’avait pu trouver le sommeil. Elle avait eu peur de quelque chose lorsque Jamie avait retiré sa chemise. Elle n’en avait rien dit, mais cela avait du se voir sur son visage, comme une expression de stupeur puis d’inquiétude. Elle s’était laissée faire, comme les autres fois sur Tortuga, puis, une fois Jamie endormi, elle s’était détournée et avait cherché en vain le sommeil en lui tournant le dos dans le lit. Lorsque Jamie, qu’elle devrait désormais appeler son mari, tait venu la chercher chez les Sparrows, nul doute n’avait été donné à la jeune femme quant à ses intentions. Elle savait d’avance que leurs retrouvailles se passeraient ainsi et elle s’y était préparée. N’avait-elle pas reconnu, en son for intérieur, que les étreintes de Jamie ne lui avaient point été désagréables par le passé ? Sans prendre la peine de lui montrer la nouvelle maison, celle où il était installé à Maracaïbo, Jamie l’avait portée au lit. La garderait-il ainsi sans lui permettre de sortir, uniquement dédiée à son plaisir, pendant plusieurs jours comme il l’avait laissé entendre à Samantha ? Elle l’ignorait mais le soupçonnait d’en être capable. Elle se demanda alors comment ferait-elle à l’avenir pour supporter, à moins qu’il ne fasse nuit et qu’aucune lampe ne soit allumée, la vision de la longue cicatrice qui barrait désormais le torse du Capitaine Waring.

Jamie avait bien remarqué l’expression de sa femme à la vue de cette cicatrice. C’était la première fois qu’elle la voyait, elle devrait s’y habituer. Elle était large et n’était pas bien belle, lui-même devait le reconnaître. Il s’était soigné comme il l’avait pu après le coup d’épée que le Commandant Monastorio était venu lui donner au travers les barreaux de sa prison, et la cicatrisation s’était faite tant bien que mal. Il n’était pas surpris de constater qu’elle donnait un peu de répugnance à la jeune femme qui ne s’attendait pas à trouver une telle marque sur le torse parfait de son second mari. Il lui apprendrait à ne plus se détourner, à le regarder… à la regarder. Cette cicatrice faisait maintenant partie intégrante de son corps, et ferait donc partie de leur vie. Une fois de plus, Roseta se trouvait confrontée aux mêmes épreuves que son amie Samantha avant elle. L’enlèvement, la vente aux enchères. Les cicatrices.
- Si vous aviez vu le torse de Jack… C’est bien pire… souffla doucement Jamie à l’oreille de sa femme.
Roseta sursauta et frémit. Il avait deviné, il avait vu sa répugnance malgré toute la docilité dont elle avait fait preuve.
- Jack a été torturé par des agents de la Compagnie des Indes. Il y a longtemps. Et marqué au fer rouge, aussi. Honneur que je n’ai pas encore eu. Son torse et ses bras ne sont que cicatrices. Samantha ne s’y attendait pas, bien sûr. Sauf pour la marque. Le « P » qui nous identifie comme pirate et qui peut nous faire pendre à tout moment, en tout point du globe, juste par le fait de le porter. Jack dissimule toutes ces marques très bien. Moi, j’aime me promener torse nu chez moi. Il faudra vous y habituer.
Un silence gêné suivi cette révélation. Roseta se sentait très triste pour Jack et pour
Samantha. Elle ne supportait pas que des gens souffrent.
- Vous ne me demandez pas où j’ai eu la mienne ?
Jamie avait hésité ; il savait qu’il allait faire du mal à sa femme en lui révélant que cette cicatrice lui venait du Commandant et que, par conséquent, elle penserait à lui chaque fois qu’elle verrait Jamie torse nu. C’était dangereux, mais en même temps Jamie espérait qu’elle le plaigne pour avoir cette marque et blâme son époux espagnol, qu’elle comprenne qu’il pouvait ne pas être gentil. Il savait qu’elle n’oublierait jamais cet homme, dusse-t-elle vivre à Maracaïbo jusqu’à sa mort. Autant qu’elle sache.
- Je… Où… Où l’avez-vous eue ? demanda-t-elle timidement.
- A Port Royal. En prison.
Mais la réaction de la jeune femme se révéla imprévue.
- Le Commodore Norrington vous a fait faire cela ?

Dans la voix toute tremblante de Roseta, Jamie revit les images qui le hantaient et qu’il essayait d’oublier. Le Commodore Norrington, à bord du HMS Interceptor, le faisant venir, enchaîné, dans sa cabine pour lui montrer Roseta nue et endormie sur sa couche.



Le Commodore Norrington qui avait profité de la fatigue et de la faiblesse d’une jeune femme qu’il avait sous sa protection. Les dents serrées, Jamie répondit, prenant pour de la peur ce qui n’était qu’inquiétude chez Roseta, dont il ignorait les tendres sentiments qu’elle avait aussi pour l’officier.
- Non. Ce n’est pas lui. Et cela vous semblera bizarre, mais le cher Commodore m’a fait évader. Je l’ai un peu « persuadé », on va dire. Vous souvenez-vous, lorsque vous êtes venue me voir en prison et que je vous ai demandée de vous charger d’un message de ma part ? De lui demander de venir me voir parce que vous aviez la possibilité de vous adresser à lui, parce qu’il vous faisait dîner à sa table ? Eh bien il est venu, et je l’ai persuadé de me laisser partir.
Roseta baissa les yeux, toujours de dos.
- Oui, je sais tout cela… Il me l’a dit… Je suis heureuse pour vous, il s’est montré bon.
Incrédule, Jamie éclata de rire.
- Bon ? Il s’est montré bon ? Mais il n’avait guère le choix, s’il voulait préserver son honneur ! Bien sûr, la parole d’un pirate n’est rien, on ne la croit pas. Cela aurait été sa parole contre la mienne et c’est lui qu’on aurait cru, c’est lui qui est honorable et moi qui ne le suis pas, mais… Il a une conscience, le cher homme, et sa conscience lui a dit qu’il ne fallait pas que je parle sur la potence, que je dise devant tout le monde ce que je sais.
Roseta ne comprenait plus. Elle avait peur.
- Cette cicatrice, reprit Jamie, je la dois à votre Commandant Monastorio, qui n’a pas supporté d’apprendre qu’on vous avait retrouvée chez moi.



La jeune femme ne répondit pas. Autre chose la préoccupait désormais. Elle n’était
pas surprise, en fin de compte, que la cicatrice vienne de Enrique. Un coup d’épée, sans doute. A défaut de pouvoir exercer sa vengeance pleinement. Elle se demandait plutôt comment le Commodore avait fait pour arriver à le calmer au point qu’il accepter de quitter la Jamaïque sans avoir vu Jamie pendu. Non, autre chose la préoccupait. Le Commodore lui-même. Elle eut très vite confirmation du bien-fondé de ses craintes lorsque, après un nouveau moment d’hésitation, Jamie reprit la parole.
- Roseta… Je sais ce que le Commodore vous a fait sur son vaisseau. Il m’a fait venir pour que je voie endormie… sur sa couche.
Le coeur battant, la jeune femme essaya de nier l’évidence.
- Il… Il m’avait fait donner sa cabine parce qu’elle était la plus confortable…
- Vous dormiez nue !
Les larmes sillonnaient en silence les joues pâles de Roseta. Jamie ne voyait pas qu’elle pleurait, elle lui tournait toujours le dos, mais il sentait les frémissements de ses frêles épaules contre lui.
- Je comprendrais que vous ayez honte de ce qui vous est arrivée, mais…
Il s’arrêta quelques secondes, d’interminables secondes, avant de reprendre.
- Il y a ce ton dans votre voix, ce ton comme si… vous aviez de la…. nostalgie.
Soupçonnant la vérité, Jamie quitta brusquement la chambre tandis que la jeune femme s’effondrait en sanglotant sur l’oreiller.

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mer 8 Aoû - 23:33

XIII Dans le jardin au crépuscule



Roseta se tenait tristement dans le petit jardin qui bordait sa chambre, tête baissée, perdue dans ses pensées, sans même se rendre compte qu’elle était là depuis des heures. Elle s’était d’abord assise sur un petit banc de pierre puis s’était levée et se tenait depuis appuyée à un pilier qui soutenait la terrasse. Jamie avait disparu. Depuis qu’il avait brusquement quitté le lit sans un mot de plus, il n’avait pas reparu. La jeune femme était très inquiète, et cette inquiétude lui nouait le ventre en même temps que se serrait son cœur. Jamie ne lui avait rien montré de la maison, il l’avait laissée toute seule. Depuis, elle n’avait pas mangé. Pas mangé depuis la collation que Samantha lui avait servie à son réveil, au petit jour. Roseta ne sentait même pas qu’elle avait faim. Elle ne pensait qu’à Jamie et à son changement d’humeur. Avait-il deviné pour Norrington et elle, ou bien était-il seulement en colère après le Commodore pour ce qu’il croyait être un abus contre la jeune femme ? Certes, il ne se trompait point en pensant cela. Du moins, au début. Roseta s’était laissée faire, avait obéi au Commodore, mais elle avait aussi des sentiments pour lui. Jamie avait-il perçu cela ?

