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 "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)

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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mar 6 Sep - 18:55

Coucou ^^
Ceci est une fic en hommage à Phantom Manor. Je ne sais pas si elle peut avoir ça place sur le forum. Je me permets de la poster parce qu'il y a des rubriques générales sur Disneyland. Si j'aimais elle est inappropriée pour le forum, n'hésitez pas à l'effacer, je comprendrai très bien, pas de problème ! Wink



Bloody Rose

Chapitre I


En cette année de 1950, une équipe de tournage avait envahi la petite ville de Thunder Mesa. L’ancienne cité minière, fondée du temps des pionniers, n’avait jamais connu pareille agitation et n’avait jamais vu tant de monde depuis la folie de la ruée vers l’or. Rien n’avait d’ailleurs vraiment changé, le temps semblait arrêté. Une ville hors du temps, mais point abandonnée. Derrière les façades traditionnelles, entretenues dans leur style old west, tout était propret et confortable. Tobias Norton IV, actuel propriétaire du general store Tobias Norton & sons, passait son temps à passer le plumeau sur les rayonnages couverts de boîtes de haricots, de bonbons, de bottes et de munitions. La scène du Lucky Nugget Saloon avait été le premier établissement de la ville à bénéficier de l’électricité, avant même le luxueux hôtel, le Silverspur Steakhouse, rendez-vous des éleveurs du comté. Lorsque la mine qui avait fait la richesse de la ville était encore en activité, nombreux étaient les prospecteurs à s’y rendre. La cité était florissante, elle accueillait en son sein de nombreux visiteurs. Elle cessa d’en recevoir peu à peu et se dépeupla. Pourtant, lorsque l’équipe de la 20th Century Fox était arrivée, elle avait trouvée une ville qui semblait encore aisée en dépit de la fermeture de la mine. Une mine étrange, découverte en un lieu encore plus étrange, creusée dans la roche de la montagne de Thunder Mesa, dominant la ville, se dressant vers le ciel de son imposante couleur ocre. Sa particularité était de paraître avoir jailli du sol sur une île, sur l’immense lac de Thunder Mesa. Il ne semblait, dès lors, n’y avoir qu’une seule activité, l’élevage du Critter Corral, mais celui-ci pouvait-il à lui seul faire vivre Thunder Mesa et son faible nombre d’habitants ? L’hôtel était toujours là, le saloon aussi, et aucun édifice ne tombait en ruine.

La ville, Thunder Mesa… La montagne, celle de Thunder Mesa… Toujours Thunder Mesa… Ce nom évoquait le tonnerre des légendes indiennes. On disait que lorsqu’il grondait sur la ville, quelque chose de terrible allait arriver, et qu’il en avait toujours été ainsi. Comme ce jour lointain, une bonne soixantaine d’années auparavant… Lors du mariage de Mélanie Ravenswood… Thunder Mesa, toujours Thunder Mesa ? Thunder Mesa était l’enveloppe charnelle, mais Ravenswood en était les entrailles. Ce nom dominait l’autre : Thunder Mesa, c’était Henry Ravenswood. Le propriétaire de la mine au siècle passé avait fait édifier la demeure la plus imposante de la ville : un manoir dressé sur un petit promontoire, à la sortie de la ville, orné de jolis jardins, d’une gloriette charmante. Lors des beaux jours, le vent emportait jusqu’au cœur de Thunder Mesa le doux parfum des roses. Jusqu’à une nuit d’orage… Où le vent n’emporta plus que le parfum des roses mortes…

Une étrange histoire était parvenue jusqu’aux oreilles du réalisateur Henry King. Celle de Mélanie Ravenswood. La fille du fameux Henry. Un récit mené tant bien que mal, sans style et doté d’une orthographe douteuse était arrivé sur le bureau du réalisateur sans qu’il sache jamais comment ni pourquoi. Il l’avait d’abord repoussé, puis était revenu à cette liasse de papiers informes toujours sans trop savoir pourquoi, comme attiré par un aimant. Il avait commencé à lire par curiosité, prenant cela pour l’œuvre de quelque illuminé se prenant pour un scénariste amateur. Puis, très vite, il ne put s’en défaire. Il appelait la liasse « le script » et l’emmenait partout pour la relire encore et encore. Cela contait l’histoire d’une mine, d’un manoir dans lequel une mariée errait à la recherche de son fiancé sans savoir que celui-ci avait été pendu au cours de la nuit dans le petit salon hexagonale. Dès le lendemain, Henry King n’avait plus qu’une idée : tourner le film ! En lisant encore une fois, il s’aperçut que le manoir existait réellement, s’étant aidé pour cela d’une carte de l’État. Il y avait bien une Thunder Mesa, dans la chaîne des Cascades. Il s’y rendit seul pour voir si le manoir existait lui aussi, et il le vit. Il n’y entra pas, ayant trop de hâte à retourner à Los Angeles. Il lui fallait l’appui d’un producteur.

Étrangement, les choses allèrent très vite. L’argent fut trouvé, le temps nécessaire aussi, et le scénario fut réécrit convenablement pour en faire une production de la Fox. On écrivit au maire de Thunder Mesa qui donna son accord pour recevoir toute l’équipe, à condition cependant qu’on n’entre jamais dans le manoir. Au pourquoi du chef décorateur, on rétorqua qu’il était trop dangereux et risqué de s’y aventurer. Il était vétuste, la ville n’avait pas encore pu le restaurer. Henry King décida alors que l’intérieur du manoir, extraordinairement bien décrit dans la liasse mystérieuse, serait reconstitué en studio, et que l’on ne tournerait que les scènes extérieures. Le futur film, qu’il convenait déjà d’appeler « Bloody Rose », était présenté comme un événement. Il enthousiasmait ceux qui en prenait connaissance et dès lors la Fox ne comptait plus : ce serait grandiose ! Un grand drame romantique, une sublime partition en son Western Electric, le tout en technicolor pour les scènes extérieures, il fallait bien rendre justice à l’ocre triomphant de la montagne de Thunder Mesa, et pellicule en noir et blanc pour les scènes intérieures. Du jamais vu ! La distribution annonçait fièrement pas moins de cinq stars : Tyrone Power dans le rôle du fantôme car il y en faut un, Mélanie serait interprétée par Rita Hayworth que l’on changerait pour l’occasion en innocente mariée, Henry Fonda en majordome organiste, et, loués à la Warner comme Tyrone l’avait été à la MGM quelques années plus tôt, Ava Gardner en diseuse de bonne aventure et Clark Gable en fiancé de Mélanie…


Dernière édition par le Mar 6 Sep - 19:01, édité 1 fois
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mar 6 Sep - 18:56

Chapitre II


Le Fuente del Oro, restaurante mejicano, offrait à sa clientèle une vue imprenable sur l’imposante montagne de Thunder Mesa pour qui affronterait le soleil implacable sur sa terrasse. Il s’agissait d’une ravissante cour en fer à cheval ornée d’une fontaine comme dans les beaux patios des haciendas. A la différence près que cette cour n’était pas fermée. Non un lieu clos servant autant d’ornementation que de rafraîchissement, sur le modèle des villæ romaines ou des palais mauresques, puisque la cour était largement ouverte en terrasse. L’une des tables était occupée par trois personnes, deux hommes et une femme. Le soleil était à son zénith, mais il n’était nul besoin d’être résistant sous le soleil d’une fin de mois de Janvier. Les nuits étaient mêmes glacées, la chaîne des Cascades plongeant sur la vallée de Thunder Mesa. Henry King avait tenu à tourner les scènes extérieures en hiver. Il ne voulait point que ce lieu old west semble prétexte à un décor de western classique avec ces rues poussiéreuses écrasées de soleil. Il tournait un drame romantique, et non « Jesse James », cette fois ! Filmer en technicolor ne signifiait pas se priver se teintes grisâtres au petit jour. Il hésitait entre brume et neige, mais voyant que le versant était scandaleusement dépourvu de blanc manteau, il avait opté pour la brume qui, elle, ne se faisait pas prier pour envahir la cité minière chaque soir et chaque matin, au risque de faire s’étrangler tout météorologue. Henry King aurait pu faire utiliser de la fausse neige, ayant imaginé des scènes romantiques dans les jardins du manoir au cours desquelles Rita, dans le rôle de Mélanie, laisserait échapper une rose d’entre ses doigts, mais la brume étrange qu’il découvrait ici lui avait donné d’autres idées.

C’était donc sous un beau soleil de fin Janvier 1950 que l’on put voir, sur la terras du Fuente del Oro, rien de moins que Tyrone Power, Clark Gable et Rita Hayworth. Cette dernière avait voulu profiter d’une longue pause au cours de laquelle on s’occupait de préparer la prochaine scène pour aller déguster des tapas, et ses deux chevaliers servants, son amant et celui qui voudrait l’être, l’avaient suivie. Ava Garden et Henry Fonda ne s’étaient pas joint à eux. Ils avaient suivis l’illustre inconnu qui incarnait Henry Ravenswood et la tout aussi inconnue qui jouait Martha, son épouse, jusqu’au Cowboy Cookout Barbecue où l équipe technique était logée. On y dégustait, aux dires de chacun, un délicieux poulet. Cela avait bien fait envie à Tyrone, qui adorait plus que tout le poulet, mais le poulet préparé simplement, et cependant il avait accompagné Rita. Sa maîtresse ne lui aurait pas pardonné cet abandon. Elle aurait cru qu’il suivait plus volontiers Ava que le poulet et elle aurait fait une scène. Elle ne tolérait qu’une autre femme dans la vie de Tyrone, son épouse Rosetta.

Après une discussion somme toute banale sur les nachos qu’ils venaient de manger en apéritif, un silence de quelques minutes s’était fait. Clark le rompit le premier.
- Cela me désole de ne pas voir le manoir depuis cette terrasse.
- On ne voit le manoir d’aucune terrasse, corrigea Tyrone.
C’était la vérité. Le saloon avait une salle magnifique mais intérieure, de même que celle du Silverspur steakhouse, l’hôtel où logeaient les cinq stars, le réalisateur et les premiers assistants. Rita considérait ses mains habituées aux ongles longs et effilés, laqués de rouge. Henry King l’avait obligée à tout limer pour incarner Mélanie.
- Clark… Tu tiens tant que cela à manger devant cette bicoque ?
Son soupirant moustachu incompris en avait à peine fini que c’était maintenant le tour de Tyrone d’exprimer ses doléances. Cela concernait la distribution des rôles qu’il trouvait étrange.
- Je crois que si cela n’avait pas été Henry, si cela n’avait pas été toi, Rita, et si je n’avais pas ce contrat qui me lie à la Fox avec ces paraphes écrits en tout petit qu’on lie à peine en signant, je ne serais peut-être pas là, mais je n’ai pas vraiment eu le choix.
Il se tut et se pencha galamment pour allumer la cigarette de Rita. Il venait d’écraser la sienne dans un cendrier et en prenait déjà une autre. Clark fit de même et, bientôt, la jolie terrasse à la fontaine ornée d’animaux de pierre vit évoluer dans son ciel des volutes de fumées comme un Indien assis avec son calumet.
- Enfin, voilà !
Rita jeta sensuellement la tête en arrière et souffla un peu de fumée.
- Mais… « voilà » ? Enfin, tu n’es pas content de faire le fantôme parce que tu préfères être le fiancé de l’héroïne, mais moi non plus je ne suis pas satisfaite ! Pas pour Mélanie, même si honnêtement j’aurais plutôt vu Linda Darnell pour faire la jouvencelle, mais parce que je ne vois pas pourquoi j’ai Clark pour être mon fiancé ! Euh, Clark, ne le prend pas mal, surtout, n’est-ce pas ?
L’intéressé préféra ne pas répondre. Question d’habitude. Tout autre personne, il l’aurait giflée à force, mais pas Rita.
- Parce que dans le script le fiancé a une moustache, répondit tranquillement Tyrone en jouant négligemment avec la fumée de sa cigarette.
- Tu as déjà eu la moustache dans des films !
- Oui, mais Henry ne veut pas de postiche, tu le sais bien. Tu te souviens de « Jesse James » ? Parfait, mais et la moustache de mandarin que j’ai du porter pendant des mois pour « Le Cygne noir » ? Mon ex-femme se moquait. Alors quand j’ai su que Henry cherchait une affiche prestigieuse avec cinq stars, je lui ai soufflé un nom de moustachu authentique. Imagine comme il était content ! J’ai allumé beaucoup de cierges pour que la Warner accepte de nous louer Clarky !
L’intéressé faisait toujours mine de ne pas entendre. Il jouait le fiancé de Rita, c’était ce qui lui avait plu dans le script, même si l’avenir de son personnage était de finir pendu à la veille de son mariage. Il les entendit ensuite parler du rôle du fantôme et prit enfin la parole.
- Nous avons une scène où Rita et moi faisons un pique-nique. La nappe finit envahie par des insectes en signe de mauvais présage. Il va falloir attendre le printemps si nous voulons la tourner ici.
- J’en ai parlé à Henry, coupa Rita. Il a dit que cela ne serait pas nécessaire puisque le script mentionne un tableau, dans le salon hexagonal, qui représente ce pique-nique. Il suffira que nous prenions la pose tous les deux, aux studios. Du même coup, on évitera aussi le lâcher d’insectes, ajouta-t-elle en faisant une moue dégoûtée.
Les trois acteurs se mirent à rire. Clark allait dire quelque chose lorsque l’un des employés du Silverspur Steackhouse apparut, essoufflé.
- Monsieur Power… on vous demande au téléphone ! Votre femme !
Laissant là Clark et Rita, Tyrone se précipita vers l’hôtel…
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mar 6 Sep - 18:57

Chapitre III


En entrant dans la petite cabine téléphonique du Silverspur Steakhouse, un miracle de raffinement avec son box tout en bois ouvragé, Tyrone crut un instant qu’on se moquait de lui. Il n’y avait personne pour faire patienter l’interlocuteur. On avait tout simplement raccroché ! Fronçant les sourcils et passant une main nerveuse dans se cheveux, persuadé que c’était Rosetta qui avait appelé, il se dirigea vers le bar. Un dialogue de sourd s’engagea.
- Pourquoi avez-vous raccroché ? demanda-t-il au barman.
- Moi, Monsieur ?
- Oui, vous ! L’homme qui est venu me prévenir d’un appel m’a dit que vous aviez décroché.
- Mais le téléphone n’a pas pu sonner, il est en dérangement depuis ce matin !
- Qu’est-ce que vous racontez là ?

Tyrone commençait sérieusement à s’agacer. L’un des deux employés lui faisait une farce. Marmonnant qu’il perdait son temps, il s’apprêtait à rejoindre Clark et Rita, agacé mais désireux de ne pas faire d’esclandre, quand soudain le téléphone sonna. Il tapa sur le bar du plat de la main.
- Et ça ? C’est la sirène d’un bateau à vapeur peut-être ?
Sans attendre la réaction du barman, Tyrone alla décrocher. Il ne put s’empêcher de montrer sa soudaine mauvaise humeur.
- Allô !!!!
A l’autre bout du fil, Rosetta sursauta légèrement. Elle ne s’attendait pas à cet accueil. Son mari semblait contrarié. Sans doute était-il fatigué et nerveux. Il y avait de quoi l’être, entre la pression du tournage, la présence de Rita qu’il ne pouvait se résoudre à quitter malgré les promesses d’amour adressées à son épouse, et l’absence de sa famille. Ce dernier point serait bientôt oublié. Rosetta était en route pour le rejoindre avec leurs enfants. Confus, Tyrone marmonnant une espèce d’excuse en comprenant la surprise de sa femme devant son agacement. Il était heureux d’entendre la douceur de sa voix.
- Pardon, Rosie Chérie, mais j’ai cru te manquer. On avait raccroché avant que j’arrive, c’est incroyable ! … Comment, que dis-tu ? … Mais si, à l’instant ! On est venu me chercher. J’ai cru qu’on te faisait patienter, mais non ! Et… Mais…
L’acteur fronça à nouveau les sourcils. Rosetta prétendait que c’était là son premier appel depuis qu’elle avait quitté Los Angeles quelques heures auparavant. Il se souvenait de celui-ci. Il n’y comprenait rien. Ecoutant distraitement Rosetta lui parler du voyage, il eut soudain l’attention attirée vers une pancarte tombée à terre. Tenant le combiné d’une main, il se baissa et tendit l’autre pour la ramasser. Debout à nouveau, il s’amusait à la faire tourner entre sa main libre quand son mouvement se figea. Il y avait écrit « Out of order ». C’était la pancarte pour signaler que le téléphone était en dérangement...