Pour la première fois de sa vie, Roseta avait envie de se coucher et de mourir. Ne rien faire pour cela, seulement mettre sa chemise de nuit, se glisser sous les draps, se nicher contre son oreiller, fermer les yeux, s’endormir et ne jamais se réveiller. Elle s’effrayait d’une pensée aussi horrible mais tout lui semblait si compliqué. Les visages de Enrique, Jamie et James dansaient sous ses yeux, semblant la narguer, lui demandant de choisir. Qu’elle leur plaise à tous trois, soit, qu’ils fassent tout pour l’obtenir y compris recourir à la violence, soit. Mais pourquoi éprouvait-elle des sentiments pour tous les trois ? La marine royale l’avait arrachée des mains des pirates, et elle ne trouvait rien de mieux que de tomber amoureuse du Commodore. Jamie la faisait ramener auprès de lui, et elle ne s’en plaignait point ! Que devenait Enrique, dans tout cela ? Que devenait l’époux légitime ? Elle l’aimait pourtant de tout son cœur et était sincère disant cela. Et son frère… Il devait être dans un état épouvantable depuis sa disparition.

La nuit tombait doucement. Bientôt, le petit jardin serait plongé dans l’obscurité. Roseta attendait toujours, mais qu’attendait-elle ? Que Jamie revienne, qu’il s’approche d’elle et se montre gentil. Peut-être était-il dans la maison depuis des heures et ne s’était-il pas préoccupée d’elle même la sachant dehors ? Peut-être n’avait-il jamais quitté la maison ? Elle pensait qu’il avait disparu, mais elle n’avait sans doute pas cherché partout ; elle ne connaissait pas cet endroit. Peut-être qu’il… Mais soudain, un craquement tira la jeune femme de ses pensées. Une ombre approchait, tout près d’elle. L’ombre avait marché sur une brindille et avait ainsi révélé sa présence. Instinctivement, la jeune femme recula de quelques pas.
- Jamie… ?
L’ombre s’avança plus encore, révélant la haute silhouette du Capitaine Waring. Il avait un étrange sourire carnassier aux lèvres.
- Ma colombe, je suis venu vous chercher…
Il l’avait appelée ainsi depuis leurs retrouvailles, mais le ton qu’il venait d’employer était inquiétant. Le cœur de Roseta battait à tout rompre. Il lui faisait peur.



- Me chercher ? Mais… Je suis déjà ici…
- Vous chercher pour notre mariage…

Était-il ivre ? Avait-il passé toutes ces heures à s’enivrer dans une taverne ?
- Notre mariage ? Mais… Je croyais que…
- En trois phrases que vous prononcez, cela fait déjà deux « mais », ma colombe. Je n’en tolérerais pas un troisième. Et si vous appelez mariage le paiement de la vente aux enchères sur Tortuga, vous vous trompez. Même chez les pirates un mariage n’est légitime que s’il a été célébré.
Que disait-il là ? Ainsi, Roseta n’avait encore jamais été Mrs Waring ?
- Jamie… Je ne comprends pas… Vous m’aviez dit que j’étais votre femme, que j’étais Mrs Waring et que je devais vous appeler mon mari…
Le Capitaine Waring éclata de rire.
- Oui, et c’était ravissant, mais… ma colombe… cette fois j’ai bien l’intention de rendre notre union légitime… Vous allez m’accompagner tout de suite chez les Sparrows. Vous devez savoir qu’un Capitaine a autorité pour célébrer un mariage. Je voudrais pouvoir le faire moi-même mais, voyez-vous, ce serait étrange de célébrer son propre mariage, sans compter que j’ignore si cela se fait. Jack va nous marier cette nuit, et plus personne ne se mettra en travers de notre chemin, ni votre Espagnol, ni votre cher ami Norrington !

La jeune femme n’en revenait pas : Jamie était jaloux, jaloux du Commodore ! Il voulait l’épouser comme si cela pourrait empêcher à tout jamais Norrington d’avoir des prétentions sur elle. Il voulait une légitimité que Norrington n’aurait jamais parce que le Commodore ne pourrait jamais épouser la femme du Commandant Monastorio. Jamie le pouvait, dans son repère où nul ne se soucierait de la légalité de ce mariage. Roseta voyait également combien Jamie était l’homme des paradoxes. Il la possédait déjà tout entière. S’il n’en avait rien dit, elle n’aurait jamais soupçonné que la vente aux enchères n’avait pas scellé une sorte de mariage pirate, ne connaissant point les lois de ce milieu. Il n’avait que faire de la légalité, mais il voulait légitimer leur union. C’était à en perdre la tête, et la jeune femme ne comprenait guère ses motivations mis à part une forte jalousie à l’égard du Commodore qui avait obtenu à la fois son corps et son cœur.
- Votre cher ami Norrington ne vous déplait point, n’est-ce pas ? demanda Jamie comme s’il lisait dans ses pensées.
Roseta était contrariée et, pour la première fois, était fâchée.
- En effet ! Mr Norrington est un homme bien !
- Il vous a laissée le choix ou bien a-t-il… « insisté » ?
- Il a insisté mais… j’étais d’accord aussi, surtout à partir de la deuxième fois…
- Alors c’est vous qui n’êtes pas une femme bien !
Roseta s’empourpra et ne dit plus rien. Jamie n’avait pas tort.

Le Capitaine Waring perdait patience. Il trouvait qu’il n’avait déjà que trop attendu. Tant pis maintenant s’il fallait la brusquer.
- Allez, venez, vous !
- Mais…
Jamie fronça les sourcils : ne l’avait-il pas prévenu ? Ne venait-il pas de dire qu’il ne tolérerait pas un troisième « mais » ?
- Le « mais » de trop, ma colombe !
Roseta n’eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait que, déjà, Jamie l’avait basculée, renversée à même le sol, et la bâillonnait de son étole. Il se montra si rapide que ce fut seulement lorsque la fine étoffe fut serrée sur ses lèvres que la jeune femme commença à gigoter et à se débattre. En vain, Jamie la maintenait par les bras et se tenait plaqué sur elle.



- Du calme, ma colombe, où je sers encore plus fort.
Roseta s’immobilisa, résignée. Il ne relâcha pas tout de suite son étreinte, semblant trouver beaucoup d’agrément dans cette position, jusqu’à ce qu’il se relève et la soulève dans ses bras.
- Allez, chez Jack, maintenant !

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Jeu 9 Aoû - 11:16

XIV Un mariage et une nuit de noces "romantiques"



La scène était des plus comique, et Roseta elle-même aurait ri de bon cœur si elle avait pu voir l’allure que Jamie et elle avaient et si sa bouche n’avait point été entravée par le bâillon – mais celui-ci ajoutait au comique de leur équipée. Jamie avait décidé de se rendre chez Jack à pied, en traînant celle qu’il appelait à présent en ronchonnant sa « fiancée » derrière lui, certain qu’elle le suive sans rechigner, n’ayant d’ailleurs d’autre choix. Cette idée étrange de ne point utiliser de fiacre donnait à leur équipée toute sa saveur mais Jamie était si occupé qu’il se moquait de se rendre ridicule. La nuit, de plus, était tombée et, dans les ruelles mal éclairées de Maracaïbo, les ivrognes ne prendraient pas pour réel ce qu’ils verraient passer devant eux. Jamie marchait devant, à pas rapides, d’une démarche un peu bizarre, désarticulée, « à la Jack Sparrow ». Il traînait derrière lui Roseta dont il agrippait fermement le poigné au risque de le briser, et la jeune femme suivait comme elle le pouvait, les lèvres serrées derrière le bâillon. Pour ajouter au tableau, Jamie marmonnait sans cesse.
- Le cocu, ce ne sera pas moi ! Le cocu, c’est votre ancien mari espagnol. Lui, vous l’avez bien eu ! Avec moi, puis avec votre cher ami Norrington ! Mais moi je ne suis pas un cocu, oh non ! Vous ne saviez pas que nous n’étions pas encore mariés quand vous avez fricoté avec Norrington, n’est-ce pas ? Eh bien non, nous ne l’étions pas ! Mais nous le serons sous peu et maintenant je vous conseille pour votre bien de ne pas me faire cocu, parce que sinon…
Roseta ne savait pas s’il fallait en rire ou en pleurer.

A grands coups dans la porte, Jamie réussit à réveiller Samantha. Celle-ci parut en chemise et bonnet de nuit, bougie à la main, effrayée, à peine rassurée en le reconnaissant.
- Jamie, mais…
- Ah non, vous n’allez pas vous y mettre ! Pas de « mais » ce soir ! S’exaspéra le Capitaine. Où est Jack ?
Jack était dans sa position favorite, étendu sur la paille dans l’écurie, une bouteille de rhum vide à sa gauche, une autre à demi pleine – plutôt à demi vide – à sa droite, en pleine méditation. Sur l’ordre de Jamie, Samantha courut dans son salon pour en revenir avec des fleurs à demi fanées que le Capitaine Waring s’empressa de mettre entre les mains de Roseta, sa « fiancée ».
- Bon, Jack, marie-nous ! Samantha sera le témoin de Roseta et pour moi, euh…
Quelques minutes plus tard, le premier ivrogne venu vint tenir le rôle de témoin pour Jamie. Une fois encore, Roseta aurait eu matière à rire. Devant le refus de Jack de quitter son lit de paille, Jamie consentit à ce qu’il célèbre le « mariage » étendu devant eux. Satisfait, le Capitaine Sparrow commença.
- Mes chers amis, nous sommes réunis ici… Hips ! … pour unir cet homme et cette femme…



Quelque chose chiffonnait Samantha. Non que Roseta soit bâillonnée, mais l’endroit.
- Je croyais qu’il fallait être sur un bateau pour qu’un Capitaine ait le droit de célébrer un mariage ? demanda-t-elle timidement.
Comment Jamie avait-il pu oublier cela ?
- C’est pourtant vrai ! Pas vrai, Jack ?
- Aye !
- Allez, au bateau !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le port était tout près et les bateaux ne manquaient pas. La « cérémonie » put reprendre. Roseta n’opposant aucune résistance, le bâillon était inutile mais Jamie tenait à le lui laisser comme une mise en garde, pour la prévenir qu’elle avait tout intérêt à se tenir tranquille. Il ne consentit à le retirer que pour entendre le « oui » de Roseta.
- Jamie et Roseta, je vous déclare mari et femme, conclue Jack en portant le goulot à sa bouche, n’ayant pu s’empêcher d’emporter sa précieuse bouteille avec lui.
Avant même qu’il puisse suggérer une tournée générale, Jamie s’empara du bras de celle qui était désormais Mrs Waring – et en situation de bigamie – et la fit descendre du bateau.
- Bon, c’est fait ! Maintenant, nous partons passer une nuit de noces romantique sur l’île du Rocher du Crâne !

Dans ce tourbillon, Roseta réalisait à peine qu’elle venait non seulement d’assister à la
plus stupéfiante parodie de mariage qui puisse exister, mais encore qu’elle en avait été l’héroïne. De sa situation, cela ne changeait pas grand-chose : elle se croyait déjà mariée à Jamie d’après la loi des pirates et ce nouveau mariage – si tant est que l’on puisse lui donner ce nom – n’en était pas moins nul vis-à-vis de celui qui avait été célébré à Madrid et qui avait fait d’elle l’épouse du Commandant Monastorio. Cela ne changeait cependant rien non plus à ses relations à Jamie : tant qu’elle serait avec lui, elle serait sa femme malgré tout.
- Vous allez découvrir un endroit curieux, promettait Jamie, la tirant de ses pensées.
Roseta était maintenant assise près de lui, dans un fiacre. Les chevaux étaient conduits par Jamie qui tenait les rênes ; bientôt, ils laissèrent derrière eux Maracaïbo pour se diriger vers Skull Rock Isle, une île qui n’était séparée de la ville que par un bras du fleuve. L’île abritait nombre de grottes, de cavernes et de souterrains dans ses entrailles et tirait son nom de l’immense rocher en forme de crâne qui gardait l’entrée de ce monde troglodyte.
- Voilà ! C’est beau, n’est-ce pas ? s’écria Jamie, triomphant.
Roseta frémit. Ce crâne gigantesque taillé dans le rocher n’était pas pour la rassurer.
- Allons-nous vraiment… ?
- Oui, nous allons le faire dans un endroit pareil ! Que cela vous serve de leçon ! Ce n’est pas votre cher ami le Commodore qui connaîtrait un endroit pareil, n’est-ce pas ?
Cette jalousie envers Norrington tournait à l’obsession. Roseta comprit que pour son bien-être mieux valait se montrer des plus complaisantes avec Jamie, pour qu’il cesse une bonne fois pour toutes de penser à l’officier.

Une barque attendait « les jeunes mariés ». Jamie avait tout prévu, dès l’instant où il avait imaginé ce mariage saugrenu, tandis que Roseta était toute seule dans le jardin. Le bras du fleuve rétrécissait en cet endroit pour reprendre ensuite toute son ampleur avant de se jeter dans la mer. Ce n’était qu’un petit bras, le cours le plus important étant détourné en cet endroit par une forêt de rochers. Roseta était maintenant au pied du Rocher du Crâne, et cet endroit ne lui disait toujours rien qui vaille.
- Attendez de voir l’intérieur ! promit Jamie, montrant une fois de plus qu’il savait lire en elle comme dans un livre ouvert.
Le crâne cachait en effet l’entrée des grottes. A les « visiter », Roseta aurait mille fois préféré que cela soit en plein jour plutôt que de suivre une torche lugubre dans un endroit déjà parfaitement sinistre. Si Jamie ne lui avait point tenu le bras, elle serait tombée au moins dix fois avant d’atteindre une chambre troglodyte des plus humides.
- C’est coquet, ici, déclara Jamie, amusé.
L’obscurité était totale, à peine altérée par la torche qui se consumait lentement. Jamie connaissait par cœur le chemin, c’était la seule explication pour qu’il soit arrivé jusque là, même si en vérité cette chambre troglodyte n’était située qu’à quelques mètres de l’entrée. Roseta entendait un ruissellement d’eau. Elle ne le voyait pas, mais une fine cascade coulait tout près d’elle, dans un coin.
- Ma colombe, quand cette torche sera éteinte nous serons dans le noir complet ! Mais rassurez-vous, il y a dans la paroi une ouverture qui fera entrer la lumière du jour quand le soleil se lèvera. Nous ne sommes pas dans les profondeurs de la grotte.



Jamie coinça la torche dans une aspérité. Il tendit la main ; Roseta s’avança docilement vers lui.
- Venez… Faites comme si cette nuit était la première…
Il lui prit la main et lui fit comprendre qu’il désirait qu’elle s’allonge...

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Jeu 9 Aoû - 16:14

XV Tyrone Boy, un prénom entendu en rêve



La jeune Mrs Waring soupirait de contentement entre les draps de coton de son lit douillet. Le sol dur, accidenté et humide de la grotte n’avait guère été à son goût, et tout son corps en portait encore des marques. Assurément, Jamie avait fait exprès de choisir cet endroit pour la punir de ce qu’il appelait « avoir fricoté avec le Commodore » ; elle respectait cela mais aurait tout de même apprécié un peu plus de confort. Cette nuit passée sous la roche resterait mémorable, c’était certain. Jamie était l’homme des surprises, et Roseta avait horreur des surprises. Elle espérait qu’il le comprenne en la voyant si heureuse entre des draps de coton qui, s’ils n’avaient rien d’original, avaient le mérite de contenter la jeune femme. Après son expérience dans la grotte, elle se mit à apprécier tout particulièrement le confort de la maison de Jamie même si la délicate jeune femme avait connu bien mieux encore. Elle devait admettre, de plus, qu’en matière de surprise son nouveau mari s’était montré bien plus gentil cette fois. Lorsqu’elle avait voulu le repousser, sur Tortuga, il l’avait donnée au tenancier de « Chez Farrell, au maquereau de la mer d’Irlande » pour qu’il la fasse travailler. Jamie avait fait semblant, mais Roseta ne le savait pas et avait eu la peur de sa vie. Cette fois, il s’était contenté de l’emmener dans une grotte et de lui donner des bleus partout en raison de la dureté du sol.

La vie reprenait son cours. Jack allait et venait en attendant de reprendre la mer. Samantha et Roseta allaient au marché ensemble – Mrs Waring aurait eu bien trop peur d’y aller toute seule – et devenaient inséparables. Jamie s’occupait de son côté mais dînait toujours avec sa femme et passait toutes ses nuits avec elle. Pour l’heure, il ne lui avait pas encore fait visiter les environs de Maracaïbo comme il l’avait fait pour Tortuga et, à l’exception du Rocher du Crâne et de la chambre troglodyte entre aperçus dans l’obscurité, Roseta ne connaissait rien. Avec Samantha, elle s’était promenée un peu dans Maracaïbo mais ces promenades se limitaient souvent au marché et à quelques rues. Les deux jeunes femmes préféraient rester à l’abri de leurs jardins où, de plus, le climat était le plus supportable à l’ombre de quelques arbres et à la fraîcheur d’une petite fontaine. Tout de même poussée par la curiosité, Roseta se promit de demander à Jamie de l’emmener découvrir les environs. Elle choisit un instant où ils étaient tendrement enlacés l’un contre l’autre pour lui présenter sa requête.
- Je vous emmènerais visiter un peu, ma colombe, quand vous vous sentirez mieux.