A la terrasse du Fuente del oro, Clark était dans la plus embarrassante des situations : affronter une crise de jalousie de Rita sans en être l’objet. Cela n’était pas la première fois et cela ne serait sûrement pas la dernière, soupira-t-il. Si seulement sa seule compagnie lui suffisait… Mais non, c’était Tyrone, Tyrone, Tyrone, Tyrone ! Elle avait dit un jour que si son amant lui avait fait une demande en mariage elle l’aurait refusée, mais devenait enragée lorsque Rosetta rejoignait son mari sur les plateaux. Cela n’arrivait pourtant que peu souvent. Lorsque Tyrone tournait en studios, à Los Angeles, la jeune femme restait dans leur demeure de Brentwood et personne ne la voyait. Mais lorsque les équipes se déplaçaient pour plusieurs semaines, voir plusieurs mois, Tyrone lui demandait de l’accompagner avec les enfants ou de la rejoindre en cours de tournage.
- C’est elle, je suis sûre que c’est elle ! J’ai entendu Ty dire à Henry qu’elle allait arriver après-demain. Il fait semblant aujourd’hui, mais tu vas voir que demain il va être impatient tout le temps et qu’il ne pourra pas se concentrer sur son texte ! ET en plus elle va arriver avec ses enfants !
Le cendrier eut la mauvaise fortune de croiser le regard de Rita. Elle s’en empara et le jeta au loin. Voyant qu’il ne se brisait pas, ayant rebondi sur le chemin de terre qui bordait la terrasse, sa mauvaise humeur s’en trouva accrue.
- Et toi, tu ne dis rien ?!
Elle pointait un doigt accusateur sur Clark qui attendait plutôt qu’elle se calme toute seule. Mauvaise stratégie, cette fois. Elle planta ses ongles sur le dos de la main de son ami pour le faire réagir. Même limés, elle réussit à lui faire mal. Clark bondit de sa chaise en pestant et en secouant sa main. Mais cela eut l’effet escompté.
- Écoute, Rita, tu vas te calmer, maintenant…
Il employé un ton ferme mais sans élever la voix pour ne pas attirer l’attention. Voyant que lui tenir tête était efficace, il se radoucit.
- Rosetta va arriver, mais cela, tu le savais déjà. Et puis… Elle va peut-être se perdre en route, qui sait ? Ou bien la ville ne lui plaira pas et elle rentrera ?
Rita se mit alors à rire. Clark savait l’amuser mais aussi la rassurer. Elle imaginait Mrs Power retourner vite chez elle après avoir vu le manoir vermoulu des fenêtres de sa chambre. Voilà qui la mis de bonne humeur…

Tyrone allait devoir patienter un jour de plus avant de serrer dans ses bras sa petite rose et leurs fils. La voiture était tombée en panne et ne serait pas arrangée avant le lendemain. Par chance, c’était arrivé en traversant une petite ville. Cela aurait pu être bien plus ennuyeux. Il attendrait donc… Il était temps maintenant de rejoindre les autres. Le tournage allait reprendre. En passant devant le bar, il agita sous le nez de l’employé la pancarte « Out of order ».
- Elle ne tient pas bien, elle était tombée. Et votre téléphone est miraculeusement réparé : croyez-moi, il fonctionne très bien !
Il allait partir, lorsqu’il se souvint de l’homme qui était venu le chercher au Fuente del Oro.
- Ooh, et… Dites à Bill que je comprends la plaisanterie !
- Bill ? s’étonna le barman.
- Oui, votre employé, l’homme qui est venu me chercher. Personne n’avait appelé comme vous l’aviez si bien dit. Par contre vous avez là quelqu’un avec des dons de voyance ! Je ne me suis pas déplacé pour rien au moins ! Il a sans doute voulu me faire une farce, mais il a peut-être aussi senti que le téléphone allait sonner pour moi, qui sait ?
Éclatant de rire, Tyrone tourna les talons. Avant d’avoir franchit la porte, il entendit le barman dire d’une voix blanche :
Nous n’avons aucun employé qui s’appelle Bill…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Ven 9 Sep - 17:38

Chapitre IV


Rosetta reposa le combiné et fit un signe de tête pour remercier une fois de plus le garagiste des Main Street Motors qui lui avait permis d’utiliser le téléphone dans l’arrière-boutique, derrière l’atelier, pour prévenir son mari. Elle alla ensuite rejoindre les cinq personnes qui l’accompagnaient et qui attendaient dans l’atelier, près de l’automobile immobilisée. Elle alla d’un visage à l’autre. Norbert, le chauffeur, qui tiraillait sa casquette entre ses mains, agacé par l’incident. Helen, la nounou des Powers et l’amie de Rosetta. Les enfants qu’elle faisait patienter le temps que leur mère téléphone : Thomas, sept ans, Tyrone IV, un an et demi et Dallas Power, quelques mois. Ce dernier dormait paisiblement dans les bras de Helen, nullement dérangé par le babillage et les exclamations des aînés, ni même par la panne de voiture qui les avait tous conduit dans le garage d’une petite ville qu’ils ne connaissaient pas.

Ils étaient partis gaiement de leur demeure de Saltair, 407 Rockingham drive, Brentwood, à Los Angeles. Cela faisait une semaine que Rosetta attendait de pouvoir rejoindre son mari sur le lieu de tournage et, lorsqu’il le lui avait permis, elle avait poussé autant de cris de joie que ses enfants à l’idée de retrouver bientôt leur père. Les bagages avaient été rapidement faits. La maîtresse de maison, pas plus que Helen, n’ayant appris à conduire, Norbert avait donc été tout naturellement chargé de les emmener à Thunder Mesa dans l’une des belles voitures de son patron. La route avait été agréable. Tous étaient contents de se rendre aux pieds de la chaîne des Cascades, nonobstant le but de leur venue, rejoindre Tyrone. Et puis, soudain, la panne. Par bonheur, cela s’était produit comme Norbert les faisait entrer dans une petite ville aux allures coquettes, ayant conservé le charme du début du siècle. Rosetta préférait ne pas imaginer les ennuis que cela leur aurait causés si cela était arrivé au milieu de nulle part. La voiture avait presque attendu d’être devant la porte des Main Street Motors pour s’immobiliser et refuser d’avancer. Il avait fallu appeler le garagiste, un moustachu bourru qui avait, pensait Rosetta, des faux airs de Clark. Au premier regard, il apprit à Norbert que ce n’était pas grand-chose et que le véhicule serait prêt dans quelques heures, ne pouvant pas s’en occuper tout de suite. La ville était, en effet, en effervescence car on célébrait une fête locale. Il avait la voiture du maire à vérifier. Rosetta n’osa pas insister. Elle avait donc demandé à téléphoner pour prévenir son mari.

Il fallait donc attendre, et dans quelques heures, trois ou quatre environs avait dit le Clark garagiste, on pourrait reprendre la route. Tous les cinq marchaient à présent sur la place où la panne s’était produite. Ils se dirigèrent vers la petite gare sur leur gauche, laissant derrière eux les Main Street Motors. Ceux-ci présentaient une architecture qui n’était pas s’en rappeler la gare de Copenhague avec ses tourelles, son gothisme romantique de la fin du XIXème siècle.
- Je ne comprends pas ce qui s’est passé, Madame ! s’exclama soudain Norbert. J’ai vérifié la voiture avant de partir, il y avait assez d’essence et tout était en très bon état ! Et maintenant il faut une réparation !
Rosetta n’en doutait pas. Leur chauffeur était un homme très consciencieux. Voyant que tout cela le rendait nerveux, elle essaya de prendre les choses du bon côté, bien que cet arrêt forcé la contrarie elle aussi.
- Pourquoi ne pas en profiter pour nous reposer un peu ? suggéra-t-elle. Nous arriverons avant la nuit, c’est ce que vous disiez tout à l’heure en consultant la carte. En tout cas… les enfants avaient justement besoin de marcher !
Helen approuva. Autant faire contre mauvaise fortune bon cœur !
- Pourquoi n’irions-nous pas nous promener un peu ? poursuivit Rosetta. Je trouve cette ville très jolie !
L’idée fut retenue.

La ville était pavoisée de rouge et de bleu aux couleurs de la bannière étoilée, et aux couleurs de la Californie : blanc, rouge, et l’ours du Golden State. Les toits, les balustrades, les façades des magasins et des maisons, tous portaient ces différents emblèmes. Dans un kiosque, face au City Hall, une fanfare en était aux dernières répétitions : le « Stars & stripes forever » de John Philip Sousa faisait écho aux brass bands qui animaient les rues avoisinantes. Alors que beaucoup s’affairait, une pluie de mélodies, marches et ragtimes, se faisaient entendre. Rosetta vit des journalistes devant le City Hall. Les bureaux de la Main Street Gazette étaient juste en face du bel édifice et les photographes étaient déjà de sortie. Instinctivement, la jeune femme se dirigea dans une tout autre direction. Elle redoutait la presse depuis que Life Magazine avait annoncé les fiançailles de Tyrone avec la petite marchande de fleurs qu’elle avait été. On ne l’avait guère ménagée, on lui reprochait de ne pas avoir l’allure d’une Rita Hayworth. Elle était gauche et timide et on s’en moquait. Les jeunes mariés avaient ensuite été harcelés pendant leur voyage de noce, tant par la presse que par des émeutes de femmes au point de devoir faire appel à un garde du corps. Enfin, lorsqu’elle avait su que Rita était la maîtresse de son mari, elle eut préféré que cela reste entre eux trois et que la presse ne s’en mêle pas. Rosetta se dirigea donc vers une rue bordée de boutiques, bien que personne ne la reconnaisse tant elle était discrète. Elle accompagnait Tyrone aux premières et aux galas. Elle était parfois photographiée dans d’autres occasions, notamment lorsqu’elle était enceinte, lorsque ses enfants étaient nés, mais sans Tyrone personne ne la connaissait.

Tandis que Norbert préférait retourner au garage pour surveiller et ne pas laisser la voiture que le patron lui avait confiée, Helen, Rosetta et les enfants poursuivaient la promenade. De part et d’autre de Main Street, deux galeries latérales avaient été aménagées derrière les magasins. Rosetta avait pris le petit Dallas dans ses bras et Thomas lui donnait la main. Tyrone IV trottinait près de Helen, agrippé à son manteau, refusant d’être porté pour montrer qu’il était grand ; il désigna soudain l’une des arcades en poussant un cri, un large sourire sur son adorable frimousse. Ils empruntèrent donc Discovery Arcade. Les deux jeunes femmes s’arrêtèrent un instant devant de très belles affiches sur lesquelles le concepteur imaginait Los Angeles ainsi que les principales villes du pays à la fin du siècle. Soudain, Tyrone IV attira leur attention en poussant de petits cris joyeux et en tirant sur leur manteau. Il venait de voir une vitrine de jouets au milieu de laquelle trônait Mickey, la souris la plus célèbre d’Amérique. Rosetta aimait beaucoup le travail de Mr Disney. Elle se souvenait toujours avec émotion de l’année de ses 17 ans, lorsqu’elle avait vu dans un petit cinéma « Blanche-Neige et les sept nains ». La Princesse du conte de Grimm immortalisée par Walt Disney était devenue son héroïne préférée. Une fois au bout de l’arcade, les enfants eurent faim. Rosetta poussa donc la porte d’un très joli glacier, le Gibson girl ice cream parlour. Tout y était blanc et rose et rappelait les salons de thé du vieux continent. La célèbre Gibson girl, reconnue comme la toute première pin up, avait son effigie dans l’établissement qui avait choisi de porter son nom. Helen et Rosetta dégustèrent des gaufres accompagnées de thé tandis que Thomas se régalait avec une glace. Les plus petits ne pouvaient pas encore en manger. Par la suite, Rosetta consentit à entrer dans une confiserie, le Boardwalk candy palace, Petit Tom ayant encore assez faim pour manger quelques bonbons...
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Baptist
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Ven 9 Sep - 20:19

clap clap clap !
Genial !

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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Ven 9 Sep - 21:37

Merci à toi !!!!! Embarassed Wink
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Baptist
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Dim 11 Sep - 20:20

Non, c'est vrai c'est tres amusant et agreable ! Very Happy

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Ven 16 Sep - 23:24

amusant cest peut etre pas le mot mais tres distiingue et tres romantique serait peut etre plus approprie et une fin dramatique se fait sentir je me trompe ??????????
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Ven 16 Sep - 23:29

Je ne dirai rien sur le fin, loooool ! Twisted Evil Par contre, voilà la suite ! Mr. Green

Chapitre V


Des pluies torrentielles s’étaient abattues en l’espace de quelques minutes sur Thunder Mesa, obligeant l’équipe de tournage à remettre à plus tard la scène prévue. Cela avait été étonnant. Chacun s’était laissé surprendre par ce brusque et violent changement de temps. On eut dit que l’on était un autre jour. La terrasse ensoleillée du Fuente del Oro était à présent inondée. Des trombes d’eau l’avaient envahis et le clapotement de gouttes particulièrement grosses, poussées par un vent violent, formait un inquiétant paysage musical. Le ciel s’était assombri très vite alors que Clark jouait, vêtu d’un costume de cow boy, la scène en question, avec pour toile de fond vivante la majestueuse montagne ocre. Il donnait la réplique au personnage de Henry Ravenswood. Tous deux étaient censés se rendre dans la mine sous l’œil déjà inquiétant et lourd de menace de celui que le script nommait sobrement « le fantôme », interprété par Tyrone. Ce dernier avait là un rôle muet, il devait seulement être filmé de dos, enveloppé dans une magnifique cape de couleur parme, telle que l’on en voyait à la fin du XIXème siècle chez les élégants. Drapé dans ce qu’il convenait de décrire comme porté à ravir, il était une ombre, une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la vie des deux personnages qui ne se rendaient pas compte de sa présence. Près de Henry King, Rita, Henry Fonda et Ava étaient spectateurs. Ils n’apparaissaient pas dans cette scène mais tenaient à assister au tournage. A la fois pour soutenir leurs amis, mais aussi pour mieux comprendre les motivations des personnages auxquels ils devraient, dans un autre moment, faire face. Ce fut Ava qui la première remarqua que quelque chose n’allait pas. La montagne, inondée de soleil, avait perdu de ses couleurs. Le réalisateur, bien trop pris par la scène, suspendu aux lèvres de ses vedettes, satisfaits de leur travail, ne s’en était pas encore aperçu. Du moins, cela n’était pas conscient. Il trouvait tout à coup que cela faisait très joli que de voir le ciel s’assombrir de la sorte. On eut dit que cela était exprès, car les nuages s’amoncelaient alors que le fantôme approchait de la mine. Au moment même où Ava faisait remarquer « Vous ne trouvez pas qu’il fait sombre, tout à coup ? », le directeur de la photographie alertait le cinéaste. La pluie avait alors commencé à tomber, et en quelques minutes toute l’équipe, paniquée, du se mettre à l’abri, partant en courant, protégeant le matériel, caméras et projecteurs. On était aussi près du Cowboy Cookout Barbecue que du Silverspur Steakhouse, de sorte que chacun alla vers l’endroit où il logeait. Ils y parvinrent de justesse, au moment où une véritable tempête faisait rage.

Allongé sur son lit, les bras croisés derrière la tête, Tyrone levait sur le plafond de sa chambre d’hôtel des yeux perdus dans le vague. Rosetta arriverait demain. Elle lui avait expliqué que cela était du à une panne, mais à y bien réfléchir cela le surprenait. Il avait TOUJOURS été question que Rosetta n’arrive que le surlendemain ! Un autre fait étrange lui revenait en mémoire. Il se souvenait maintenant que Bill, le fameux employé mystère qui soit disant n’existait pas aux dires du barman, lui avait dit que sa femme attendait au bout du fil. Pourtant, Tyrone était persuadé de s’être demandé, en arrivant au Silverspur Steakhouse, qui l’appelait. Il avait eu le sentiment de se douter qu’il s’agissait de Rosetta, mais non la certitude. « Je suis fatigué, ce doit être à cause du tournage », se dit-il. Étrangement, il n’aimait pas la cape parme que le chef costumier avait dessinée pour son rôle. Il était bien content de ne pas la porter avant le lendemain. Pour l’heure, il était en costume de ville ; en chemise, mais avec la cravate. Les autres acteurs étaient allés souper ensemble dans la très belle salle de restaurant de l’hôtel, mais il avait fait dire par Henry Fonda qu’il ne se joindrait pas à eux. Peu importe ce que penserait Rita, il désirait être seul et pensif, seulement distrait par le bruit incessant de la pluie et du vent. Il appelait son ami « Henry III » depuis le début du tournage. Il y avait « Henry I », alias Mr Ravenswood, le personnage du film. « Henry II », le réalisateur Henry King. Et enfin son ami et ancien amant de Rita. Tyrone avait tout de même faim. Il fit appel au room service pour qu’on lui monte un steak. Lorsqu’il attendait frapper à la porte, il crut que c’était cela, mais on venait lui dire qu’il était attendu au téléphone. Prenant son veston sur le bras, il descendit aussitôt. Cette fois, le combiné était bien décroché et son interlocuteur attendait patiemment à l’autre bout du fil.