Roseta, en effet, ne se sentait pas très bien depuis quelques temps. Elle avait d’abord cru que ces petits maux avaient commencé avec son arrivée à Maracaïbo, du au changement d’alimentation depuis que Jack l’avait fait monter dans son tout petit bateau, à sa nervosité légitime à se retrouver à nouveau dans un monde qui n’était pas le sien, à ne savoir qu’en penser, mais elle se souvint qu’elle ne se sentait déjà pas très bien au moment de quitter Port Royal. Elle n’avait pas encore ces maux qui revenaient maintenant chaque jour, mais elle avait commencé à sentir un changement. Cette constatation faite, elle avait encore mis cela sur le compte de ses nerfs, mis à rude épreuve depuis que l’armateur hollandais l’avait enlevée la première fois. Cependant, peu à peu, la jeune femme avait senti que c’était peut-être quelque chose d’autre, quelque chose qui ne lui était encore jamais arrivé ce qui expliquait sans doute qu’elle ne comprenne pas tout de suite.
- Jamie… Je crois que… Je crois que je vais continuer à être fatiguée et à avoir l’estomac retourné encore pour un moment…
- Que voulez-vous dire ?
- Je crois que… Je crois que j’attends un enfant…

La nouvelle manqua faire tomber Jamie du lit. A Tortuga, il lui avait dit plusieurs fois
qu’il voulait qu’elle lui donne des enfants, et cela allait arriver ! Un petit Jamie Boy, qui aurait les parents dont il avait été privé !
- Roseta, j’espère que cela va être confirmé ! C’est une nouvelle si merveilleuse !
Pendant un long moment, la joie réunit les deux époux dans une étreinte passionnée, chacun espérant que cette grossesse soit une certitude, que Roseta ne s’était pas trompée. La jeune femme était enchantée, si heureuse à l’idée d’avoir un enfant qu’elle ne pensait plus du tout à Enrique. Puis, Jamie reprit son ton moqueur et dit, moue goguenarde à l’appui :
- Bien sûr, je ne pourrai pas appeler mon fils Jamie si c’est un garçon…
- Oh, pourquoi cela ?
- Parce que Jamie, c’est moi, il faut bien savoir à qui on s’adresse, dans cette maison. Ce qui veut dire qu’il faudrait appeler notre fils James. Or, vous savez comme moi que James, c’est le prénom de qui vous savez. Et comme votre enfant sans doute celui de qui vous savez, j’aime mieux qu’il ait un autre prénom pour ne pas penser à qui vous savez !
Roseta rougit comme une pivoine. Jamie avait raison, elle ne savait pas qui était le père du bébé.
- Je ne suis pas idiot, ma colombe. Je me souviens que vous aviez vos menstruations peu avant l’attaque de Tortuga, qu’ensuite vous êtes allée dans le lit de qui vous savez et qu’ensuite vous avez retrouvé votre ancien mari espagnol. Je ne sais pas si vous savez lequel des deux est le père, mais je doute que ce soit moi. Donc nous lui trouverons un autre prénom que le mien. Par contre, si c’est une fille, nous pourrons prendre le vôtre.
Jamie posa ses mains sur le ventre de Roseta.
- Je voudrais que mon fils s’appelle Tyrone Boy. Parce que j’ai toujours voulu un fils qui s’appellerait ainsi. Il n’aura sans doute pas une goutte de mon sang, mais il sera mon fils parce qu’il s’appellera Tyrone Boy. Ne me demandez pas d’où vient ce prénom, je ne le sais pas moi-même. Je l’ai entendu en rêve.



Bouleversée, Roseta posa sa tête sur le torse de Jamie, sur cette cicatrice qu’elle se surprit à ne pas trouver si vilaine finalement. Doucement, elle l’effleura du bout des doigts. Elle sourit. Jamie était un pirate, il pouvait se montrer très dur y compris avec elle, mais il serait un bon père parce qu’il aimait déjà un enfant qu’il savait ne pas être le sien. Les larmes aux yeux, la jeune femme continuait de sourire comme un arc-en-ciel sous la pluie.
- Pourquoi pleurez-vous, ma colombe ?
- Parce que je suis heureuse… Parce que j’attends votre enfant. Votre petit Tyrone Boy, ou notre Rosetta.
Elle avait sans doute perdu Enrique pour toujours, et elle savait, en quittant Port Royal, qu’elle ne reverrait plus jamais le Commodore. Une nouvelle vie l’attendait, celle de Roseta Waring qui attendait son premier enfant. A Port Royal, le Commodore Norrington était loin de penser que la première jeune femme qu’il avait aimée depuis le décès de son épouse se trouvait à Maracaïbo et était certainement enceinte de lui et non de Enrique.
- Jamie… Quelque chose me ferait plaisir…
Un sourire malicieux illuminait le visage de la jeune femme. Le Capitaine Waring ne s’y attendait pas ; était-ce là l’un des premiers changements de caractère des jeunes mères ? Cela n’était pas pour lui déplaire !
- Je voudrais retourner dans les grottes quand le bébé sera né.
Jamie sourit. Il sut que Roseta était tout à lui.
- En attendant, je peux vous raconter leur légende…


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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Ven 10 Aoû - 0:07

XVI La légende des grottes



La nuit était maintenant bien installée sur Maracaïbo, mais Roseta Waring n’avait plus peur du noir. Confortablement blottie dans les bras de Jamie, une main posée sur son ventre, elle n’imaginait pas un seul instant que deux ombres mal intentionnées venaient à cet instant de pénétrer dans le jardin. Tout près, si près de leur chambre. Elle ne voulait qu’une chose, que Jamie lui raconte la légende des grottes, bercés, son bébé et elle, par sa voix grave, avant de s’endormir paisiblement.
- J’aime les histoires, Jamie ! Et je suis sûre, si mon état est confirmé, si je suis vraiment enceinte, que le bébé les aimera aussi !
Jamie manqua éclater de rire. Il se disait « Tu te vois, Jamie Waring ? La femme que tu as dans ton lit, c’est la tienne, tu ne l’as pas eue en échange de tonneaux de rhum. Et tu vas avoir un Tyrone Boy ! D’ailleurs, tu es déjà en train de proposer de raconter des histoires ! Il faudra que tu retournes en mer souvent pour ne pas te ramollir ! Comme Jack, d’ailleurs. Il en est à boire dans les écuries pour ne pas boire dans la maison ! Mais c’est mignon aussi, ça fait du bien de retrouver une petite famille après des semaines en mer. Ça fait du bien de se faire chouchouter. D’abord une petite famille, puis une grande ! »
- D’accord, je raconte. On appelle l’île Skull Rock Isle en raison de son rocher en forme de crâne. Vous l’avez vu le soir de notre mariage, mais très mal, dans le noir.

Roseta avait bien envie de lui dire qu’un crâne géant était bien assez effrayant pour se contenter de ne le voir qu’un peu, mais elle se retint de lui couper et la parole, préférant le laisser continuer.
- J’ai dit qu’il y avait tout un entrelacement de grottes et de souterrains gardés par le crâne. Vous n’avez pas idée du labyrinthe que c’est ! Je vous ai emmenée à quelques mètres seulement de l’entrée mais, en s’enfonçant plus avant, vous auriez eu la « chance » de voir de beaux spécimens d’ossements et même des squelettes entiers !
- Ooooh ! s’écria Roseta, effrayée.
- N’ayez pas peur. Lorsque nous retournerons dans les grottes, après la naissance, je ferais en sorte pour que vous ne voyez pas ces « joyeux habitants ». Pourtant…
Jamie venait de prendre un air grave qui n’échappa point à la jeune femme. Il riait à demi jusque là, pour poursuivre à présent sur un ton des plus sérieux.
- Les squelettes sont la preuve que la légende des grottes intéresse du monde. J’allais dire « la preuve vivante », mais ce n’est vraiment pas le moment de plaisanter.
Ce ton grave effrayait Roseta. Ce n’était pas du genre de Jamie, habituellement désinvolte même si, dans ce domaine-là, Jack était un champion toute catégorie.
- Mais quelle est cette légende ?
- Il y a un trésor. Dans une chambre troglodyte que l’on nomme « les entrailles de la terre ». Tous ces squelettes sont les squelettes de ceux qui ont voulu s’emparer de ce trésor. Il y a une malédiction. On trouve le trésor facilement, on peut le contempler à satiété, mais on dit qui quiconque cherche à s’en emparer et à l’emporter hors de l’île connaît une mort foudroyante. On dit que ce trésor est une épreuve pour gagner sa Rédemption. On pourrait l’appeler « tentation du pirate », car rien ne tente plus un pirate qu’un trésor. On dit que le pirate qui veut sa Rédemption doit aller contempler se trésor et s’interdire de l’emporter. Regarder avec les yeux, et repartir les mains vides. Ces gens ne sont pas venus pour cela, les pirates aiment trop leur vie pour en changer. Certains d’entre eux sont venus pour prouver leur courage, d’autres pensant qu’ils seraient plus malins que la malédiction. Vous ne vous étonnez plus que le rocher qui garde l’entrée des grottes ait été modelé au fil du temps selon les traits d’un crâne.