C’était Rosetta. Elle appelait d’une cabine téléphonique de style victorien, dans la seconde galerie latérale de Main Street, appelée Liberty Arcade en hommage à Lady Liberty, la dame au flambeau annonçant l‘arrivée sur le nouveau continent depuis 1886. Elle s’y était promenée avec Helen et les enfants en sortant de la confiserie. Tyrone IV montrait les différentes représentations, gravures, peintures et photographies de la Statue de la Liberté en poussant de petits cris admiratifs, si bien que Rosetta avait eu une idée : elle s’était soudain mise toute droite, un genou fléchi et le pieds en arrière, une main tendue vers le ciel tenant le biberon du petit Dallas tel un flambeau. Tyrone IV avait éclaté de rire. La jeune femme était à présent seule. Elle avait une mauvaise nouvelle. Le garagiste des Main Street Motors avait dit à Norbert que l’automobile ne serait pas prête avant le lendemain. Il avait donc fallu trouver un endroit où passer la nuit. Il fallait trois chambres : une pour Norbert, une autre pour Helen, et une pour les deux petits et elle. Elle n’en trouva que deux et partageait donc avec Helen. Les hôtels étaient tous complets en raison de la fête locale que célébrait la petite ville. Ils avaient eu de la chance de trouver une pension de famille, derrière Liberty Arcade, affichant encore « Rooms to let ». Les deux dernières. Au Silverspur Steakhouse, Tyrone regardait distraitement, d’un air absent, la fenêtre voisine du box téléphonique tandis que son épouse lui parlait. Il entendait au loin dans le combiné une mélodie étouffée mais dont il reconnu quelques notes de l’ « American Salute » de Morton Gould. Rosetta avait dit que la petite ville où elle se trouvait était en fête. Portée par un vent au souffle toujours plus fort, la pluie venait violemment heurter les carreaux. Il faisait très sombre et l’on ne distinguait rien au dehors. Plissant les yeux et fronçant soudain les sourcils comme lorsqu’il avait trouvé le panneau « out of order », Tyrone crut voir tout à coup une forme blanche passer au dehors. Qui était donc assez fou pour sortir par un temps pareil ? Il avait sans doute eu une hallucination, cela n’était pas possible. Après avoir conclu sur quelques mots tendres et un baiser, il raccrocha. L’acteur se dirigea vers l’escalier menant à sa chambre, espérant que son steak l’attendrait et qu’il soit encore chaud. Il aperçut ses amis dans la salle de restaurant, sous des volutes de fumée et poursuivit son chemin. Soudain, il s’arrêta après la quatrième marche, la main figée sur la rampe ouvragée du très bel escalier ancien. Rosetta… Elle lui annonçait que la voiture ne serait réparée que le lendemain… Mais… C’était bien ce qu’elle lui avait dit lors de son premier appel ? Il n’y comprenait plus rien ! Surlendemain, lendemain, il était perdu. « Y a –t-il maintenant un décalage horaire en Californie ? » Il reprit son ascension et se jeta à nouveau sur le lit, laissant au passage le veston sur un fauteuil. Il l’avait gardé sur le bras de tout ce temps. Il recommença à fixer le plafond alors que les carreaux de la fenêtre, donnant côté lac, non loin de la butte du manoir, continuaient encore et toujours de se couvrir de pluie…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Sam 17 Sep - 14:54

Ca doit te prendre un temps monstre !

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Sam 17 Sep - 21:18

Le plus long est d'écrire la première phrase. Wink
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Dim 18 Sep - 2:18

Chapitre VI


Un beau soleil filtrait à travers les persiennes, éveillant doucement Rosetta. Elle se retourna plusieurs fois entre les draps, s’étirant et gémissant, avant de se lever enfin. Elle s’étonna d’ailleurs de pouvoir autant remuer, mais elle comprit en voyant que Helen, Thomas et Tyrone IV avaient quitté la chambre. Elle était seule, en compagnie de Dallas qui dormait dans son petit lit de bébé. La nuit n’avait pas été de tout repos mais la fatigue avait été la plus forte et les deux jeunes femmes avaient fini par s’endormir en dépit de la promiscuité, mais surtout des fanfares qui avaient joué jusqu’à une heure tardive. Les chambres donnaient sur la City Hall Square et la musique était jouée juste sous les fenêtres. La dame qui dirigeait la pension avait demandé à Rosetta pourquoi n’allait-elle assister aux festivités, mais la jeune femme ne le voulait pas. Elle désirait se reposer, rester en compagnie de ses enfants et ne pas croiser les objectifs des photographes. La dame avait alors été compréhensive en lui promettant sa discrétion : elle avait bien compris en entendant cette dame qui signait le registre « Mrs R. Power » appeler son fils Tyrone ! Rosetta s’était donc immédiatement retirée dans la chambre qu’elle devait partager avec Helen et les enfants. Une fois Dallas installé dans son petit lit, il avait fallu faire du mieux que l’on pouvait pour occuper les lits jumeaux. L’un avait été donné à Thomas et Tyrone IV tandis que les deux jeunes femmes se serraient sur l’autre. Elles étendirent les manteaux des deux côtés du lit des enfants afin que soit amortie une chute éventuelle. Par bonheur, l‘un comme l’autre n’était pas très haut, mais il fallait prendre toutes les précautions.

Il avait été, dans un premier temps, impossible de dormir. Les fanfares ! Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, fatiguées, Rosetta et Helen finirent par se lever et ouvrirent les fenêtres pour regarder le feu d’artifice que l’on tira aux douze coups de minuit. Si les photographes avaient pensé à lever les yeux sur la pension de famille, d’où le panneau « Rooms to let » avait été retiré, ils eussent vu Mrs Tyrone Power en déshabillé, plusieurs châles enroulés sur sa chemise de nuit en raison du froid de Janvier, les cheveux nattés. Une fois le feu d’artifice terminé, la jeune femme crut qu’un repos bien mérité les attendait. Dallas dormait déjà comme un bienheureux, ainsi que ses grands frères que les pétarades n’avaient même pas dérangés. Mais cela n’était pas fini ! Virent un bal populaire accompagné de chansons habituellement interprétées par les Andrews Sisters. Lors d’une soirée de gala, Tyrone avait repris l’une d’entre elles, « Chattanooga choo choo » et l’acteur avait eu beaucoup de succès parmi l’audience. En attendant, sur la City Hall Square, « Sabre dance » adaptée de l’opus éponyme de Khatchaturian, Rosetta sourit malgré son ennui à ne pouvoir dormir tranquille. Avec Tchaikovski, c’était là le compositeur préféré de son mari. Vint ensuite « Rhum and Coca-Cola », puis d’autres encore, ainsi que des chansons que l’on connaissait sous la voix du crooner Bing Crosby. Enfin, elles s’étaient endormies. Rosetta se réveilla à deux reprises lorsque Dallas se mit à pleurer. Elle arpenta la chambre en le berçant, tandis que les lumières s’étaient éteintes partout sur la place. Helen lui avait dit à voix basse de la laisser faire, c’était son rôle de nounou, mais Rosetta lui répondit qu’elle pouvait se rendormir, qu’elle s’en occupait. Les volets avaient été refermés, mais point les tentures, de sorte que le soleil put aisément filtrer à travers les persiennes au petit matin… trouvant Rosetta enfin assoupie.

Alors que Rosetta changeait les langes de Dallas sur un coin du lit, le petit garçon gigotant et babillant joyeusement, Helen revint avec les deux aînés. Elle les avait conduits aux toilettes, au bout du couloir. Après une toilette un peu sommaire, tous descendirent enfin dans la petite salle où le petit déjeuner était servi. Hélas pour Rosetta, il n’y avait plus de thé du tout. N’osant rien dire, la jeune femme commença à boire du café mais ses petites grimaces, qu’elle ne pouvait empêcher, n’échappa point à l’œil attentif de la maîtresse de maison. Elle vint s’excuser une fois encore pour le thé qui n’avait pas été livré et lui proposa d’aller à ses frais déjeuner au Cable Car Bake Shop, un petit peu plus haut sur Discovery Arcade. Rosetta la remercia mais dit cependant qu’elle paierait ce qu’elle prendrait, ainsi que ce qu’elle ne prendrait pas à la pension, comme ce café dans lequel elle avait trempé les lèvres. Elle se rendit alors à l’endroit indiqué, accompagnée de Helen et de trois garçons. Norbert, lui, avait parfaitement déjeuné. Il les accompagna sur quelques mètres et s’arrêta dans le confortable fauteuil du barbier, à l’enseigne Dapper Dan’s Hair Cuts.
- J’ai laissé mon chocolat ! cria soudain Thomas.
Il avait, en effet, l’habitude de déjeuner avec un bol de cacao.
- Nous allons en trouver ici !
Disant cela, sa maman poussait la porte du Cable Car Bake Shop. Un établissement accueillant et chaleureux, qui portait ce nom en hommage au tramway de San Francisco dont il avait aux murs de nombreuses gravures. Une dizaine de minutes plus tard, Petit Tom buvait joyeusement son bol de chocolat. Rosetta avait du thé. Ils étaient seuls dans l’élégante salle où certaines tables étaient séparées par de jolies cloisons de bois. La plupart des habitants de la petite ville était encore endormie, au lendemain des festivités. Rosetta espérait que le garagiste soit levé et que la voiture soit prête. En attendant, le ton était joyeux tout en déjeunant. Rosetta disait à ses enfants que très bientôt ils retrouveraient Papa.

Norbert les attendait déjà aux Main Street Motors, fraîchement rasé – il avait trouvé trop petit le miroir dans la chambre pour se raser lui-même – l’automobile avancée jusqu’à la petite place. Parfaitement réparée. Bientôt, ils laissèrent derrière eux cette ville charmante où ils avaient du faire un arrêt de vingt-quatre heures. La suite et la fin du voyage se déroulèrent sans incident. A leur arrivée à Thunder Mesa, ils furent immédiatement conduits à l’hôtel. On dit à Rosetta que son mari tournait en ce moment même. Désirant se rafraîchir avant de le voir, elle demanda simplement qu’on le prévienne de son arrivée. Ce fut fait sans tarder. C’était toujours la scène dans la mine, que la pluie avait gâchée la veille. Le sol était détrempé, l’air affreusement humide, ce dont se plaignait les deux actrices vedettes, ainsi que l’interprète de Martha Ravenswood, mais le soleil brillait à nouveau, de sorte que l’ocre de la montagne ressortait parfaitement bien et se détachait du ciel comme le désirait Henry King et le directeur de la photographie. Entendant le premier que l’épouse de Tyrone était arrivée, le réalisateur s’écria « Coupé ! » et apprit lui-même la nouvelle à son acteur vedette, lui permettant d’arrêter pour le moment. Il y avait d’autres choses à tourner. Rita regarda son amant se précipiter vers l’hôtel. Elle était surprise, n’attendant la légitime épouse sa rivale que le lendemain. Tyrone s’était montré nerveux toute la matinée, tout en gardant un grand professionnalisme dans son jeu, et il lui avait dit que Rosetta avait été retardée. « Pourtant, j’aurais juré qu’elle ne devait arriver que demain, et maintenant arriver dès aujourd’hui est du à un retard ! Je n’y comprends rien. … Mais je m’en moque ! » conclue Rita. Mrs Rosetta Power était arrivée, il faudrait s’y faire…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mer 21 Sep - 0:02

Chapitre VII


Pour l’heure l’homme le plus heureux au monde, Tyrone se précipita vers l’hôtel où son épouse et ses enfants l’attendaient. Les battements de son cœur s’étaient accélérés comme s’il ne les avait vus depuis des mois, des années. Comme s’il était un jeune amoureux inexpérimenté. En cet instant, alors qu’on eut dit qu’il volait vers sa famille, sa chair et son sang, sa bien-aimée Rosetta… en cet instant Rita n’existait plus. Il ne savait plus qu’il avait une maîtresse. Elle n’était plus qu’un nom sur une affiche, celle de « Gilda », peut-être, ou bien sa partenaire de « Blood & sand », une étoile sur Hollywood Boulevard. Pourtant, leur liaison était ancienne et les étonnait tous deux par sa durée. Elle avait commencé avant que Tyrone ne rencontre Rosetta pour la première fois, en 1946. Cinq années, peut-être ? Voilà qui était bien inhabituel chez « The King of 20th Century Fox » et « The Goddess of Hollywood ». Pourtant, il suffisait d’évoquer Rosetta, la douce épouse conciliante qui acceptait tout cela en silence, pour que l’acteur ôte de sa mémoire tout ce qui l’entourait… y compris Rita. Et cette amnésie durait parfois de tout le temps où il serait seul en compagnie de sa famille.

Trois chambres à l’usage des Powers avaient été réservées à l’hôtel. La première était pour Norbert, la seconde pour Helen et les deux aînés ; la dernière, la sienne, qu’il partageait avec sa femme et leur bébé. Ne trouvant personne dans les deux premières, l’acteur se dirigea directement vers la sienne. Rosetta s’y trouvais, occupée à défaire sa valise, adorable toute de bleu vêtue, la couleur préférée de Tyrone. Cependant, lorsqu’il l’emmenait au restaurant ou au cinéma, où il exigeait toujours qu’elle porte du noir. Il avança sans bruit. Elle lui tournait le dos. Son manteau était soigneusement rangé dans l’armoire dont la porte entr’ouverte permettait qu’on le voit, ainsi que son chapeau posé sur une étagère. Elle sortait de la valise ses combinaisons de nylon et ses bas dans l’idée de les déplier un peu. Ses robes et jupes étaient déjà sorties et reposaient pour le moment sur le lit. Alors, tout doucement, l’acteur posa sa main sur l’épaule de sa femme.
- Rosetta…
La jeune femme se retourna aussitôt un poussa un léger cri de surprise. Elle croyait être seule, et qui viendrait la toucher sur l’épaule ? Elle ne reconnut pas la voix de son mari. Ce n’était d’ailleurs pas lui… Elle avait face à elle un homme vêtu comme au siècle dernier, coiffé d’un haut de forme, enveloppé dans une cape, les mains gantées de parme… et son visage… était celui d’un squelette… Livide en l’espace de quelques secondes, la jeune femme, décomposée, entrouvrit une bouche tremblante, des yeux écarquillés agrandis par la peur... Elle perdit connaissance sans un cri, s’affaissant sur le sol comme une poupée de chiffon…

- Seigneur !!
La voix de Tyrone, pourtant, mais étouffée par le masque… Dans sa hâte à retrouver les siens, l’acteur en avait oublié qu’il portait encore son costume de fantôme. Redingote de la fin du XIXème, chapeau haut de forme. La fameuse cape de couleur parme, les gants assortis. Un masque terrifiant au visage figurant une tête de mort. Il avait marché si vite qu’il n’avait pas remarqué l’amusement des quelques personnes, techniciens pour la plupart, qu’il croisa sur le court chemin qui le mena du décor naturel de la montagne au Silverspur Steakhouse. Non que son costume étonne, chacun savait quel était son rôle, mais parce qu’il courait presque en le portant, ce qui donnait un effet involontairement comique à sa démarche. Il avait eu de la chance de ne point tomber alors qu’il portait ce masque entravant pourtant un peu sa vue, mais il était parvenu sans encombre à gravir quatre à quatre les marches qui le conduisirent au premier étage de l’hôtel, jusqu’aux chambres. D’abord stupéfait devant la réaction de sa femme, il se rendait compte à présent qu’il portant ce satané costume. Il ne pouvait qu’imaginer sa frayeur ! D’ordinaire particulièrement émotive, douée d’une aptitude remarquable à s’évanouir à tout propos, Rosetta avait du avoir la peur de sa vie. Enjambant son corps inanimé gisant sur le sol, il alla se pencher devant le miroir de la table de toilette et se rendit à l’évidence que oui, dans ce costume et avec ce masque il était effrayant. Il ôta aussitôt le masque, ainsi que le haut de forme, les gants et la cape. Puis il revint ensuite à sa femme, la souleva dans ses bras et l’allongea sur le lit après avoir poussé les combinaisons. Il lui donna une légère gifle qui produisit aussitôt ses effets : la jeune femme ouvrit doucement les yeux.
- Rosie Chérie… On dirait que tu as vu un fantôme… plaisanta-t-il.
- Tyrone… C’est bien toi…

Voyant son mari éclater de rire, la jeune femme crut qu’il lui avait fait une farce. Il le comprit à son sourire, lisant en elle comme dans un livre ouvert, et ne chercha pas à la détromper en lui disant qu’en vérité il avait oublié d’ôter son costume, même si c’était pour la rejoindre plus vite.
- Je suis heureux que tu sois là, dit-il enfin en l’embrassant.
Rosetta offrit ses lèvres au langoureux baiser de son mari. Il était encore amusant de le voir ainsi à la fois dans sa redingote de fantôme mais son visage et sa coiffure habituelle, serrant sa femme dans ses bras. Il n’avait pas eu besoin de laisser pousser de favoris ni d’avoir des crans aux cheveux comme pour « Suez », lorsqu’il avait incarné Ferdinand de Lesseps, car son personnage de fantôme apparaîtrait toujours masqué à l’écran. Cela le satisfaisait pleinement, lui qui se précipitait chez le coiffeur, au salon Drucker’s, le même que Clark, au moindre centimètre de cheveu en trop, alors que parfois certains films lui avaient imposés des boucles qu’il obtenait naturellement s’il ne faisait pas entretenir ses cheveux très courts. Il ne supportait pas pour un homme les fantaisies capillaires.
- Où sont les enfants et Helen ? demanda-t-il après le baiser.
- Helen a emmené les enfants dans la salle de restaurant pour qu’on leur serve une collation et que l’on prépare le biberon de Dallas. Norbert est avec l’auto.
Des bruits de pas se firent entendre dans les escaliers.
- Ce sont eux ! s’écria Rosetta.
Mais ce n’était pas Helen et les enfants… C’était Rita…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Ven 23 Sep - 21:41

Chapitre VIII


Le sourire de Rosetta se voila légèrement. Telle était toujours sa première réaction en voyant Rita, la maîtresse, lorsque cela faisait un petit moment que les deux jeunes femmes ne s’étaient pas croisées. Il arrivait parfois que Tyrone l’invite à la maison, ainsi que ses amis Clark, Glenn Ford, Gary Grant. Parfois Henry, Ava et d’autres. Rita passait alors une bonne partie de la soirée à épier Rosetta et à lui adresser sourires narquois et paroles doucereuses, mais la jeune femme s’y était habituée. Une seule fois, elle avait demandée à Tyrone pourquoi l’invitait-il « elle » de temps en temps le vendredi soir. Il lui avait répondue « Ce sont mes amis, elle en fait partie » et Rosetta n’avait plus demandé. De son côté, Rita avait du promettre à son amant de bien se conduire en présence de sa femme, d’être très aimable avec elle et de lui épargner les piques qu’elle aimait tant à lancer autour d’elle. De ne plus l’appeler « la marchande de fleurs » comme l’avait fait la presse au moment de la nouvelle des fiançailles, puisque Rosetta avait rencontré Tyrone en livrant des roses dans sa loge, de ne plus s’amuser à faire rougir la timide Mrs Power. Rita avait promis, mais elle avait bien trop de malice pour ne pas se permettre parfois quelque allusion. Tyrone lui adressait alors un regard d’avertissement, sourcils froncés, et tout se passait bien.

Rita venait donc de surgir dans la chambre occupée par les époux Powers au Silverspur Steakhouse. Elle avait fait de ne pas voir Tyrone quitter précipitamment les lieux du tournage pour rejoindre sa famille et s’était concentrée sur le jeu de Clark dans la mine. Henry King avait décidé de tourner les passages où l’on n’avait pas besoin de la présence du fantôme, soit quelques pages de script plus loin. Puis elle avait fini par s’agacer et était partie à son tour. Elle voulait voir Ty, sous un prétexte quelconque, même si elle savait que cela lui ferait mal de le trouver avec sa famille. Se découvrant en présence l’une de l’autre, les deux jeunes femmes se dévisageaient donc en silence. Très vite, Rosetta baissa les yeux, ne pouvant soutenir le regard de Rita. Ce fut d’ailleurs elle qui salua en premier, après un « Rita… » prononcé par un Tyrone visiblement contrarié par l’intrusion de sa maîtresse dans un moment où il retrouvait sa femme, et bientôt ses enfants.
- Bonjour, Rita…
Souriante, Rosetta s’était levée et était allée à la rencontre de l’actrice.
- Bonjour, Rosetta. Vous voici enfin arrivée, Tyrone ne cessait de parler de vous et de regarder si vous arriviez !
Rita souriait aussi, mais d’une façon ironique. Tyrone intervint. Il eut l’envie irrésistible d’agacer sa maîtresse.
- Mais c’est bien normal, Rita ! J’aime tant Rosetta que d’en être séparé même peu de temps est douloureux ! Et les enfants ! Si je ne peux pas les voir tous les jours, c’est comme si… Ooh, Helen !
Rita se retourna. Elle vit « la nounou » comme elle l’appelait qui s’apprêtait à regagner sa chambre avec les enfants. Elle n’eut pas le temps d’être furieuse contre Tyrone. Il venait de passer devant elle comme une fusée pour courir vers ses enfants. Rita vit alors le spectacle d’un Tyrone qu’elle trouvait « gâteux », accroupis devant ses fils, les prenant dans ses bras en riant, tandis que les petits poussaient des cris de joie qu’elle trouvait excessivement bruyants.
- Les enfants !
- P’paaa !!!!!!!!!
Rosetta les rejoignit, tenant le bébé dans ses bras. Maintenant, Tyrone s’adressait à Helen avec autant d’affection que s’il s’était agit d’une cousine de sa femme. Ils parlèrent quelques minutes puis, alors que l’acteur reportait son entière attention sur ses enfants, Helen et Rita échangeaient en silence des regards hostiles. La jeune fille ne comprenait pas comment Mrs Power pouvait tolérer parfois cette femme chez elle. Elle détestait Rita et tenait à le lui faire savoir sans pour autant déplaire à son patron. Elle aimait sa place chez les Powers, Rosetta était son amie, les enfants adorables et Mr Power très gentil. Elle ne lui voyait d’ailleurs qu’un seul défaut : Rita, son infidélité maladive. Mais Rosetta le tolérait, alors elle ne disait rien.
- Rosie Chérie, s’écria soudain Tyrone, si tu es prête nous pourrions aller nous promener avec les petits !
Rita détestait quand il appelait sa femme ainsi.
- Je suis sûr qu’ils aimeront voir Thunder Mesa, n’est-ce pas mes chenapans ? ajouta-t-il en riant, ébouriffant au passage les cheveux de Tyrone IV.
Rosetta approuva. Elle-même voulait découvrir un peu les environs. Elle suivit Helen dans l’autre chambre pour mettre les manteaux aux enfants. Elles entendirent la voix de Tyrone.
- Au fait, Rita, que voulais-tu ?
L’actrice n’eut pas à chercher bien loin. Il y avait un motif tout trouvé.
- Toute l’équipe va se réunir au Lucky Nuggett Saloon, ce soir, tu te souviens ? Tu ne savais pas si tu viendrais, alors je voulais savoir, et… inviter bien sûr ta femme…
Ces dernières paroles lui coûtèrent. Tyrone se mit à rire. Il se surprenait à vouloir être odieux avec elle.
- Mais je t’ai dit que je n’irais pas parce que Rosetta et les enfants allaient arriver ! Ça n’a pas changé, Rita ! C’est avec eux que je veux passer la soirée, et les suivantes. Et je n’emmènerai pas ma femme dans un saloon ! Vas-y avec Clark, plutôt. Il sera ravi !
L’acteur laissa là sa maîtresse furieuse et interdite tout à la fois et rejoignit sa famille qui attendait à l’autre bout du couloir, chaudement vêtue, prête pour la promenade.

Ainsi que Tyrone l’avait prévu, les enfants étaient enchantés de se promener dans Thunder Mesa. Ils passèrent devant les commerces, laissant le saloon derrière eux, puis continuèrent en direction de l’adorable petite gare tout en bois. Ils passèrent devant le Fuente del Oro sans s’arrêter auparavant sur les lieux du tournage. Le travail n’était pas fini, Tyrone ne voulait pas les déranger. Rosetta voulut entrer chez « Tobias Norton & sons », le general store de Thunder Mesa. Elle s’amusait à regarder les vêtements de pionnier avec Helen.
- Regarde, Rosetta…
Tyrone lui montrait une petite poupée indienne.
- Regarde comme elle est jolie ! Je vais l’acheter.
- Mais, nous n’avons pas de petite fille…
- Pas encore, précisa-t-il avec un petit sourire entendu.
La poupée fut achetée.

En sortant du magasin, l’acteur vit que le tournage s’achevait. Il emmena donc Rosetta avec lui pour que ses amis la saluent. Il leur confirma qu’il n’irait pas au Lucky Nuggett. Il passerait la soirée avec sa famille. La nouvelle, au fond, réjouissait Clark…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Sam 24 Sep - 2:28

Chapitre IX


Ce fut en retournant à l’hôtel que Rosetta découvrit Ravenswood Manor. Pourtant imposant, dominant Thunder Mesa de son promontoire, la jeune femme ne l’avait étrangement pas vraiment remarqué à son arrivée. Sans doute trop excitée à l’idée de retrouver son mari, songeait-elle. Pourtant, comment ignorer une telle demeure ? Il n’y avait point de brume pour la masquer. Et c’était seulement maintenant qu’elle lui faisait face qu’elle la découvrait comme une évidence. Elle voyait de loin les grilles de fer forgé, un bout des jardins sur la partie la moins surélevée de la pente. Une gloriette. Elle devinait un pavillon plus loin. Comme hypnotisée, elle crut un instant entendre un chant léger, étouffé, porté par le vent. Elle se sentait portée, comme attirée. Elle voulait pousser les grilles de fer forgée, elle voulait entrer dans ces jardins. Elle voulait…

La voix de Thomas la tira d’une demi somnolence dans laquelle elle avait semblé tomber sous quelque emprise invisible parce qu’elle s’était arrêter pour contempler le manoir. Bien qu’éloignée encore des grilles, quelque chose l’attirait et la fascinait. Lorsqu’elle se retourna vers son mari, ses enfants et Helen, elle vit qu’elle était la seule à s’être tant approchée. C’était comme si le manoir était apparu pour elle. Elle se tourna à nouveau et fut presque soulagée de voir qu’il était encore là.
- M’man ! P’pa est habillé bizarrement !
La voix de Thomas. Effectivement, Tyrone portait toujours la fameuse redingote du fantôme.
- C’est pour le travail de Papa, expliqua-t-elle.
Puis, s’adressant directement à son époux :
- Heureusement que tu as enlevé ce masque affreux, le chapeau et la cape ! Tu aurais terrorisé les enfants !
- Tu as raison ! Déjà, tu t’es évanouie, je suis coupable. Je me demande d’ailleurs pourquoi ne me suis-je pas changé pour me promener ? Tout à l’heure, j’étais pressé de vous rejoindre, mais là ? Imagine que la presse nous ait pris en photos, j’aurais eu l’air bien dans ce costume au milieu de vous !
La jeune femme se mit à rire. Mais une chose n’allait pas.
- Tyrone… Où est la presse ? Je n’ai vu aucun journaliste depuis que je suis ici. Oh, depuis très peu de temps, bien sûr, mais ne devrait-il pas y en avoir comme tout à l’heure lorsque nous avons salué tes amis ?
- Oui, tu as raison ! Pourtant tout le monde sait que nous sommes ici, on en a parlé dans Life, mais personne ! On ne va pas s’en plaindre, n’est-ce pas, ma chérie ?
L’acteur éclata de rire et déposa un baiser sur la joue de sa femme. Ils cessèrent de penser à cela et s’engouffrèrent dans l’hôtel. Mais avant de se remettre en route, Helen se retourna pour regarder le manoir. Un long frisson lui parcourut l’échine. Sans en connaître la raison. Mr Power n’avait pas paru s‘étonner en voyant sa femme avancer pour s’arrêter enfin quelques pas devant eux, les yeux posés sur la demeure. Mais Helen avait ressenti quelque chose et cela lui déplaisait…

Deux heures plus tard, les Powers se rendaient dans la salle de restaurant du Silverspur Steakhouse. Tyrone, sa femme, mais également Helen, les enfants et Norbert. Alors qu’ils descendaient les escaliers, un premier coup de tonnerre se fit entendre, réveillant brutalement le petit Dallas. Rosetta se mit à le bercer, murmurant des paroles apaisantes et douces. Elle non plus n’aimait pas les orages. Elle tenait cette peur de la guerre. Elle n’avait pas connu de bombardements mais chaque coup de tonnerre lui faisait l’effet d’un avion de l’Air Force touché par l’ennemi et tombant en flamme. Elle eut tremblé à chaque minute, à chaque seconde si elle avait été la femme de Tyrone dans ces années-là. Ses talents de pilote, en effet, l’avait conduit à conduire de nombreuses missions sur le front du Pacifique. Un océan qui alors portait bien mal son nom, comme une ironie cinglante. Ce fut, cette fois, la voix de Rita qui la détourna de ses pensées.
- Tyrone ? Tu soupes ici, alors, tu n’as pas changé d’avis ?
- Non, pour rien au monde je ne sacrifierais une soirée avec ma famille, l’entendit-elle répondre.
Rita se mordit les lèvres. Il savait être blessant ! Était-ce la présence de Clark à ses côtés ? Oui, c’était sûrement cela ! Tyrone était jaloux ! Elle s’en convainc et en fut satisfaite, retrouvant aussitôt sa bonne humeur. Elle n’allait pas devenir verte de rage pour « la petite Rosetta ». Elle ne put cependant s’empêcher d’être un peu jalouse alors qu’elle portait son regard sur les mains de Mrs Power. Celle-ci berçait toujours son bébé. L’actrice vit qu’elle portait un très joli vernis à ongles, ce qui lui était interdit à elle pendant la durée du tournage ! Elle se contenta de constater que Rosetta ne portait pas d’autres bijoux que son alliance et une petite croix autour du cou. Tyrone préférait sans doute en offrir à sa maîtresse, à elle ! Il lui avait offert de très beaux colliers, des bracelets magnifiques. Là n’était pourtant pas la raison. Tout simplement, Rosetta aimait la simplicité, et son mari lui avait dit que Thunder Mesa était une ville de pionniers et qu’il n’y avait pas besoin d’y paraître comme lors d’un gala au Graumann’s Chinese Theatre. Devant le refus persistant de Tyrone, les deux acteurs quittèrent l’hôtel pour se rendre au Lucky Nuggett. Clark dans un costume assez sobre. Rita dans une extravagante robe fushia. Les Powers n’entendirent pas celle-ci dire à son compagnon : « Ty devient bien pantouflard ! Il reste avec Madame et les gamins, maintenant ! »

Loin de la salle bruyante et enfumée du saloon, Tyrone, Rosetta, Helen, Norbert et les enfants soupaient agréablement dans le cadre feutré du restaurant. Dallas avait cessé de pleurer. Il suçait à présent son pouce, à demi endormi. Il avait pris goulûment tout son biberon. Un repas avait été préparé aussi tout spécialement à l’intention de Tyrone IV puisqu’il n’avait pas encore dix-huit mois. Il se tenait très sage car l’orage qui continuait de gronder l’intimider. Les deux plus jeunes enfants avaient fini par s’habituer au bruit que cela faisait de temps à autre. Ce n’était pas leur premier orage, mais le premier coup leur faisait toujours peur avant que cela ne passe. Les quatre adultes parlaient du voyage, Tyrone posant beaucoup de questions sur la nuit qu’ils avaient du passer dans cette petite ville, lorsque l’automobile était tombée en panne. Norbert partit dans des explications très techniques que le garagiste lui avait fournies. L’acteur hochait la tête d’un air entendu, puis passait la main dans les cheveux de Thomas lorsque le petit garçon parla des bonbons, du café que l’on avait servi au petit déjeuner à sa maman ce qui les avait conduits à dans un autre endroit. L’on riait, Tyrone ne pensait plus à Rita, Helen au manoir. L’acteur avait enfin quitté l’habit du fantôme pour un costume de ville à fines rayures.
- L’orage, après la pluie qu’on a déjà eu hier ! C’est incroyable ! Il n’y a plus de saison ! dit-il nonchalamment.
Helen se tourna vivement comme il prononçait ces mots : elle avait cru ressentir sur l’instant comme un souffle glacé sur sa nuque. Elle poussa un léger cri en voyant derrière sa chaise un employé de l’hôtel. Tyrone, pourtant assis en face de la jeune fille, ne l’avait pas vu arriver non plus. Sans doute parce qu’il parlait en contemplant son épouse ?
- Thunder Mesa est la ville du tonnerre, dit l’homme avec lenteur.
Les Powers étaient jusque là seuls dans la salle de restaurant. Tout le monde était parti au saloon. Cet homme n’était pas celui qui leur avait apporté les plats. L’acteur vit qu’il portait son nom accroché à son gilet.

« Bill Leota »…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mar 27 Sep - 21:24

Chapitre X


Sans y avoir été invité, l’homme s’empara de l’une des chaises de la table voisine de celle occupée par les Powers et vint s’asseoir entre Tyrone et Helen. « Il vient sûrement de dehors », se dit cette dernière, « son souffle est glacé… Mais il devait être bien abrité car il n’est pas mouillé… » Le souffle froide, en effet, fut la première chose que l’on remarquait. C’était de cette manière, quelques secondes avant qu’il ne commence à parler, que la jeune fille avait senti sa présence. Rosetta ne disait rien, mais elle semblait méfiante, cela se voyait à la petite moue qu’elle faisait tout en regardant l’homme du coin de l’œil. Les enfants le regardaient aussi, mais trop intimidés par cette « apparition » soudaine pour demander « Qui, M’man ? » Quant à Tyrone, ce fut le nom qui lui causa une drôle d’impression : « Bill Leota… Bill ! Un rapport avec cet homme qui est venu me chercher hier et que le barman prétend ne pas connaître ? C’est étrange, je ne me souviens pas de son visage. Je l’ai surtout vu de dos, je l’ai entendu. Je ne me rappelle plus de sa voix… » Afin d’en être certain, l’acteur lui posa la question.
- Je vois que vous vous appelez Bill Leota. Alors, vous êtes un employé de l’hôtel ?
L’homme sourit d’abord de toutes ses dents, puis donna une réponse évasive.
- On peut dire ça…
Il occulta d’avance la prochaine question de Tyrone, qui aurait voulu en savoir plus, en prenant la parole d’un ton monocorde.
- J’ai dit que Thunder Mesa est la ville du tonnerre. Vous savez pourquoi ? Je vais vous raconter quelque chose d’intéressant !