Jamie sentit que Roseta tremblait entre ses bras.
- J’espère ne pas vous avoir trop effrayée. Je vous ai dit que nous n’irions pas si loin dans les souterrains quand nous retournerons là-bas !
- Mais… Nous avons passé notre nuit de noces dans un endroit maudit…
- Ce n’était que la première chambre troglodyte ! Elle n’est pas maudite du tout ! Rappelez-vous comme la cascade était jolie, au lever du soleil.
Mais Roseta eut peur. Peur que Jamie ne se rende victime de la malédiction si malédiction il y avait. Peur qu’en l’emmenant à nouveau dans ces grottes il ne soit entraîné plus loin, toujours plus loin, jusqu’aux entrailles de la terre, qu’il contemple le trésor maudit et veuille l’emporter avec lui. Roseta serait-elle de taille à l’en empêcher si cela se produisait ? Elle en doutait.
- Jamie… Je voudrais que vous me promettiez quelque chose…
Il ne répondit pas. Il regardait, sourcils froncés, en direction du jardin. Il avait l’impression d’avoir vu quelque chose bouger.
- Je voudrais que nous ne retournions pas dans ces grottes. Je pense qu’il y a d’autres choses à visiter par ici… S’il vous plait…
Roseta s’assit dans le lit, devant l’absence de réponse de son mari. Celui-ci ne tarda pas à se manifester mais, au lieu de lui répondre, il lui donna un ordre à voix basse :
- Chut… Ne bougez pas… Couchez-vous…



Jamie laissa échapper un juron bien senti : on ne le reprendrait plus à ne pas avoir d’arme sous la main, en toute occasion, même pour dormir. Surtout pour dormir, n’était-ce pas le moment où il était le plus vulnérable ? Il avait toujours procédé ainsi, mais il n’avait pas voulu faire entrer d’armes dans la chambre de Roseta, même si c’était l’endroit où il dormait plus souvent que dans sa propre chambre depuis qu’elle était là. Au pied du lit se tenait la silhouette massive du Capitaine Billy Leech, ce même Capitaine Leech qui avait payé Farrell pour louer Roseta avec son second Manolo lorsque Jamie avait donné la jeune femme « au maquereau de la mer d’Irlande ». Ce même Capitaine Leech qui avait trahi Jamie, qu’il considérait comme trop mou pour être Capitaine, en conduisant la marine royale jusque chez lui, jusqu’à la Señora Monastorio. Roseta l’avait vu rire aux éclats tandis que les soldats emmenaient Jamie enchaîné. Cette fois encore, il était surpris au lit avec elle, sans arme.
- Je suis heureux de vous retrouver, Madame, se moqua Leech en esquissant une révérence. Je vois que ce bon vieux Jamie tient à vous. Il se lasse très vite d’habitude…
- Hi hi hi hi… renchérit Manolo, à côté de son Capitaine, mousquet pointé sur les deux époux.
Jamie ignorait que son vieux rival et désormais ennemi se trouvait à Maracaïbo. Après sa trahison, il l’imaginait emprisonné ou pendu, trahi à son tour par la marine royale, mais il était là.
- Je vois que j’arrive au bon moment, Jamie Waring ! Tu parlais des grottes et du trésor maudit ? Mais moi je connais une autre légende : le trésor est maudit si les gens qui l’emportent sont mal intentionnés, mais il est tout à fait ordinaire dans le cas contraire ! Et c’est ta femme qui va l’emporter pour nous ! Une fois le trésor hors de la garde du Rocher du Crâne, la malédiction n’aurait plus d’effet.



De telles sornettes firent réagir Jamie.
- Aah quelle bêtise ! Si c’était le cas, quelqu’un aurait déjà trouvé une main innocente pour le prendre, surtout avec toutes les donzelles qu’on kidnappe ! s’insurgea Jamie.
Mais Leech était déterminé. Il savait qu’il tenait toutes les cartes en main : Jamie n’avait pas d’arme, Manolo en avait une. L’effet de surprise avait joué.
- On l’embarque quand même ! Et si tu veux qu’elle vive, si tu veux qu’on te la ramène, tu vas nous laisser l’emmener passer quelques jours à Skull Rock Isle…

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Ven 10 Aoû - 11:46

XVII Skull Rock Isle



La pauvre Samantha n’en menait pas large. Elle devait supporter la mauvaise humeur de Jamie pendant qu’elle soignait la blessure qu’il avait à la tête, les mouvements désordonnés d’un Jack qui arpentait la pièce sous le coup d’une grande agitation, et la terrible nouvelle de Roseta aux mains de Leech et de Manolo.
- Et je n’ai rien pu faire ! Je me maudis ! rugit Jamie en abattant son poing sur la coiffeuse de Roseta, faisant voler la brosse à cheveux et le flacon de parfum.
Samantha avait envie de lui dire de cesser de bouger pendant qu’elle nettoyait la plaie, mais la fureur du Capitaine Waring aurait intimidé le plus courageux des hommes lui-même.
- Nous savons où ils l’ont emmenée ! s’écria soudain Jack. Ils l’ont dit eux-mêmes, ils voulaient l’emmener sur Skull Rock Isle ! Et si on allait la chercher ? Un effet de surprise, et…
- On ne peut pas ! Que se passera-t-il si la surprise ne prend pas ou s’ils s’attendent à quelque chose de ce genre ? Ils la tueront !
- C’est un risque à prendre, évidemment, mais compte tenue des chances qu’a une surprise de…
La voix de Jamie se fit plus posée.
- Non. Jack, c’est non. C’est un risque que je ne prendrai pas. Roseta est peut-être enceinte.
Samantha, comme Jack, aurait préféré qu’une si heureuse nouvelle soit annoncée dans un meilleur moment, mais elle ne put s’empêcher de se réjouir.
- C’est merveilleux, vous allez être père !
- Oui, c’est pourquoi nous ne devons prendre aucun risque. Aucun.

Assise sur le sol dur de la chambre troglodyte où Jamie et elle s’étaient aimés, Roseta écoutait couler la cascade d’un air absent. Elle pleurait en silence sous la surveillance de Manolo, pendant que Leech consultait une carte. Un feu de bois éclairait leurs trois silhouettes et dessinait sur la paroi leurs ombres vacillantes.
- Capitaine Leech ! Elle pleure ! Hi hi hi hi !!!
- Laisse-la tranquille, elle se calmera ! répliqua le géant roux.
Roseta revoyait défiler sous ses yeux les images de la scène qui s’était jouée dans sa chambre. Leech avait fait le tour du lit et, tandis que Manolo tenait le jeune couple en respect avec son mousquet, il avait administré à Jamie un violent coup à la tête. La jeune femme, qui n’avait pu trouver la force de hurler, tétanisée par la peur, avait alors perdu connaissance dans un gémissement plaintif. Elle avait repris conscience dans la chambre troglodyte, les mains attachées. Une terreur sourde s’emparait d’elle. Elle n’aurait jamais imaginé avoir à faire à ces hommes une fois de plus.
- Alors, ma mignonne…
Elle sursauta. Leech n’avait-il pas ordonné à son second de la laisser tranquille ? Pourquoi ne suivait-il pas ses propres ordres ?
- Est-ce que tu vois cette carte ? poursuivit Leech.
- O… Oui…
Le géant roux vint se planter devant la frêle Roseta. Il souriait de toutes ses dents.
- C’est la carte des chambres souterraines de Skull Rock Isle. Elle m’a coûté cinq filles. Grâce à elle, je peux trouver l’emplacement du trésor en deux jours, tu ne seras donc pas longtemps séparée de ton Jamie Waring, qui ne mérite pas de porter le grade de Capitaine. Il dort sans arme, c’est une grave erreur. Il est ramolli depuis qu’il te connaît mais peu m’importe : je finirai par convaincre tout le monde que ce n’est plus un bon Capitaine. En attendant, nous allons nous occuper du trésor !

A la demande de Jamie, Samantha quitta la chambre. Il désirait s’entretenir seul avec Jack.
- Tu connais mieux que moi la légende des grottes, Jack. Pourquoi Leech veut-il garder Roseta là-bas plusieurs jours ? S’il a une carte, il trouvera vite le trésor.
- Je suppose qu’il pense devoir creuser et que cela prendre peut-être un certain temps. La dernière fois que quelqu’un est allé se promener du côté des squelettes, il y avait des ossements à demi enfouis : il a du y avoir des morts par éboulis et des parois se sont peut-être comblées. Je n’en sais rien, moi !
C’était une possibilité. Le Capitaine Waring l’admit.
- Et… Tu connais aussi cette histoire de trésor qui perd toute malédiction si la main qui s’en empare est innocente ?
Jack éclata de rire.
- Ça expliquerait que personne ne l’ait encore pris ! Tu connais des mains innocentes à Maracaïbo ? Enfin, à part Samantha, et maintenant Roseta. Mince, mais pourquoi je n’ai jamais demandé à Samantha de me ramener ce trésor ?
Mais ce n’était pas le moment de plaisanter. Un regard sévère de Jamie suffit à faire taire Jack, ce qui requérait un véritable talent pour parvenir à ce résultat.
- Et si c’était faux ? Si la malédiction frappait toute personne portant le trésor, quel que soit son âme ? Je ne peux pas laisser Leech sacrifier Roseta dans l’espoir qu’elle prendra peut-être toute la malédiction sur elle !
- Mais ça n’enlèverait pas la malédiction pour lui ! Les gens sont toujours venus en bande dans ces grottes, et pas un n’est revenu, en tout cas personne qui soit allé jusqu’aux entrailles de la terre ! Et d’ailleurs…
Jack s’arrêta un instant pour réfléchir.
- Mais... Si personne n’est jamais revenu, qui a raconté cette malédiction ?

Sans le savoir, Jack avait vu juste. Laissant Roseta dans un coin sous la surveillance constante de Manolo, Leech partait seul dans les souterrains.



Il avait d’abord pensé que seule la carte pourrait lui permettre de s’orienter, mais il avait aussi envisagé l’éventualité selon laquelle elle serait insuffisante. Certaines parois, en effet, n’étaient plus reconnaissables à cause des éboulis et certains passages avaient été comblés. Il fallait soit les dégager, soit trouver un autre chemin qui mènerait enfin aux entrailles de la terre, et cela demandait un peu de patience. Leech avait opté pour la solution d’emprunter toujours un autre chemin, sachant que tous menaient au même but pour se retrouver au point d’origine de la formation géologique. Il fallait seulement éviter les passages étroits qui ne menaient nulle part, pour lesquels il ne restait d’autres solutions que de repartir sur ses pas rejoindre le chemin plus grand. Seul, Leech ne pouvait dégager les éboulis en dépit de sa force colossale, et il ne voulait pas que ses hommes l’accompagnent. Il n’avait confiance en personne, pas même en Manolo, et il lui aurait déjà brisé le crâne s’il n’avait besoin d’un second qui soit aussi fidèle que lui.



Un jour passa. Leech prenait soin de marquer sur sa carte, au moyen de pigments de couleur sur son doigt, le nouveau parcours qu’il fallait suivre pour s’approcher peu à peu du trésor. Les premiers squelettes n’étaient pas encore visibles, il restait encore à faire. A la surface, près du Rocher du Crâne, Jamie et Jack attendaient, sachant qu’il n’y avait pas d’autre issue, espérant que Leech ne tue pas Roseta dans les grottes, espérant qu’elle ne meure pas victime de la malédiction…

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mar 4 Sep - 13:42

XVIII Préparatifs nocturnes



La nuit venait de tomber sur le premier jour de captivité de Roseta. Il y en aurait encore un, puis « ils » la laisseraient partir. C’était, du moins, ce dont la jeune femme essayait de se convaincre pour se rassurer. Elle se demanda un instant s’il existait un code d’honneur ou quelque chose comme cela chez les pirates et, si c’était le cas, si cet honneur était respecté, si la parole donnée pouvait être sacrée entre pirates. Son esprit était confus, elle ne se souvenait d’ailleurs pas avec précision des paroles de Leech lorsqu’il s’était introduit dans la chambre où il les avait surpris, Jamie et elle. Avait-il donné sa parole de la laisser partir après le deuxième jour, ou bien en avait-il seulement parlé sans rien promettre ? « A quoi bon ? » pensa soudain Roseta, « Ces crapules feront ce qu’elles voudront. » La jeune femme se détourna du feu de camp et s’appuya contre la roche, près de la cascade dont elle avait eu tant de plaisir à écouter le chant cristallin lorsque Jamie l’avait emmenée en ce même lieu où elle était maintenant prisonnière. A présent, la cascade ne chantait plus, et lui semblait au contraire bien sinistre. Elle préférait néanmoins la regarder plutôt que de croiser le regard de Manolo. Elle ferma les yeux, laissant ses larmes couler en silence sur ses joues pâles.

Jamie fut soulagé de constater que Roseta ne l’avait pas vu. Non qu’il se réjouisse de la voir pleurer, au contraire il se jura de faire ravaler ces larmes à l’infâme Billy Leech, mais qu’ainsi sa présence soit passée inaperçu. De l’endroit où la jeune femme se tenait, une ouverture était percée sur l’extérieur derrière le rideau de la cascade. Avec d’infinies précautions, comme lorsqu’il s’agissait de prendre une ville entourée de puissants remparts, Jamie s’était glissé jusqu’à cette ouverture qu’il connaissait, se doutant qu’il n’y avait nul autre endroit où l’on puisse garder prisonnière Roseta. Elle était bien là, il avait deviné juste. Elle n’était point seule, bien sûr, Jamie reconnut tout de suite Manolo, faiblement éclairé par le feu de camp mais reconnaissable à sa stature qui ne ressemblait en rien à celle de Billy Leech. Il se félicita de la chance qu’il avait en cet instant, que Manolo ne lève pas la tête dans sa direction et donc ne le voit point. Avec la discrétion d’un bon éclaireur, Jamie quitta son poste d’observation, satisfait, et revint auprès de Jack.




Les deux hommes avaient passé toute la journée près du Rocher du Crâne, maîtrisant tant bien que mal leur impatience à sauver la pauvre Roseta. Ils avaient attendu la faveur de la nuit pour envisager une première approche.
- Elle est bien là, je l’ai vue ! Aucune trace de Leech, mais Manolo est près du feu, au premier geste il tire !
Jack fronça les sourcils.
- Pas de traces du géant roux ?
- Aucune. Il doit être encore dans ces souterrains. Il va revenir, bien sûr, mais c’est quand même une bonne nouvelle. Cela veut dire qu’ils n’ont pas encore emmené Roseta dans les souterrains, ils ne le feront pas tant que Leech n’aura pas trouvé le chemin.
Jack baissa la tête. Il avait au visage un air grave que bien peu lui connaissait et qu’il n’affichait que bien rarement.
- Je peux deviner ce que tu vas dire, Jamie. Leech va bientôt revenir dans la chambre troglodyte, il y est peut-être même déjà maintenant. Sa carte aura été complétée au cours de l’exploration qu’il a du faire pendant toute la journée. Il va dormir un peu, et demain il va emmener Manolo et Roseta avec lui pour la forcer à toucher le trésor, pensant que ses mains innocentes vont lever la malédiction.

Le regard de Jamie était plus sombre encore que celui de son ami.
- C’est bien cela. Alors il faudra agir d’ici quelques heures, nous n’aurons plus le choix. Il faudra les mettre hors d’état de nuire tous les deux, et traîner leurs cadavres loin dans les souterrains.
- Pourquoi les traîner dans les souterrains ?
- Parce que tu sais comme moi qu’il y a des gens à Maracaïbo qui pensent comme Leech, que je suis devenu mou, que je ne suis plus un bon Capitaine. S’ils apprennent que nous avons tué Leech et Manolo, peu importe que ce soit pour sauver Roseta, ils nous feront représailles sur représailles jusqu’à ce qu’on meure ou fuit à l’autre bout des sept mers. On ne pourra plus vivre ici, et Samantha comme Roseta seront en danger. Il faut nous servir de cette saleté de malédiction pour la tourner à notre avantage. Pour qu’on n’entende plus jamais parler de Leech et de Manolo, mais que cela ne nous porte plus jamais préjudice.

Comme Jack l’avait deviné, Leech était déjà de retour dans la chambre troglodyte. Il avait fait son apparition peu après le retour de Jamie près de son ami. D’une grande tape dans le dos, qui manqua faire basculer Manolo dans le feu, le géant roux manifesta son contentement :
- Voilà la carte ! s’écria-t-il, triomphant.
Cette journée sous terre n’avait pas été vaine, ainsi qu’il l’avait prévue. Les traces de pigment coloré s’étendaient partout en un dédale de conduits, pour se rejoindre enfin dans une chambre d’où partaient tous les chemins, la chambre dite des entrailles de la Terre. Leech se laissa lourdement tomber sur le sol. A travers les flammes, il distingua la silhouette menue de Roseta qui se détachait du recoin de la cascade.
- Tu nous seras d’une grande utilité demain, ma chère. Demain, nous descendons dans les entrailles de la Terre et tu viens avec nous ! C’est toi qui lèveras la malédiction ! Après, bien sûr, tu peux retourner auprès de Jamie si ça te chante. Moi, à ta place, je choisirais un autre Capitaine, quelqu’un de fort, quelqu’un avec un trésor, par exemple…
Leech fit une pause, regrettant de ne pas voir nettement le visage de la jeune femme mais le devinant pâlir sous l’allusion.
- Un Capitaine avec un trésor… répéta-t-il. Mais tu n’es pas mon genre, si cela peut te rassurer. Tu me plaisais, chez Farrell, c’est vrai, et j’aime bien aussi les petites innocentes de temps en temps, mais je sais aussi être raisonnable et savoir qu’une fois que je t’aurais utilisée un peu je ne voudrais plus du tout de toi. Ce que je veux, c’est quelqu’un de robuste avec une vraie poitrine ! Toi, tu as des hanches, mais tu n’as rien là-haut !