A ces mots, tandis que Dallas s’endormait, les deux aînés prirent leur visage en coupe avec leurs mains, coudes posés sur la table, pour écouter l’histoire. Fascinés avant même de savoir de quoi allait-il être question. Helen et Rosetta s’en aperçurent mais, sans pour autant faire de même, elles de cherchèrent pas, cette fois, à les leur faire ôter. Elles auraient presque pu s’en amuser, tant il était adorable de voir le petit Tyrone IV, un an et demi, se tenir comme son grand frère.
- La ville du tonnerre, la mine du tonnerre de la montagne du tonnerre ! répéta soudain Bill.
Dehors, l’orage grondait toujours. Si l’établissement n’était pas pourvu d’électricité comme il l’était depuis bien longtemps, on eut dit un lieu hanté. S’il n’avait pas été si beau, si feutré et élégant, on eut dit une réunion autour d’un feu de camp pour y conter des histoires de fantômes. Mais ce n’était pas de cela qu’il s’agissait…
- C’est une légende indienne, reprit Bill. Au siècle dernier, lorsque les pionniers ont fondé la ville, ils ont donné le nom de « tonnerre » à tout. Il y avait encore des tribus indiennes par ici – oh, pas pour longtemps, le Général Custer est venu dans la région, lui aussi – les pionniers connaissaient la légende. Mais tout ce qu’ils en ont retenu, semble-t-il, est ce nom qu’ils ont trouvé bien pour leur nouvelle ville. Pourtant, on disait que si les entrailles de la montagne, la mine d’or, étaient exploitées, une créature - que l’on qualifie de fantastique lorsque l’on refuse d’y croire - l’Oiseau Tonnerre, se réveillerait et ferait tomber la foudre sur ces insensés. Et quelque chose est arrivée ! Un éboulement, un tremblement de terre ! La mine s’est effondrée ! Mais elle n’a enseveli que deux personnes : Henry et Martha Ravenswood, qui étaient alors les propriétaires du manoir. On prétend ignorer ce qu’ils faisaient tous deux dans la mine. Elle était exploitée depuis longtemps, déjà… Mais en vérité… Ils y ont été attirés par un être venu de l’Au-Delà pour les punir. Leur manoir… Ravenswood l’a fait bâtir sur un cimetière indien !!!!!!

Le visage de Bill Leota était demeuré livide de tout son récit et ne s’anima pas de la moindre couleur bien qu’il eut conclu presque en criant. Rosetta avait d’ailleurs sursauté. Elle craignait que cet « hurluberlu » effraye les enfants. Mais il n’avait pas fini…
- N’entrez jamais dans le manoir… Des fantômes l’habitent… Ils pourraient effrayer les plus jeunes !
Sur ces mots, Bill se leva et quitta rapidement la salle de restaurant par l’arrière avant même qu’on puisse le rattraper. Norbert avait fait un geste dans cette intention, voulant en savoir plus. Le patron était fasciné lui aussi.
- Un être venu de l’Au-Delà… des fantômes… peste ! En voilà un qui se sera procuré un exemplaire du script de « Bloody Rose » !
Il parut presque tiré d’un état hypnotique lorsque la voix de Rosetta parvint enfin jusqu’à lui.
- Ty… Cet homme a fait peur aux petits !
- Mmm ?
Mais Dallas dormait toujours, nullement importuné par le cri que Bill avait poussé en évoquant le cimetière indien foulé par les fondations du manoir. Tyrone IV et Thomas finissaient leur dessert.
- Les enfants aiment les histoires de fantômes. Mais les petites filles en ont peur lorsqu’elles deviennent grandes, ajouta l’acteur avec une pointe de malice.
Rosetta rougit à cette remarque. Le souper s’acheva paisiblement, jusqu’à l’instant où Tyrone décréta « Allons nous coucher. »

Après avoir embrassé les aînés pour la énième fois, Rosetta sortit de la chambre qu’ils partageaient avec Helen, non sans leur envoyer un dernier baiser de la main. Tyrone l’attendait en lisant un journal vieux de deux jours. Il faisait froid et, bien qu’il fût déjà confortablement installé sous les couvertures, l’acteur portait une robe de chambre sur son pyjama rayé. « Ça ne s’arrange pas en Corée sur le 38ème parallèle ! Ça sent la guerre ! » commentait-il comme elle entrait. Pendant qu’il poursuivait sa lecture, la jeune femme alla se pencher sur le petit lit de son bébé, qu’elle tenait à avoir avec eux pour être là immédiatement lorsqu’il pleurait la nuit. Elle se mit ensuite en chemise de nuit et prit place devant la coiffeuse. Tandis que son mari continuait de commenter quelques événements marquants, elle brossait sa chevelure brune, mettait ses papillotes et un filet par-dessus le tout. Enfin, elle se glissa dans le lit. Tyrone fit mine de ne pas s’en apercevoir, poursuivant sa lecture quelques minutes encore dans un bruissement de feuilles à chaque fois qu’il tournait
une page, dans une odeur d’encre d’imprimerie qui incommodait un peu sa femme mais qui n’osait pas le lui dire – après tout, c’était même moins gênant que le tabac - avant de plier son journal et de le laisser tomber au sol. Il la contempla d’abord en silence, se bornant à sourire, puis fit un geste pour l’inviter à se blottir dans ses bras.
- Viens là…

Quelques minutes s’écoulèrent ainsi. Rosetta, nichée contre son mari, écoutait le tonnerre gronder. Lui-même ne bougeait pas, leur cœur à l’unisson.
- J’aimerais que tu me raconte l’histoire de « Bloody Rose », s’il te plait… demanda soudain la jeune femme d’un air absent mais néanmoins, au fond, attentif à tout ce que son mari dirait.
- Eh bien… Je vais alors te raconter l’histoire d’une jeune fille du nom de Mélanie Ravenswood…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mer 28 Sep - 22:53

Chapitre XI


Tyrone ferma les yeux quelques secondes, cherchant la manière de commencer son récit. Il en vint à la conclusion que le « montrer » ne serait pas plus mal. Il avait pourtant d’indéniables talents de conteur. Tous ceux qui le connaissaient s’accordaient pour dire qu’il avait le sens des mots, le don de la parole. Lorsqu’il se mettait à évoquer des lieux où il était allé, il entraînait chacun avec lui en voyage et l’on voyait en images ce qu’il décrivait. Mais, pour « Bloody Rose », il désirait tourner des pages de papier sous les yeux de Rosetta, raconter comme s’il s’agissait d’une histoire avant de s’endormir. Une romance d’abord, un crime ensuite… Un conte horrifique en définitive.
- Apporte-moi le script, Rosie Chérie, il est sur la table, demanda-t-il.
La jeune femme ne se fit pas prier. Elle se leva immédiatement et alla le lui chercher. Elle reprit ensuite sa place. Le script posé sur ses jambes, Tyrone murmurant à son oreille, un bras passé autour de ses épaules et l’autre tournant les pages, l’histoire pouvait commencer.

Le script en lui-même, dans sa forme, ne présentait aucune originalité. Il ne s’agissait pas, bien évidemment, de l’original, cet étonnant manuscrit véritablement tombé entre les mains de Henry King, qui le conservait dans un lieu connu de lui seul. Le cinéaste s’était d’ailleurs bien gardé d’évoquer ce mystère, prétendant à un scénariste amateur de sa famille, un cousin lointain bien trop timide pour se montrer, tout cela afin de ménager ce que l’on comptait de superstitieux parmi les gens des arts. Dans la profession, cependant, on disant tout bas que le véritable auteur n’était autre que Henry King lui-même et qu’il ne voulait pas que cela se sache. Le script que Rosetta avait sous les yeux était tapé à la machine. C’était un exemplaire parmi d’autres et l’un de ceux destinés à l’ensemble de la distribution. Tyrone avait souligné au crayon rouge ce qui concernait son rôle, fait des accolades, des annotations en marge, encadré les didascalies le concernant. Son habitude était d’apprendre son texte le soir en s’arrêtant à 11 pm.
- Tu connais la distribution, le scénario, n’est-ce pas, Rosetta ?
- Oui, d’après ce dont tu m’as parlée avant de quitter Los Angeles. C’est l’histoire d’une mariée qui erre dans son manoir à la recherche de son fiancé, ignorant qu’il vient de mourir assassiné. C’est terrifiant !
- C’est bien cela. Et cette mariée se nomme Mélanie Ravenswood. C’est le rôle de Rita. Nous sommes bien d’accord pour dire que c’est inapproprié, qu’une autre actrice aurait bien mieux convenu au rôle, mais Henry l’a voulu elle. Heureusement, elle est très talentueuse, elle nous fera croire à son personnage, et nous surprendra ! … Enfin, donc, Mélanie Ravenswood…
Tyrone se rendit compte que sa femme n’attendait pas qu’il parle de sa maîtresse, qu’il fasse l’éloge de l’actrice, mais qu’il lui raconte l’histoire de « Bloody Rose ».

Les pages du script défilaient entre ses doigts au fur et à mesure que, mêlées à son pouvoir sur les mots, à sa voix envoûtante, l’acteur faisait découvrir à son épouse la vie et l’errance de la malheureuse mariée.
- Le film va commencer par un plan panoramique sur la ville de Thunder Mesa. Ce sera en technicolor, puis en noir et blanc à l’intérieur du manoir.
- Et les jardins ? questionna Rosetta avec perspicacité.
- Les jardins en technicolor. Ils sont dehors. Bon, je t’accorde qu’ils font partie du manoir, et j’imagine qu’y pénétrer sans y avoir été convié, du temps des Ravenswoods, aurait valu à l’imprudent un coup de fusil ou quelque chose comme ça…
- Comme si quelqu’un entrait dans notre parc, à Saltair, mais tu ne lui tirerais peut-être pas dessus…
Les deux époux se mirent à rire.

L’orage grondait toujours. Reprenant son sérieux, Tyrone poursuivait l’histoire.
- Maintenant, Rosetta, imagine-toi à la fin du siècle dernier. Je sais que tu n’as aucun mal à le faire tant tu aimerais y vivre. Tu es une jeune fille, l’unique héritière du manoir. Les Ravenswoods n’ont pas eu de fils. Ils savent que par son mariage Mélanie prendra le nom de son époux et quittera la demeure. Pour que leur sang se perpétue à travers elle, son père a décidé que le manoir serait sa dot. En se mariant, elle le place dans la famille de son mari, mais le sang des Ravenswood perdurera dans le manoir par les enfants qu’elle aura. Mais… encore faut-il que cette descendance ait pour l’autre moitié un sang digne de leur grandeur ! Ils n’ont aucun doute là-dessus. Le manoir pour dot, le nom des Ravenswood… Les plus beaux partis de l’État vont se présenter ! Mais… Elle s’est éprise de l’un des cow boys du Critter Corral ! Clark, dans le film, un moustachu rude, bourru et sans distinction mais qui fait battre ton cœur ! Pourtant, Henry consent au mariage. Il a consulté sa voyante, une femme étrange qui lui avait indiqué le terrain où faire édifier son manoir. Elle le persuade de laisser faire, que cela ne peut qu’être bon pour l’avenir de la famille. Henry se laisse convaincre, après tout ce cow boy fera peut-être fortune plus tard. Les préparatifs du mariage commencent donc. Mélanie est la plus heureuse au monde ! Mais tout cela va sombrer dans la tragédie ! Henry n’a jamais reconnu la voyante sous son accoutrement comme celle qu’il a repoussé jadis et qui aurait du être la maîtresse de Ravenswood manor. Elle entend bien se venger. Elle utilise pour cela un homme qui lui est dévouée, organiste de talent et embauché pour la noce. La veille du mariage, ils attirent dans la mine Henry et Martha, cette femme qu’elle hait pour avoir pris la place qui aurait du être la sienne, alors qu’un éboulement se prépare. Rien de bien sorciers, de simples bâtons de dynamite disposés au bon endroit, mais que Thunder Mesa prendra pour la vengeance de l’Oiseau Tonnerre. Tu te souviens de l’histoire que cet homme nous a racontée tout à l’heure, pendant le souper ? Eh bien c’est exactement cela ! Le manoir sur le cimetière indien, la malédiction, et cætera ! Mais bien étrange malédiction qui utilise la dynamite ! On s’en est servi. Oui, mais… Il y avait bien une malédiction ! Après l’effondrement de la mine, Henry reparaît changé en fantôme. Là, ça devient mon rôle ! Il y a une scène que nous avons tourné l’autre jour, quand tu es arrivée et que tu m’as vu dans mon beau costume, où je suis les Ravenswoods dans la mine. Eh bien cela symbolise la transformation future de celui qui avait profané un cimetière indien. Le fantôme de Henry, manipulé par la voyante qui possède le don de parler aux revenants, tue le fiancé de sa fille en le pendant dans un salon hexagonal. Voilà pourquoi la voyante s’était arrangée pour que le mariage soit organisé ! Pour se venger de tous les Ravenswoods ! Sans exception, qu’importe que Mélanie soit une innocente jeune fille qui n’a d’autre tort que d’être la fille de Henry et de Martha. La mariée que la voyante aurait pu être. Le matin du mariage, Mélanie commence à chercher son fiancé, et elle l’attendra toute sa vie, tourmentée par le fantôme de son père mais aussi ceux des invités du mariage, condamnés à ne jamais quitter le manoir. Le film s’achève avec sa mort, et l’on ne retrouve d’elle qu’une poupée vêtue d’une robe de mariée, à l’effigie de la voyante, qui appelle toute personne de passage à entrer et demeurer dans le manoir pour tenir compagnie à ses fantômes.

Rosetta essuya une larme qui perlait au coin de son œil.
- C’est si triste… Si…
- C’est un film, la rassura Tyrone en déposa un baiser sur ses cheveux.
- Oui, mais… Je ne peux m’empêcher de songer à cette pauvre mariée ! Quel scénario !
Un fracas assourdissant se fit alors entendre, arrachant à Rosetta un cri de frayeur.
- C’est une explosion ! s’écria Tyrone.
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mer 5 Oct - 21:27

Chapitre XII


Le premier réflexe de Rosetta fut pour Dallas qui hurlait dans son berceau. Elle le prit dans ses bras, tentant de contrôler les tremblements de ses bras, de se calmer elle-même pour le rassurer, le bercer. Le bruit de l’explosion l’avait arrachée à ses pensées, alors qu’elle tentait de reconstituer l’histoire de Mélanie Ravenswood dans sa tête quelque peu embrouillée par le flot d’informations que son mari lui avait donnée en quelques temps, et le script comportait suffisamment d’éléments pour que les détails échappent à l’attention. Mais pas la mort de la mariée, qui obsédait Rosetta au moment de l’impact.
- Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est ?
Tyrone restait maître de lui-même, bien qu’ayant peur intérieurement, peur qu’il soit arrivé malheur à quiconque se trouvant à Thunder Mesa. Il la serra contre lui pour la réconforter tandis que Dallas criait toujours. Des bruits de pas affolés se firent entendre partout dans l’hôtel, on criait « Au feu ! » sans savoir ce qu’il en était.
- Le feu, Tyrone ! Il faut partir !
- C’est une explosion. Elle était loin, à en juger par ce que nous avons entendu. L’incendie ne peut être ici !
On tambourinait dans la porte de la chambre. A travers les élégantes boiseries, la voix de Helen, paniquée, se faisait à peine entendre au milieu des pleurs des petits. Le Lieutenant Power alla ouvrir. Tous descendirent jusqu’à la réception. Ils étaient seuls avec le personnel, les autres clients étant parti s’amuser au saloon.

Tyrone confia les enfants, que leur mère consolait, Rosetta et Helen à Norbert dont le sommeil lourd l’avait empêché d’entendre si bien qu’ils avaient du aller le chercher.
- Je vais voir ce qu’il en est !
Sur ces mots, l’acteur se précipita au dehors, en trench coat sur sa robe de chambre, imité par le personnel de l’hôtel. Le temps parut bien long en son absence, ne sachant ce qui se passait. L’orage avait cessé et des pluies diluviennes s’abattaient maintenant sur Thunder Mesa. Enfin, au bout d’un moment qui parut une éternité, Tyrone revint en compagnie d’une foule de personnes trempées. L’équipe de tournage au grand complet. Il fallut vite leur donner des couvertures, aussi réquisitionna-t-on celles que l’on avait à la lingerie. Les cheminées de la salle de restaurant du Silverspur Steakhouse furent bienvenues et envahies. Ce lieu feutré où les Powers avaient soupé quelques heures plus tôt prenait maintenant des allures de quartier général en état de guerre.

La foudre était tombée sur le Cowboy Cookout Barbecue. Par bonheur, personne ne s’y trouvait. Tous étaient au saloon, y compris le personnel. Lorsque les vedettes, le réalisateur et tout ce que l’on comptait d’équipes techniques en étaient sortis, chacun s’était dirigé vers son hôtel et ce fut à ce moment-là que la foudre tomba, provoquant un gigantesque incendie. Immédiatement, on s’était précipité sur les lieux. Que faire sinon constater les dégâts ? Par chance, l’incendie fut maîtrisé par la nature même qui l’avait créée. Les pluies diluviennes finirent par avoir raison de lui au moment où la poignée de pompiers de Thunder Mesa arrivait sur les lieux. La façade du Cowboy Cookout Barbecue n’en était pas moins calcinée. Le toit détruit. On ne savait pas encore où loger tout ces gens, aussi pour le moment attendait-on que les pluies se calment pour aviser. Tyrone proposa que, une fois les chambres libres du Silverspur occupées, chacun prenne une personne du Cowboy dans la sienne. Cette idée ne fut pas du goût de Rita.
- Je ne veux pas qu’on prenne ma chambre et je ne veux pas héberger quelqu’un ! trépigna-t-elle.
Sa coiffure était défaite et pendait lamentablement, sa robe fushia trempée, perdue. Elle n’avait plus l’air triomphant de son départ.
- Il faut bien qu’ils puissent dormir !
- Mais pas dans ma chambre ! Arrête de jouer les bons Samaritains, prend-les avec toi si tu veux, mais laisse-moi tranquille !
Tyrone ne se le fit pas dire deux fois à propos de ce dernier souhait de sa maîtresse et, pendant que Rita se moquait des papillotes et du filet de Rosetta, le Lieutenant Power prit la direction des opérations. Les protestations de l’actrice ne firent rien, l’idée fut adoptée. Immédiatement, avec la bonne coopération de chacun qui ne s’appelait pas Hayworth, les chambres furent remplies et celles déjà occupées réparties.

Il y avait encore, quelques instants plus tard, des allers et venues dans les couloirs du premier étage mais ils n’étaient dus qu’à une seule personne : Rita. Furieuse, l’actrice avait du accepter dans sa chambre l’une des maquilleuse du film et cela la contrariait.
- Je ne la veux pas dans mes affaires ! répétait-elle.
Mais Tyrone s’était montré inflexible. Voyant cela, Clark s’approcha de son amie et lui parla d’une idée qu’il avait eu pour qu’elle puisse envoyer la maquilleuse ailleurs : il en avait une lui aussi, pourquoi ne pas les mettre toutes deux dans la même chambre ?
- Ainsi, je pourrai t’accueillir, Rita, ce serait mieux, n’est-ce pas ?
Une gifle sonore fut la réponse de l’actrice. Clark retourna donc se coucher plus malheureux que jamais, guère content de retrouver sa compagne d’une nuit. Tyrone avait pris soin de ne pas faire de chambre mixte mais la jeune femme avait fait un échange pour être avec Clark. L’aubaine était trop tentante. Cependant, si en temps normal, il aurait été enchanté de cela, cette fois cela n’arrangeait pas ses affaires.

Tyrone, lui, n’avait pris personne car il avait déjà Rosetta. La jeune femme dormait paisiblement dans ses bras. Il n’osait faire le moindre mouvement, de peur de la réveiller. Il n’avait pas sommeil. Son regard allait de son épouse à leur bébé, et les minutes s’égrenèrent ainsi. Thomas et Tyrone IV devaient certainement dormir aussi. Tous, sauf lui, peut-être… Il considéra le journal au sol ; il l’avait déjà lu plusieurs fois. Son texte ? Il le connaissait et n’avait guère envie de s’y replonger. Il avait le Reader’s Digest, mais il était dans ses bagages. Non, mieux valait dormir, essayer. Souriant avec tendresse, il se mit à caresser doucement du regard le doux visage de Rosetta. Quelques minutes passèrent encore… Il s’impatientait de ne point trouver le sommeil. Son sang irlandais le rendait peu patient. C’était la raison pour laquelle il ne supportait pas les retards, de quelque nature qu’ils soient. Relâchant son étreinte, se levant avec précaution afin de ne point réveiller sa femme, il quitta la pièce toujours enveloppé dans sa robe de chambre. Fumer le calmerait. Il s’installa dans l’escalier. Tandis qu’il allumait une cigarette, il vit Rita passer en bas et se diriger vers la porte en pestant. Elle portait un trench coat et un chapeau de pluie jaune. Furieuse, elle se plaignait à voix haute de l’indifférence de Tyrone.
- … Et puis d’abord je hais ma chambre ! Il y en aura de plus dignes de moi à côté ! Après tout, je suis encore une Princesse ! ajouta celle qui avait été plusieurs années l’épouse de l’Aga Khan et dont le divorce n’était pas encore clos.

Tyrone venait de comprendre… Rita avait l’intention de dormir dans… Ravenswood Manor !
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mar 18 Oct - 18:30

Chapitre XIII


Il pleuvait toujours mais moins abondamment toutefois. Rita n’hésita pas un seul instant à traverser ce rideau de pluie pour rejoindre Ravenswood Manor. Bien que superstitieuse, ou du moins le prétendait-elle, la légende ne la retenait pas. Ni de savoir le manoir vétuste. Tyrone, lui, y songeait.

« Ce ne sont pas des fantômes qu’elle va voir, mais des plafonds et des planchers vermoulus et pourris ! Pourquoi diable nous en interdirait-on l’accès pour le tournage s’il n’y avait pas un réel danger ? Pour ceux qui croient aux fantômes, on sait qu’ils sont supposés sortir la nuit et nous tournons le jour ! C’est bien qu’il y a des termites géants qui rongent les murs, les portes et si tout doit s’écrouler sous ses pieds ça va coûter cher à la Fox ! Non mais, vous rendez-vous compte ? Il faudra dédommager la Columbia ! C’est bien le drame quand on loue des acteurs aux autres Studios ! Qui plus est… »

Sous le porche du Silverspur Steakhouse, regardant Rita pousser sans aucune difficulté les grilles qui marquaient l’entrée des jardins du manoir – preuve qu’elles étaient plus qu’usées ! – Tyrone se tut en instant avant de reprendre son monologue. Le ton variait d’une seconde à l’autre.

« … Qui plus est… Rita est mon amie, surtout mon amie… Je ne supporterais pas qu’à cause de sa bêtise, de sa jalousie à l’égard de Rosetta il lui arrive quelque chose. Idiote, croit-elle que je peux m’afficher avec elle quand Rosetta et les enfants sont là ? Ah non, alors, je te jure ! »

Entre inquiétude et exaspération, Tyrone écrasa la cigarette qu’il venait d’allumer et se dirigea à grand pas vers le manoir.

L’actrice était à présent hors de portée de sa vue. Elle avait pénétré dans les jardins endormis. Nul ne pouvait désormais la voir, pas même Helen, songeuse sur le balcon de bois circulaire de l’hôtel. La jeune fille avait remarqué, en tirant les rideaux et fermant les volets, que l’on voyait fort bien le manoir de la fenêtre de sa chambre. Elle avait passé sa tête sous l’encadrure à guillotine et L’avait vu. Lui. Ravenswood Manor. Il exerçait une sorte de fascination sur elle depuis la promenade avec Monsieur et Madame Power. Passant une robe de chambre sur sa chemise de nuit, alors que les enfants étaient profondément endormis, elle s’était alors rendue sur ce balcon. Accoudée à la balustrade, protégée de la pluie désormais fine par le léger rebord du toit, elle contemplait le manoir maudit. Elle avait vu une ombre aller jusqu’à lui avec l’indifférence de celle qui ne croyait pas aux fantômes tout en ressentait une très forte attraction pour un lieu qui semblait en contenir, bien qu’il soit seulement en ruine, disait-on.

En revanche, Tyrone attira son attention lorsqu’il passa. Encore une fois, la lune révélait à chacun ce qu’il désirait voir, et Monsieur Power était de ceux-là. Helen l’aimait en secret depuis ce jour où elle était arrivée chez lui pour cette place de nounou, en réalité une place d’amie pour Rosetta. Éprise de lui en secret, la jeune fille était souvent tourmenté et obnubilé par lui. Cela arrivait la nuit, non quand elle le voyait car dans ces moments-là elle voyait le patron, l’ami aussi. Mais la nuit… Cela durait depuis bientôt trois ans. Elle espérait un jour qu’il la remarque enfin comme elle le désirait, comme il remarquait d’ordinaire les autres femmes, celles qui lui plaisaient. Cela lui donnait parfois de terribles doutes, peut-être ne lui plaisait-elle pas du tout ? Tyrone avait Rosetta, l’ancienne petite marchande de fleurs, mais au contraire de Glenn Ford il aimait passionnément les actrices. Helen se définissait comme « une Rosetta avant Lui », mais la place de « Rosetta avant Lui » était prise et cela la mettait au désespoir. Elle se disait qu’il fallait peut-être forcer le destin pour qu’il la remarque d’une manière autre, mais depuis trois ans elle n’avait jamais rien tenté. Elle n’osait pas pour de multiples raisons. Ce n’était point sa nature, elle était timide, réservée et elle-même s’emportait lorsqu’elle voyait la manière dont se comportaient les amies de Tyrone. Elle craignait également de perdre son emploi qu’elle désirait conserver plus que tout même s’il arrivait que côtoyer l’acteur pût être comme mourir chaque jour. Elle affectionnait très sincèrement Rosetta qu’elle ne voudrait faire souffrir pour rien au monde. Il y avait déjà assez de Rita et d’autres femmes pour la rendre malheureuse. De la part de Helen, ce serait comme une trahison. Elles étaient amies, logeaient sous le même toit. Mrs Power avait confiance en elle, elle lui confiait ses enfants lorsque sa présence était requise auprès de son mari lors de ces interminables galas. Alors Helen se résignait… Elle se résignait depuis trois ans…

Avant même de parvenir aux grilles du manoir, Tyrone s’arrêta dans sa course. Il avait hâté le pas, voyant qu’il perdait de vue Rita. Il était maintenant immobile, face à ce lieu étrange. Une plaque de cuivre était apposée là. Elle avait la forme d’un démon et portait l’inscrïption latine « Non omnis moriar ». Cela eut arrêté n’importe qui, par curiosité, désapprobation devant quelque chose d’aussi mauvais goût pour marquer l’entrée d’une habitation, ou bien par peur, paralysie peut-être, mais ce n’était pas le cas de Tyrone. Dans la nuit, il avait seulement distingué une plaque de forme ovale sans en voir les cornes, le sourire grimaçant. Sans pouvoir deviner ou lire la devise. Il ne pleuvait plus. Cela avait été si violent, avant de s’arrêter brusquement comme pour permettre à quelque mortel imprudent de s’enfoncer dans la nuit noire et aller jusqu’au manoir, qu’on eut dit qu’une main invisible, un deus ex machina, venait de refermer le robinet du ciel. Face au manoir, il était difficile d’en attribuer le mérite à Dieu. Cela semblait le territoire du diable. Pourtant, Tyrone ne ressentait pas tout cela ; il était encore convaincu que le manoir était seulement pourri par des décennies d’abandon. Il eut fallu, ainsi que cela devait être dans le film qu’il tournait, en cet instant un coup de tonnerre pour révéler à ses yeux la plaque, l’inscrïption. Il n’aurait alors plus manqué qu’une intervention orchestrale en son western electric. Pourtant, nulle besoin d’effets spéciaux, l’atmosphère était étrange en elle-même. La nuit était noire à l’entrée du manoir, elle était baignée par la lune rousse devant le Silverspur Steakhouse. Helen distinguait Tyrone en contrebas. Le balcon circulaire faisait le tour de tout le premier étage et dans son extrémité se rapprochait de beaucoup du manoir. Pourtant, la lune se cachait de l’acteur. Un nuage, sans doute. Il ne pouvait voir que les grilles, la forme de la plaque, le début des jardins. Mais, en se retournant, il vit Helen sur son balcon, Helen qui l’observait.

L’acteur fit un signe de la main, s’avança jusqu’au balcon. Portant un doigt à sa bouche, pour lui ordonner le silence, il dit à la jeune fille : « Je vais chercher Rita ; le manoir est dangereux mais cette idiote y est partie. Ne réveillez pas Rosetta ! » Le son ayant la faculté de monter, la nuit étant silencieuce, Helen entendit. Les paroles de Tyrone la mirent en colère au point de vouloir se quereller avec lui mais il avait déjà disparu. Il s’enfonçait à nouveau dans les ténèbres. Main posée sur la grille encore entrouverte après le passage de Rita, Tyrone la poussa sans hésitation et entra dans les jardins de Ravenswood Manor…

Du haut de son balcon, Helen, les larmes aux yeux, murmura : « Rita, idiote, oui. Mais vous… Oh, quel imbécile… »
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mar 25 Oct - 18:35

Chapitre XIV


Un silence paisible environnait à présent l’hôtel, à peine perturbait quelques instants auparavant encore par le ruissellement de la pluie. Une telle tranquillité était plus que jamais la bienvenue après le terrible orage, la foudre et l’incendie qui avaient détruit une partie du Cowboy Cookout Barbecue. A présent chacun, dormait en attendant le jour. Henry King avait prévu de tourner encore quelques scènes extérieures dans les décors naturels de la mine, avant de franchir les grilles du sanctuaire de Thunder Mesa, Ravenswood Manor. Non pour y tourner des scènes d’intérieur, puisque cela lui était interdit, mais pour les jardins. Les fabuleux jardins que le script décrivait comme enchanteurs du temps de la splendeur des Ravenswood et qui n’étaient plus qu’abandon portant, selon la légende « le parfum des roses mortes ». Ils seraient parfaits pour de longs travellings en steadycam, plans aériens et contre-plongée à la Welles. Montrer les jardins après la déchéance, s’en servir pour montrer les effets du temps qui passent.

Le cinéaste comptait filmer une statue qui se couvrirait lentement de neige, laquelle fondrait ensuite et finirait par découvrir la pierre nue couverte de mousse et de lichen, creusée par endroits de fines rainures causées par le passage du temps, brisée peut-être par endroit, polie et usée. Cette idée lui plaisait et il avait hâte de faire les prises de vue nécessaires. Son autre projet concernant les jardins avait pour nom « opération Gazebo » et pour objet une charmante gloriette. Certainement en ruine elle aussi, il comptait la faire photographier sous tous les angles afin d’en obtenir une copie en studio servant aux scènes fastes de la destinée du manoir. « La splendeur des Ravenswood », expression qu’il s’était plu à évoquer plusieurs fois, pestant de ne pouvoir l’utiliser en sous-titre de « Bloody Rose » pour la première partie du long métrage, répétant « mais pourquoi cet imbécile d’Orson Welles a-t-il appelé l’un de ses films « La Splendeur des Amberson » ? Il ne faisait cependant pas cette remarque devant Rita puisque Orson était son ex mari, avant le Prince. Mais l’appréhension des jardins du manoir n’était pas encore pour demain. Il y avait déjà bien des choses à faire avant de boucler les scènes de la mine. Il fallait déblayer le Cowboy Cookout, récupérer les chambres qui pouvaient être habitables pour désengorger le Silverspur où bien trop de monde était entassé.

Enroulée dans les couvertures, Rosetta dormait paisiblement sans se douter que Tyrone était parti depuis maintenant deux heures. Il savait quitter le lit avec précaution et ne pas la réveiller à moins de le vouloir. Ce furent les pleurs de Dallas qui la firent revenir du pays des songes dans un gémissement étouffé. Elle ouvrit des paupières encore lourdes de sommeil et laissa aller instinctivement sa main sur le matelas, à la place occupée par Tyrone, pour voir s’il dormait ou bien si les pleurs l’avaient réveillé aussi. Elle constata alors qu’il était parti. Rosetta ne s’occupa alors que de son bébé qui pleurait toujours et de plus en plus fort. Il n’y avait pas à chercher Tyrone, il reviendrait. Il n’avait pas disparu et il pouvait même y avoir plusieurs raisons à son absence. Il pouvait s’être rendu aux toilettes à l’autre bout du couloir, il pouvait être allé fumer en bas si par hasard le sommeil ne venait pas… et il pouvait être avec Rita. Non, pas cette fois, corrigea mentalement la jeune femme. « Rita a du partager sa chambre avec une maquilleuse ou je ne sais plus qui. Il n’irait pas alors qu’elle n’est pas seule. » Elle changea les couches de Dallas et se remit au lit ; mais ne s’endormit pas. Elle attendait qu’il revienne. Elle s’étonna lorsqu’elle entendit frapper à la porte. Il n’aurait jamais fait cela. Emmitouflée dans un châle, elle se leva, pencha l’oreille contre le panneau de bois et demanda ce que l’on voulait. C’était Helen.