Roseta laissa Leech éclater de rire, bien contente au contraire de ne pas répondre aux critères de beauté du géant roux. Elle ne voulait qu’une chose, que cette histoire se termine au plus vite pour retourner auprès de Jamie, pour que son bébé retourne auprès de celui qui serait son père… Elle avait très peur de la malédiction. Elle n’était pas superstitieuse mais, de par sa Foi, elle savait bien que le Mal était indissociable du Bien, que croire en Dieu était reconnaître l’existence du Malin. De telles malédictions pouvaient exister. Elle priait alors pour que sa mésaventure ne soit qu’une manière de mettre sa Foi à l’épreuve, pour que la malédiction soit rompue. Elle se moquait que Leech s’empare d’un trésor. Manolo et lui s’entretueraient peut-être pour le posséder car la véritable malédiction est de posséder quelque chose qui n’est point à soi. Roseta ne désirait qu’une seule chose, retrouver Jamie et élever avec lui son enfant si son frère Axel Ludvig et son époux Enrique la croyaient perdue à jamais…


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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Lun 10 Sep - 12:13

XIX La fin d'une malédiction



Ce n’était plus un, mais deux visages qui observaient à présent la chambre troglodyte depuis les fentes percées dans la roche derrière la chute d’eau. Avec d’infinies précautions, Jack et Jamie s’étaient approchés sans que leur présence ne puisse être remarquée par l’un des occupants de la grotte. Aucun d’eux ne pouvait savoir si Roseta et ses ravisseurs dormaient, ou bien s’ils risquaient à tout moment de les entendre, de les voir. Jamie avait décidé qu’il n’y aurait pas de face-à-face, qu’il ne ferait pas de quartiers. Il avait pris la décision de tuer Leech et Manolo pendant leur sommeil. De sang froid. Après tout, il était un pirate, il avait déjà tué et il n’avait pas toujours attendu que ses adversaires puissent se défendre. Il n’était pas toujours fier de son passé, mais cette fois il n’avait guère le choix. Roseta et son enfant étaient en danger, et pour eux il était prêt à éliminer ses ennemis sans combat loyal. Il considérait de toute façon que la loyauté n’existait plus en Leech depuis bien longtemps. Jamie et lui avaient navigué ensemble par le passé, avaient pris des vaisseaux d’abordage, pillé, volé, détruit, mais ce passé de piraterie n’avait jamais rapproché les deux hommes ; bien au contraire, il les avait éloignés tant Leech se montrait insatiable et cruel. Il les avait séparés, et maintenant ce passé s’apprêtait à les réunir.

En contrebas, dans la chambre troglodyte, le feu s’éteignait doucement. Leech et Manolo dormaient, ainsi que leur captive. Jamie se tourna vers Jack :
- Comme nous le pensions. Ils reprennent des forces pour demain. Ils dorment déjà. Roseta aussi, elle doit être épuisée. Jack… Tu es prêt à me suivre jusqu’au bout ?
Jack arborait de nouveau un visage grave qui ne lui était pas familier.
- Oui… C’est juste que…
- Qu’y a-t-il, Jack ? Tu sais que tu peux retourner chez toi pendant que je m’occupe d’eux, ça ne changera rien à l’amitié que je te porte et ça ne t’enlèvera pas ma confiance.
Jack grimaça.
- Non, ce n’est pas ça. C’est juste que… tu ne tues jamais de sang froid…
Le visage de Jamie se ferma.
- Je l’ai fait… quand je naviguais avec Leech. Je ne suis pas fier de ce temps-là, mais je suis un pirate, Jack. Toi aussi, tu en es un. Je sais que tu comprends. Mais nous n’avons jamais été cruels comme Leech. Il nous taxe de mous, de faibles, mais nous pouvons au moins dire que nous n’avons pas été cruels comme lui. Ça ne sera pas si horrible que ça de tuer Leech et Manolo pendant leur sommeil. Ils l’ont bien cherché, et surtout… Roseta et son enfant sont en danger, et je pourrais tuer n’importe qui pour les protéger ! N’importe qui !
Jamie avait maintenant les larmes aux yeux, ce qui lui arrivait encore plus rarement qu’un air sérieux sur le visage de Jack.
- Je les aime, Jack ! Je les aime tous les deux ! Je sais qu’il y a très peu de chance que cet enfant soit le mien, mais je l’aime ! Et Rosetta… Je n’avais encore jamais aimé… Tu te souviens quand tu me l’as montrée, la première fois ? Ce n’était qu’une prisonnière de plus mais plutôt que de la vendre tu voulais m’en faire cadeau parce que tu la trouvais vraiment très belle et… aristocratique. Au début, elle n’était qu’une part de Capitaine pour moi. Je ne la voyais pas autrement, mais quand je l’ai emmenée chez moi… Je l’aime, Jack… Et tu sais quoi ? Je serais capable de la laisser partir, de la laisser retourner auprès de son mari espagnol si c’était là la seule façon de la rendre heureuse ! Même si je devais en souffrir toute ma vie !

Jack ne savait que dire devant cette bouleversante déclaration d’amour. Jamais il n’aurait imaginé entendre un jour Jamie parler ainsi. Il sentait qu’une tragédie était sur le point de se produire.
- Allons… On y va, savvy ?
La voix du pirate était chargée d’émotion, il était temps de s’occuper de Leech et de Manolo avant que les deux amis ne pensent qu’à pleurer sur l’amour de Jamie pour Rosetta et son bébé. Jamie approuva. Se glissant dans la chambre troglodyte avec l’agilité silencieuse du chat, les deux hommes n’eurent qu’à échanger un regard pour savoir ce qu’ils devaient faire. Avec précaution, Jack prit Roseta endormie dans ses bras et l’emmena saine et sauve hors de la grotte. Il ne fallait pas qu’elle soit présente quand Jamie tuerait ses ravisseurs. Il ne fallait pas qu’elle se réveille et voie. Il la déposa doucement sur un tapis de feuilles, non loin du Rocher du Crâne. Il attendait que Jamie sorte de la grotte pour l’emporter dans la petite barque qui la ramènerait sur la terre ferme. La nuit se faisait opaque, et bientôt Jack ne distinguerait plus les traits de la jeune femme à moins d’allumer une autre torche. Il avait ce qu’il fallait près de lui, mais il préférait pour le moment profiter de la seule compagnie de la lune et de cette jeune femme endormie près de lui. Il n’avait pas besoin de la voir, il savait qu’elle était belle et qu’elle était effrayée. Qu’elle avait pleuré. « Jamie vous aime », dit-il pour lui-même.

A l’intérieur de la grotte, le sort de Leech et de Manolo était réglé. Jamie n’aimait pas tuer de sang froid, et pourtant il n’avait eu pour eux aucune hésitation. Eux n’auraient pas hésité, il le savait. Il avait alors été rapide et précis. D’un même mouvement, il avait plongé son sabre dans le cœur de Manolo et tiré une balle de mousquet dans la tête de Leech. Allait-il rester à les regarder ? Non… Il faudrait revenir avec Jack pour porter les corps plus loin dans les méandres de la grotte. Enfouis sous les roches et les pierres, on ne devinerait jamais que leur mort était l’œuvre de Jamie Waring. Ils rejoindraient les autres squelettes, nouvelles victimes d’une malédiction dont le bras armé était la cupidité et la rivalité. Des hommes s’étaient entretués dans ces grottes. Il n’y avait nul besoin de malédiction pour cela, seulement la perspective d’un trésor fabuleux, et un site géologique fragile aux éboulements fréquents. Malgré le soin de Jamie de tirer à bout portant, le coup de feu se répercuta sur les parois rocheuses comme une onde sonore qu’il avait cru éviter. Il fallait quitter les lieux au plus vite, la chambre troglodyte menaçait soudain de s’effondrer.

Jack perçut de l’extérieur le grondement menaçant de la roche en mouvement. Il fit un geste, prêt à se ruer à l’intérieur pour aider son ami à sortir de là, mais déjà Jamie paraissait près de lui.
- Jack… Je crois que nous n’aurons pas besoin de revenir demain cacher les dépouilles de Leech et de Manolo… La chambre troglodyte a du s’affaisser, emportant avec elle sa malédiction et ces pillards… Comment va-t-elle ?
Comprenant qu’il parlait de Roseta, Jack posa la main de la jeune femme dans celle de son ami.
- Elle va bien. Elle dort comme si elle était dans un bon lit douillet alors que tu viens de risquer ta vie pour elle et qu’il y a une grotte qui s’effondre à moitié juste à côté !
- Bien…
Jack avait retrouvé sa bonne humeur. Il se sentait joyeux, et pressé de retrouver Samantha.
- Allez, Jamie, on rentre à la maison ! On va fêter ça ! Et Samantha sera rassurer de voir Roseta saine et sauve ! On rentre à la maison, tournée générale !
Mais Jamie ne répondit pas. Il serrait la petite main de Roseta qui gémissait maintenant faiblement dans son sommeil. « Je serais capable de la laisser partir, de la laisser retourner auprès de son mari espagnol si c’était là la seule façon de la rendre heureuse ! Même si je devais en souffrir toute ma vie ! » Ces paroles tournaient dans sa tête et le hantaient…

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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales III : Maracaïbo's grottos   Mar 11 Sep - 15:50

C'est avec beaucoup d'émotion que je poste le chapitre final non seulement de cette fic, mais de la trilogie !