La promenade sur le balcon circulaire était finie depuis longtemps pour la jeune fille. Elle était rentrée une fois que son patron eut disparu de son regard dans les jardins de Ravenswood Manor. Elle était alors rentrée se coucher en pestant contre lui et surtout contre Rita, et n’avait pas s’endormir. Elle songeait à Mrs Power qui connaissait leur liaison et ne disait rien. Elle aurait voulu aller à l’encontre des ordres du patron, aller dire à sa femme qu’il était parti dans cet horrible manoir, mais elle ne voulait pas non plus la réveiller. Peut-être serait-il de retour assez tôt pour qu’elle ne se rende compte de rien ? Les pleurs de Dallas lui firent comprendre que Rosetta était réveillée. Elle savait donc que son mari était parti. Elle venait donc la voir, tenant une lampe torche afin d’épargner à Dallas le désagrément de devoir allumer la lumière.
- Helen ? Entrez, asseyez-vous !
- Merci, Madame. Je…
Rosetta remarqua la nervosité de la jeune fille.
- Mais que se passe-t-il ? Thomas et Ty IV dorment-ils ?
- Oh oui, ne vous inquiétez pas ! Je… Je voulais seulement… On dit que cette chambre a une belle vue sur le manoir ! Puis-je regarder ?
- Euh, oui…
Rosetta était surprise, le comportement de Helen était des plus étranges. Elle commençait à s’affoler.
- Vous savez que Tyrone est parti, n’est-ce pas ?
Helen dut l’admettre.
- Où est-il ? Vous le savez ? Vous êtes bien venue ici pour me le dire, n’est-ce pas ?
- Il… C’est… En vérité, j’ai seulement entendu Rita dire qu’elle voulait voir le manoir de près et je l’ai vu se diriger vers les grilles, les ouvrir et pénétrer dans les jardins…
Rosetta comprit alors. Helen, quant à elle, avait su lui faire comprendre sans lui dire, elle n’avait donc pas contrevenu à la volonté de son patron.

Une fois Dallas confié à Helen, Rosetta s’habilla à la hâte.
- Je dois aller le chercher ! Cette demeure n’est pas sûre, un plancher, un plafond pourraient s’écrouler, que sais-je encore ?
Réprimant ses larmes, elle ferma la porte à double tour derrière elle et tendit la clé à la nounou. Cette dernière avait voulu qu’elle sache, mais maintenant elle doutait d’avoir eu là une bonne idée. Et si Mrs Power avait un accident ?
- Vous ne pouvez y aller seule ! Cette demeure est dangereuse pour vous aussi ! Faites-vous au moins accompagner !
Avisant un peu plus loin la porte de la chambre de Clark, Rosetta opina. La peur que Tyrone ne tombe dans un trou dans cette maison rongée par les décennies avait été plus forte que la raison. Elle était consciente de se retrouver tremblante de peur, toute seule dans la nuit, par le simple fait d’ouvrir la porte de l’hôtel et de passer la tête hors du battant, vers l’inconnu et l’obscurité. Rosetta avait peur du noir, peur de la nuit et elle ne sortait jamais seule. Elle serait un bien piteux secours si elle ne parvenait même pas à quitter l’hôtel !

Frappant quelques coups légers, Rosetta espérait que Clark ne dormait pas trop lourdement et l’entendrait. Elle attendit un bref instant, nerveuse, tordant ses mains, jusqu’à ce qu’enfin la porte de la chambre s’ouvre.
- Clark, dit-elle alors, j’ai besoin de votre aide…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mar 25 Oct - 18:36

Chapitre XV


Le premier mouvement de surprise provoqua un léger décalage entre les deux bouts de la moustache de Clark. Le second la remit à sa place.
- Rosetta ? C’est vous, c’est bien vous ?
Que lui arrivait-il donc pour qu’elle vienne ainsi frapper à sa porte, en pleine nuit ?
- Puis-je entrer, s’il vous plait ?
- Ooh, euh, oui, bien sûr !
Se ressaisissant, il s’écarta de la porte pour la laisser passer. Il lui indiqua un fauteuil tandis qu’il tirait le verrou derrière lui.
- Vous avez vu ? Elle dort, elle dort bien, même ! La lumière est allumée – je ne trouve pas le sommeil par terre sur ce fichu matelas – vous frappez à la porte, je parle, aucune réaction !
L’acteur désignait en riant la maquilleuse qu’on lui avait donné à héberger. Rosetta regardait, en effet, cette jeune femme endormie en boule alors que Clark se promenait dans la pièce, trouvant sans doute peu agréable le matelas que l’on avait apporté pour elle en renfort ; par galanterie, il lui avait laissé le lit et le regrettait peut-être un peu, en particulier son dos.

Un second fauteuil fut approché près de celui de Rosetta et l’acteur s’y assit, jambes croisées, offrant le spectacle d’un Clark Gable en pantoufles. La jeune femme s’attarda sans le vouloir sur un détail, l’initiale brodée sur la robe de chambre, identique à ce qu’elle voyait du pyjama : un C comme Clark qui ressemblait aussi à un G comme Gable. Elle n’arrivait pas à déterminer de laquelle des deux lettres il s’agissait, comme si cela avait quelque importance capitale. Elle se souvint qu’elle n’était pas venue pour cela lorsqu’il demanda :
- Que puis-je pour vous, Rosetta ? Vous avez l’air bouleversée…
Levant les yeux vers lui, elle constata que Clark avait l’air sincèrement inquiet.
- Tyrone est parti, il est allé dans le manoir !
- Quoi ? Allons, Rosetta, vous avez rêvé, sans doute ! Pourquoi Ty irait-il dans le manoir et en pleine nuit, en plus ? Vous êtes sûre qu’il n’est pas dans l’un des salons du bas ? Au bar, peut-être ?
Il n’osa pas suggérer qu’il puisse être dans une chambre quelconque avec une autre femme, mais il y pensait et il trouvait que c’était manquer d’élégance alors que Rosetta était dans le même bâtiment.

Pour toute réponse, Rosetta se mit à pleurer.
- Il a suivi Rita dans le manoir. J’ignore la raison, s’ils ont voulu se retrouver là-bas… s’isoler… ou bien s’il l’a suivie, s’il veut la rejoindre ou la ramener… mais… peut importe ce pourquoi… Le manoir est dangereux, Clark, il ne faut pas les laisser là-bas…
Le sourire de Clark mourut sur ses lèvres. C’était donc vrai, Tyrone avait commis cette folie ? Comment osait-il donner tant de chagrin à une femme si gentille ? Et son inconscience n’était pas seulement en cause : il y était… avec Rita ! Les moustaches de Clark se mirent à frémir d’indignation. Sa Rita ! Non contente d’assortir d’une claque son refus de partager la chambre, elle partait vers ce manoir dangereux pour y réaliser on ne sait quelle lubie ? A celle qui hantait ses nuits, il n’adressait plus seulement que de douces pensées, il avait envie de la gifler et il enviait Glenn Ford qui pouvait le faire si souvent dans les films dont ils partageaient la vedette : il ne faisait jamais semblant et frappait de bon cœur par souci tout professionnel de réalisme. Rita, du reste, en faisait autant, ne lui avait-elle pas cassé deux dents sur le tournage de « Gilda » ? «Mon pauvre Glenn, tu n’as pas la mâchoire solide ! Je sais bien que Rita peut être brute, mais de là à t’endommager ! » Mais ce n’était pas cela qui importait à Clark !

Clark était doublement peiné, pour Rosetta et pour lui ; doublement fâché. Il en voulait à Rita pour la manière désinvolte et moqueuse dont elle le traitait, lui qui avait pour elle des sentiments si forts et qu’il n’éprouvait pour aucune autre femme, ne voulant donner son cœur à aucune autre depuis le décès tragique de son épouse Carole dans un accident d’avion. Il en voulait à Tyrone d’avoir si peu de considération pour Rosetta : était-ce trop lui demander de faire preuve de discrétion dans ses aventures ? Il n’était pas obligé de la tromper impunément presque sous le même toit, ni se rendre dans ce satané manoir alors qu’elle était là ! Clark souriait en regardant la jeune femme, visage enfoui sous ses mains, sanglotant. Elle était l’épouse que tout homme rêvait d’avoir pour qui recherchait la stabilité d’un foyer. Lui-même se demandait « aurais-je été sensible au dévouement que l’on devine en la voyant si Rita ne tournait pas dans mon cœur comme un vautour sur… », alors qu’elle murmurait dans un souffle :
- La vie de Tyrone ne vaut pas une nuit avec Rita dans un manoir…
Effondrée, elle se laissa glisser en avant et vint pleurer sur les genoux de Clark.

Quelque peu gêné et embarrassé d’avoir le visage baigné de larmes de Rosetta Power sur ses genoux, Clark se retrouva pendant quelques instants sans savoir que faire. Elle était recroquevillée comme une enfant et avait passé les bras autour de ses mollets pour rester accrochée. Doucement, il décroisa les jambes, ce serait plus confortable pour elle. Elle avait du sans nul doute se cogner le front à la rotule en s’effondrant ainsi ! Souriant de telles considérations pratiques qu’il ne pouvait s’empêcher de faire, Clark passa doucement la main dans les cheveux de la jeune femme, avec beaucoup de tendresse avant de la relever doucement.
- Allons, ne pleurez pas…
Il se mit à fouiller dans ses poches et finit par trouver un mouchoir qu’il lui tendit.
- Tenez. Il est propre…
Cette dernière remarque fit rire Rosetta tandis qu’elle essuyait ses larmes et s’asseyait à nouveau.
- Pardonnez-moi…
- Il n’y a rien à pardonner. Mouchez-vous, soufflez fort et faites-moi un beau sourire !

Ils se mirent à parler un peu. De Tyrone, de Rita. Dans chacun des mots de Rosetta transperçait comme une évidence l’amour empli d’abnégation qu’elle éprouvait pour son mari. Si Clark avait très souvent envie de se moquer d’elle – « le bac à fleurs », disait Rita – il la respectait profondément pour cela. Rosetta était sincère et dévouée. Il ne doutait pas de sa réponse lorsqu’il lui dit qu’il fallait pardonner à Rita la mauvaise influence qu’elle exerçait sur Tyrone. Elle ne lui en voulait pas. Elle savait par ailleurs que la vie avait été loin d’être tendre avec elle et que l’année précédente encore elle ne l’avait guère ménagée. Mais avant même d’apprendre que Rita cachait un cœur blessé, Rosetta lui avait pardonnée. Elle avait immédiatement choisi de se résigner et de faire preuve de patience en supportant les aventures de son mari, gardant pour elle la souffrance qu’elle ressentait lorsque cela devenait voyant. Si elle voulait le faire revenir à l’hôtel, ce soir, c’était en raison de la dangerosité du manoir. Elle voulait lui éviter un accident et par là même en éviter un à Rita.
- Clark, vous voulez bien m’accompagner ? Toute seule, je ne pourrai pas. J’ai peur…
- Oh oui, je viens !
Clark passa un trench coat sur sa robe de chambre. Au moment où il allait passer la porte, il revint en arrière.
- Je ferai bien de mettre des chaussettes, grogna-t-il, sinon je vais avoir froid au pieds, moi ! Aah, et des chaussures, aussi ! Mes pantoufles seraient fichues !

Quelques instants plus tard, Clark et Rosetta se dirigeaient vers le manoir, éclairant leur pas de la lueur blafarde d’une lampe torche…


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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Jeu 27 Oct - 0:50

Chapitre XVI


Le couple insolite et inédit formé par Rosetta et Clark pour venir en aide aux imprudents offrait un contraste saisissant avec l’austérité du manoir. Clark portait à la fois pyjama et robe de chambre avec manteau, chaussette et souliers. Rosetta, quant à elle, était habillée mais son visage angélique devint pâle et inquiet en découvrant, à la lueur de la lampe torche de l’acteur, le démon grimaçant de la plaque de cuivre qui ornait les grilles épaisses. Il défendait la demeure sous la devise « Non omnis moriar », ces mots que Tyrone n’avait pas vus.
- C’est un démon, Clark…
Il ne répondit pas, éloignant aussitôt le faisceau de la lampe.
- Entrons, dit-il simplement.
Et Clark poussa les grilles séparant Thunder Mesa des jardins de Ravenswood Manor, telles le passage entre deux monde : celui des vivants, celui des morts. Le claquement grinçant du portail se refermant derrière eux d’un coup sec fit sursauter Rosetta. Elle se retourna un bref instant sur ces grilles geôlières qui scellaient dès lors sa destinée : continuer, ne pas revenir en arrière. Elle se mit à frissonner.
- J’ai l’impression qu’elles ne s’ouvriront plus…
Clark s’était avancé de quelques pas, levant la lampe de tout côté pour s’orienter, ce qui eut pour effet de plonger la jeune femme dans l’obscurité lorsque la lumière n’était pas dirigée vers elle. Il se borna de hausser les épaules à sa remarque. Ce n’était pas une grille vermoulue avec un démon en cuivre qui empêcherait Clark Gable de quitter les lieux quand il l’aurait décidé. Il revint enfin près d’elle et désigna un escalier de pierre menant à la partie supérieure.

Les jardins avaient été, en effet, dessinés sur deux niveaux, le terrain quelque peu accidenté du promontoire ne pouvant qu’être aménagé en terrasse. La première chose que vit Rosetta fut un lion de pierre, ainsi qu’une sphère taillée sur une petite colonne dont elle ne saurait dire la matière mais qu’elle nommait bronze vraisemblablement par erreur. C’était assez joli. Elle avait déjà vu ce genre de statue dans les jardins de quelques villas, à Hollywood. Peu commun, en revanche, fut le rapace qu’elle découvrit ensuite. Vautour ? Elle ne le savait pas, mais la statue avait un air qui ne lui plaisait pas. Un air… Une statue, un oiseau de pierre, peut-il en avoir ? Elle avait une impression bizarre. Il fallut détourner son regard pour ne plus avoir la sensation déplaisante d’être suivie du regard par ce qui ne vivait pas.
- Voilà quelque chose dont je ne voudrais pas chez moi !
Clark grogna un « Moui » et l’incita à le suivre vers l’escalier majestueux faits de pierres blanches qui menait à la partie supérieure.

A gauche s’élevait sur un petit monticule une charmante gloriette d’un ton foncé et patiné par le temps, surmontée d’une lanterne ; dénuée de porte, ses côtés hexagonaux, entièrement vitrés, s’ouvraient sur le devant pour permettre l’entrée. Rosetta s’arrêta pour la contempler et Clark, voyant qu’elle n’avançait plus, fit de même pour ne pas la laisser dans le noir.
- Que c’est joli !
- C’est ce qu’on appelle un « gazebo », Rosetta ! Savez-vous d’où vient ce mot ?
La jeune femme fit non de la tête.
- D’un cri d’admiration français « Que c’est beau ! », déformé en « kasébo » et enfin « gazebo » !
Si la forme de la moustache de Clark l’avait permis, il l’aurait alors lissée entre ses doigts avec un petit air de fierté pour avoir fourni cette explication, en particulier devant le regard admiratif que lui lança Rosetta.
- Henry veut tourner une scène où Rita prend le thé dans ce gazebo. Il sera meublé d’un fauteuil et d’une petite table où il y aura une théière et quelques babioles. Bien sûr, il sera reconstitué en studio, celui-ci est en bien trop mauvais état.
- Il est pourtant si beau…
- En mauvais état. Il servira pour les scènes du manoir après la déchéance.
Rosetta était fascinée par le gazebo. Si Clark ne l’avait pas appelée pour continuer leur chemin, y serait-elle entrée ? Elle l’ignorait, mais elle en eut la tentation. Elle s’y voyait assise, laissant aux rayons d’un brillant soleil de Juin le soin de filtrer à travers les vitres. Elle voyait le thé fumant, dans sa robe sombre, versé dans les tasses de porcelaine. Elle entendait une mélodie, échappée de l’un des premiers gramophones. Elle…
- Allons, venez. Nous ne pouvons pas nous attarder…
Clark venait de la tirer d’un rêve éveillé, un rêve qui aurait pu être dangereux à en croire le frisson qu’eut la jeune femme en détachant ses regards du gazebo pour le suivre. En silence, elle gravit les marches du bel escalier à ses côtés, se détournant de ces impressions fugaces. Il restait comme une mélodie, autant qu’il pouvait en être… emportée par le vent.

Les deux visiteurs gravissaient mes marches sans peine. Elles étaient larges et parfaitement accessibles. Clark faisait cependant attention à Rosetta, veillant à ce que chacun de ses pas soient éclairés. Si elle était restée en arrière, si elle s’était éloignée, il l’aurait remarqué et n’aurait pas continué en l’ignorant, attendant qu’elle trottine pour le rejoindre dans le noir. Il comprenait qu’elle avait peur de la nuit, très peur, même, et qu’elle faisait l’effort de passer outre pour Tyrone. Il la voyait frissonner, jeter alentours des regards inquiets. Il ne pouvait que lui venir en aide.
- Oh, regardez ! Encore un « G » comme « Gable » ! s’écria-t-il soudain.
Un trait d’humour pour désacraliser l’austère majesté des lieux. Se doutant que Rosetta ne comprenait pas, il donna la solution de l’énigme :
- G comme gate, gardens, gazebo et maintenant garden pavilion !
Un pavillon se dressait devant eux. Non une gloriette comme le gazebo, mais une vaste structure de bois jouxtant la demeure sur la gauche. Une fontaine de pierre semblait exercer un étrange pouvoir sur Rosetta qui s’avança vers elle. Elle était à la fois attirée et repoussée par elle. En son centre, la statue d’un nu féminin se penchait comme pour recueillir une eau, tarie depuis longtemps. Imaginant à nouveau une mélodie ancienne, imaginant des voix susurrant à son oreille, des conversations, une garden party, Rosetta tendit lentement la main pour toucher du bout des doigts le visage de la femme de pierre. Clark la retint en lui prenant le poignet avant même qu’elle l’eut effleuré. Ce qu’elle imaginait disparut comme soufflé au loin, chimériques cendres, par la voix de Clark.
- Ne touchez pas, Rosetta. Qui sait si vous pourrez quitter ces lieux si vous touchez une chose d’ici ?
- Mais…
Les yeux pétillants de Clark lui firent cependant comprendre qu’il plaisantait.
- Mais ce n’est pas la statue du Commandeur, et ce n’est pas le manoir de Don Giovanni, reprit-elle en se ressaisissant.

Laissant derrière eux le pavillon, ils empruntèrent une galerie couverte qui le reliait à l’entrée du manoir, longeant tout un côté de celui-ci. Le plancher craquait sous le poids des ans, des pas des deux visiteurs. La balustrade de bois était belle, les lampes suspendues au-dessus de leur tête se balançaient en grinçant. La porte du manoir était enfin là. Clark la poussa à peine de la main, elle était entr’ouverte. Elle laissait deviner une petite pièce, le foyer : boiseries aux bas des murs, tendue de rose. Alors qu’il s’effaçait pour laisser passer Rosetta, Clark déclama soudain, tel un Orson annonçant une invasion martienne :

« Vous, vous qui avez osé troubler la sérénité de ces lieux... Aurez-vous le courage de franchir la porte de cette maison... ? »
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mar 6 Déc - 20:36

Chapitre XVII


Lentement, l’ombre s’allongeait sous la faible lueur d’une lampe torche dans les corridors du Silverspur Steakhouse, se déployait tandis que résonnaient des pas inquiétants, martelant le sol, décidés. Le plancher de bois craquait. L’ombre en même temps dessinait une sombre auréole sur les portes des chambres devant lesquelles passaient les pas. La marche ralentit soudain, la lampe fut dirigée vers l’une des portes pour en éclairer le numéro gravé dans une plaque de forme ovale. Une main apparut alors dans le faisceau lumineux, se posa sur la poignée plutôt que de toquer, hésita et se retira enfin. Ce n’était pas la bonne porte. Les pas poursuivirent leurs pérégrinations dans les sombres corridors de l’hôtel.

A présent, la lampe torche s’élevait haut sur les murs, semblant parfois lécher la tapisserie aux motifs floraux qui les couvraient mais ne passant en réalité jamais aussi près comme s’il se fut agis d’une torche qui eut pu brûler par la morsure de son baiser. La fée électricité pouvait sans risque enlacer la cloison mais elle était, entre les mains de celui qui la tenait, comme un flambeau, tel le flambeau de la Columbia tendu au bout du bras de sa dame. L’ombre ayant en sa main la lumière s’arrêta enfin devant un numéro, le numéro qu’elle cherchait. Une main d’homme parut alors dans son rayon. Trois coups furent frappés.

Derrière la porte, nul ne bougeait. La main toqua encore plusieurs fois. Cela avait été d’abord lento, puis allegro enfin presto. L’homme s’agaçait à présent, estimant que l’occupant de la chambre avait eu le temps de se réveiller. Il se mit à frapper du plat de la main jusqu’à ce que le visage ensommeillé de Henry Fonda lui apparaisse.
- Je cherche Rita, dit simplement l’homme.

Le tapage avait attirée l’occupante de la chambre voisine. Ava, en peignoir jaune, faisait preuve de curiosité. Les autres clients, installés à cet étage, n’avaient pas entendu ou bien faisaient-ils semblant, l’actrice ne le savait pas mais lorsqu’elle vit l’auteur du tapage elle fut contente que seuls Henry et elle soient éveillés.
- Glenn Ford !
Sans attendre la moindre réponse de la part l’intéressé, elle le prit par le bras et le fit entrer dans la chambre de Henry, bousculant au passage ce dernier. Plusieurs fois partenaire de Rita pour la gloire de la Columbia et le bonheur du public, Glenn pouvait se vanter d’être l’un de ses amis les plus dévoués. Comme tant d’autres, il était tombé amoureux d’elle sur le tournage de « Gilda », bien que la connaissant déjà, mais il avait accepté qu’il n’y ait rien entre eux qui s’appelle un amour autrement que fraternel. Le meilleur ami de l’actrice, pourrait-on dire, peut-être son seul ami. Désintéressé, dévoué et fidèle, le premier à s’être manifesté lorsqu’elle revint en Amérique, brisée par son mariage avec le Prince. Il était là pour la soutenir et l’écouter. Il n’avait plus dans l’idée de la séduire. Seulement être son ami. Son ange gardien. Il ne voyait pas d’un bon œil sa liaison avec Tyrone mais celle-ci persistait même après les années aussi ne tentait-il jamais de lui en faire reproche. Il n’avait jamais fait allusion à Rosetta en lui faisant voir qu’elle était certainement malheureuse de ce ménage à trois. Il ne disait rien de cela par honnêteté car lui-même avait voulu séduire Rita en dépit d’Eleanor, son épouse qu’il aimait, et d’un fils qui n’avait pas encore un an au moment du tournage de « Gilda ». Aah, « Gilda » ! Le public avait identifié les deux acteurs à leur personnage respectif. « Les hommes s’endorment avec Gilda et se réveillent avec moi ! » disait Rita. Glenn, lui, ne s’attendait pas à ce que son Johnny Farrel soit l’objet de tant d’amour et de passion de la part des Américaines.

Tandis que Henry frottait ses yeux encore gonflés de sommeil, Ava se tenait juché sur le bras de son fauteuil, une cigarette à la main. Elle regardait Glenn tourner en rond dans la chambre, lui jeter parfois un regard las. Elle-même pensive, toujours dans son peignoir jaune, soufflant des volutes de fumée tout autour d’elle, l’actrice n’avait plus rien dit depuis que la porte de la chambre s’était refermée. Personne n’avait rien dit.
- Je cherche Rita ! répéta Glenn.
Ce fut Henry qui répondit, alors qu’Ava était perdue dans sa contemplation.
- Pourquoi la cherches-tu ? Elle n’a pas dit qu’elle t’avait invité sur le tournage et je ne crois pas que tu sois l’ami d’Orson, il n’a donc pas pu te demander de faire son entremetteur. D’ailleurs il n’a pas d’amis.
- Je la cherche parce qu’avant de venir ici elle allait mal. J’aurais préféré qu’elle tourne aux studios, mais elle a voulu partir pour faire ce film. Je ne suis pas venu la chercher, mais seulement la voir, lui rendre visite.
- Bon, alors tu es allé voir à sa chambre ? Comme tu vois, l’homme qui essaie de dormir dans mon lit est un membre de l’équipe technique. Nous avons eu un incendie, la foudre est tombée. Elle a donc du partager elle aussi.
Glenn suivit le regard de Henry et vit effectivement un homme enroulé sous les couvertures.
- Bah, nous le gênons, alors, entre la lumière, la fumée et nos discussions, nous ferions mieux de sortir !
Henry n’y avait pas pensé. Il lui montrait l’homme tranquillement comme s’il parlait lui aussi de la pluie et du beau temps en pleine nuit, sans voir l’importunité de la situation. Lorsqu’il s’en rendit compte, il se confondit en excuses puis fit sortir Ava et Glenn, laissant enfin le technicien dormir en paix.

Tous trois dans le couloir, Glenn entreprit de parler à voix basse pour ne pas causer plus de désagréments.
- Rita n’est pas dans sa chambre.
- ET SI…
Ava avait parlé haut.
- Chûûût !! fit Glenn, un doigt sur la bouche.
Main aussi sur la bouche, Ava rougit comme une enfant prise en faute.
- Et si Rita était allée se promener ? Je sais qu’il pleut, mais…
- Je sais où elle est…
Tous trois sursautèrent comme surpris en train de comploter et se retournèrent aussitôt. Helen était adossée à la porte de sa chambre, bras croisés sur sa robe de chambre.
- Je sais où elle est… Elle est partie dormir dans le manoir…

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mar 6 Déc - 20:36

Chapitre XVIII


Clark riait de ce qu’il appelait « sa petite plaisanterie. » Imiter la voix d’Orson était l’un de ses plaisirs mais il ne le faisait d’ordinaire qu’en secret de peur de se trahir un jour et d’oublier qu’il ne valait mieux pas se livrer à sa petite plaisanterie en présence de Rita. Chacun sait combien la moquerie est entreprise risquée, l’on peut un jour laisser échapper les surnoms ou mots que l’on ne devrait point dire devant certaines personnes. Clark aimait donc se moquer d’Orson, mais le faire en présence de l’intéressé serait suicidaire, le faire devant Rita guère mieux et devant quelqu’un d’autre, la chose peut toujours être rapportée. Il était cependant convaincu qu’il ne risquait rien avec Mrs Power. Elle avait même tout intérêt à ce que Rita soit bien avec Clark si cela permettait un jour de la détacher de son époux.
- J’aime bien ma voix grave ! dit-il en riant.
Rosetta lui sourit.
- Je dois avouer qu’elle peut-être chaleureuse, mais aussi terriblement inquiétante. Vous m’avez effrayée, tout à l’heure ! On aurait dit… On aurait dit…
Rosetta réfléchissait, ne parvenant pas à qualifier exactement l’impression que cela lui avait fait.
- On aurait dit l’une de ces émissions de radio… Vous savez ? CBS. Comme lorsque Mr Welles raconte des histoires !

Clark ne songeait plus à vanter sa voix grave – il aurait pu tout aussi bien dire « J’aime bien ma moustache ! » - non, curieusement, il pensait à Orson. Au lieu d’entrer dans le manoir, il restait dans l’entrebâillement de la porte, Rosetta sur ses talons, à regarder Thunder Mesa endormie au pied du monticule, par-delà la balustrade de bois. Orson… Parce que les premières images de « Citizen Kane » avaient donné à Clark l’impression de regarder un film d’horreur ? Il est vrai que le générique aurait pu servir pour un film avec Bela Lugosi ou Boris Karloff. Le plan dévoilant le fabuleux palais de Xanadu, avec sa musique inquiétante, pouvait faire songer au manoir des Ravenswoods. Non, c’était Rita, encore Rita qui occupait ses pensées. Malgré sa liaison avec Tyrone, malgré un nouveau mariage, malgré… Clark, la plus grande place de son cœur était dédiée à Orson. En dépit des relations tumultueuses que son premier époux avait entretenu avec elle, il était le seul qui comptât vraiment. Tyrone en était loin, bien qu’elle n’en fut point consciente, sincère lorsqu’elle lui disait que lui seul était aimé d’elle. On ne pouvait oublier Orson. Rien, ni son caractère épouvantable, colérique, cassant tout ce qui lui passait sous la main à la moindre contrariété, odieux au point d’avoir pour ennemi la moitié du globe en attendant l’autre, sa maniaquerie, son infidélité chronique et bien connu, connu pour avoir fait sa campagne électorale aussi bien dans les alcôves que dans les lieux plus appropriés lorsqu’il voulut habiter la Maison Blanche, rien, donc, ne pouvait détacher Rita de lui. Divorcés, à nouveau ensemble, leur vie était un chassé-croisé au cours duquel ils se retrouvaient et se séparaient encore. Clark savait que s’il pouvait espérer prendre un jour la place de Tyrone, il ne pourrait lutter contre l’emprise du génie wellesien. Cependant, il était prêt à se contenter des miettes qu’elle lui donnerait. Sa déesse.

Une petite main passa soudain devant les yeux de Clark. Il découvrit Rosetta, tendue sur la pointe des pieds, agiter ses doigts devant lui pour attirer son attention. Elle le faisait avec effort, être sur la pointe des pieds n’y suffisait pas tout à fait pour elle.
- Clark ? Vous ne m’avez pas répondu…
- Parson ? Vous disiez ?
- Pourquoi n’entrons-nous pas ? Vous avez ouvert la porte sans difficultés, nous sommes à demi dans l’entrée du manoir, à demi dehors.
- Oui, vous avez raison, nous allons…
Des ombres furtives, parcourant les jardins à la lueur de lampes torches, apparurent alors. Ni l’un ni l’autre ne les avaient encore remarquées.
- Vous croyez que ce sont… des fantômes ?
Rosetta, effrayée, s’agrippait au bras de l’acteur.
- Eh bien, dans un certain sens…
Des voix, les ombres parlaient ! Assez fort, étant certaines d’être seules.
- La voix de Henry ! s’écria Clark.
Les ombres l’entendirent puisqu’elles se turent immédiatement. On entendit alors courir puis le même bruit de pas précipités sur les planches de bois et… Henry, Ava et Glenn furent devant eux.

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" (hommage à Phantom Manor)   Mar 6 Déc - 20:37

Chapitre XIX


De voir tout ce monde – ils étaient cinq à présent, rassurait Rosetta. Leur aide pour retrouver Tyrone et Rita était bénie.
- Bonsoir, Rosetta !
Une voix que la jeune femme aimait à entendre bien qu’elle n’en eut que peu l’occasion…
- Glenn !
Elle rougit légèrement et dissimula son léger trouble par un éclat de rire. Par chance, Ava vint à son secours. L’actrice avait bien compris que Mrs Power n’était pas insensible au charme de Glenn et qu’elle faisait tout pour le cacher.
- Ce sont nos tenues qui vous font rire, bien sûr ! Vous êtes habillée, mais moi j’ai un manteau sur mon peignoir jaune, Henry, la même chose sur son pyjama, Glenn… Ah non, Glenn est impeccable, manteau sous lequel je distingue ce qui ressemble à un costume rayé. Quant à Clark…

Le visage jusque là imperturbable de Ava se contorsionna en une multitude de petite grimaces. Spectacle curieux qui attirait l’attention des trois hommes et de Rosetta. Enfin, le fou rire contenu avec effort éclata.
- HA HA HA HA !!!!!!!!!!!!
- Tu as perdu la tête ? Je te fais rire ?
C’était pourtant une évidence et Clark n’avait pas besoin de poser la question. Le faire renforça l’hilarité de la jeune femme.
- HA HA HA HA !!!!!!!!!!!! Tu as un trench-coat mais je vois bien que c’est un pantalon de pyjama qui dépasse ! Clark en pyjama ! C’est encore plus drôle qu’Henry ! Ça me rappelle cette histoire que Don Ameche m’a raconté, d’une fois où il s’est retrouvé sur le palier, dans un hôtel, alors que des gens sortaient d’un ascenseur. Il s’était fait mettre à la porte de sa chambre, et…
L’hilarité était générale. Vexé, Clark s’en pris à Glenn qu’il n’aimait pas, jaloux d’avoir constaté plusieurs fois que Rita parlait toujours de lui lorsqu’il était question d’amitié.
- Qu’est-ce que tu as à rire, toi ?
Glenn jugea préférable d’en rester là.
- Et si nous entrions ? Nous sommes bien venus pour cela, non ?
Il ne jugea pas utile d’expliquer qu’il était à Thunder Mesa pour voir Rita, il jugeait au regard de Clark que celui-ci avait très bien compris. Quant à Mrs Power, elle avait l’air si émerveillée de le voir qu’elle n’en demandait nulle explication.

L’idée de Glenn était la bonne. Il ne servait à rien de passer la nuit dans l’entrebâillement de la porte du manoir. Cela avait eu, cependant, le mérite de mettre Rosetta plus à l’aise. Ils avaient ri et on en avait oublié combien le manoir était sinistre et combien sa vétusté pouvait être dangereuse.
- Soyons prudent, dit-elle quand même.
- Nous marcherons sur des œufs, la rassura Glenn.
- Sur la pointe des pieds, comme les domestiques chez Orson pendant que Monsieur se repose ou réfléchit ! s’écria triomphalement Clark, avant de regretter ce qu’il venait de dire.
« Mon vieux, tu as de la chance que Rita n’ait pas entendu ! Attention à la prochaine fois ! » s’admonesta-t-il pour lui-même. Il s’offrit cependant le luxe d’une nouvelle imitation à la Welles, rendant sa voix démesurée, jouant sur les tremolos :

« Allez, ne vous faites pas prier, entrez, qu’attendez-vous donc ? N’ayez pas peur, au point où vous en êtes… »

Ils entrèrent donc. Henry referma derrière lui la porte du manoir :
- Alea jacta est !

Clark s’amusait beaucoup à jouer les guides. « Je peux faire aussi bien que le joufflu à la radio, moi ! », pensait-il en exhibant ses dents dans un sourire qui eut pour effet de tendre les deux bouts de sa moustache.

« Montrez-vous en pleine lumière, que je vous voie un peu ! … Ha ha ha ha, gniark-gniark-gniark ! … Vous n’avez rien à craindre, chers amis. Allez, entrez, j’ai tellement de choses à vous faire découvrir ! »

Il n’entendit pas Glenn marmonner « C’est pas bientôt fini de jouer au fantôme, Gable ? » En revanche, Henry attira leur attention à tous sur un portrait en médaillon suspendu dans l'un des angles de la petite pièce...

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