XX Roseta Esperanza



Jamais la mer n’avait semblé autant en accord avec Jamie. Le Capitaine Waring affichait une confiante sérénité.
- Jack… Pour une fois dans ma vie je crois avoir pris la bonne décision…
Il ne détachait pas son regard de la mer comme il s’adressait à son ami. Il avait entendu Jack arriver, savait que c’était lui lorsqu’il s’était laissé tombé dans l’herbe auprès de lui. Les deux hommes surplombaient la baie de Maracaïbo à bonne distance, assis dans l’herbe, au dessus d’une falaise à pic.
- Jack, reprit Jamie, est-ce qu’elle s’est réveillée ?
- Oui. Elle est chez moi, comme tu me l’as demandé. Samantha est auprès d’elle et ma femme m’a dit qu’elle venait de se réveiller. Je suis venu tout de suite pour te le dire.
En contre bas, les lumières du port perçaient ce qu’il restait de la nuit. Bientôt, le jour ne manquerait pas de se lever.
- Bien.
- Samantha sait ce qu’elle doit lui dire. Si Roseta demande ce qu’elle fait là et demande où tu es, Samantha lui dira que tu as été tué dans la grotte. Mais, crois-moi, elle ne le dira pas de gaîté de cœur, elle désapprouve !
- Crois-tu… qu’elle ne pourra pas le dire à Roseta ?
- Elle le dira, elle l’a sans doute déjà dit puisque Roseta s’est réveillée. Mais… M oi aussi, je désapprouve.
Jamie tapota l’épaule de son ami.
- Allons, Jack… Tu me désapprouves, mais tu ne m’en voudras pas éternellement. Je sais que j’ai pris la bonne décision, même si nous serons deux à en souffrir. Roseta en souffrira. Pas son enfant, il aura un autre père. J’en souffrirai. Mais c’est ainsi. Tu sais… Qu’elle me croit mort et rejoigne son mari espagnol m’a semblé une évidence, tout à coup. Pourtant, hier encore j’aurais été prêt à tout pour l’empêcher de partir. Mais j’ai compris que c’était son bonheur qu’il fallait prendre en compte. Pas seulement le mien. Je l’aime, je n’ai jamais aimé personne d’autre. J’ai compris que, puisque je l’aime, je veux qu’elle soit heureuse.
- Mais puisque tu dis qu’elle en souffrira ! Jamie, elle a appris à t’aimer ! Elle t’aime, tu ne le vois pas ?
Le visage de Jamie se fit amer.
- Si, je l’ai vu. Mais plus longtemps elle restera, plus la séparation sera douloureuse. Car je ne me fais pas d’illusion, il y aurait eu une séparation tôt ou tard… Ce n’est pas un monde fait pour elle…
Jack ferma les yeux.
- Ce n’est pas un monde pour Samantha non plus…
- Mais Samantha n’a plus aucune famille, elle n’a que toi. Roseta a un mari, un frère. Je n’ai pas le droit de l’arracher à sa famille. Tu sais… Quand j’ai vu Leech et Manolo… J’ai repensé à toutes ces expéditions avec eux… J’ai eu une sorte de choc, car tout est revenu en même temps dans ma tête. Rassure-toi, je suis et resterai toujours un pirate, mais j’ai conscience d’avoir fait de mauvaises choses. Arracher cette jeune femme à son monde, à sa famille, en était une, même si je l’aime et qu’elle a des sentiments pour moi… Alors, non… Elle doit croire que je suis mort… Elle doit partir….

Quelques semaines passèrent… Un navire marchand quittait la baie de Maracaïbo avec à son bord une jeune femme vêtue de noir. Du haut de la falaise, Jamie était bien trop loin pour la voir, mais il la devinait avec son cœur. Sur ses ordres, Jack avait attendu de pouvoir arraisonner un navire marchand dans le seul but de lui faire prendre à son bord une jeune femme désirant se rendre en Californie. « Adieu, Roseta… Portez-vous bien, vous et votre enfant… » avait dit Jack au moment du départ, comme elle s’effondrait, en larmes, dans les bras de Samantha. Roseta avait du se résigner. Jamie était mort. Il était mort pour la sauver, les sauver. Elle n’avait plus qu’à s’en aller. Elle pensa un instant rester avec Samantha puisqu’elle était son amie, mais elle dut se ranger à la raison : son frère et Enrique la croyaient morte, mais ils avaient le droit d’être délivrés de leur deuil injustifié. Elle allait les rejoindre. Son cœur aurait du en être heureux, mais il ne pouvait encore l’être, du moins pleinement. Elle laissait une partie de son cœur à Maracaïbo. Elle avait demandé des habits noirs. Au moins pour le voyage. Elle savait qu’elle devrait quitter le deuil une fois en Californie. Ni son frère, ni son mari ne comprendrait. La main posée sur son ventre et ses premières formes, la jeune femme leva un instant les yeux vers les falaises. Il lui sembla voir une ombre là-haut, comme si quelqu’un l’observait. Mais cela ne pouvait pas être lui… Ce n’était d’ailleurs qu’un point minuscule sur l’horizon. Non, cela ne pouvait être lui… En haut de la falaise, Jack soutenait son ami. Il était bien vite monté le rejoindre sitôt les amarres larguées, certain qu’il aurait besoin de soutien. « Rosetta… » soufflait avec le vent la voix de Jamie. Jack aurait voulu lui dire qu’il était toujours temps de la rattraper, que le bateau n’était pas loin, qu’il pouvait encore être abordé, mais il entendit Jamie répondre « Il est trop tard… Laisse-la partir… »

Le navire marchand sur lequel voyageait Roseta prit la route de l’Amérique du sud. Le voyage lui parut une éternité. Le passage du Cap Horn, une peur affreuse. En dépit de cela, le voyage fut relativement calme. Roseta ne se remettait pas encore de la mort de Jamie, qu’elle croyait enseveli sous les décombres de la même grotte qui avait servi à leur nuit de noces, mais elle retrouva peu à peu le sourire à mesure que son ventre s’arrondissait. Elle ne savait pas ce que Enrique dirait en la voyant enceinte, mais pourquoi serait-il mécontent alors qu’il l’avait visitée à Port Royal et pouvait donc très légitimement être le père ? Il aurait toujours des doutes, mais il apprendrait à aimer cet enfant. Roseta souriait tristement, pensant à l’ironie du sort : elle portait le deuil à la mémoire de Jamie, s’apprêtait à retrouver Enrique et portait vraisemblablement l’enfant du Commodore Norrington qui ne le saurait jamais. Ainsi va la vie. Un jour, le port de Monterey fut enfin en vue. Avant de quitter le navire, Roseta changea de vêtements, quitta le deuil. Il fallait qu’elle trouve une diligence qui la mènerait à Los Angeles où Enrique devait avoir pris son commandement. Un matelot compatissant prit le seul sac qu’elle avait avec elle, avec les quelques affaires qu’elle avait emporté. Les mains posées sur son ventre de près de cinq mois, elle le suivit jusqu’à une auberge où elle pourrait se reposer avant de prendre la diligence.

Elle avait l’air sale et perdue, mais c’était elle, cela ne pouvait être qu’elle ! Axel Ludvig vit juste, jamais il n’aurait pu oublier sa sœur. Il s’était arrêté à Monterey, n’avait pas suivi son beau-frère jusqu’à Los Angeles. Il travaillait pour le Gouverneur et avait vu sa sœur par hasard. Elle était donc en vie, et elle portait la vie ! Roseta n’eut pas à aller se reposer à l’auberge et ne prit pas non plus la diligence. Axel Ludvig l’installa chez lui. Il écrivit sur le champ à Enrique et fit venir un médecin. Celui-ci trouva Roseta trop faible pour rejoindre Los Angeles dans l’immédiat, et recommanda qu’en raison de son état elle attende d’être remise de la naissance avant d’entreprendre le voyage. Deux nouvelles semaines. Roseta avait repris des forces. Elle remarquait avec tristesse que Enrique ne venait pas la voir, ne répondait pas à la lettre malgré les paroles rassurantes de son frère qui lui faisait remarquer que Los Angeles n’était pas tout près et que son mari ne pouvait pas laisser le régiment à sa guise. « Sans doute ne voulait-il plus me voir », songeait cependant Roseta. Pourtant, un matin, Enrique entra dans sa chambre alors qu’elle cousait un bonnet pour son bébé. Il lui souriait comme jamais encore il ne lui avait souris. « Vous êtes vivante… » fut tout ce qu’il put dire dans un premier temps. Sans se départir de son sourire, il posa une main sur le ventre rebondi de Roseta. « Vous êtes vivante, et vous allez me donner un enfant… » Elle sut alors qu’elle n’avait rien perdu de son amour, qu’il l’aimait peut-être même davantage au contraire. Les derniers mois passèrent. Roseta mit au monde une petite fille prénommée Roseta Esperanza.

A Maracaïbo, Jamie pensait à Roseta qui venait sans doute d’accoucher. Il y pensait mais n’en parlait pas. Il ne pouvait se résoudre à oublier celle qu’il avait laissé partir dans ce qu’il appelait un moment de raison qu’il considérait maintenant comme un moment de folie. Il ne parlait plus d’elle, mais y pensait sans cesse. « Après tout, je suis mort, et les morts ne racontent pas d’histoires… »

Dead men tell no tales…




Fin Part III



FIN DE LA TRILOGIE

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